A LA MF.ME
6' novembre 186-i. Tcpeji,
Nous voici déjà au tiers du chemin de Queretaro et, dans une huitaine de jours, j'espère que nous marcherons plus rapidement. Le général Bazaine doit s'apercevoir que tout ne marche pas au Mexique comme on le désire. Il est déjà en délicatesse avec les membres du gouvernement provisoire, qui ne veulent agir qu'à leur guise. Monseigneur l'évêque, particulièrement, a protesté et refusé de coopérer à des actes du gouvernement provisoire inspirés par le général en chef, en conformité du programme de l'Empereur sur les biens du clergé déjà aliénés.
On dit que l'armée de Juarez, qui d'abord s'était concentrée, dans les environs de Queretaro, dan? le but de nous combattre, se met en re-
traite. Nous pensions bien qu'elle agirait ainsi et, pour la joindre, il faudra courir plus vile qu'elle. Ces gens-là vont nous faire la guerre de guérillas. C'est celle qu'ils entendent le mieux et qui leur réussira le mieux.
Aujourd'hui, je suis venu m'installer à une hacienda en avant de Tepeji. Le site rappelle un peu la France, nous sommes sur les bords dune rivière ombragée de beaux arbres. Demain matin j'essaierai de tuer quelques canards, on me demande du gibier à noire popote, je leur ai fourni une brochette de bécassines.
Je viens de recevoir l'ordre de me porter en avant pour soutenir l'avant-garde mexicaine qui marche sur les traces des libéraux. J'aurai avec moi le 2* zouaves, deux sections d'artillerie et deux escadrons. Avec cela je puis livrer bataille, si les libéraux nous attendent, mais c'est peu probable. Je vais à un petit puéblo, qui se trouve à quinze lieues d'ici. J'attendrai là le général L'Héritier.
3 nooembre. Arroyn Zarco.
Me voici à trente lieues de Mexico, formant l'avant-garde de notre armée. Vous voyez que
i'.Vl LETTHES DU GKM^RAL MARGIKRITTR
l'on conliiiue à me donner des comm.indenienls iniporlanls; ma lAche du reste est facile, les Mexicains se retirent devant nous. J'ai en avant de moi encore deux mille Mexicains, commandés par le général Mejia, qui suivent les libéraux à la piste. Je vais probablement attendre ici l'arrivée du général Douay, avec lequel je dois marcher une partie de la campagne.
/5 novembre. San-Juan-dcl Tfio.
Depuis avant-hier je suis à San-Juan-dol-Rio. à douze lieues seulement de Queretaro, que l'armée libérale évacue aussi. L'ennci... se retire partout à notre approche et il est peu probable que nous ayons un engagement séiieux avec lui. Aujourd'hui nous attendons le grnéral Douay et probablement nous reprendrons demain notre marche en avant. Je commanderai toujours l'avant-garde, composée maintenant de mes trois escadrons, d'un bataillon de /ouaves ou de chasseurs à pied et de deux sections d'artillerie.
Nous avons été bien reçus ici ; dans l'intérieur nous trouverons, dit-on, des villes bien disposées pour l'intervention. J'espère donc que notre
expédition aura de bons résultats et que nous pourrons revenir bientôt vers Mexico.
Le pays que j'ai parcouru depuis Tepeji jusqu'ici ressemble beaucoup au djebel Sahari après Tadmit. 11 m'a beaucoup plu à cause de tous les souvenirs qu'il m'a rappelés. 11 y a des barrages, comme ceux que j'ai fait faire dans le sud, des retenues d'eaux qui arrosent les champs de ma'is et enfin de grands plateaux oii il y a des troupeaux. Cela ressemble à l'Algérie, moins les bons Bédouins qui sont infiniment supérieurs aux Indiens sous tous les rapports.
20 norciiibrr. Q/wrctaro .
Je suis depuis avant-hier à Queretaro, où je suis entré avec ma colonne d'avant-garde; c'est une grande ville de 40,000 âmes, chef-lieu d'État. Le général Mejia y était arrivé la veille, nous avons été accueillis avec un véritable enthousiasme. Toute la population se pressait dans les rues sur notre passage, au point de rendre notre marche difficile. Nous étions étourdis de vivats et la moisson de fleurs a été complète.
Hier j'ai été rejoint par le général Douay, nous allons probablement passer quelques jours
-l'.W LKTTRES nu GKNKRAL MAUGURHITTE
ici avanl. de marcher sur les autres villes de l'iiiLérieur. Les lil)érau\ conLinucnL à se retirer et. selon nos prévisions, ne veulent pas nous attendre. Le général Gomoiilort a été tué, il y a huit jours, dans une embuscade que lui a tendue un chef de guérilleros appartenant au parti du général Mejia qui marche avec nous. C'était le général en chef juariste, sa mort a jeté la perturbation dans l'armée de ce parti. Nous n'avons pas de nouvelles du général Bazaine, qui a dû partir avant-hi(!r seulement de Mexico. Je ne sais s'il nous rejoindra ou s'il marche par une autre route vers l'intérieur. On fait un peu de mystère actuellement, cela du reste n'en va pas plus mal. Nous ne désirons que d'aller vite, aiin d'avoir plus tôt fini.
