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Si la femme meurt, le mari n’hérite que de la moitié de ses biens mobiliers .et de ce qu’elle lui laisse par un legs particulier. Les héritiers légitimes sont les enfants; si la femme n’en a pas, ses biens passent aux enfants de sa sœur ou aux.autres parentes de son côté. L'homme ne peut hériter que de sa mère ou de ses parentes. Les biens du mari, par la même raison, ne passent pas à ses enfants , mais à ceux de sa sœur ou de ses autres parentes. | |
S'il faut en croire la tradition, ce fut l'événement suivant qui donna occasion à ces lois bizarres sur la succession.
Un grand prince, dont l'habitation était très-éloignée de la mer, rêva pendant plusieurs nuits que pour consolider son bonheur il devait faire construire un grand prauh. Son rêve lui montrait en même temps qu’un de ses proches parents pousserait avec très-peu de peine le prauh à la mer. Le prince fit comme le voulait la vision. Lorsque le prauh fut prêt, il rassèmbla tous ses parents ainsi que beaucoup de rajahs des environs, parce que le transport du prauh à la mer devait se faire avec une grande solennité. Il appela son fils aîné, et lui ordonna de porter le prauh à la mer. Le malheureux fit tous ses efforts, mais ce fut en vain : ilne put pas remuer le prauh de place. Le prince appela de cette manière ses fils l’un après l’autre; mais aucun ne réussit. Enflammé de colère, il somma le fils de sa sœur d'essayer aussi, et soudain celui-ci porta sans peine le prauh au lieu de sa destination.
Dans les possessions hollandaises de Sumatra, il y a une sorte particulière d’esclavage : il ne peut durer plus de dix ans. Les esclaves viennent tous de l’île voisine de Nias : ce sont, ou des prisonniers de guerre, où des débiteurs et des criminels, ou même des gens libres qui sont vendus par le sultan de cette île. Les esclaves, homme ou femme, coûtent un prix fixe de cent roupies. L’acquereur doit les habiller et nourrir convenablement; il n’a pas le droit
AUTOUR DU MONDE. 167 de les accabler de travaux, et doit leur donner à chacun par mois deux florins de cuivre pour acheter du siri. Au bout de dix ans ils redeviennent libres; mais ils retournent rarement dans leur patrie, parce qu’ils craignent d’être vendus de nouyeau par leur sultan. Le gouvernement hollandais tient beaucoup à ce que les esclaves ne soient pas maltraités. Peu de temps avant mon arrivée, une dame de Padang, qui avait excessivement maltraité un de ses esclaves, avait été enfermée pour cinq ans dans une maison de correction, et dépouïllée pour toujours du droit de posséder des esclaves. On donna la liberté aux esclaves qu’elle avait. Plüt à Dieu qu'il en fût ainsi dans tous les États où il y a des esclaves!
Dans presque toutes les mäisons on voit des esclaves de Nias : je les trouvai moins laids que les Malais ; seulement les femmes sont par trop petites.
Dans le district d’Agam, on récolte déjà beaucoup de café. Dans les terres appropriées à cette culture, chaque chef de famille doit, comme à Java, planter et soigrier trois cents arbres. Quand on a émondé le café, on le porte aux magasins, qui sont souvent éloignés de la plantation de 10 ou 12 paals. Le planteur vend le picoul sept florins.de cuivre. Pour le transport du magasin à la mer, on paye treis deniers par picoul et par mille. La culture du café est ordinairement affermée.
Dans l’année 1851, on avait récolté 4: Sumatra 120 000 picouls de café, cequi, vu le peu de temps depuis lequel on avait commencé la culture, était très-considérable, Le gouvernement vend le café, à Padang, aux enchères, ordinairement vingt roupies et demie par picoul. Le droit d’exportation coûte par picoul douze roupies pour la Hollande et six pour l'étranger. ER,
Comme Sümatra est beaucoup plus connu que Java, et qu'il serait peut-être intéressant pour plusieurs de mes lecteurs M sont les principaux produits qu'on
LA
5 ciseau; on ya pratiqué un chemin €
exporte de cette île, et à quels prix on les vend, j’en joins ici un aperçu ; ; En l'année 1851 on a exporté :
Café, 20 roupies 1/2 le picoul, 120 009 picouls. Riz, 2 roupies 1/2 le picoul, 50 000 picouls. =."
