ASSEMBLEE DES MEDECINS AU " MONUMENT NATIONAL ' SHERBROOKE
M. le Président, Messieurs,
A notre dernière réunion, à l'hôtel Continental, le 10 juin 1906, vous avez bien voulu accepter l'invitation que je vous fis alors, au nom du Syndicat, de tenir vos intéresantes assises au Monument National. Je regrette infiniment de ne pas être là pour vous en faire les honir '"c; , mais, M. le vice-président, mon ennemi juré ! qui n'en est que plus mon vieil a??n\ (j'ai nommé M. le Dr Camirànd) vous recevra avec son urbanité proverbiale. Il me connaît bien, lui, allez ! il sait que sous la rude écorce chinoise qui me recouvre tout entier, bat un cœur qu. ne demande qu'à aimer beaucoup, et à l'être un tout pe peu en retour !. . . .
C'est sur les vagues bleu-sombre de l'océan immense que je vous trace ces quelques lignes. A travers le hublot de ma cabine, je vois cette planète de feu qu'on appelle le soleil ; vous la voyez aussi, n'est-ce pas ? Ses rayons bienfaisants réchauffent mes membres engourdis, eu même temps qu'ils
vivifient aussi les vôtres Ah ! mais, je pourrai alors
VOUS envoyer un sourire de bienvenue sur un rayon de cet astre lumineux; quel bonheur! Donc, à 4 hrs p. m., le jour de votre assemblée, regardez bien, là, dans la direction
de la ville lumière, mon regard se portera vers vous tous, en passant par ce phare merveilleux, dont la douce chaleur réchauffera notre amitié. Ne l'oubliez pas, j'y serai, moi ! Quand vous aurez donné la meilleure part à vos délibérations scientifiques, amusez-vous, car le " Monument National " est et sera toujours, je l'espère, le sanctum sanctorum, c'est-à-dire le lieu par excellence, où tous les citoyens de Sherbrooke, de même que nos visiteurs, auront toujours un accès facile et trouveront une cordiale réception qui ne se démentira jamais.
De cette manière, tout en gardant précieusement nos souvenirs réciproques du passé, nous contribuerons à former une nation : la nation canadienne, composée, si vous voulez, d'éléments hétérogènes, mais dont les différents membres, unis les uns aux autres par une franche et cordiale amitié, fcrmtrout un tout harmonieux.
Voilà, messieurs, le vœu bien sincère que je forme pour le plus grand bien de notre Patrie commune, notre cher et beau Canada !
Mais je m'aperçois que je vous dérobe un temps précieux ; pardonnez-moi, et reprenez vos travaux, dont profitera l'humanité souffrante, et moi je retourne à mes rêveries si douces, oui si douces, puisque je pense à tous ceux que j'aime et auxquels j'ai laissé, en partant, la plus grosse partie de mon pauvre cœur! — Février 1906.
Banquet Gouin.