22 novembre. Qaeretaro.
Avant-hier je suis parti avec ma colonne, à onze heures du soir, pour aller faire une reconnaissance. Nous ne sommes rentrés qu'hier à cinq heures du soir, assez fatigués, bétes et gens. Nous n'avons pas vu l'ennemi, qui met tous ses soins à nous éviter. Quant à la poussière, c'est différent, jamais de ma vie je n'en ai tant ab-
sorbe que dans cette campagne du Mexique. Toutes les eaux de Yichy sufûront à peine à me pui-ifler de celte souillure. Notre métier d'avantgarde est fort honorable, mais il a quelques inconvénients, il nous oblige à vivre là où la position est le plus militaire, ce qui veut dire, pour la plupart du temps, dans les endroits qui n'offrent ni abri, ni ressource. Cela m'est assez indilîérent, mais beaucoup de mes compagnons ne pensent pas ainsi. Hier nous avons logé dans une espèce de cahute qui a renfermé des peaux de bouc et en a conservé le parfum. Pour n'être pas seul à jouir de cette installation, j'ai pris le commandant Cornât avec moi. Nous dormons là-dedans avec la porte ouverte et, malgré cette précaution, l'air que nous respirons n'est pas très' pur. Les puces et les rats se mêlent aussi plus que nous ne voudrions à notre existence. Décidément, la tente vaudrait mieux, si on pouvait la placer ailleurs que sur des tas de fumiers ou au milieu d'une poussière dans laquelle on enfonce jusqu'à mi-jambe.
Mais pourquoi vous parler de toutes ces petites misères? J'en suis presque honteux, en regardant un christ en bois, qui se trouve, je ne sais pourquoi, dans notre cuartel. Le pauvre christ est figuré, du reste, comme tous ceux des
"i'M') I.KTTUF.S DU f;KNi;HAI, MAMGUEHITTR
églises du Mexi(Hio, si liidcuseinent (je lui deniaiidc bien i)ardon d'omplnyrr ce mot, mais c'est le seul vrai . (iii'il peut n'être pas dôplacr dans une boucherio. Je crois vous avoir dit que les Mexicains onl conservé le goût des Aztèques pour les scènes sanglantes et qui expriment la torture et la douleur niatérielle. Tous les farsimilc du ChrisI le représentent couvert de sang, de plaies horribles. Il y perd tout cachet de divinité et ressemble ainsi au plus laid des mallaileurs lapidé pour ses méfaits.
.\ présent, plus que jamais, nous pouvons avoir des déceptions pour les courriers, ils se l'ont par des diligences que l'on arrête jusqu'à trois fois par jour. Il est vrai que les bandits qui dépouillent les voyageurs songent plus aux piastres qu'aux lettres.
Nous n'avons pas encore de nouvelles du général Bazaine, qui n'a quitté Mexico que le 18. Nous devons l'attendre pour nous remettre en route sur (iuanajuato. L'archiduc Maximilien fait bien des façons pour accepter l'empire du Mexique, il lui faut le vœu, la ratification de tout ce pays, mais ce sera bien long, peut-être même impossible, car, pour obtenir tout cela, il faudra absolument aller partout, et nous aurons ain^i plusieurs mille lieues à parcourir. Pour
letthesJduJgknéral MARGL'EKITTE "l'Sl
être juste, toutefois, je comprends qu'on hésite en pareille occurence, et il pourrait dire comme cet homme qu'un ancien roi, tyran de Syracuse, je crois, forçait à se précipiter du haut d'une tour, en lui faisant remarquer qu'il s'y était déjà repris à trois fois: — Roi, répondit le patient, je vous le donne en dix. — Oui, on peut le donner en dix au plus entreprenant, et il devra encore hésiter avant de monter sur ce trône du Mexique, qui me paraît bien bourré d'épines, d'aiguilles et de clous. Voilà le Mexique dépeint à travers la poussière nauséabonde de mon séchoir de peaux. On ne peut voir les choses bien en rose dans un pareil milieu, mais vrai, ici le rose, dans son sens poétique et sentimental, n'existe pas, cette couleur est passée au gris. Le vrai sentiment du beau, la vie par le cœur dans les nobles aspirations, ne peut se trouver dans ce pays. Il me semble, du reste, qu'il en doit être ainsi dans tous les pays de mines d'or et d'argent, la passion du métal éteint ou fausse toutes les autres, la vie matérielle et morale se résume à grignoter un piment, et à mettre une once dans son escarcelle.
^;{S LRTTKTîS nu GKNKHAL MAHGUKIUTTK
:iO novembre. Apascu.
