À NOS VAILLANTS CULTIVATEURS
Voulez-vous savoir, mes bons amis, ce que peuvent la constance et l'industrie? lisez les quelques lignes qui suivent.
D'abord, laissez-moi vous dire que celui qui vous écrit n'est ni rouge ni bleu; c'est un type à part, indépendant de tous les partis politiques si vous le voulez—et vous aurez dit juste. A mon point de vue, et pour moi bien entendu.
c'est le parti le plus sage. Ceci étant bien compris, revenons à notre sujet :
Je viens vous parler aujourd'hui de Ja jolie petite paroisse de St. Fabien, située sur les bords du St. Laurent, dont elle est séparée par une chaîne de montagnes ; cette paroisse est aujourd’hui très prospère. Le courant d’émigration aux Etats-Unis l'a efeurée sans doute, mais, malgré tout, je ne crois pas qu’il y ait une seule terre veuve de son propriétaire ; sans parler de l'église qui est un petit bijou, de tous côtés s'élèvent de jolies maisons et des granges spacieuses, preuve que le sol est productif et cultivé avec soin et intelligence. La paroisse possède, depuis quelques années déjà, une fromagerie qui a amplement remboursé ses actionnaires et contribué à mettre presque tous les cultivateurs dans une honnête aisance. Une beurrerie est en pleine
opération depuis quelque temps et donne satisfaction aux intéressés. 11 s'y construit daus le moment une boulangerie. Le moulin À scie et à farine, bâti à quelques arpents
de la gare de l’Intercolonial, paie bien son propriétaire des déboursés qu'il a faits.
Presque tout le monde est sobre à St. Fabien ; par contre, on n’y boit de bien bonne eau. Plusieurs cultivateurs ont un robinet dans leur maison et même dans leur écurie ; ils y conduisent l'eau d'excellentes sources de 4, 5 10 et inême 15 arpents; vraiment c’est À s’y tromper, on se croi. rait en ville, tant ces gens ont de confort, mais pas à Sherbrooke, par exemple, où l’on ne boit que l’eau sale et mal. saine de la rivière Magog.
t-on dit, ont creusé un nouveau lit à cette rivière; maintenant ce terrain
improductif autrefois est une des meilleures parties de leurs terres. .
Le 15 août courant, j'avais le bonheur d: fouler de nouveau ce sol béni. Ah! que mes pas étaient légers, mais mon cœur saignait, il est vrai, car pour aller rendre visite à mon père et à ma mère, il me fallait franchir la porte du cimetière, antichambre de l'éternité qui effraie tout mortel! Après une fervente prière sur leur tombe, je fus rendre visite au Rév. M. P. Audet, chanoine, curé; c’est au patriotisme, au zèle, à l'intelligence de ce prêtre dévoué que cette paroisse doit ce qu’elle est aujourd’hui. Je suis heu- Teux en ce moment de pouvoir publiquement rendre hommage à son dévouement. Ah! si tous les hableurs politi.
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ques, à quelque parti qu'ils appartiennent d'ailleurs, si chacun, d'eux dis-je, faisait pour sa paroisse natale seulement ce que fait ce digne curé, notre belle province de Québec serait plus prospère qu'elle ne l’est.
Ici, il n’y a pas ou point de dettes, chacun vit paisiblement sur le coin de terre que lui a légué son père ; tout le monde est content de vivre sous la honlette de ce bon Pasteur. Je m'arrête, car je craindrais de blesser sa modestie,
Allons, vous tous cultivateurs, pionniers, défricheurs, courage, restez aux champs; il y a près de vous aussi un des membres de notre noble clergé, (quoiqu’en disent les méchants) prêt à bénir votre union, à baptiser vos enfants, à vous soutenir, à vous encourager dans les épreuves de la vie, à prier et souffrir avec vous ; enfin, à vous absoudre au dernier moment, à votre départ de cette terre d'exil pour notre véritable patrie à tous... le Ciel !
Amis, au revoir.
Le Bazar de 1807.
Hourra pour les pauvres !
Bon début, hier soir, à la partie de cartes: cent vingt couples se pressaient dans la grande salle de l'Union St. Joseph décorée avec goût et gracieusement mise à la disposition des Dames Patronnesses, par les membres de cette belle et charitable société. De jolis prix furent distribués aux heureux gagnants.
Comme c'est beau de faire l'aumône, puisqu'on en est récompensé, même en ce monde ! Quand vous allez au thé. tre, vous vous attendez de Payer au moins vingt-cinq sous, n'est-ce pas? mais le plus souvent cinquante, cent et méme plus; et dire que pour dix sous, seulement dix sous ! prix d'entrée au bazar tous les soirs, cette semaine, vous aurez la bonne fortune d'entendre du beau chant, de la belle musique et même des petites pièces théâtrales bien réussies, je n’en doute pas, et tout cela en faisant la charité pour les pauvres, les vieillards, les infirmes et les chers petits orphe. lins! Comme chacun de ceux qui auront contribué à cette bonne œuvre devra retourner chez soi, après chaque soi. rée, le cœur gai, heureux de ce qu’il aura vu et entendu,
tout en donnant son obole pour le soulagement de quelques misères des nôtres !