M. le Président^ Hon. Messieurs, Messieurs,
En assistant à ce magnifique banquet, j'étais loin de m'attendre à adresser la parole devant cette assemblée choisie. D'abord, je n'ai pas l'habitude de faire des discours en public, et je me sens beaucoup plus à l'aise près des malades. Enfin, puisque la plus simple étiquette exige qu'on réponde à toute lettre polie, à plus forte raison dois-je répondre à la gracieuse invitation qui m'est faite. Je m'adresse donc ici à des hommes, bien qu'il y ait des dames qui m'entendent ; mais, celles-ci sont nos anges protecteurs !. . . .elles planent, pour ainsi dire, dans ces galeries élevées à la jeunesse sherbrookoise, par leur dévouement ; je m'explique : quand on a parlé de construire ce petit Monument National, qui nous abrite en ce moment, ce sont les dames qui ont encouragé leurs maris, leurs fils et leurs amis à souscrire généreusement pour cette œuvre philantropique. Ce sont elles qui ont bien voulu faire de notre belle Kermesse de février dernier, le succès que vous connaissez — et, ce sont elles encore, je n'en doute pas, qui feront le succès de celle de février prochain. — Je profite donc de la première occasion qui m'est donnée, pour les remercier de tout mon cœur, pour leur dévouement à la cause sacrée de notre intéressante jeunesse. Nous nous retrouvons ensemble ici, ce soir, pour une nouvelle inauguration, celle de notre splcndide Palais de Jus-
tice qui fait tant d'honneur à ses promoteurs. Mais ceuxci avaient des moyens pour le payer, ils avaient tout le district et même le gouvernement pour leur venir en aide, tandis que les promoteurs du Monument National, son humble voisin, ont été obligés de tendre la main, de frapper à bien des portes, d'essuyer bien des refus, mais aussi combien, oh ! combien d'encouragements qui faisaient bien vite oublier les rebuffades ! Il a été dit tant de belles choses, aujourd'hui, du palais de justice, que je croirais ajouter une note discordante à ce concert de louanges, en en parlant plus longtemps ; par contre, il me sera bien permis de plaider la cause du Monument National. Je ne suis pas avocat, malheureusement, et je n'ai pas l'éloquence des disciples de Thémis, moi, l'humble disciple d'Esculape, mais je demanderai quand même de rendre justice au faible comme au fort — je demanderai à l'Honorable Premier et aux honorables messieurs ses collègues de faire une petite, oh ! une bien petite part des revenus de la Province, à cette institution naissante, qui est appelée à faire tant de bien au public de Sherbrooke, et surtout aux jeunes gens qui seront les hommes de demain !
Vous voyez, M. le Premier Ministre, que c'est le vœu général que je vous exprime par les longues acclamations que vous venez d'entendre ; je renouvelle donc ma demande, convaincu d'avance que vous l'exaucerez, que vous nous aiderez à augmenter la bibliothèque des jeunes gens et à leur faire donner des conférences scientifiques, agricoles, commerciales, etc., pendant les longues soirées d'hiver, et vos requérants ne cesseront de prier.
Avant de terminer, je remercie bien cordialement le comité chargé d'organiser cette belle fête, et son digne président eu particulier, d'avoir accepté l'invitation du Syudi-
cat, d'inaugurer le palais de justice au Monument National — et j'espère, qu'à l'avenir comme par le passé, la plus franche harmonie ne cessera de régner entre les deux voisins.
Encore un mot et j'ai dit. — Tout le monde peut aider le Monument National, en envoyant un ou plusieurs bons livres pour la bibliothèque ; un tableau quelconque pour l'ornement des salles ; un objet d'art pour le musée projeté, ou n'importe quelle somme en argent, qui sera reçue avec reconnaissance et entrée dans le livre d'or.
Seconde Circulaire.
Monsieur \
L'année dernière, à pareille époque, j'adressais à quelques hatit personnages, à des connaissances et à des miens amis, une circulaire annonçant l'inauguration de notre Monument National. J'ai été si bien reçu, presque par tous, que je suis encore assez téméraire (peu raisonnable même î) pour renouveler ma demande, cette année. Nous aurons, dans la semaine du 4 février prochain, une grande KER- MESSE à laquelle je vous convie.
Jusqu'à présent, le plus beau succès a couronné les efforts des promoteurs de cette entreprise nationale. Ils ont déjà un bon noyau de livres choisis, qui sont piétés gratuitement à qui les demande ; plusieurs belles revues et bons journaux — reçus à titre gracieux et avec reconnaissance — qui sont lus, chaque jour, dans la salle de lecture publique de l'institution.
