Le nopal fait partie de la famille des cactus
terre des feuilles ou des plantes saines, avec la partie inférieure. Au bout d’un an il s’est déjà formé une tige avec plusieurs feuilles; la troisième année on peut peupler la plante. Voici comment on procède. On prend de petits cornets, faits des feuilles du cactus; on y met cinq ou sept insectes, on les porte ainsi sur la feuille du nopal, et on y attache le cornet avec une petite épine. Un arbuste de nopal compte jusqu’à trois cents feuilles ; on n'y applique cependant pas plus de 70 à 80 cornets, et on est très-con-
tent, dans la partie ouest dé Java, lorsque quatre plants de nopal produisent l’un dans l’autre une livre de cochenilles vivantes; dans la partie est de Java, on retire d'ordinaire la même quantité de trois pieds de nopal.
Les plants une fois peuplés, on les laisse sans les couvrir, ou bien on les couvre d’un léger toit de feuillage. S’ils restent découverts, les insectes. se propagent seulement par un temps constamment sec, tandis que de l’autre manière la propagation peut se faire presque toute l’année. Quand la saison ordinaire des pluies est passée, on compte sur la durée du beau temps à partir du mois d’avril. Mais dans la partie ouest de Java, où il pleut souvent, même pendant la belle saison, on peut, si on ne couvre pas les plants, les peupler six et même neuf fois sans obtenir une bonne récolte.
Quand l’insecte a engendré, il meurt. Les nouveau-nés rampent sur les feuilles, mais s’établissent bientôt quelque part et restent ensuite à la même place sans faire le moindre mouvement. Une fois la cochenille ôtée de dessus la plante, on la sèche dans des pièces fortement. chauffées (de cent soixante à cent soïxante-quinze degrés Fahrenheit). On chauffe les sechoirs au moyéh de tuyaux en fer; les vapeurs exhalées passent par une ouverture pratiquée dans le mur. Cent livres de cochenille fraîche produisent, séchées , de trente-deux à trente-trois livres sans compter deux ou trois livres de poussière. Cette poussière, qui en-
veloppe l’insecte, semble être pour lui un préservatif contre le froid et la pluie. La couleur de la cochenille est d’un gris blanc; mais si, en la frottant doucement, on enlève la poussière, elle devient noire.
Depuis quelques années le prix de la cochenille a bien baissé; la factorerie des Pays-Bas paye aujourd'hui, y compris l'emballage et le port jusqu’au lieu d'embarquement, deux roupies par livre pour la première et la deuxième qualité, et 85 deniers ‘ seulement par livre pour le rebut.
La grande grotte aux hirondelles, où des milliers de ces oiseaux font leurs nids, est à peu près à douze paals de Buitenzorg. Elle est affermée avec les terres environnantes à un Chinois qui paye pour la grotte et pour les terres cent mille roupies. Le fermier nous conduisit lui-même dans la grotte, qui est d’un accès très-difficile. Nous avions emmené des guides, des porte-torchès, et apporté des échelles et autres choses nécessaires; il nous fut néanmoins impossible de pénétrer bien avant. On prit quelques nids dont on me fit cadeau. Ils étaient de couleur blanche, entremélés de quelques plumes, et si petits que j'avais de la peine à comprendre comment l'oiseau, qui est de la grosseur d’une hirondelle ordinaire, pouvait y tenir seul, et à plus forte raison avec ses petits. On suppose que les nids sont faits de varech, car d'ordinaire cette espèce d’hirondelle bâtit ses nids dans des cavernes et des grottes non loin de la mer, c’est-à-dire à trente ou quarante paals au plus dans l’intérieur des terres, mais jamais au. delà,
Tous les trois mois on fait la récolte des nids, dont on Ôte avec soin toutes les plumes et qu’on sèche ensuite à l'air. Il y a différentes sortes de nids. Plus ils sont blancs, plus on leur a öt6 de plumes, plus ils sont chers. Vouloir enlever toutes les plumes n'est pas toujours possible, parce qu'elles sont quelquefois si bien entrées dans le varech qu'on
1. Le denier, ou denier de gros, monnaie de compte, représente eniron 2 centimes et uns de France.
ne peut pas les en détacher. Le picoul de ces nids coûte à Java de quatre à sept mille roupies. Trois nids font à peu près deux onces; ils se payent sur les lieux une ou deux roupies la pièce. Le fermier de cette grotte récolte tous les ans environ douze picouls de nids.
