‹ Mon pèreChapitre 14 sur 20 · AU MARECHAL RANDON · texte numérisé non relu

AU MARECHAL RANDON

Si Ton veut bien considérer comment nous avons accompli la conquête de l'Algérie et

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poussé successivement en avant notre dominalion jusqu'au milieu du Sahara algérien, on reconnaîtra que cet événement s'est produit en quelque sorte en dehors de nos prévisions et contre notre volonté. Une force irrésistible a vaincu toutes les hésitations, toutes les défaillances qui se sont tour à tour emparées de tous les gouvernements, sur la question d'occupation restreinte ou complète de l'Algérie, et a mené à bonne fin cette glorieuse conquête, en nous faisant surmonter toutes les difficultés, et accomplir notre tâche dune façon providentielle. — Ce point établi; on peut dire et espérer que nous marcherons encore en avant et cela, parce qu'après un labeur de trente années, nous touchons aux confins de l'Algérie, parce qu'il ne nous reste plus, pour tirer parti de notre situation, quà faire encore quelques pas pour toucher au cœur de cette mystérieuse Afrique. Ce pas, nous le ferons, si ce n'est aujourd'hui, ce sera demain.

Je sais que l'idée de pousser plus loin notre occupation ne sera pas acceptée facilement; où s'arrêtera-t-on , comme on l'a souvent répété, dans cette marche progressive? Je ne puis pas plus répondre à cette question que l'on n'a répondu aux précédentes. On a marché et nous

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1-^ Le mauvais vouloir des populations que nous avons en avant de nous.

2" La répugnance des Touaregs à venir audevant des chrétiens.

'â" La crainte des commerçants du Sahara, de voir les caravanes pillées par les Chambas et autres forbans du Sahara.

Depuis que les caravanes du commerce intérieur ont désappris les chemins de la côte africaine, il s'est accumulé à la frontière du Sahara des obstacles qui n'existaient pas autrefois dans a même proportion. L'anarchie qui règne depuis longtemps parmi les tribus de la frontière, leur émulation à piller les caravanes du sud, ont amené la dérivation de ces dernières vers le Maroc et les régions de l'est. A cette cause première est venue s'ajouter l'impossibilité d'écouler les noirs en Algérie, et enfin une répugnance à fréquenter les chrétiens, exploitée et grandie par les intéressés, pour les empêcher de fréquenter nos marchés.

Ces relations, rétablies aujourd'hui, témoignent donc de grands efforts et de sérieuses difficultés vaincues ; mais elles courent risque de rester à l'état d'essai insignifiant, si nous n'élargissons la voie de nouveau ouverte et ne la débarrassons pas des obstacles qui l'obstruent

Itill I.KÏTHES DU C.KNÈRAl. MAlttUiKIHTTi;

encore ci la fermcroiil niAine si iiuus n'y prenons garde '.

Les Beni-xMzaI), Insalah cl (îhadamôs redon- Icnt, qu'ai lires par l'ail rail du commerce du sud, nous n'allions nous élaldir chez eux ou en avanl d'eux, el. le cas échéant, la concurrence de nos commerçants, qui selon eux détruirait le monopole dont ils sont seuls en possession.

Les Chambas, essentiellement libres cl nomades, craignent que nous ne réprimions leurs rapines et ne mettions un frein à lem- indépendance.

Ces populations sont liguées dans une seule et môme pensée, qui se traduit par toutes sortes d'entraves ouvertes ou occultes, qu'ils apportent selon leurs moyens ou aptitudes dilîérentesaux efforts que nous faisons pour percer vers le centre de l'Afrique.

Les Touaregs d'Azguers, qui ont une tendance à se mettre en bons termes avec nous, sont maintenus en crainte et réserve par les Chambas, qui leur font redouter la reprise des an-

1 . Ces obstacles sont encore aujourd'hui les Beni-Mzab, Insalah, les Chambas et les Ouled-Sidi-Cheickh, depuis quinze ans en guerre avec nous, qui viennent de se manifester ])ar la levée du bouclier de Bou-Amena. {Gt^néral Philebert, Ouv. cil.).