Un cercle d'études sérieuses, (cercle LaRocque) sous le contrôle immédiat de M. le curé de la Cathédrale, a ses réunions régulières au Monument. Nos deux belles sociétés canadiennes-françaises, l'Union St. Joseph de Sherbrooke et l'Union St. Joseph du Canada, (succursale d'Ottawa) y ont leurs importantes et patriotiques assises. Une belle et spacieuse salle de conférences, qui a déjà répercuté les échos des nobles et patriotiques discours du Rév. Père Lalande,
S. J., des Honorables juges Lemienx et Deniers, etc., est à la disposition du public.
Enfin, une vaste salle d'amusements est chaque jour le rendez-vous favori de notre intéressante jeunesse, qui n'y court aucun risque pour sa vertu. Mais les dépenses sont énormes et la dette flottante du Monument est considérable. C'est pourquoi je fais de nouveau appel aux amis des jeunes gens, qui seront les hommes de demain, pour nous aider à mener à bien cette œuvre commencée sous d'heureux auspices.
Il nous faudrait un gymnase et un bain public pour compléter notre installation.
Je compte donc sur votre bienveillance pour me faire parvenir ce que vous pourrez ou ce que vous voudrez : livres, revues, journaux, bibelots de tous genres, ou n'importe quelle somme en argent.
Le Bazar de 1906.
La charité pour être bonne doit être constante, généreuse et s'étendre à tous les âges de la vie. Constante, c'està-dire qu'on ne doit pas se lasser de donner — le bon Dieu ne nous prodigue-t-Il pas ses faveurs chaque jour, et pourquoi nous les accorde-t-Il ; n'est-ce pas pour que nous partagions à notre tour un peu du superflu qu'il nous donne si libéralement ? Malheur à l'avare qui amasse des trésors pendant que de malheureux enfants souffrent de faim à sa porte ! Malheur à celui qui fait bombance, quand de petits orphelins et de pauvres vieillards grelottent de froid et sont tourmentés par les angoisses de toutes sortes causées par la pauvreté ! . . . . Honte à l'harpagon aux doigts crochus qui ne pense qu'à lui et qui craint de donner quelques sous dans l'intérêt général de ses concitoyens ! Ce sont pourtant ces mêmes concitoyens qui le font vivre lui, et sa nichée. Mais que lui importe, pourvu qu'il fasse de l'argent qu'il placera à gros intérêts ! . . . . Pauvre insensé, je vous plains, car je ne comprends pas qu'un homme de bon sens se fasse tirer l'oreille, quand il s'agit de faire un peu de bien autour de soi ! Attendez un an, deux ans, dix ans, vingt ans, si vous voulez, et il ne vous faudra, comme aux autres, que quatre planches et une fosse au cimetière. Vos concitoyens seront contents d'être débarrassés d'un égoïste, comme d'une nuisance publique, et vos héritiers auront hâte de se partager vos dépouilles !
La charité doit être généreuse, c'est-à-dire qu'on doit donner de bon cœur et non à regret. Il ne faut pas jeter son aumône à la face du pauvre comme on jette un os à un chien. Il est déjà assez humiliant de demander, sans être rebuté par des paroles grossières, ou simplement par une moue dédaigneuse qui, d'abord, humilie profondément le malheureux qui la réclame, mais qui plus est, fait perdre le mérite de l'aumône. Ne disons jamais : " Encore un bazar, toujours des quêtes à n'en plus finir ! " Mais le bon Dieu se lasse-t-Il de nous donner, de nous faire gagner de l'argent, de faire prospérer notre négoce? Ne nous donne-t-Il pas chaque jour, enfin? Alors, quelle raison aurions-nous de nous plaindre, si ou nous demandait même tous les jours ! Prenons garde, les rôles sont souvent intervertis en ce monde, tenons-nous le pour dit!....