Le gouverneur général me fit la gracieuse surprise dé m'accorder des chevaux de poste jusqu’à Bandong (résidence de Preanger). C'était une grande rc car le.
e poste à titre gratuit‘. Le 11 jui Buitenzorg, mais je n À fis ce jour que dix z la famille Boeck, dans le Be passai dvd jour. rs extrêmement agréables. Tout me combla d’attentions; et quand on remarqua ma pour les insectes, toute la famille m’aida à en che la remercie du fond du cœur, ainsi que tous mes aufrés
. amis de Java; ils peuvent être sûrs que je garderai toute
ma vie le souvenir de leurs bontés et du vif intérêt qu’ils m'ont témoigné !
: Le 13 juin jene fis également pas plus de 11 ou 12 paals pour me rendre à Typanas, maison de campagne du gouverneur général. Le chemin passe par la montagne Mega- Mendongo, haute de près de 1500 mètres. Presque sur la cime de la montagne, en se détournant d’un demi-paal de la route, on arrive à un petit lac | mérite d’être visité. Il
1. Je tiens l’anecdote suivante de la bye même d’un homme qui mérite toute créance. Un fonctionnaire haut placé vint à l'audience demander des chevaux de poste, à titre gratuit, pour aller à Java. Le gouvgrneur général lui demanda : « Quel est votre traitement? » L'autre répondit et indiqua un chiffre. «Ah! s’il en est ainsi, vous pouvez bien payer la taxe pour les chevaux. » Un amplage d’un ordre
inférieur vint à la même audience présenter la même requête, et en
même temps un certificat de médecin qui attestait qu’il avait besoin de changer d’air : le gouverneur général lui demanda également quel était son traitement, et ayant reconnu qu’il n’était pas élevé, il lui dit : avec ce traitement vous ne Pouvez payer la taxe.» et il lui accorda sa demande.
se trouve au milieu de belles forêts et remplit un cratère éteint. Son diamètre doit être à peine d’un quart de paal. Les bords du cratère s’élèvent tellement à pic autour du lac qu’il serait difficile de les gravir, sion ne pouvait en approcher d’un côté où s’est formée une pente naturelle, Les flanes de la montagne sont couverts jusqu'aux cimes d’une verdure magnifique et de beaux arbres. L'eau du lac est
e tout à fait sb ela provient sans doute
résid A: Pres À co pée < a 8 +3 5 , de collines, de ER vw s et de montagn FF Une des plus fertiles et des mieux cultivées de Java, 66 qui n’est pas peu dire, car dans toute l’île la culture la plus riche rivalise avec les dons d’une nature prodigue. A Typanas, dans la maison d’été du gouverneur général, on avait fait des préparatifs pour me recevoir. Dans-cet endroit, qui est à 1130 mètres au-dessus du niveau de la mer, le climat est à moitié européen. Je trouvai dans les pièces des cheminées et même des poëles en fonte. Dans les grands jardins potagers on cultive les légumes et les fruits de l'Europe.
Je devais partir de là pour gravir le Pangerang, haut de 3200 mètres, ascension peu If ile, puisqu'on peut monter à cheval jusqu’au sommet. Sur la route il y a deux stations, c’est-à-dire deux cabanes en bois, où l'on s’arrête pour laisser souffler les chevaux ou bien pour relayer avec d’autres chevaux envoyés. d'avance. Il y a une troisième cabane à 50 mètres au-dessous du sommet de la montagne. Ces cabanes ont été construites pour les jardiniers de Buitenzorg et de Typanas, qui visitent de temps en temps diverses ER “able sur la
montagne.
A chaque station je trouvai des chevaux frais; et j’atteignis en-quätre heures le faîte de la montagne “où l’on a planté une hampe. Malheureusement la vu) dr en haut n'est ni claire ni étendue, tout étant enveloppe d’ordinaire de vapeurs et de brouillards.
Je dus redescendre sans avoir vu autant que j'aurais desiré, et je vins m’installer dans la chaumière la plus voisine. En descendant je me rafraîchis la bouche avec des fraises dont il y avait de grands espaces tout couverts.
