‹ Mon premier néChapitre 8 sur 22 · TROISIEME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIEME LETTRE

Je vous disais, dans ma dernière lettre, que nous étions en route pour revenir à Toronto, après avoir parcouru en tous sens les fameux lacs Muskoka. A notre retour à l'hô-

tel Arlington, où nous avons nos quartiers-généraux, M. J. T. Johnston, le spirituel et habile gérant de la " Toronto Type Foundry Co.," nous propose de nous conduire dans un magnifique yacht, au club nautique " Royal Canadian," sis sur une petite île enchanteresse, à peu près deux milles de la ville. Il va s'en dire que la proposition est acceptée avec enthousiasme par tous les membres de l'excursion. Ce club spacieux, splendidement emménagé, est entouré de plates-bandes ornées de fleurs rares et protégé, le jour, des rayons trop ardents du soleil, par de magnifiques arbres qui, le soir, tamisent agréablement l'éclat trop brillant des nombreuses lumières électriques qui éclairent le môle, le port et la ville. Ce club est certainement un des plus beaux de l'Amérique du Nord. Il y eut musique, chansons, discours et un goûter superbe. Les touristes canadiens-français chantèrent " La Marseillaise " et " Brigadier " avec entrain, et les amis de Toronto d'applaudir à outrance.

A 7 h. a. m., le 22, nous prenons passage à bord du vapeur " Chippewa " pour les chutes. Le lac Ontario est une des plus petites mers intérieures, cependant il a une largeur de 45 milles ! De l'autre côté du lac, nous montons en chars électriques qui longent la rivière Niagara jusqu'aux chutes du même nom. Le monument de Brock, héros de la guerre de 181 2, s'élève majestueux sur le sommet de la falaise de Oueenston. L'électrique part à toute vitesse, en suivant les sinuosités de cette rivière unique au monde, encaissée entre deux blocs énormes de calcaire et de granit, et dont les eaux verdàtres se précipitent, en mugissant, comme pour se frayer un chemin plus vaste dans ces vastes gouffres taillés par les cyclopes d'antan. mytkologiquement parlant.

De loin, on aperçoit une bande sombre qui a l'apparence d'une corde immense reliant les deux rives. A mesure

qu'on approche, cependant, cette illusion fait place à la réalité ; ce qui paraissait comme un gros câble, d'abord, se dessine mieux et on reconnaît bientôt le fameux pont suspendu, oeuvre du génie de l'homme, faible étincelle du génie du Créateur. Mais quelle est cette vapeur blanche qui flotte là-bas sur les flots verts ? Ah ! quel aspect ! quelle grandeur et quelle majesté ! Que l'homme se sent petit en présence de cette merveille : les chutes Niagara !

Notre char s'arrête sur le bord d'un rocher gigantesque, surplombant le gouffre sans fond ! On descend aux pieds des chutes au moyen d'un ascenseur. Il y a là un petit bateau, " INIaicl of the Mist," (La fille des brouillards) sur lequel les touristes, avides d'émotions, vent faire une promenade sur cet abîme sans cesse agité. Quel beau spectacle, mais quel serrement de cœur on doit éprouver ! Je ne me sentais pas la force d'entreprendre ce périlleux voyage, malgré les instances de mon compagnon ; je me contentai donc d'admirer en silence ! Avant de descendre, on revêt un costume spécial en caoutchouc et il faut être accompagné d'un guide. C'est grandiose ! on a devant soi le gouffre, et au-dessus, à une faible distance, une masse d'eau énorme qui nous éclabousse en tombant. Quel beau, mais quel terrifiant spectacle ! Un faux pas, et tout serait fini ! Devant cette merveille de la nature, je ne puis que répéter avec le poëte :

" L'immensité, les deux, les monts, la plaine, " L'astre du jour qui répand sa chaleur, " Les sapins verts dont la montagne est pleine " Sont ton ouvrage, 6 divin Créateur!