J'ai été aujourd'hui on reconuaissance jusqu'à Celaya, petite ville de 1,200 Ames, qui se trouve à quatre lieues en avant de nous, sur la route de Guanajuato. Juarez l'a évacué et les habitants ont demandé que la ville soit occupée, pour empocher tout retour de sa part. Nous avons été accueillis avec enthousiasme dans cette jolie petite ville.
Toute cette nuit j'ai rêvé de Paul et de vous. J'aime ces nuits-là et je voudrais les voir durer. Aujourd'hui, par exception, il fait très Iroid, c'est signe de Norté dans le golfe du Mexique, je plains ceux que la mer balance en ce moment. Vous êtes, sans doute, au coin de votre feu à l'heure présente et Paul apprend sa leçon près de vous; si je pouvais vous surprendre ainsi: c'est un de mes rêves favoris.
/.V (lécenibre I86'J. Hilao.
Nous avons quitté Guanajuato avant- hier, pour venir nous installer près de Silao, qui est à six lieues au sud. Le général Bazaine est arrivé hier, et demain nous repartons sans doute
LEITKES DU GKNKHAL MAUGL'EHITTE ^39
pour Léon, grande ville de 12,000 âmes, qui se trouve à neuf lieues de nous. Je ne sais pas encore quelle direction nous allons suivre, mais il est assez probable que nous visiterons San- Luis-de-Potosi et Guadalajara. Je ne sais pas davantage si je reste avec la division Douay, ou si je me réunis à la brigade de cavalerie. Gela, du reste, m'est assez indifférent avec la tournure des choses. Le plus avisé et le mieux informé ne saurait dire avec quelque certitude ^ nous joindrons l'ennemi dans une direction plutôt que dans une autre, tant celui-ci met de soin à nous éviter.
Le général Yusuf vient d'écrire à Du Barrail, que plusieurs décrets concernant l'Algérie étaient à la signature de 1 Empereur, desquels il résulte que l'autorité militaire va reprendre la direction des affaires et que le rôle de l'autorité civile sera restreint. Le général est très heureux de cette solution, et de fait, si elle se réalise, elle est de nature à nous intéresser encore aux affaires de ce pays. Quand je rencontre les tirailleurs, je m'arrête volontiers pour leur parler; ces pauvres diables sont aussi bien impatients de revoir leur patrie, ils me demandent toujours quand nous partons.
Je vous écris de ma lente en plein vent.
240 LETTHRS nu GÉMÎHAL MAKGUEHITTE
l.aglioiial esl à quatre pas de moi, qui secoue la lùle et semble me dire quelque cht)se pour vous. Il est très gourmand de cannes à sucre et je lui en donne pour trois centimes par jour. Il est niagniûque et en prospérité. S. A. Maxiuiilien devrait l'acheter pour régénérer la race du pays.
Zamora, le 26 décembre lHl'>:i.
Je ne vous ai pas écrit depuis Guanajuato. Je n'en ai eu ni le temps ni l'occasion. Depuis une dizaine de jours, nous faisons des marches assez longues et assez rapides pour joindre l'ennemi. J'ai cependant eu l'occasion, le 22, après une marche forcée avec ma colonne d'avant-garde, d'entrer dans la ville de Zamora oii se trouvaient 4 ou 500 ennemis et oii devait arriver l'armée d'Uraga qui, après un échec subi à Morélia contre Marquez, battait en retraite sur Guadalaxara.
Uraga est le général en chef de l'armée j uariste ; il avait encore 6 ou 7,000 hommes, 12 pièces de canon, etc.; il devait arriver quelques heures plus tard à Zamora, point important pour sa retraite; mais comme j'y élais avant lui et qu'il a appris par les fuyards comment on malmenait
sa troupe, il n'a pas contiTiué, il a rebroussé chemin et s'est jeté dans la Sierra montagnes) où il va trouver de grandes dilTicultés. Avec mes trois escadrons, jai fait main basse en entrant dans Zamora sur les cavaliers et fantassins qui s'y trouvaient. Parmi mes prisonniers, il y a un général et un colonel. C'est un succès dont j'ai été chaleureusement complimenté par le général Douay, qui est arrivé me rejoindre dans la journée.
L'important est d'avoir empêché Tarmée mexicaine de passer et l'avoir rejetée dans un pays difficile où elle sera forcée de se déban-der. Nous sommes restés quelques jours ici, pour rallier notre monde qui suivait à distance. Nous partons demain avec le général Douay pour poursuivre l'ennemi. Ce dernier a de l'avance sur nous et il est peu probable que nous l'atteignions en masse, mais nous hâterons sa débandade, et c'est là l'essentiel pour en finir avec la résistance des libéraux. De son côté, le général Bazaine est à la poursuite du corps darmée de Doblado vers Zacatecas. Vous voyez que je vous initie à tous nos mouvements militaires ; c'est surtout pour vous montrer que nous menons ces gens-là comme du gibier, mais ils ont les jambes déliées. Marquez s'est très bien
:2.i2 LETTHES DU GKNEHAL MAUGIJEKITTE
conduit à Morclia, H a battu Uiaga, qui est allé l'attaquer avec des forces triples des siennes. La question militaire marche donc aussi vite que possible; je voudrais en dire autant de la question politique, mais je ne sais rien de celleci; je me confirme seulement dans l'idée qu'il faudra bien du temps pour organiser quelque chose de passable au Mexique.
