Pisang est le nom malais du bananier
canon ‘. Le chemidurivage jusqu’au divan, distant de quelques centaines de-pas, était couvert de nattes. Le sultan. vint au-devant de moi à moitié route pour me faire les honneurs. On voyait l'embarras de l'excellent homme, qui * ne savait comment se@onduire vis-à-vis d’une Européenne. Avec une grâce vraiment comique, il me tendit le bout des doigts, ce qui ne laissait pas que d’être une grande hardiesse suivant les idées mahométanes. Je posai le bout de mes doigts sur les siens, et en nous balançant, presque en dansant, nous nous rendimes au divan, séparé du vestibule seulement par une balustrade en bois haute de deux pieds. Il s’y trouvait une table massive à moitié couverte d’une toile de couleur, une chaise, et, à.défaut d’une seconde, une caisse. Le sultan et moi nous primes place à la table, les ministres et les grands du royaume s’assirent par terre le long desmurs. En dehors se pressait le peuple qui , comme on se le figure , était HR curieux de voir une Européenne.
Ma lettre de recommandation fut Ben sur une tasse d’argent; le porteur glissa sur ses genoux et.les yeux baisses jusqu’auprös du sultan, lui prit la main, la baisa avec une grande dévotion, et lui présenta la tasse. Le sultan ordonna au premier ministre de prendre la lettre, de l’ouvrir et de la lire.
Une lettre adressée à un sultan ou autre grand personnage doit, selon l’usage mahométan, se composer de toute une feuille; il n’est permis d'écrire que sur la première page; si elle ne suffit pas, il faut prendre une deuxième, , une troisième feuille. |
Quand on eut fini de donner lecture de la lettre, on servit des rafraichissements. A cet effet, on avait apporté
pour le sultan une assiette, et pour moi tout un couvert.
1. Les Malais connaissent les canons, les armes et beaucoup d’autres - objets d'Europe; une tribu les apporte aux autres.
Les rafraichissements se composaient de thé sans sucre et sans lait, de friandises et de fruits servis sur plus de vingt petits plats de verre bien taillé. Toute l’assemblee prit part à ce repas.
Après le repas, le sultan me conduisit dans la chambre des femmes. Ici, on avait eu également la politesse de me ‘ préparer une place plus élevée. Le sultan me présenta sa femme et ses filles, de vilaines créatures du vrai type malais. Quoiqu'il y eût là beaucoup d'hommes et de jeunes . gens, elles ne portaient que de simples sarongs, montant jusqu’à la moitié de la poitrine.
Le sultan de Sintang, à ce qu’il paraît, véritable despote dans son pays, a défendu à ses sujets de prendre plus d’une femme. Ce droit n'appartient, selon lui, qu’au prince. S'ilen a lui-même plus d’une, voilà ce que j'ignore; il ne m'en présenta qu’une seule.
Les cérémonies du départ furent les mêmes qu’à l'arrivée.
. Je fus très-étonnée de cette réception solennelle, d'autant plus que d’abord elle avait lieu en partie à l’européenne, et qu’ensuite je savais que le sultan de Sintang n'avait pas encore vu d’Europsen. Mon domestique m’expliqua cette énigme : la veille, lorsqu'il avait porté la lettre au sultan, celui-ci n’était pas absent comme on me l'avait dit : mais, ne sachant pas comment il fallait recevoir une Européenne, le sultan voulut d’abord consulter à ce sujet mon domestique. Celui-ci lui dépeignit les cérémonies qui ont lieu à Sarawak, quand le rajah Brooke revient d'un voyage, et c’est grâce à cette description que je fus reçue comme une souveraine. La chaise, la table, furent confectionnées en - toute hâte, et la vaisselle n’était autre que la mienne, apportée par mon domestique.
En prenant congé de moi, le sultan me promit de mettre à ma disposition un sampan ! pour me conduire jusqu’à