O mon Jésus, vous qui êtes né pauvre volontairement, qui avez été couché sur un lit de paille, dans une crèche, à Bethléem, qui avez vécu et travaillé dans la pauvreté à Nazareth, avec St. Joseph et votre Sainte Mère Marie, faites que tous les citoyens de Sherbrooke se sentent émus de la misère dans laquelle vit un bon quart de la population ; faites qu'ils donnent généreusement au prochain bazar, afin que ceux et celles que vous avez proposés pour distribuer VOS largesses fassent une moisson abondante, qu'ils seront si heureux de donner, à leur tour, aux nécessiteux qu'ils coudoient tous les jours !
hnfin, la charité doit s'étendre à tous les âges de la vie — voilà pourquoi nos guides spirituels ont eu la bonne idée (l'unir ensemble l'enfant et le vieillard. — Le bazar se fera donc cette année pour la crèche et l'hôpital. Oh ! que ce sera beau ! Je jouis d'avance du spectacle. .. .Voyez ces petites têtes blondes et brunes de l'enfance— printemps de
la vie — mariées aux têtes blanches des vieillards — l'hiver de la vie ! — Comme Jésus, qui mourut pour tous à Jérusalem, doit sourire daus son beau Ciel, de nos bonnes intentions qui devront être suivies de bonnes actions, le 15 octobre prochain et les jours suivants. Un bon hôpital (si mal placé qu'il soit !) est d'une urgente nécessité dans une ville prospère comme la nôtre ! Il serait honteux pour nous, si nos malades et nos infirmes nécessiteux étaient abandonnés à leur malheureux sort ! De même aussi, il serait moins que convenable, si nous ne prenions pas au plus tôt les moyens d'assurer aux toiit petits une éducation que la religion nous commande de leur donner. Tous comprennent l'importance d'une crèche, daus une ville manufacturière surtout, où il y aurait 50 à 100 enfants et plus même qui en bénéficieraient. N'est-ce pas un devoir sacré d'en ouvrir une le plus tôt possible?
Il a déjà été dit tant de choses sur ce sujet qu'il serait inutile de les répéter. Qu'il suffise de dire que c'est le désir de notre premier Pasteur, que c'était le vœu de notre regretté curé, que c'est celui de son digne successeur et de tous les gens bien pensants. — A l'œuvre donc ; donnons pour les tout petits, pour les malades indigents et les pauvres vieillards. Répétons à satiété : " La charité efface les péchés ! "
Concert à Sherbrooke-Est.
Jeudi soir, 15 novembre, j'eus le plaisir d'assister à une très, très-jolie petite soirée donnée par les jeunes amateurs de St. Jean-Baptiste, dans la grande salle de la belle école des Révds Frères. Cette séance était sous le patronage de l'actif et dévoué M. Laporte, curé, au profit des œuvres de sa paroisse ; il y avait salle comble. — Vraiment, on fait bien les choses à l'Est — il y a de l'étoffe pour faire des artistes dans ce beau et progressif quartier de notre petite ville. Tout a été bien, très-bien, et l'éloge de nos jeunes amis n'est plus a faire — ils ont fait leurs preuves ; inutile de donner leurs noms qui sont bien connus. Donc, chants, opérettes, déclamations, tableaux, tout a été réussi à la perfection, grâce surtout à la dévouée, active et habile directrice, Mlle Ida Biron.
Vous êtes dignes de monter au Panthéon, mes jeunes amis ; aussi, la prochaine fois, venez vous faire entendre sur un pins grand théâtre, où l'on pourra loger plus de monde pour être témoin de vos succès: c'est vous dire de venir au " Monument National. "
Ce qui m'a le plus frappé, c'est quand j'entendis les voix enfantines de petits bons hommes de 10 à 12 ans, fièrement campés sur leurs torses, chanter d'une voix vibrante, en parlant du "Canadien": "Il gardera l'honneur de son drapeau!"— Quand j'entendis ces voix, dis-je, mêlées à celles
plus mâles de jeunes gens et d'hommes faits, je sentis les fibres de mon cœur se dilater et une larme humecter ma paupière, et je me dis : Non, non, ceux-là ne failliront pas à l'honneur !. . . .
Qu'est-ce donc que l'honneur du drapeau ? Le poëte entendait-il par là qu'il fallait vaincre ou mourir sur un champ de bataille ? — oui, pour ceux que le devoir appelle sous les étendards de la patrie menacée ! — mais il voulait aussi nous faire comprendre tout simplement le devoir accompli, dans les choses mêmes ordinaires de la vie.