.l'ai été hier à la messe de Noël prier pour vous tous. Vous n'y aurez pas manqué de votre côté. Espérons que Dieu nous réunira bientôt dans cette bonne France, que tous nous désirons tant revoir. Petit Paul, je vous ai souhaité de joyeuses fêtes de Noël, le jour de l'an vous aura apporté bien des jouets; que ne suis-je là pour jouir de vos joies et vous donner aussi des étrennes!
2 janvier JH64. Uruapan.
Depuis le 27 décembre, nous nous sommes remis en marche, à la poursuite de l'ennemi, dans la montagne et par des chemins affreux, où les Mexicains ctoyaient que nous ne passerions jamais. Nous avons complété la déroute de l'armée d'Uraga. Dans une longue pointe de dix
lieues au trot et au galop, je lui ai pris la plus grande partie de son parc, chargé sur 150 mulels, et hier enfin, nous avons atteint son artillerie de campagne, neuf pièces rayées ; mais ceux qui les conduisaient, se voyant sur le point d'être atteints, ont enlevé les attelages et brûlé les affûts. Nous n'en avons pas moins ces pièces que nous allons emmener comme trophées. La dispersion de l'armée d'Uraga est aussi complète que possible.
Nous sommes à seize lieues de Patzcuaro, assez près des Terres chaudes du Pacifique. La végétation est splendide ; on trouve ici les fruits variés, les orangers, les bananiers, etc. Nous avons traversé, pour venir ici, des montagnes très hautes, très accidentées, qui me faisaient songer à la forêt des cèdres de Téniet-el-Had. Nous avons à perte de vue des horizons montagneux, que domine le volcan duColima. Je suis forcé de convenir que ce pays est beau et fertile.
Lagos, 23 janiner 1864.
Hélas, je me trouve peu d'activité d'esprit dans cet atrophiant Mexique. Mon existence, je crois vous l'avoir dit, ressemble à celle d'un
:2'4i LF.TTHFS PU OKNKHAI, MAHi.l I'.IiH IK
somiKinibule. .le me vois végéter moraleiuenL comme un èlro qui ne prend iiucuii inlérôt, mais absolument aucun à ce qui rentourc. De là sans doute la pénurie d'iiiiaKination et l'absence de descriptions dans mes lettres^ des ornements d'église, des chapeaux de curés el (iu mode de locomotion sur les canaux qui n'existent pas dans In Venise mexicaine. Mais à défaut de canaux et de gondoles, vous pourriez me narrer d'autres faits, me direz-vous? Oui certes, si j'en avais le courage.
San P.'di-n et Piédm Gnvd'i, Ir» janrirr 1864.
Je crois que nous en avons fini avec les armées régulières des Mexicains, mais la besogne qui reste à faire est toujours la plus difficile: organiser le pays qui est plus que jamais infesté de guerrilleros. Je ne saisce que l'on va faire. Nous occupons pour le présent les Etats de Queretaro, (luanajuato, Morélia, San Luis, Guadalajara, Aguas Calientes. C'est bien long et bien large, avec des communications difficiles. Combien cela durera- t-il?
Gpadalajora, 24 féorier 1861.
Nous voici dans la seconde capitale du Mexique, depuis quelques heures. Je n'ai pas encore eu le temps de voir la ville dont on dit grand bien. J'espère que nous allons nous reposer quelques jours. Nous en avons besoin, bêles et gens. Les libéraux sont du reste assez loin et le peu qu'il en reste assez mal disposé, comme toujours, à nous attendre. Je n'ai pas de réponse, non plus, du général Bazaine, qui du reste nous traite tout à fait en petits garçons et ne semble pas se douter que nous existons. Hélas ! il est bien difficile d'être parfait en ce monde.
Je me porte très bien. Je suis installé dans une grande maison dont le maître, colonel libéral, est absent. J'ai passé deux heures à arranger mon nid, et en racolant les meubles épars, les tapis, etc., j'ai fait du salon une pièce très confortable où je serai comme un prince ; mais hélas ! comme un prince bien triste et bien seul.
"iACy l.KTTRKS Dl' C.KNKKAI. MAItdUlîIUTTK
Guadalajam, 26 frvrirr 1864.
Le courrier est arrivé cette nuit et ma rapporté votre lettre n° 6 du 17 janvier. J'ai reçu une lellre du lieutenant-colonel Boyer, chef du cabinet du général eu chef, qui me dit que je puis faire ma demande de congé, qu'elle me sera accordée, que le général Bazainc n'oublie pas mes intérêts, et que j'en aurai bientôt la preuve; espérons-le.