Benzoé (1"° qualité), 250 roupies le picoul, 250 picouls:
Banzo& (2* qual.),75& 100 roupies lepicoul, 40 00 pi eouls. Sang de dragon, 75 roupies le picoui. Den Cassis, 10 roupies le picoul. “ = Poivre noir, 14 roupies le picoul. A
Poivre blanc, 22 roupies le picoul. Ne; Gutta-percha, 30 roupies le picoul. > utta-percha, upies le picou ” Pr
Gomme élastique, 25 roupies le picoul. LE Gambir, 18 roupies le picoul.
Noix de muscade (non imposée me: 90 ) roupies pi coul. x
+ Quant au campbre, qui, à Sumatra, est-des meilleurs et
des plus chers, il s'en vend à peine par an-deux ou picouls, qui coûtent jusqu’à sept et même dix mille
Dies. J'en reparlerai plus tard. | be: à i Le 24 juillet, je me remis en route. . ER le
“M. van der Hardt eut la complaisance de me tracer le an de mon voyage, de me munir de lettres de recom-
" mandation pour les employés et les officiers, et de me
donner des chevaux et m guide jusqu'à Palebaiahg (20 paals).
‚Le chemin passe Hi près de Fort-de-Kock travers une petite vallée qui est connue au loin pour. particulière. Elle est entourée par des banc viron 70 mètres d'élévation, à pic, et:
€ " AUTOUR DU MONDE. 169 plateau par des chemins aussi escarp&s. On appelle cette petite vallée Karbauwengat.
De là à Palembajang, le pays était si accidenté qu’on eût pu le comparer & une mer agitée par la tempête. CA et là, sur les collines, on voyait de belles terrasses établies
pour conduire l’eau d’une rizière à l’autre. Le chemin gravissait souvent uteurs et offrait de belles vues sur des collines et de innombrables, où, brillait çà
et là la verdure de jeunes pes de riz hauts à pe d'un demi-pied.
25 juillet. Bonjol (13 paals). Pendant les 6 ou 7 premiers paals, je suivis une vallée si étroite qu’on pouvait l'appeler une gorge; rarement on voyait une cabane ou un champ de riz. Je n n’entendais d'autre bruit que le murmure du fleuve 2 fassan et les cris des singes. Avant de sortir de la gorge, un pont passe sur le Massang, dont les rives sont formées d’amas de hauts rochers couverts de plantes grimpantes, fraîches et éternellement vertes. Au fond de la vallée, le fleuve roule en écumant dans un lit de rochers.
Bientôt on be
Massang et l’on arrive au ait L ue qui, Fe be 8
tô: or s’en Fe 4 Elles 1 uteur; parfois elles s'élèvent jusqu'à 1500 ki Hem, sur la côte ccletale, a 216 %
us dans une large vallée due ah
partie inculte, où se trouve un petit fort. Je fus surprise de la coiffure de plusieurs femmes de ce pays : elles plient plusieurs fois un grand mouchoir et le placent. sur leur tête comme un paquet, sans l'attacher. ur
26 juillet. Lubuskoping (10 paals). Le contröleur, chez qui j'étais descendue, et quelques officiers, m'accompagnèrent au bout du chemin. Mais lorsque nous arrivämes au fleuve Alahan- ls), nous le trouvâmes i, qu'il n'y avait pas moyen de le a et nous obligés de retourner "à Bonjol. ER
Dans une circonscription de ar ord et au
sud de l’égüateur,.la saison des ph i lière; elles y sont plus abondantes que dans éloignées de l'équateur. A Bornéo , j'avais eu tou la pluie; à Java, il se passa plusieurs'soirées sans en eût, et il en fut de même à Sumatra. Il ne pet avoir de plus désagréable pour des voyageurs, 'sı les chemins sont mauvais et si l’on doit traver ves sans. pont et des clés Rarement il se sans que je fusse mouillée jusqu'aux os. * Dans .l'après-mi va la nouvelle que-les eau fleuve avaient baiss "on pouvait le traverser..Je dépêchai de partir, etj je traversai heureusement dans u petite barque. Je passai aujourd'hui l'équateur à 3 Comme la veille, les chemins étaient la plupart trèsmauvais. La pluie avait rendu ce sol argileux si glissant, qu’il était très-difficile et même fort dangereux de monter sur les collines, souvent très-escarpées, avec des chevaux non ferrés. Je n’ai jamais trouvé nulle part au monde des chevaux aussi maladroits qu'ici; ils buttaient contre chaque pierre, tombaient dans chaque trou, et l’on &tait: qu’en passant un pont ils choisissaient toujours les p les plus mauvaises pour y mettre le pied. En out ombrageux , ils s’effrayaient de tout, souvent d’un
AUTOUR DU MONDE. 171 sance de ( ; ce mauvais témoignage aux chevaux de Suma es ai éprouvés comme peu d'hommes l'ont
fait, puisque j'ai beaucoup ze à cheval, et que pres-
ntièrement cette
e tr ès-grands cha-
etbelle vallée boisée et de longues plaines Partout les pieds des éléphants et les griffes ent laissé leurs traces. Il y a beaucoup
Le go versements e dix roupies par tigre tué. Les indigènes les prennent dans des trappes.