‚La cabane, qui menagait presque ruine, se composait d’une grande pièce et de trois petites chambres. L’arrangement intérieur n’était guère brillant. Deux tables écloppées et trois méchantes chaises ornaient la pièce principale; dans chacune des petites chambres il y avait une couche couverte de mousse. Le meilleur meuble de la cabane était un petit poêle en fonte, sur lequel je jetai aussitôt mon dévolu, et qui en effet me rendit le soir d'excellents services, le thermomètre étant descendu jusqu’à quarantequatre degrés Fahrenheit. En fait de nourriture, de boissop, de draps de lit et de linge, nous ne manquâmes de rien; car tout avait été envoyé d’avance en grande quantité, et je vécus ainsi au milieu des profondeurs des forêts vierges, à une hauteur de près de 3000 mètres, aussi luxueusement qu’à Batavia même.
La montagne est toute boisée, à l’exception seulement de la cime extrême, qui, sur une pente d’environ 30 mètres, est entièrement dépouillée. Elle fournit de magnifiques pins de 6 mètres d’elevation. Tous les arbres sont revêtus d'une couche de mousse d'une épaisseur vraiment surprenante. Je ne vis nulle part d’autres conifères que des pins. Tout était beau et superbe; mais la chose essentielle manquait, c’est-à-dire un ciel pur et serein. de gravis bien six fois la cime, et chaque fois je revins sans avoir atteint mon but. Pendant l'intervalle, j'errai dans le bois et j’y découvris des vestiges d'animaux sau-
vages, qu’on me dit être des rhinocéros. Quant à ces animaux mêmes, je ne les yis pas; car ils fuient tellement les hommes, que C'est mémetpour les chasseurs une grande rareté s’ils en découvrent un. '
Duhaut du Pangerang, on dominait parfaitement à côté de soi tout le cratère du Gédé. Ces deux montagnes sont unies si étroitement qu’on les prendrait pour une seule montagne avec deux cimes. Le cratère était à six ou sept pieds au-dessous. Nous ne pûmes avancer jusqu’au bord, car une éruption avait eu lieu peu de jours auparavant; il en sortait encore de fortes colonnes de fumée et de la lave brûlante, ce qui produisait, surtout la nuit, un effet magique. Une grande partie du Pangerang’ était couverte de cendres. Pour jouir du spectacle d’une pluie de cendres, nous n’avions qu’à frapper sur les branches des arbres.
Le lendemain je montai encore une fois sur la cime, et enfin ma persévérance fut récompensée ; l'horizon était pur et sans nuages; je pus voir au loin, par-dessus des chaînes de montagnes, des cimes et des pics innombrables, des cônes et des cratères écroulés, jusqu'aux plaines fertiles de Buitenzorg et de Batavia, au pays ondulé de Preanger, et enfin des deux côtés la mer. Un tel spectacle-peut-il s'acheter trop cher ? Ces moments ne valent-ils pas des éternités entières ? Ne se sent-on pas alors pénétré de sentiments grands et nobles, et enlevé jusqu’à un monde meilleur et plus pur?
Après mon retour à Typanas, je restai dans ce beau pays jusqu’au 17 juin ; ce jour-là j’allai 12 paals plus loin, jusqu'à Tijand-Jur. Le trajet fut des plus ravissants. Le pays est, il est vrai, moins cultivé, mais c'est justement ce contraste subit qui surprend. Le lendemain, 18: juin ; j’allai jusqu’à Bandong (40 paals).
Si ce pays abonde en hautes montagnes, je n’y vis pas un seul beau fleuve; je ne fis que traverser des ruisseaux
qui se frayent une route à-travers des gorges profondes par-dessus les rochers, et qui né sont navigables que quand les eaux sont hautes, däns le temps des pluies, et seulement pour des radeaux de bambou. S’iln’y a pas de torrents considérables à Java, la cause en est dans le peu de largeur de l’ile.
Ce qui me surprit, dans un pays cultivé avec tant de soin, où l’on sait déjà tirer un si grand parti de la maind'œuvre, c'était de voir les hommes faire si souvent l’office de bêtes de somme ; tous les fardeaux, par exemple, sont portés par le kulli, quand même la distance serait de plus de 100 paals. On donne au porteur un denier et demi par paal, et il porte 80 ou 90 livres, au moyen d’une perche appuyée sur l’épaule. Il y a pour les kullis des relais comme pour les chevaux. Dans chaque village il doit y avoir un certain nombre de ces gens prêts à partir pour le prix fixé. On peut tout leur confier sans crainte. Les den- ° rées seules qui appartiennent au gouvernement, telles que le café, le sucre, le sel, sont expédiées dans des charrettes et traînées par des buffles. Mais les routes sont si mauvaises!, surtout en temps de pluie, que la charrette enfonce dans la boue jusqu’au-dessus de Tessieu, et qu’on peut tout au plus mettre pour une paire de buffles une charge de huit picouls.