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cieiiiies hostilités. Les caravanes de Touat, Iiisalali, Tidikelt, Aoulef, etc., qui viennent faire des échanges au Mzab, y séjournent à peine; on tient leur arrivée secrète et on les presse de repartir de suite pour éviter, leur dil-on, que le roumi ne les prenne de force pour les conduire à Alger. On leur fait entendre que nous songeons à nous emparer de leur pays et on brode cela d'histoires ridicules qui effraient tous ceux qui auraient quelque désir de se rapprocher de nous. Cette manière d'être ne doit pas nous étonner, nous l'avons toujours vu pratiquer par les indigènes que notre domination n'a pas encore atteints. Elle doit avoir précisément pour conséquence de bruscjuer le rèsuUnt. Ce n'est qu'en occupant Ouargla', que nous briserons les entraves qui nous arrêtent. Ceux qui nous font opposition, mieux éclairés sur leurs véritables intérêts, seront les premiers à nous servir. La sécurité des routes sera assurée. Des puits creusés partout sur le parcours des routes suivies parles caravanes, faciliteront leur venue et une police sévère et efficace garantira leur

1. Aujourd'hui il faul plus encore, il faut aller à Iiisalah Uuargla ne sut'tiraii pas. — C'est à Iiisalah qu'il faui venger le massacre du colonel Flatlers et nous ouvrir la roulf. '.Vofe du (général Pliileberl. Ouvrage cité).

H\-l LETTHKS nu CKNKIUL MAHC.UIÎHIÏTI-:

sécuriti''. Alors noire commerce luurnira les objets d'éch.mge, qu'il n'ose risquer aujourd'hui. Tels seront les résultais certains de notre occupation d'Ouargla.

Je ne pense pas qu'un agent, aussi intellif;ent que possible, puisse avoir une action utile à Ouargla ou à Metlili, s'il n'est chef l'rancais et entouré du prestige du commandement. L'opposition flui nous est laite à distance se reporterait sur lui et l'élreindrait d'inextricables diflicultés ; ne pouvant agir que par la persuasion, il serait bientôt un objet de dérision. On ne persuade qu'en montrant que l'on peut contraindre.

Pourquoi avons-nous avancé notre occupation jusqu'à Tuggurt, El-Aghouath, Geryville? c'est parce que nous n'avons pu obtenir d'être obéis, qu'en nous y installant nous-mêmes. On peut dire que de ces derniers postes, on domine suffisamment Souf, Beni-Mzab et Ouargla, oui ! si on entend par là, seulement maintenir ces grands centres sous la domination de la France; non ! si on entend qu'on peut de là vaincre les répugnances, l'inertie, le mauvais vouloir qui se font jour à distance et se traduisent par des fins de non-recevoir, quand il s'agit d'attirer à nous le commerce africain, ou d'aller à sa ren

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contre. Si on veut tout cela, dis-je, il faut dépasser les uns, nous installer au milieu des autres et leur dire positivement : nous voulons h' commerce avec V Afrique centrale et nous r aurons \

A SA FEMME

Toulon, 23 août 4862, à bord de /'Ardèclie.

Il est neuf heures du soir, je viens de mettre mon premier peloton à bord du bâtiment qui doit nous emporter et, pour être prêt à embarquer les autres demain, je couche à bord. Le commandant de VArdèche paraît être un excellent homme avec lequel je ferai bon ménage,

1. Personne n'ignore que le princii:)al élément de ce commerce était autrefois la traite des noirs. Margueritte '•ntrait à ce sujet dans dos considérations sur la possibilité cl les moyens de laisser le coviranl nègre reprendre son cours, en l'entourant de précautions qui satisfissent «ibsolumint l'humanité, thèse qui a été soutenue dans une brochure d>- M. Ausone de Chance!, sous-préfet de Blidah.

Nous l'avons dit plus haut, la question, comme il l'avait prédit, n'a pas fait un jias. C"est à rfcommencer. Qui maintiiiant donnera le nouvel élan et comment résoudrons-nous le problème? // n'y a pax de solutions e)i dehors de celles que Margueritte a indiquées. (Général Philebert. Ouvrage cité .

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