PREMIERE LETTRE
On entend là-bas, sur la colline, le tintement lugubre et lent du beffroi. Ecoutez .... ; mais c'est un glas ! Oui, c'est la cloche de l'hôpital du Sacré-Cœur qui annonce à la ville qii'une âme vient de quitter la terre pour le grand voyage, d'où l'on ne revient jamais ! Ah ! mais qui donc est mort ? C'est un vieillard qui fut jadis heureux dans le monde et selon le monde. Des revers de fortune l'ont conduit à l'hôpital, où il a coulé en paix les cinq dernières années de sa vie. Les bons exemples des Révérendes Sœurs de Charité, leurs douces exhortations, leurs incessantes prières ont ramené dans le droit chemin cet homme, qui vivait éloigné de son Créateur depuis de nombreuses années ! Et combien d'autres meurent ainsi à l'hôpital !. . . .
" O charité, c'est l'un de tes miracles ! O charité, plus douce que le miel !
Philtre sacré prédit par les oracles, D'un lieu d'exil tu peux former un ciel ! "
Continuez, mes Sœurs, continuez votre œuvre de salut. Priez pour moi, priez pour nous, priez pour tous. Vous avez choisi la meilleure part, bien qu'elle puisse vous paraître lourde parfois ; aidez vos frères en Jésus-Christ, soulagez les misères du pauvre, de l'orphelin et du vieillard sans asile. Nous viendrons à votre aide, nous donnerons suivant nos moyens, au bazar, le 17 et les jours suivants, afin que vous puissiez étendre votre œuvre déjà si belle, si noble et si méritoire aux yeux de Dieu, et si édifiante aux
yeux des hommes de foi. Votre bonne volonté et votre dévouement ne suffisent pas, mais courage, mes Sœurs, vous aurez ce qu'il vous faut. Ce sont les citoyens de Sherbrooke et des environs qui viendront à votre secours. Vous ne les importunez pas souvent, il me semble ; aussi, comment pourraient-ils vous refuser, ou plutôt refuser à leurs pauvres ce que vous ne leur demandez qu'une fois par année, au nom du Dispensateur de tous les biens ! Non, non, ne craignez pas de refus, tous s'empresseront de faire une petite aumône aux "Anges du bon Dieu," pour ses meilleurs amis, les bons pauvres. L'obole sera reçue avec la même gracieuseté que la riche offrande.
" Divin Jésus, bénissez cette ville
Où les festins sont pour les indigents !
Divin Jésus, bénissez cette asile
Qui vous reçoit dans vos membres souffrants.
Les orphelins trouvent ici des Mères,
Le pauvre un lit moins dur que ses grabats.
( >ui, ceux dont l'or guérit tant de misères,
Ceux-là, mon Dieu, ne les oubliez pas ! "