Garder l'honneur du drapeau, c'est tendre une main secourable à son frère dans le besoin ! Garder l'honneur du drapeau, c'est ne rien faire qui puisse blesser la société dans ses droits sacrés ! — " Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fut fait à toi-même." — Par conséquent, le plus élevé comme le plus humble des citoyens peut et doit garder l'honneur du drapeau; que ce soit l'Union Jack, le Tricolore, le Fleur de lys, le drapeau de Carillon ou du Sacré-Cœur, c'est le drapeau de son choix ou celui de la Patrie : il ne faut pas le traîner dans la fange ! L'humble ouvrier, qui travaille péniblement mais honnêtement aux travaux les plus pénibles, pour le soutien de sa famille, est plus grand, à mes yeux, que le multi-millionnaire qui entasse ses millions, quand une partie de l'humanité peine, souffre et pleure ! Le manœuvre honnête vaut mieux, à mes yeux, que le plus grand des orateurs qui emploie le talent que Dieu lui a donné à vilipender ses frères !
Le bon Dieu a placé chacun de nous où il a voulu ; employons bien notre temps, si court, Jiclas ! qui nous est donné, à soulager l'humanité souffrante, dont chaque membre est solidaire l'un de l'autre : — ce faisant, nous travaillerons tous ensemble à la gloire du Drapeau !
Ouverture de la " Crèche."
Enfin, c'est un fait accompli : Sherbrooke a sa " Crèche," ou "refuge" pour les petits.
Les difficiles n'aiment pas ce mot qui leur semble vulgaire. ... Allons donc! la "Crèche," un mot vulgaire? n'est-ce pas dans ce berceau improvisé que le Sauveur du monde a voulu être déposé, à Bethléem, il y a près de vingt siècles?
Oui êtes-vous doue, vous qui prétendez être \A\\s grand, plus savant, plus riche, plus saint que votre Créateur?
Pour moi, ce mot béni de " Crèche " rend bien toute ma pensée : je l'aime et le vénère et n'en voudrais pas choisir un autre dans notre belle langue française, pourtant si riche en expressions de toutes sortes.
Sois bénie, ô sainte Crèche de Bethléem, qui a été sanctifiée par le doux Agneau que la Vierge de Nazareth y a déposé! Sois bénie aussi, ô Crèche de Sherbrooke, pour tout le bien que tu feras aux petits orphelins, aux petits délaissés, à ces enfants auxquels le Sauveur a dit : "Venez tous à moi ! " — Allez, mes chéris, allez vous jeter dans les bras de ces femmes dévouées, les bonnes Sœurs de charité, qui seront pour vous de secondes mères! Allez, mes agnelets, l'Agneau divin, le Jésus de la "Crèche" de Bethléem vous chargera Unis sur ses épaules et vous fera traverser, sans encombre, les écueils si souvent dangereux de Tenfan-
ce et de la première jeunesse ! Allez, en toute confiance, dans cette maison bénie, fondée par l'amour paternel de notre premier Pasteur. — Allez sans crainte dans ce refuge, que notre vénéré Curé a pris, avec tant d'intérêt, sous sa protection immédiate. Vous y recevrez la nourriture de vos âmes en même temps que celle de vos corps. Répondez-moi, enfants, n'avez-vous pas déjà subi la douce influence de vos bonnes mères d'adoption ? Oui, n'est-ce pas ? je vous ai vus, les mains jointes, à genoux devant le Divin Crucifixé, demandant grâce pour votre malheureux père ivrogne ! Je vous ai vu supplier la très-sainte Vierge d'encourager votre pauvre mère à supporter les épreuves de la vie ! — Eh bien ! les sceptiqties, si le spectacle qui m'a si vivement frappé ne vous touche pas, je ne saurai trop comment vous qualifier ! Dans tous les cas, l'œuvre est belle et mérite tout l'encouragement possible des gens bien pensants, et il n'a pas fait défaut jusqu'ici, grâce à Dieu ! Le tronc de St. Antoine sera bientôt trop petit pour toutes les offrandes qui y seront déposées ; aussi, M. le curé se propose'-t-il d'en faire placer d'autres dans différents endroits. Imaginez donc, durant la la semaine de l'ouverture de la " Crèche," il y a trouvé $12.04, au lieu de trois ou quatre piastres qu'il y trouvait généralement. Il a fait un pacte avec le bon saint Antoine, c'est sûr ; il en est bien capable, allez ! — Et les pains donc : dix-huit (18) bons complets, assez pour nourrir tous les habitants de la Crèche pendant un mois ! — n'est-ce pas merveilleux ?