Moi-même j'eus l’occasion de voir comment les hommes tiennent non-seulement lieu de bêtes de somme, mais aussi de bêtes de trait. On avait jeté, au-dessus du premier torrent que j'eus à passer, un pont où l’on arrivait par une pente très-roide; on détela les chevaux, et une vingtaine d'hommes prirent leur place pour traîner plus sûrement la voiture jusqu’au pont. Aucun pont n’étant jeté sur le second torrent, ils traînèrent même
1. A côté de la route de poste qui traverse tout Java, il y a une seconde route pour les charrettes.
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W'eau, tandis que les buffles d’attelage marchaient quille jent à côté. Quelles contradictions dans les di ays! A’ Java, où l'on trouve du fourrage en on A ‚pour les chevaux et les bœufs, l’homme sert de bete-de somme; en Islande, où l’on est réduit à chercher l'herbe presque avec la loupe, personne ne voudrait aller à pied, ét bien moins encore faire l'office de cheval.’ &
A Java, on voyage très-vite avec des chevaux de poste; les chevaux vous attendent à chaque relais et on va bon train. J'aurais souvent préféré donner le pourboire comme en Russie, pour qu’on allät un peu plus lentement, surtout à travers les montagnes et les collines, où les chemins étaient remplis de trous et de grosses pierres ; mais c'était précisément en montant une côte que les che- | vaux étaient excités par les coups de fouet et les cris | des conducteurs : on allait encore plus vite que dans la plaine: Les pauvres bêtes arrivaient à chaque station, dé- 1 gouttantes de sueur, toutes tremblantes et essoufflées; cela me faisait tant de peine qu’une partie du plaisir de mon voyage fut perdue. Je ne voulais pas souffrir qu’on menät ainsi ces pauvres.bêtes ; mais on m’assura qu’on ne pouvait pas faire autrement, et que sans cela les chevaux s’arrêteraient es la côte, car les chevaux'de Java sont très robablement parce qu'ils sont mäl dres- : ses; SE atteles, ils ne bougent pas de place, ei et on ne par es faire trotter qu'à force de coups de fouet et de s cris te “par les palfreniers et le ER cocher. per cn ils s nt au milieu de la course, ce qui leur” attire naturellement les mêmes traitements, C’est ici qu’une société pour la protection des animaux serait tout à fait à sa place!
Qu'il y ait une ou plusieurs personnes ds. 1 voiture,
on y met toujours quatre, chevaux pour la plaine et six pour la montagne. Indépendamment du cocher, il y a pour
la voiture pourpé
chaque couple de chevaux ‚un coureur, qui ne court pas pendant tout le relais, mais qui doit être à côté de ses bêtes toutes les fois qu’on tourne, qu’on monte ou qu’on descend, ou bien qu'on passe un pont. Lorsqu'il s’agit de traverser les montagnes ou les côtes les plus élevées, on attelle, en avant des quatre ou six chevaux, deux ou quatre bœufs.
n'ya peut-être pas de pays où un voyage en poste soit plus cher qu'ici. Une station de six à huit paals, sans compter les pourboires, revient de huit à douze roupies. En fait de pourboire, il faut donner à chaque coureur dix deniers ; à chaque conducteur de bœuf, pour chaque nouvel attelage (ce qui peut se produire deux ou trois fois dans un relai » également cinq ou dix deniers, et au cocher vingt. Il fau avoir constamment la main à la poche pour distribuer cette monnaie à tout instant. Ne vaudrait-il pas mieux poboir payer toutes ces mêmes petites sommes en même
ont point à souffrir de ce désagrément, car ils is de le domestiques chargés de régler tous ces u
föis mon Gutire et mon domestique.
: A Bandong (à une hauteur de 700 mètres environ), je fus accueilli de la manière la plus gracieuse par le résident adjoint, M: Vischer de Gosbeck. Je restai là quelques jours pourwisiter une plantation de thé, un moulin à café et autres curiosités.
En allant à la plantation % thé, nous fimes un détour pour voir la cascade de Tjurung-Tjecapundung. Nous arrivâmes à un cratère écroulé, qui, comme celui du mont Meda-Mendongo, s’est transformé en un lac. Mais ce dernier.est beaucoup plus petit; il a.pr&s de 40 mètres de long et ilest un peu moins large. Dans ce lac se précipite, comme d’un mur de 25 mètres, un petit fleuve, malheureusement trop modeste, qui s’y ouvre un passage et continue