Dieu merci, tout marche donc à mes souhaits et je pourrai m'embarquer au plus tard le 15 mai et vous embrasser le 15 juin. C'est encore loin, oui ! Mais c'est quelque chose que d'avoir une certitude, et j'avoue que jusqu'à ce jour elle n'était pas suffisamment nette.
Hé! Paul, petit bonhomme de quatre ans, papa Auguste va revenir. Vous bien sage, hein? et bien savant... sur le tambour... Ma chère femme, vous ne savez pas, il me semble que le temps ne va plus marcher, on devrait chloroformer les gens dans ma situation. Je voudrais ne me réveiller qu'en vue de Saint- Nazaire, juste pour avoir le temps de couper ma barbe avant de débarquer. Ce doit être
LETTRES Dr GÉNÉRAL MARGUERITTE 247
une charmante ville que Sainl-Nazaire? J'adore Saint-Nazaire moi, et vous?
Je rapporte à Paul une belle selle mexicaine avec des éperons qui pèsent autant que lui. Hue dada : — Mais il doit dire cheval à présent?
(ruadalajara, 12 mars 1864.
Dieu dispose et nos combinaisons ne réussissent pas toujours. Après-demain 14, je devais me mettre en route sur Mexico, pour aller y prendre mon congé, mais le convoi qui devait nous emmener ne part plus, il attend notre rentrée d'une petite expédition que nous allons faire sur la route de Tépic, à la rencontre d'une troupe mexicaine du parti de Tintervenlion. On dit que cela durera 10 à 15 jours, après quoi le convoi continuera sur Mexico. Si les choses se passent ainsi, ce n'est pas un très long retard, et je pourrai encore m'embarquer le 15 mai.
Nous touchons au terme, Dieu merci! croyez bien que nous sommes encore des favorisés et que bien des braves gens, qui sont dans la même position que nous, voudraient avoir la même faveur. Moi aussi, je m'occupe de vous, c'est la meilleure manière de passer mon temps. Tous
248 LKTTHES nu CIÎNKRAL MARrillEIUTTK
les jours je parcolirs la ville pour voir les quelques curiosités que je pourrai vous rapporter, mais je suis liien limité, par mes moyens de transport surtout. 11 y a ici des poteries bien orii^inalcs, j'en rapporterai quelques petits spécimens pour les ménages de Paul, et ù vous d'autres surprises qui auront surtout pour mérite de vous prouver que j'ai songé à vous.
Ne croyez pas que j'aurai grand'chose à vous raconter du iMexique; quand vous vous promettez de me faire beaucoup causer, c'est une déception que vous vous ménagez. Il me semble le plus souvent que je ne vois ce pays-ci, ses habitants et leurs affaires qu'à travers un rêve. Je vis bien plus par la pensée en France qu'au Mexique, .l'attends le courrier de demain avec l'espérance de recevoir vos lettres et qu'elles me diront que vous êtes tous bien florissants de santé.
Je viens de déjeuner avec le général Douay, qui a traité ce matin les partants, c'est-à-dire ceux qui devaient partir pour Mexico et la France. Nous avons pris acte du fait, sauf à en réaliser l'exécution aussitôt que cela se pourra. Dans une dizaine de jours nous serons de retour à (ruadalajara. à moins que de nouvelles combinaisons surgissent.
LETTRES DU GÉNÉRAL MARGUERITTE 2i0
28 iitars.
Nous voici en roule pour Guadalajara, j 'es père que nous y serons le 1" avril. Depuis ma dernière lettre il s'est passé deux événements heureux. D'abord j'ai été avisé officiellement que le général en chef m'accordait un congé de convalescence de six mois, que le congé m'attendait à Mexico où je le prendrais en passant. Je suis donc au comble de mes veux sous ce rapport et, si je ne fais pas paraître toute ma joie, c'est par une raison de réserve et par crainte de déception. Si vous saviez combien on devient timoré quand on veut fortement la réalisation du vœu le plus ardent que l'on puisse former. Oh ! quitter enfin cet abominable pays pour vous retrouver tous, mes chers bienaimés!
Mon horreur pour cet inqualifiable Mexique s'est encore accrue dans notre dernière expédition ; nous avons parcouru un pays infesté de bandes de guérillas qui y commettent les plus odieux forfaits. Chaque jour nous nous heurtons à des cadavres pendus aux arbres des chemins. Ce sont pour la plupart de pauvres In-
250 LKTTHES DU GÉNÉHAl, M AH(;ili;iilTTK
dicns, pauvres gens passil's quf les ignobles bandits mexicains ex6culenl de loules fac-ons pour en tirer des vivres, de l'argenl et des soldats. Cela soulève le comu- el j'en ai été malade. Aussi lundi dernier, étant dans une mauvaise disposition d'esprit, après avoir vu dans la matinée plus de vingt pendus attachés d'une manière hideuse sur notre route, j'ai eu, je dirai, la bonne fortune de joindre la bande d'assassins qui avait commis ces crimes ; malgré l'avance qu'elle avait sur moi je l'ai rejointe et lui ai lait payer cher ses pendaisons. Plus de cent cinquante ont été sabrés.