" Humble mortel, devant l'œuvre sublime, " A l'horizon quand le soleil descend, " Ma faible voix s'élève de l'abîme, " Monte vers 'loi, vers Toi, Dieu tout-puissant! "Je crois en Toi, Maître de la nature, niant partout la vie et la fécondité.

" Dieu tOUt-puissant qui fis la créature,

" Je crois en ta grandeur, je crois en ta bonté !

Nous revenons à Toronto, le soir, à 8 heures. Le lendemain matin, à 9.30 heures, nous allons visiter la ville en compagnie des échevins Steiner et Graham, qui avaient mis plusieurs voitures à la disposition des touristes. Nous visitons d'abord l'hôtel de ville, qui sera sans contredit, une fois achevé, un des plus beaux du continent ; il devra coûter entre 2 et 3 millions. M. le maire de Toronto nous y attendait pour nous souhaiter la bienvenue. Les bâtisses du parlement local forme un corps de bâtiments très-imposants. L'Ecole Normale est certainement un modèle du genre ; les avenues qui y conduisent et les magnifiques parterres qui l'environnent, sont de toute beauté. Cette école possède un musée superbe qui ne le cède guère à celui de New York.

Mon confrère et moi allons, dans l'après-midi, visiter l'Hôpital-Général, qui est très-vaste et très-bien entretenu. L'Hôpital St. Michel, tenu par les Sœurs St. Joseph, est plus petit, mais aussi sur un bon pied.

A 9.30 h. p. m., nous reprenons le train pour Gananoque, d'où nous repartons, le lendemain, à 6 h. a. m., par le vapeur " Corsican," pour descendre le fleuve jusqu'à Montréal. Ici, encore, on se trouve en présence d'une belle nature, embellie, si possible, par les mains de l'homme. En effet, sur les Mille-Iles, à travers lesquelles passe fièrement (il n'est pas Corse pour rien !) notre joli vapeur de la compagnie Richelieu, s'élèvent ici et là, non plus des villas comme sur les îles des lacs Muskoka, mais de véritables châteaux du moyen-âge et même fin-de-sûde, car chaque heureux propriétaire de ces palais, tout en pensant au confort, a aussi visé à l'originalité.

Vers les 7 h. p. m., nous sautons les fameux rapides de Lachine, après avoir passé ceux des Cèdres, etc. C'est vrai-

ment hnolionnani ! Enfin, nous voilà encore une fois dans notre bonne ville de Montréal, où nous prenons un excellent souper à l'hôtel Queen, puis nous nous remettons en route pour Sherbrooke. Hourrah pour chez nous !

J'aurais voulu vous donner plus de détails sur cette belle excursion, mais le temps me fait défaut. On vous en reparlera d'ailleurs dans les " Echos " du voyage.

Le Bazar de IQOI.

L'année dernière, à pareille époque, la bonne Sœur St-Charles, que tous ont connue et aimée, trottinait allègrement ici et là pour le bazar. Elle n'est plus ; mais, du haut du ciel, elle doit connaître les besoins des membres souffrants de Jésus-Christ et intercéder pour eux auprès de ce bon Maître. Le vide causé par sa mort a été rempli, de nouvelles ouvrières travaillent avec ardeur à leur œuvre si noble et si belle : le soulagement des misères inhérentes à notre faible nature. Les pauvres et les malades de la ville ont revu la même robe de bure pénétrer dans leurs foyers, le même cœur tendre et compatissant s'informer, avec sollicitude, de leurs besoins. Il y aura toujours des Sœurs St- Charles tant que durera la religion, et cette religion divine, fondée par Dieu lui-même, ne mourra jamais ! Mais il y aura toujours aussi des pauvres et des riches, c'est une des lois fondamentales et nécessaires pour l'harmonie qui doit exister dans la grande famille humaine ; diront ce que voudront les cgalitaircs et les îttopistcs de toutes sortes. Mais, s'il doit y avoir des riches et des pauvres, il incombe à ceuxci le devoir, oui, le devoir impérieux de secourir ceux-là.