Il y a encore bien des choses qui manquent: les salles paraissent très-pauvres dans leur nudité, mais combien riches pourtant du dévouement de leurs quatre premières gardiennes ! — Je connais trop mes concitoyens, pour croire un moment qu'ils ne se feront pas un point a" honneur d'encourager cette nouvelle œuvre, qui est appelée à faire tant
de bien aux tout petits. S'ils ont le bonheur d'être pères surtout, oh ! alors, leur charité ne connaîtra pas de bornes, car ils penseront à leurs tout petits^ à eux, qu'ils entourent de tant de sollicitude, d'amour et de bien-être! Ils en feront une faible part aux petits amis de Jésus de Noël, qui les a tous pris sous sa divine protection, je n'en doute pas.
Agapes fraternelles.
L'Association médicale de Sherbrooke conviait, mercredi soir, à un superbe banquet, au "Château Frontenac," tous les membres de la profession de nos beaux Cantons, ainsi que les délégués des universités Laval et McGill. Les couleurs entrelacées de nos deux bonnes vieilles Aima Mater ornaient la magnifique salle à dîner de l'hôtel éclairée à giorno.
Le président, le Dr Banfill, de East Angus, s'est acquitté de sa tâche avec beaucoup de tact, ainsi que le secrétaire, le Dr Darche, et les membres du comité d'organisation.
Le menu, artistement typographie par l'habile prote du Progrès de V Est, était redicrcJié et fut bien servi, comme on sait toujours le faire au " Château ; " mais je crois que le maître d'hôtel s'était encore surpasse — il sait que les médecins sont de bons juges de l'art culinaire et qu'il leur faut des mets hygiéniques.
L'Orphéon local a régalé les convives de ses morceaux de choix.
Plusieurs discours de circonstance ont été prononcés par des medicos qui se sont révélés bons orateurs.
Le représentant de McGill, le Dr Armstrong, a annoncé aux jeunes qu'une chaire nouvelle serait ouverte chez leur Aima Mater, grâce à la munificence d'un Crésus montréalais.
Le Dr S. Lachapelle, l'ami des tout petits, qui représentait l'Université Laval, a parlé avec l'éloquence qu'on lui connaît. Ses paroles de FEU vont droit au cœur de ses auditeurs qui sont littéralement suspendus à ses lèvres. Qu'il fait bon d'entendre ce vétéran des bonnes causes, nous parler avec conviction, de l'œuvre pour laquelle il sacrifie sa vie, pourtant si chère : l'œuvre de la Crèche de Montréal inaitenue à force de dévouement par les bonnes Sœurs de la Miséricorde. Le savant professeur, qui est aussi un auteur distingué, a promis d'envoyer plusieurs copies de son incomparable livre : " Femme et Nurse"'' à la bibliothèque du Monument. Ce beau livre sera prêté, surtout aux mères qui y puiseront tant de bons conseils pour bien élever leurs chers petits.