Comme les petits orphelins devront faire de beaux rêves cette semaine, car les bonnes Sœurs, comme de vraies mères,
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ont promis à chacun, pour après le bazar, un bel habit neuf, bien confortable, bien chaud pour les froids qui commencent! Quelle joie pour ces chers petits! quel plaisir pour ces bonnes Sœurs de la leur procurer! Et pour nous tous donc, quelle jouissance de pouvoir faire tant d’heureux à la fois !....
Ceux qui veulent se payer le luxe d’un fin souper n’auront que vingt-cinq sous à débourser, souper qui en vaut bien deux, trois et même quatre fois autant. N’ayez pas peur, vous ne paierez que vingt-cinq sous, et pour tous les plats, cette fois. A propos de plats, ça me rappelle une petite anecdote : Etant de passage à Paris avec un mien ami, après avoir visité toute la journée, nous retournions à notre hôtel bien fatigués, lorsque j’avise un superbe restaurant— j'entre malgré mon copain et demande le prix du souper — trois francs par personne, me répondit-on. Oh! très bien, c'est bon marché, hein ? Nous nous mettons à table et nous nous faisons servir de bons plats. Qui mange bien rira jaune !—Je me rends au comptoir et demande la note. La caissière crayonne un bon cinq minutes, puis se tourne vers nous en minaudant: ‘Seulement cinquante-cinq francs, messieurs,” soit onze piastres! Je n'avais pas compris que notre marmiton avait voulu dire trois francs par plat et par personne. Imaginez notre stupéfaction !....La magie blanche ou noire de mon compagnon n’y put rien changer. Il fallut payer!
Vous n’aurez rien à craindre de cette espèce au bazar ; encore une fois, vous n'aurez que vingt-cinq sous à payer pour votre repas.
En foule donc, aux excellents soupers de Mme la présidente et de ses aides, qui sont aussi bonnes cuisinières que charmantes dames de salon.
Les Jcurnaux.
Mes chers amis, les Pauvres, c’est à v
ous que je m’adresse encore aujourd’hui ;
VOuS qui Peinez du matin au e
soir pour &agner votre païi:. de chaque jour, vous n’avez Le: pas le temps de lire plusieurs journaux, ni le moyen de les Payer, mais choisissez-en un bon, consultez votre curé à ce Sujet. Il vous faut avant tout, à vous catholiques, un journal catholique, c’est entendu, qu'il soit rouge Où bleu, pourvu qu’il soit bon. Mais même parmi les journaux catholi. ques, il y en a quelques-uns qui jo) moraux ; ne recey de la peau de l’
ous arrivent chaque jour ontre tel prosateur ou tel ent pas non plus, je crois.
gression.—Vous, prosateurs onne fois, —croyez-vous que ture à instruire le peuple ?
» CAT Vous nous arrivez, le plus souvent,
des talents, employez-les donc à et non à vous critiquer les uns les aueu ancien, ou une rime un peu louche.
nt beaucoup de jalousie chez nous, car rement cette manie, de quelques écrià se lancer des coups d'épée, à tort et À
quelque chose d’utile, tres, pour un mot un P
Il ÿ a certaineme je ne puis appeler aut vains de nos jours,
Se
raison, pour assouvir leur petite rancune, sans penser au supplice de ceux qui les lisent! Pour ma part, j'en suis dégoûté!....beaucoup de gens le sont comme moi,—on le serait À moins, grand Dieu !
Nous avons certainement des hommes de grands talents dans notre pays, mais parce qu’ils ne sont pas parfaits, sous tous les rapports, est-ce une raison pour les dénigrer ? Ce qu’il y a de malheureux, c’est que, bien souvent, ce sont ces mêmes hommes qui s'attaquent les uns les autres, tandis qu’ils devraient profiter des talents que le bon Dieu leur a donnés, non pour s’injurier, mais pour instruire leurs semblables moins bien doués qu'eux sous le rapport de l’instruction. Sous le fallacieux prétexte de corriger M. un tel, on fouille dans ses écrits, tâchant d’y découvrir quelques grains de sable pour en faire une montagne; ce n’est pas édifiant cela, messieurs, ce n’est pas édifiant !.... Maintenant, quelle confiance peut avoir un jeune homme qui sort du collège, quelle confiance peut-il avoir en lui-même, s’il veut embrasser la carrière des Lettres? Il lit les journaux politiques ou autres qui s’attaquent et se déchirent à qui mieux mieux; le pauvre garçon, eût-il les plus grandstalents de prosateur, de poëte ou d’orateur, n’osera pas se lancer, comme on dit, son amour propre le retiendra, il ne fera pas valoir ses talents, dans la crainte d’être critiqué, dénigré à son tour.—A qui la faute ?
Allons, mes chers amis, les pauvres, je m'aperçois que ma digression a été trop longue pour m’entretenir plus longtemps avec vous aujourd’hui, mais permettez-moi de vous donner un dernier conseil avant de vous dire “ au revoir :” Si vous avez un de vos fils au collège, continuez à faire des sacrifices pour lui, s’il a du talent—et vous, jeunes gens, ne vous effrayez pas de ce que peut dire de vous M. un tel ou un tel, tracez bravement votre sillon, mais marchez toujours dans le chemin de l'honneur et du devoir.
Le Bazar de 1808.