J'ai passé hier un triste jour de Pâques; nous avons été en reconnaissance dans un puéblo de Tlapala. Nous y avons trouvé des gens effarés. Dans la maison oii nous sommes entrés pour manger notre maigie déjeuner, nous avons trouvé peu d'accueil. Il y avait là pourtant des jeunes femmes, elles avaient peur d'être molestées pour nous avoir reçus même involontairement.
Gomme j'aurais été heureux de déjeuner avec vous, au lieu de grignoter un pilon de vieux coq, qui a eu raison contre mes dents. Je suis rentré à notre bivouac plus tristement encore, pelant pour me distraire mon nez et mes joues
LKTTRES DU GKNÉHAL MAKGUERITTE 451
que le soleil grille tous les jours, tandis que les nuits et les matinées les gèlent.
, Gifadalajara, U'' ovril.
Nous sonnmes rentrés depuis hier; c'est bien décidément le 4, dans trois jours, que je me mets en marche pour Mexico où je compte être à la fin (lu mois. Je ferai tout ce que je pourrai pour m'embarquer le 15 mai, et vous arriver le 15 juin. Vous m'attendiez pour le 15 avril; je devrai me considérer comme bien heureux si jatteins la réalisation de mes désirs deux mois plus tard. Si vous saviez combien on m'envie de me voir partir. Cela est effrayant, aussi je me lais bien petit et bien modeste pour conjurer l'effet de ces ardentes convoitises. ,
Cette dernière expédition m'a paru bien longue et surtout bien fatigante, mais puisque je devais la faire, je ne puis regretter de m'être trouvé à même de terminer ma campagne du Mexique par un combat de cavalerie de quelque relief. J'aurai ainsi payé ma dette jusqu'au bout : et sans le moindre remords, je jouirai du bonheur de me retrouver près de vous et de vivre dans un pays sain où l'on peut respirer à
iioi LKTTHKS DU GKNl'JUAL MARtlUKltlTTK
pleins poumons, sans eniinle d'aspirer les mépliiliques exhalaisons mexicaines. Il me faudra Vichy pour me laver complèLemenl, cl je compte sur mon congé de six mois pour y aller. Je ne sais rien de Mexico ni de l'arrivée de l'empereur Maximilicn. Je ne vois plus qu'une chose, cesl la roule à suivre de Guadalajara à hi Vera-Clruz et la traversée de l'Océan, puis Saint-Nazaire.
Léon, le 10 arril IHl'i I.
Nous avons fait en sept jours, ce que l'on fait habituellement en onze. Chevaux et gens sont un peu fatigués; nous faisons demain séjour, après quoi nous repiquerons (comme nous disons ici) sur Mexico.
Je suis logé ici, en face de mou ancien logement, chez une douzaine defenmieset de filles, loutesplus disgracieuses les unes que les autres, et qui mont fait assez mauvais accueil sur mon accoutrement poussiéreux, les pauvres!... cela m'est égal et me louche peu.
Je vais aller faire une visite à la bonne dame qui m'a bien reçu la première fois et qui a fort admiré votre photographie. Je m'étonne tou jours de voir dans tous les endroits habiles
LETTRES DU GÉNÉRAL MAR(,UEHITTE 2o3
beaucoup plus de femmes que d'hommes : la guerre est une des raisons de celte anomalie, il naît aussi plus de filles que de garçons.
Léon est une grande ville, nous avons traversé le marché qui était abondamment pourvu de fruits et de légumes.
Je voyage en véritable touriste, marchant, chassant en tête de colonne et sans m'écarter, soyez tranquille. Je glane ainsi quelques lièvres, lapins et tourterelles qui augmentent notre menu. Quand en ferai-je autant pour notre table?...
Léon, le 11 avril 1864.
J'espère que vous avez passé une bonne nuit, moins agitée que la mienne. J'ai eu des rêves bizarres; dans un entre autres, nous nous trouvions dans une ville assiégée... une bombe est venue tomber dans la maison oii nous étions. Vous êtes accourue avec Paul, pour chercher un refuge près de moi. Mais pendant que je vous plaçais derrière un mur, et que je vous entourais de mes bras pour vous préserver, cette malencontreuse bombe a roulé dans la pièce où nous étions. J'ai eu là un rude moment d'an-
^ri'i i,i;tthi:s nr OKNi.iui, mahci I'IUTTe
goissc en chercli;iiil à m'assiirer si elle allail éclater; nous aurions rlé mis en charpie, le cas ôchc'aiil, mais il n'en a rien rlé, cl j'en ai 616 quille pour la peur qui m'a r6veill6 !
