‹ Mon second voyage autour du mondeChapitre 16 sur 67 · Chef des Chinois à Batavia · texte numérisé non relu

Chef des Chinois à Batavia

vêtements était sans goût : ils se composaient de longues robes à larges manches et de pantalons courts.

La pièce avait quatre actes; mais chacun de ces actes ressemblait tellement à l’autre, qu’on pouvait prendre les trois derniers pour la répétition du premier. |

Après le spectacle on nous, conduisit à une table richement servie, où il ne manquait ni le mets favori du trippang, ni les nids d’hirondelles si chers et si estimés des Chinois. Le trippang et les nids d’hirondelles ressemblent à des mets très-salés et fortement épicés, que mon palais européen ne trouvait nullement de son goût.

Quelques jours à peine s'étaient passés depuis mon arrivée à Batavia, quand je fus invitée à Buitenzorg par le gouverneur général, M. Delmar van Twits, distinction dont je lui fus très-reconnaissante et que, comme étrangère, je sus doublement apprécier. J'étais réellement surprise de trouver les Hollandais tout autres qu’on me les avait dépeints,

Le 1" juin j’allai à Buitenzorg, accompagnée de M. van Rees. Le chemin étant magnifique et les chevaux toujours prêts à chaque station ', nous fimes les 35 paals* en trois heures. Plus nous nous &loignions de la ville, plus le paysage s’embellissait; on voyait se rapprocher la chaîne de montagnes. Il y en avait qui s’élevaient majestueusemént de 2000 à 3500 mètres, parmi les plus hautes figuraient le Pangerang, de 3200 mètres, et le Gede, de 3000 mètres. Quant à Buitenzorg, il est à 260 mètres de hauteur.

Le palais du gouverneur général est beau et se compose d’un grand corps de logis flanqué de deux ailes. Devant : ce palais s'étend une superbe prairie avec des étangs et de gros et forts arbres, des banians aux ombrages touffus. Des

1. Quand on voyage à Java avec des chevaux de poste, il faut envoyer d'avance des feuilles de route.

2. Je compterai désormais toujours par paals. Un paal équivaut à un mille anglais. , .

troupeaux de cerfs et de biches campaient tout autour. Le fond était animé par un vaste jardin botanique.

Comme nous ne devions être présentés au gouverneur général qu'à sept heures du soir, peu de temps avant le diner, nous eümes le loisir de visiter le jardin. Il est très-grand et disposé avec beaucoup de goût. De beaux parterres de fleurs alternent avec de petits bois, des prés et des bosquets ; des étangs et des ruisseaux brillent à travers la verdure; de superbes routes et de jolis sentiers se croisent, et des bancs élégants invitent le passant fatigué à s’y reposer. Parmi les plantes, il y en a beaucoup d’assez rares et vraiment curieuses. M. Teismann, chargé de la surveillance du jardin, appela surtout notre attention sur une plantation de vanille, plante grimpante, et sur deux délicates petites tiges de quinquina. Ces deux plantes n’ont été importées d’Amerique que dans ces derniers temps. Le climat semblait parfaitement convenir à la vanille; ses tiges pliaient sous le poids de grosses cosses. Ces cosses sont cueillies toutes vertes, et séchées d'abord au soleil, puis à l’air, jusqu’à ce. qu’elles se soient fortement ratatinées et qu’elles aient pris -une couleur tout à fait noire. M. Teismann me fit cadeau d’une cosse séchée rassemblant à la meilleure des Indes occidentales que j’eusse jamais vue. Le quinquina réussit moins bien. Quelques arbres étaient déjà morts, et ceux qui avaient résisté ne se montraient guère vivaces.

Le soir, je fus présentée au. gouverneur général et à sa femme. Ce fut le gouverneur général lui-même qui m'offrit le bras pour me conduire à table.

Tout le monde m'avait dépeint ce monsieur comme extrêmement sérieux et avare de ses paroles. En effet, une gravité profonde se lisait dans tous ses traits; mais je ne le trouvai nullement taciturne, et même à chaque parole sa gravité semblait disparaître pour faire place à une gaie

et douce sérénité. Lui et sa femme eurent pour moi les plus grandes bontés et les plus aimables prévenances.

Pendant mon séjour à Buitenzorg, on organisa des parties pour me faire voir les curiosités les plus intéressantes des environs. Je citerai particulièrement la plantation de cochenille du comte van der Bosch, et la grotte aux hirondelles , où les Chinois vont chercher les fameux nids dont ils sont si friands.

Ponde-Gédé, possession du comte van der Bosch, doit être considéré, sous tous les rapports, comme une ferme modèle. Le comte est lui-même un agronome habile et actif, occupé à perfectionner toutes les branches de l’économie rurale, La cochenille ne forme qu’une faible partie de son exploitation ;il cultive le riz, le sucre, le café, etc. ‘

Ce fut l'exploitation de la cochenille qui eut pour moi le plus d'intérêt; et je m’y arrêtai longtemps, d’autant plus que M. le directeur Meyer me montra tout lui-même et me donna sur tous les sujets les éclaircissements les plus précis. Tout ce que j'écris sur cette matière, je le tiens de sa bouche.

Il y a déjà plus d’une vingtaine d'années que le Nopal !, et la cochenille furent transplantés des possessions occidentales d'Espagne à Java. Mais des nombreux insectes qu’on avait rapportés avec les pieds de nopal, il n’y en eut que deux qui arrivèrent vivants. Par un heureux hasard, ils se trouvèrent être de sexe différent.

C'est une chose fort extraordinaire que la propagation rapide de cet insecte ; car il y a déjà bien des années que Java en fournit de 150 à 200 000 livres, et, après des calculs souvent répétés, on a fini par savoir qu'il faut 33 000 cochenilles de la grande espèce pour donner la valeur d'une livre.

Pour étäblir une plantation de Li ave on met dans la

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