Somme toute, ce premier banquet des médecins a été un grand succès. Il a cimenté cette union, déjà pourtant si intime, qui doit toujours exister entre des hommes appelés chaque jour à disputer à la mort les plus chères existences. Les médecins de Sherbrooke, et tous ceux que je connais dans les Cantons de l'Est, donnent certainement l'exemple de la tolérance ; ils peuvent bien différer d'opinion quelquefois, mais enfin, le bien général passe pour eux avant les intérêts particuliers. Ils sont placés dans des positions qui leur ouvrent toutes les portes; c'est pourquoi ils peuvent faire un peu de bien, en semant partout l'esprit de justice, dont ils récolteront eux-mêmes les plus doux fruits.
J'espère que ces réunions se renouvelleront au moins chaque année, et que tous les médecins, sans exception, se feront un point d'honneur d'appartenir à cette belle société médicale qui se réunit tous les mois au u Panthéon " de Sherbrooke : le Monument National.
La Kermesse du " Monument National."
Le 4 février prochain (1907), aura lieu le joyeux anniversaire de l'inauguration du Monument National. Il y a déjà un an que cet édifice public a vu le jour ; a-t-il répondu à l'attente de ses fondateurs ? Je le crois, car, que de belles choses y ont déjà été accomplies et que d'autres il se propose de faire. Aussi, comme il est choyé, le petit Monument ; comme il est dorloté, comme il est gâté par tout le monde, sans distinction de croyance ni de iace : c'est la mascotte du tout Sherbrooke intellectuel ! Il comprend si bien qu'il est dans les bonnes grâces de tous que, chaque jour, il se pare, pour s'embellir de nouveau, afin d'être plus digne de ses nombreux bienfaiteurs.
Oh ! ce n'est pas un ingrat, allez ! il reconnaît tous les sacrifices que tous se sont imposés et s'imposent encore pour lui, et j'affirme, en son nom, que sa reconnaissance sera aussi durable que le roc sur lequel il s'élève fièrement, mais sans ostentation ! De son observatoire, il a vu surgir d'autres institutions, si je puis m'exprimer ainsi ; il ne les jalouse pas, au contraire, il leur a tendu et leur tendra toujours une main secourable et amie, car s'il veut vivre luimême, il veut aussi laisser vivre les autres.
Le club des jeunes gens anglais (Y. M. C. A.) a ses sympathies ; ils seront toujours, je l'espère, comme deux frères
Siamois qui travailleront de concert pour le plus grand bien de la jeunesse sherbrookoise, chacun dans son genre. L'imposant Stadium, l'œuvre grandiose de deux de nos jeunes et entreprenants concitoyens, lui a fait un peu envie, mais seulement parce qu'il désirerait être aussi grand, aussi vaste que lui pour donner plus de confort à ceux qui veulent bien le favoriser de leurs visites. Enfin, si modeste qu'il soit, dans ses proportions, il compte sur l'appui général pour fêter convenablement l'anniversaire de sa naissance, durant la semaine du 4 février prochain. La kermesse sera inaugurée, comme l'année dernière, par un grand tournoi de cartes. Le reste de la semaine prochaine sera consacré à divers amusements : du chant, de la musique, des déclamations, des ventes publiques ; des rafraîchissements seront servis, etc., etc. Une succursale de l'Hôtel des Postes y sera installée par l'ordre de l'hon. ministre ; un bureau àHexpress y sera ouvert pour la commodité du public visiteur. Une table ronde, du fameux Casino de son altesse le prince de Monaco, a été expédiée à grands frais, pour la circonstance. Les Bohémiennes sont attendues de jour en jour, dans leur belle roulotté, qui a un peu souffert du froid et de la tempête de ces jours passés. Les splendides costumes des dames et demoiselles sont arrivés de Paris par le dernier paquebot. Enfin, tout sera prêt pour le jour indiqué.
De beaux prix seront donnés chaque soir aux heureux gagnants qui n'auront pas d'autres dépenses à faire (s'ils ne le veulent pas) que de payer dix centins d'entrée, car cette année, comme l'année dernière, il n'y aura pas de listes.
Madame la Présidente et ses aides vous diront ellesmêmes toute leur reconnaissance et moi je vous tire ma rince.