‹ Mon petit théâtreChapitre 19 sur 67 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MERCEDES, puis LUCIEN

Mercedes rêve assise près de la table. Elle aperçoit le numéro du Français de France laissé par son père, le parcourt, donne quelques signes d'approbation et rejette le journal.

LUCIEN, arrivant par la terrasse où il a dû rencontrer Jacques et Maurice.

Comprendra qui voudra, cousine... Votre protégée la receveuse des postes, vient de risquer pour vous sa situation, en me communiquant des dépêches extravagantes... La première, de Judith au reporter du Français de France, la seconde, de la même Judith au président du

groupe radical de la Chambre, la troisième, de ladite au directeur du Diogène... Toutes trois sur le même modèle : « Arrivez pour voir entrer le fiancé à l'église à cinq heures et s'y confesser. La population est convoquée par la belle-mère en vue de son édification. »... Comme vous le savez, nous sommes aujourd'hui dimanche... Voulez-vous que ces dépêches soient retardées ou... égarées ?...

MERCEDES, vivement.

Il faut qu'elles n'arrivent pas !... M'"^ Judith, vous le verrez, ne réclamera rien, étant donné que le spectacle attendu n'aura pas lieu.

LUCIEN

Cette femme, que Dessard vous a dit être son amie, est sa pire ennemie. D'ailleurs, il y a de quoi. ^

MERCEDES

Vous dites?...

LUCIEN

Je dis... je dis ce qu'on sait, même en Chine,

si tant est qu'on s'y occupe de Jacques Dessard et de dame Judith !

MERCl-DÈS

Voilà une apparence d'accusation qui sent son jaloux d'une lieue, Lucien, et qui est indigne de vous ! Vous voulez me ùire entendre que cette Judith a été la maîtresse de Jacques. Tout le monde peut essayer de m'en convaincre, excepté vous.

LUCIEN

Pardon Mercedes. D'ailleurs, rendez-moi cette justice que je n'ai rien affirmé?

MERCEDES

Parce que je vous\ ai arrêté à temps !

LUCIEN

C'est vrai !... due dois-je faire pour mériter mon absolution, belle cousine ?

MERCEDES

Rien, puisque vous venez de me rendre un grand service en m'apprenant l'imprudence de ma mère et la conspiration de M""^ Judith. Allez

je vous en conjure, trouver le curé sur l'heure de ma part... Faites-lui peur des journaux... du bruit de cette histoire... Dites-lui que Jacques donnera cinq cents trancs aux pauvres pour son billet de confession, et apportez-moi ce billet, je vous en prie ! Que le curé envoie de maison en maison la vieille Toinette, car c'est elle que ma mère a dû employer pour convoquer les dévotes du village à cinq heures ; Toinette dira que j'ai obtenu une grosse somme, qui sera distribuée aux pauvres, pour un billet de confession et que monsieur le curé est content. Je me charge de convaincre ma mère de mon côté ; la voici, d'ailleurs. Cousin, vous êtes un merveilleux garçon d'honneur! Vous travaillez au succès de la noce dès la veille !

LUCIEN, à M""^ de Marchennes qui entre.

Vous savez, -ma tante, je comprends qu'elle vous conduise mon oncle et vous, par le bout du nez. Elle me fait faire l'impossible!...

(Il sort par le fond.)

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