La saison des fleurs vient de finir, elle a été bien courte, hélas ! surtout pour les pauvres. Ces malheureux vont souffrir encore cet hiver ; le charbon et le bois seront rares pour eux qui n'auront pas toujours l'argent pour se les pro-

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curer ! Gravons bien dans nos cœurs ces belles paroles d'un poëte :

" Voici l'hiver et son triste cortège, Les malheureux souffrent beaucoup l'hiver ; Contre leurs maux il faut qu'on les protège, Il fait si froid dans leur foyer désert ! Accomplissons l'ordre de la nature, Donnons, donnons pour les êtres souffrants. Comme aux oiseaux Dieu donne la pâture, Donnons surtout pour les petits enfants !

La charité, du pauvre entend la plainte,

Klle console et calme ses douleurs,

Et, poursuivant sa tâche noble et sainte,

Du malheureux elle sèche les pleurs !

Imitons-la, secourons la misère.

Tout est compté, là-haut, rien n'est perdu ;

Et ce qu'on donne au malheureux sur terre,

Au ciel un jour par Dieu sera rendu ! "

Oui, ce qu'on donne aux pauvres nous sera rendu par Dieu, n'en doutons pas. Ce Dieu puissant, qui a créé toutes us richesses que nous voyons, ne peut-il pas les distribuer à ceux qui s'efforcent de faire un peu de bien à ses membres souffrants ?

Keoutons cette autre plainte d'un malheureux vieillard :

" Pauvre abandonné sur cette terre,

L'âge m'oblige à tendre la main. . . .

Prenez en pitié ma douleur amère ;

Donnez, donne/, au vieillard un morceau de pain !

Vous qui vive/, vivez dans l'opulence

Regardez quelle est ma souffrance !. . . .

Souvenez- vous que pour les cieux,

Qui donne aux pauvres prêle à Dieu !...."

Oui, prêtons à Dieu pendant qu'il nous en donne encore le temps. Y a-t-il une plus grande jouissance sur terre que celle que procure la charité? pour moi je n'en connais point.... et je voudrais être riche, oui, riche à millions, pour soulager ces milliers, et même ces millions d'êtres humains qui endurent chaque jour, de par le monde, les affreux tiraillements de la faim ! Quelle douleur angoissante (pie celle causée par la faim inassouvie ! il n'y a pas de dou-

leur comparable à celle-là ! .... Et dire que chacun de nous pourrait, avec un peu de son superflu, soulager la misère de cette pauvre mère, épouse d'un mari ivrogne et dénaturé, de ces chères petites créatures qui souffrent et agonisent sur leur grabat, dans un infect taudis !

Tous les citoyens d'une ville ne sont pas toujours au courant des souffrances qu'endurent ses plus pauvres habitants ; mais qu'ils demandent au clergé, aux prêtres et aux médecins, qui pénètrent un peu partout, et ils leur diront les drames de misère qui se passent souvent à côté des palais !

Ces citoyens ne peuvent pas toujours faire l'aumône avec discernement ; car, il faut l'avouer, à la honte de l'humanité, il y a de mauvais pauvres à. face humaine qui volent, ivrognent et font pis encore !

Nous avons, au milieu de nous, de nobles femmes qui tendent chaque jour à la perfection, qui visitent aussi bien la mansarde que la somptueuse demeure ; qu'elles soient nos mandataires, donnons-leur généreusement, au bazar, le 21 courant et les jours suivants.

Elles ne viennent à peu près qu'une fois l'an nous demander l'aumône pour nos pauvres, et nous sommes certains qu'elles ne dépenseront pas follement l'obole que nous leur donnerons.

Au bazar, en foule. . . .au bazar ! au bazar ! que ce soit le cri de ralliement de toute la ville de Sherbrooke pendant la semaine du 21 octobre.

Feue Sœur St. Charles.

