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DE SHERBROOKE À HALIFAX

Mon cher rédacteur,

Inutile de vous dire que je suis forcément obligé d'être laconique dans les quelques notes que je vous envoie, — quitte à vous donner force détails à mon retour, si le cœur vous en dit. — Parti de Sherbrooke, le 13 au matin, par notre ligne favorite, le " Québec Central," avec les membres de l'excursion de la presse de nos beaux Cantons de l'Est, j'arrivai à Lévis à 1 h. p. m. Le Grand Tronc entra en gare quelques minutes après, avec son contingent de Richmond, à la tête duquel était notre ami, le populaire député de Richmond -et Wolfe, M. Stenson, Mme Stenson, et AI. Lance, du Times, digne président de l'Association. Un magnifique dîner nous attendait au restaurant de Lévis, où nous fîmes la rencontre de M. Price, agent des voyageurs de l'Intercolonial, qui nous guide et nous accompagne tout le long du voyage. Les autorités de l'Intercolonial ont mis un magnifique char palais à la disposition de nos membres, et ont poussé la complaisance jusqu'à nous faire accompagner par un de leurs plus aimables employés qui se multiplie pour nous rendre le voyage plus agréable. A Trois-Pistoles. M. Lavigue, restaurateur émérite, nous avait préparé un souper digne de Gargantua. De Trois-Pistoles à Métis, le trajet est vraiment superbe. Notre train file à toute va-

peur, en serpentant le long de notre majestueux St. Laurent. A Métis, on quitte le fleuve géant pour entrer bientôt dans la province sœur, le Nouveau-Brunswick, et de là vers le pays aimé d'Evangéline. — Le temps se passe très agréablement ; chacun est obligé, qui, de chanter une chanson, qui, de faire un petit discours de circonstance, qui, de raconter une bonne histoire ou de. .. .je vous le donne en quatre, je vous le donne en cent : " go dry ! " c'est-à-dire que celui qui ne peut ni chanter, ni raconter, doit rester à sec — sine vino.

Enfin, le 14, vers n h. a. m., on aperçoit le second "Gibraltar canadien," car, malgré certaines prétentions, je ne puis concéder que Québec ne vient pas au premier rang. Cependant, Halifax est admirablement bien située et défendue par des fortifications imposantes. Sur l'île George et l'île McNab se trouvent d'excellents forts surmontés de canons modernes, paraît-il, qui pourraient semer la mort sur des vaisseaux ennemis qui voudraient entrer dans la rade. Cette baie, comme le havre de Québec, peut contenir la plus grande flotte du monde. La citadelle, qui se trouve presque au centre de la ville, occupe une Xxhs forte position ; elle ressemble un peu à celle de Québec par ses tranchées, ses bastions, etc. Il y a une garnison de trois mille hommes. On croit ici qu'Halifax est imprenable. C'est une ville admirablement située, mais qui a une apparence un peu antique. Elle compte 45,000 habitants. Les maisons de briques, de pierre ou de bois ont un air de vétusté et sale qui fait mal à voir. Le charbon mou qu'on y brûle fait perdre beaucoup à la beauté des édifices (car il y en a de vraiment beaux), sur lesquels il dépose une couche de suie. La cathédrale St. Patrice, où j'ai été entendre la messe, ce matin, est superbe ; c'est une magnifique construction en pierre de taille jusqu'au clocher inclusivement. Le parlement est aussi

un bel édifice. La Chambre du Sénat renferme plusieurs portraits â la peinture à l'huile, grandeur naturelle, de personnages célèbres : Lord Cornwalis, fondateur d'Halifax ; des reines Charlotte, Caroline et Victoria ; du roi Guillaume I, du roi Edouard II, etc. Le bureau de poste est aussi un superbe monument. Le jardin public est féerique ; on prétend ici qu'il n'y a rien de mieux à New York. Un collège catholique, un orphelinat, un hospice pour vieillards et infirmes, tenus par les Sœurs du Mont St. Vincent. L'hôpital général est magnifiquement situé et très-complet ; on y a pris des idées pour notre cher hôpital de Sherbrooke.

Il y a un système parfait de tramways électriques.

J'aurais encore une foule de choses à vous dire, mais je suis barrasse et vos lecteurs le seront peut-être encore plus que moi quand ils m'auront lu. Je vous écrirai de Sydney ou de Charlottetown.

A reviderlo !

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