Cela veul dire sans doule que vous clcs lous eu bonne sanl6 et ne courez aucun danger; jaime à me le persuader, mais vrai, je suis loul moulu des efforls que j'ai fails pour vous préserver.
Je suis lev6 depuis deux lieurcs, il n'y avait pas moyen de faire ce que l'on appelle la grasse matinée : toutes les cloches de la ville sont en branle, les rues sont pleines de monde : on tapisse les crois6es, les balcons, on décore les maisons de rul)ans et de (leurs, il doit y avoir dans la journée une grande procession ; il y a un monde fou dans Léon ; à voir le mouvement de la foule dans les rues d'un point élevé, on croirait voir un immense reptile dont les écailles sont formées par lous les somôrcros, grands chapeaux mexicains, serrés et superposés les uns sur les autres. Hier soir, les places étaient pleines d'hommes eldefemmes, vendanl, achetant, mangeant et buvant des glaces, c'était une sorte de grande foire, à la lueur des torches, oi^i chacun faisait sa petite orgie. A voir tous les groupes éclairés d'en bas par des petits
feux de bois résineux et fumeux, les silhouettes se découper en noir sur des reflets rougeâlres, on aurait pu se croire dans quelque coin du «sombre empire»; ce qui pouvait ajouter à Tillusion, c'est le silence qui régnait parmi toutes ces ombres, les Mexicains ont le plaisir triste ; quand ils deviennent bruyants, par exception, c'est pour vociférer des acclamations ou des vivats, qui feraient tomber les chats d'un toit.
Les femmes de ma maison, depuis qu'elles m'ont vu hier avec mon spencer neuf et la figure lavée, semblent avoir pris meilleure opinion de moi. Elles tournoient devant ma porte, et ne demanderaient pas mieux que d'entrer en conversation, mais je ne m'y prête pas. Je fais le rogue et n"ai pas l'air de les voir. Hein 1 est-ce assez méchant cela ! Il y en a une surtout qui relève sa jupe avec un mouvement qu'elle croit gracieux... elle ressemble à une chatte qui aurait ramoné trois cheminées. Il n'y a que les enfants qui trouvent grâce devant ma seigneurie. Je leur souris toujours en songeant à Paul. C'est gracieux, une petite fille, n'est-ce pas? Ces petits êtres-là sont pétris de petites manières et coquetteries, que grande-maman Eve semble avoir réservées rien que pour elles...
2n() LETTRES DU (lÉNKHAL MAIUÎI EKITTE
Les cloches, toujours les cloches, les rcinqw, comme ils appellent cela ici, c'est à rendre sourd! Affreuses botes noires de Mexicains, quand ils ont sonné les cloches et tiré dos pétards, avec des mines d'enterrement, ils se figurent qu'ils se sont prodigieusement amusés.
Léon, Il avril 1801.
Vous voyez, ma chère femme, que j'emploie bien "mon séjour, en venant causer avec vous un peu plus que de coutume. Je viens de faire un peu de sieste, dont j'avais besoin pour suppléer à ma mauvaise nuit. Ce matin, après vous avoir écrit, j'ai été voir passer la procession préparée depuis hier en l'honneur du bon Pasleur. Comme elle devait passer dans la rue oii je demeure, j'ai été rejoindre le colonel qui loge dans la maison que j'occupais à mon premier passage. La signora et le maître de la maison nous ont mis en première ligne à la croisée de leur salon. 11 y avait une foule immense dans les rues, beaucoup de femmes surtout. La procession, longtemps attendue, est arrivée à notre hauteur vers dix heures. Elle était précédée par
trois chars allégoriques représentant la foi, Tes" pérance et la charité. Ces trois vertus théoj^gales étaient figurées par trois jeunes filles à la pose raide et guindée, fortement cahotées par les chars-à-bancs décorés en nuages. C'est pour cela sans doute qu'elles avaient l'air assez maussade. Venaient ensuite deux chars, représentant la bonne Bergère et le bon Pasteur gardant sur des rochers artificiels des simulacres de petits moutons fort mal faits, et pour ma part je me défends de toute ressemblance symbolique avec ces informes petites bêtes; suivait enfin le dais, sous lequel était monsignor, avec des sacristains lui lançant au nez beaucoup d'encens. Un entourage de porteurs de lanternes ornées de fleurs artificielles^ une musique indienne jouant une marche profane, une suite de lejDrosos et de gens assez déguenillés, voilà l'ensemble de cette procession, qui passait sous une tente continue, tendue d'une terrasse à l'autre, dans les rues du parcours. Tout le monde se mettait à genoux au moment oii la procession passait, cela va sans dire; eh bien! ma chère femme, de cette procession comme de toutes les cérémonies religieuses que j'ai vues en ce pays, il m'en est resté cette impression qu'il s'y manifeste surtout, de la part du clergé, beaucoup de