Entendez-vous ? le glas funèbre sonne lentement au beffroi ! Mais, c'est le glas des morts ! Oui, c'est le glas de cette femme de bien que tous ont connue et aimée. C'est le glas de Sœur vSt. Charles ! O mort impitoyable ! tu n'as donc d'égard pour personne ? Pourquoi avoir ravi sitôt cette bonne mère aux pauvres, aux malades et aux orphelins ! Transiit bene faciendo ; oui elle a passé en faisant le bien. Qui comptera jamais tous les pas que cette bonne Sœur a faits pour les pauvres, si ce n'est son ange gardien ? Que de familles dans la détresse elle a soulagées, que d'orphelins elle a recueillis, pendant ses quinze ans d'apostolat dans notre bonne ville de Sherbrooke !

Tous les jours, pendant le beau temps ou la tempête, on rencontrait Sr. St. Charles, sa besace d'une main, remplir de petites délicatesses pour ses pauvres et ses malades — et son chapelet, de l'autre, implorant la miséricorde divine pour un malheureux endurci. Cette bonne Sœur pénétrait partout où il y avait des souffrances à soulager, dans somptueuse demeure comme dans la mansarde. Les douleurs morales, qui sont parfois les plus cuisantes, la touchaient autant que les douleurs physiques: aussi, avait-elle toujours un bon mot d'encouragement pour toutes les misères inhérentes à notre pauvre nature.

" C'est une Mère ravie A ses enfants dispersés, Qui leur u ml de l'autre \ ie Ses bras qui Les ont bercés ! "

Oui, bonne mère St. Charles, du haut du ciel, veillez sur vos petits orphelins qui le sont doublement aujourd'hui ; veillez sur vos paiivres qui ne vous verront plus ; veillez sur les malades que vous avez tant de fois consolés ; veillez sur tous les malheureux auxquels vous enseigniez si bien la résignation chrétienne. — Et vous, courage, bous pauvres, le Seigneur a rappelé à lui sa Servante, mais il reste encore de ces femmes héroïques qui soulageront vos douleurs. La robe de bure de la Sœur Grise que vous avez appris à respecter vous restera familière. Une brave est tombée sur le champ d'honneur, mais dix se lèvent déjà pour la remplacer.

Ainsi se renouvellera la phalange sublime tant qu'il y aura des misères à soulager.

Disgracieux.

Généralement, chacun aime à vanter son pays et ses belles, et je suis un de ceux-là ; mais, enfin, il y a des bornes à la patience humaine ! Je dis donc, sans autre préambule, que les rues de la ville sont dans un état disgracieux, oui, tout à fait disgracieux ! au point que les étrangers qui la traversent n'en reviennent pas de leur surprise, et avec raison. Où sont donc nos édiles qui ont signé le célèbre /#r/<? avec la Compagnie des chars urbains? Sont-ils à cinq pieds sous la neige, sous le fameux remblai qui borde, dans toute sa longueur, le non moins fameux chemin de ceinture ?

Que dire du talus sur le chemin de Lennoxville? Ce chemin servait autrefois de promenade fashionable à nos bons citadins ; il est aujourd'hui impraticable, surtout en hiver.

J'ai vu, de mes yeux ztu, que, pour aller à Lennoxville, il fallait absolument passer sur la voie des chars urbains, ou sinon embourber son cheval, voilà ! Pareille chose ne serait tolérée dans nulle autre ville qu'à Sherbrooke. Que dire aussi des environs de la gare " Union" ? Qui est responsable de l'état de choses actuel : les compagnies de chemins de fer, la ville, ou la Cie des chars urbains ? Je n'en sais rien et n'en veux rien savoir, mais je constate de visu, que deux voitures ne peuvent se rencontrer de front, et pour cause : banc de neige qui borde le trottoir de la gare, d'un

côté, et ligne urbaine de l'autre. Cela est encore disgracieux pour les responsables. On répondra peut-être : il faut s'attendre à ces désagréments, après une tempête de neige. Après une tempête, soit ; mais non pendant trois semaines ou un mois de beau temps. Il n'y a pas d'excuses qui tien, nent ; il faut être décents partout, surtout dans les rues, comme dirait M. le Chef. Allons, citoyens, vous payez vos taxes, je suppose, puisque notre généreux conseil augmente le salaire de ses employés assez souvent, et se paye même le luxe de faire des cadeaux à vos dépens ? Eh bien ! alors, vous avez droit que l'on ne nous fasse pas casser le cou, chose qui arriverait cent fois par jour, sans l'extrême prudence des conducteurs de voitures. Si le nouveau conseil ne fait pas plus pour nos rues que son ou ses aînés, qu'on le change ; qu'on n'élise que des automédons et nous aurons le règne des beaux chemins.

A bon entendeur, salut !

Le Bazar de 1902.

Encore le bazar ! Mais oui, mes bons amis, toujours le bazar qui aura lieu à la salle St. Joseph, dans la semaine du 13 octobre courant. Est-ce trop d'une fois par année, quand il s'agit de faire un peu de bien à nos pauvres, à nos malades, à nos infirmes nécessiteux ?. . . . Non assurément ; aussi, suis-je certain que chacun de nous voit arriver cette semaine d'aumônes et d'amusements avec plaisir. Nos bonnes Sœurs Grises vont jubiler, elles aussi, car elles savent par expérience qu'elles ne font pas en vain appel à notre charité ! Leurs cœurs de femmes et de mères vont tressaillir de joie, en pensant à tout le bien qu'elles pourront faire, pendant l'hiver qui nous menace déjà, avec l'obole du pauvre aussi bien qu'avec la belle offrande du riche. A l'œuvre donc, mesdames, sous la direction de votre habile présidente ; un petit sourire à droite et à gauche, un de ces sourires gracieux qui délie le cordon de la bourse de vos maris, de vos frères et môme de vos simples connaissances. Je sais par moi-même que la plus laide portion de l'humanité ne peut résister aux charmes de la plus belle. Ne vous gênez pas, "demandez et vous recevrez," je ne vous dit que ça, certain d'avance que les hommes, avec leur galanterie proverbiale, ne me feront pas mentir.

Il y a de ce temps-ci, à l'hôpital, beaucoup d'êtres souffrants, et combien d'autres y seraient admis, si les Révérendes Sœurs pouvaient seulement les loger; mais il nY a pas

de place : la maison est remplie du rez-de-chaussée aux mansardes, il faut donc nécessairement bâtir au plus tôt. Que tout le monde offre son obole, et plus tard, quand nous au. rons le magnifique hospice projeté, chacun de nous pourra dire : "J'ai aidé, moi aussi, à construire cet asile où tant de misères sont et seront soulagées ! " N'est-ce pas que nous serons fiers de notre œuvre ? . . . .

J'ai été témoin, ces jours-ci, à l'hôpital, d'une petite scène bien touchante : un petit orphelin s'en va mourant ; l'ange de la mort plane déjà sur son petit lit blanc, si bien entretenu par une bonne Sœur, qui a pour ce cher déshérité une vraie tendresse de mère. L'enfant souffre sans se plaindre— la Sœur lui a dit d'imiter le petit Jésus ! — Ce petit homme pourrait, sur ce point, faire la leçon à bien des hommes ! il disait à la Sœur : " Ma Sœur, vous dites que le ciel est bien beau, je veux bien y aller moi aussi, au ciel, pour connaître ce petit Jésus que vous m'avez appris à aimer, et pour revoir petite maman ; mais, s'il vous plaît, ma Sœur, gardez-moi toujours avec vous, je ne veux pas qu'on me porte en terre, j'aurais trop froid cet hiver ! . . . ."O candide naïveté de l'enfance, comme son bon ange devait sourire en entendant ces motb, et comme il devait déjà tresser la couronne de ce petit martyr ! Il est mort depuis. Qui a appris à ce pauvre petit èossu, perclus dans tous ses membres, endurant parfois des souffrances atroces, qui lui a appris, clisje, à se résigner ainsi ? Une Sœur Grise, une de ces nobles femmes qui ont tout quitté pour consacrer leur vie à adoucir les souffrances de leurs semblables ! Allez, mes Sœurs, continuez l'œuvre si belle que vous avez entreprise ; laissez les méchants ou plutôt les sots vous calomnier, soyez toujours le bon Samaritain qui console ceux qui pleurent. Méprisez, non, plaignez plutô': les malheureux qui vous injurient ; un jour viendra peut-être (il est déjà venu!) où un