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forme, mais peu de pirlr el de foi réelles. Cela ri^aKÏl nécessairement sur les masses : pour imposer la roi cl le sentiment vraiment religieux, il faut les posséder soi-même. C'est ce que ne peut jairt' le clcrtré mexicain, qui a certainement 1rs mœurs les plus... intertropicales qu'il soi! possible d'imaginer, ^'ous en avons surpris undétail ce matin, quelques minutes apr^sle passage delà procession. Un curé, qui m'a semlilo réunir les trois types de Tartufe, de don Bazile et de Figaro, s'est introduit dans la maison dusenor P... oii npus étions. C'est une des plus considérables de la ville. Il s'est précipité dans le salon où il y avait des dames, a distribué force œillades à faire rougir une cantinière, et des poignées de main très accentuées; après avoir causé fort bruyamment et débité force pasquinades, il est sorti à la recherche delà maîtresse de la maison qu'il a enfin rencontrée dans un couloir, et là, quoique celle-ci s'en défendît, il lui a pris la taille et l'a embrassée sur le cou... Du diable si c'est là une chrétienne manière d'aborder ses pénitentS;, et je vous déclare que si j'avais été pour quelques minutes dans la peau du mari, j'aurais cassé mon rotin sur le dos du signor Tartufe, pour calmer ses procédés, et l'aurais fait ♦•nsuite passer par la fenêtre; mais le mari qui
est un homme fort intelligent, d'un esprit remarquable et, je crois, honnête homme, se garderait bien de pareils procédés. Nous l'avions invité à déjeuner ; il s'est dégonflé et nous a dit sur son pays, sur toutes les classes de la société, des vérités que nous connaissions déjà ; mais bien navrantes pour les gens de cœur condamnés à vivre désormais au Mexique et pour ceux qui tentent sa régénération, œuvre tellement difficile qu'elle paraît absurde.
Ce pauvre homme, en nous montrant ses fils que nous avions fait venir, nous disait : « Que deviendront-ils et quel sera leur avenir ? Voilà ce qui m'effraie », et certes il y a de quoi. Après déjeuner, nous avons été faire un tour de place. J'ai acheté un mors de bride pour le harnachement de l'âne ou du cheval de Paul. C'est la seule pièce qui manquait.
Celaya, le 15 avril 18Gi.
Me voici de nouveau dans cette bonne ville de Celaya, ma chère femme ; après cinq mois de marche en tous sens, j'ai du plaisir à revoir à rebours les villes par lesquelles je suis passé ; dans celle-ci, du reste, j'avais été acclamé avec
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ma petite colonne d'avant-garde. .le trouve aujourd'hui tout calme.
Vous ai-je dit que j'avais donné un giiiiid dîner de quarante couverts à tous mes officiers du ■-'•' de marche, la veille démon départ, c'était superbe. Jai porté un toast d'enthousiasme à tous ces pauvres restants; bref, on a trouvé que j'avais fait grandement les choses. Voyons, quallez-vous me donner quand j'arriverai ? peu de chose, n'est-ce pas? Je n'aurai pas faim, un poisson et un plat de légumes tout simplement. A quelle heure arriverai-je? Voilà ce que je ne sais pas. Gela dépendra du débarquement. Je voudrais arriver dans l'après-midi ou la soirée, cela vaudrait mieux que dans la nuit ou de grand matin, mais, mon Dieu! voyez un peu de quoi je me mêle, comme si je ne devais pas m'estimer cent fois heureux d'arriver n'importe comment. J'aurai besoin de nouveaux elîets, il faudra que Dusautoy fasse merveille : je veux être bien mis, et Paul aura-t-il un costume neuf? et vous, ma belle dame?
Je vous arrive les cheveux en brosse, vous savezjescheveuxblancs paraissent moins ainsi. Dieu, que. je suis rouge et bouffi! Je me vois dans une glace qui est en face de moi,' je me fais des mines, absolument comme une jolie
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femme qui étudie ses airs, eh bien, je trouve que c'est mon air calme ordinaire qui me va le mieux. Je n'aime pas la pose, et ne saurai jamais poser. Paul non plus, si j'y puis quelque chose, il sera franc, naturel, simple, il devra surtout avoir l'intelligence du cœur, dites-lui cela de ma part, en attendant, à ce pauvre chalon. Je me remémore souvent son appel la nuit, ou le matin : « papa ! » l'intonation de sa voix que je crois entendre, j'en éprouve une émotion toujours très vive, son dernier: bonsoir papa, quàiiû. je le tenais dans mes bras, quelques minutes avant mon départ, vos adieux...- toute cette scène poignante m'est tellement restée dans le cœur et l'imagination, qu'il me semble que c'est hier qu'elle a eu lieu...
Quérétaro, le 18 avril 1864.
Aujourd'hui, ma chère femme bien-aimée, nous faisons séjour à Quérétaro, et demain nous reprendrons notre marche sur Mexico.
Je suis logé dans une grande maison sur la place, j'ai en face de moi une colonne surmontée de l'inévitable aigle mexicain que nous appelons lezopilote, sorte de vautour ignoble qui faitl'of-
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