prétendu heureux de la terre, un de vos détracteurs, — châtiment ou plutôt clémence du ciel — viendra expirer sur un lit d'hôpital ! Oh ! c'est alors que la chance sera belle de vous venger !. . . .Que dis-je?. . . .oui, oui, de vous venger ! mais de vous venger à votre manière, le crucifix à la main, le sourire aux lèvres, le regard tourné vers le ciel et le pardon dans le cœur ! . . . . Vous êtes de la grande famille humaine, mes Sœurs, vous n'avez donc pas une nature angélique et il n'est pas surprenant que la chair se révolte quelquefois, mais comme vous travaillez généreusement à la dompter ! Je dis cela pour ceux qui répètent : " Bah ! les Sœurs, ce sont des femmes comme les autres ! avec elles, il faut de l'argent et toujours de l'argent !...." Et pour qui donc cet argent, s'il vous plaît ? Pour nourrir et vêtir nos pauvres, pour élever en chrétiens les petits malheureux qui n'ont plus de mère ! .... et je vais vous le prouver. Voici, à peu près, le nombre considérable de personnes qui ont été admises à l'hôpital depuis le dernier bazar : vingt-sept invalides ; deux cent cinquante-trois malades ; trente-neuf orphelins ; cent trente-deux malades pensionnaires ; de plus, 767 repas donnés aux pauvres, et 2,169 visites faites en ville par les Sœurs, aux pauvres comme aux riches ! Jugez vous-mêmes de la somme de travail que tout cela a nécessité ! et il a fallu nourrir tout ce inonde ; pour moi, c'est merveilleux !. . . .

Appelez-vous cela "l'amour de l'argent?" Voyons, soyons sincères. Une Sœur est toujours bien mise ; voulezvous dire par-là qu'elle porte des robes de soie ou de satin? non, non, moi qui coudoie les Sœurs tous les jours, je vois souvent mille reprises dans leurs robes de bure ! Comme elles sont ingénieuses, ces bonnes Sœurs, elles paraissent toujours propres, bien souvent avec une robe de 5, 10, 15 ans et plus ! je le sais. . . .et le jure, entendez-vous ?

Nous avons des Sœurs de quatre ordres différents, en ville ; partout, vous trouverez la même économie, le même esprit de sacrifice, le même dévouement : ne travaillent-elles pas toutes pour le même Maître?

J'ai entendu dire (peut-être par des femmes !) qu'une femme qui se dévoue vaut dix hommes ; je le crois, (un peu par galanterie).

Eh bien ! messieurs les hommes, faisons comme d'habitude la plus douce part : donnons, donnons généreusement ; qu'y a-t-il de plus doux que de donner quand on le peut, et surtout pour faire des heureux ! Ce faisant, nous prouverons à ces Dames que nous pouvons aussi nous dévouer, à noire manière.

En foule donc, au bazar, j'y convoque le ban et l'arrièreban de toute la population masculine, pour prendre d'assaut la salle St. Joseph, qui sera bien défendue, je vous en réponds. Emparons-nous des listes qui sont si habilement préparées par ces Daines, qu'elles les multiplient à l'infini ! mais avec beaucoup de munitions dans notre gousset et un peu de bonne volonté, nous en viendrons à bout.

Congrès National

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