Panty est situé au milieu des plus beaux bois, malgré cela, les cabanes des indigènes soaléncessivenent petites et misérables: ils s paresseux pour abattre le bois nécessaire à la construction. Ils vivent en l dans la plus grande pauvreté; ils possèdent à Re be pots: Eyes et quelques nattes; ils vont à moitié nus et
ieur très-sale. Tout cela tient à leur
” vrai, assujettis à beaucoup de corv nt, mais ils n’ont à payer aucun impôt. Les
ent en grande partie au jeu et à l’oisivete,
(aux combats de coqs, jettent, |
sa.
chez nous les enfants, de petites monnaies de cuivre ou des pierres dans de petits trous, enlèvent des cerf-volants, tuent le temps avec une espèce de jeu de dames et de petits pions, dorment beaucoup, et restent souvent assis des journées entières à côté l’un de l’autre sans faire autre chose que de mâcher du siri et bavarder. Si notre grand Schiller avait vu le jour dans ce pays, ce n’eût pas été nous autres femmes, mais les hommes qu’il eût appelés le. sexe au bavardage vide de sens.
Les femmes travaillent beaucoup plus.que les hommes. Dans les travaux d'entretien des routes, je comptais généralement trois femmes contre un homme; dans les plantations de café, ce sont elles qui ont le plus d'occupation; elles coupent le riz dans les champs, le foulent et le font sortir des épis. Elles portent tous les fardeaux à 14 maison. Je vis beaucoup de femmes qui marchaient difficilement avec un lourd fardeau sur la tête, un second sous le bras, et un enfant attaché sur le dos, tandis que le mari allait les mains vides.
Je ne veux pas dire par là que les hommes ne font absolument rien, mais ils ne travaillent certainement pas moitié autant que les femmes. Ils labourent le champ avec des buffles et sèment le riz; travail assurément fatigant, puisqu'il faut, pour le faire, se tenir dans l'eau jusqu'aux cuisses.
Par ordre du gouvernement, aucune femme ne peut prendre part aux travaux d'établissement des routes, des ponts, des magasins de café et des habitations des employés. Cet ordre, dicté par l'humanité, a pour but de protéger, du moins autant que possible, le sexe faible.
A Sumatra, on ne coupe pas le riz brin par brin, comme à Java; mais avec un couteau en forme de faucille on coupe autant de tiges qu’on peut en prendre dans la main. On foule les épis dans le champ même; on établit à cet effet des sortes de tréteaux en tambour qui peuvent avoir
neufs pieds de haut sur cing de large. A deux pieds de terre, on a établi sur le tréteau un parquet avec de petits trous à travers lesquels peuvent passer les grains de riz. Sur ce parquet, on foule les épis avec les pieds. Un toit de feuillage placé au-dessus du tréteau garantit les travailleurs du soleil.
A Sumatra, le produit de la récolte du riz est ordinaire. ment de 60 à 80 pour 100, tandis qu’à Java il est de 100 à 200.
28 juillet. Raw (13 paals). Campon assez étendu avec quelques maisons de planches peintes et ornées de ciselures, et un petit fort. La situation de cet endroit est trèsmalsaine ; il y règne des fièvres malignes et intermittentes, qui, pour les er se changent souvent en phthisie ou en hydropisie.
Ici comménce la province de Mandelling, avec le district d’Ulu, appelée Lubu par les indigènes. Les Uluans ou Lubnans sont regardés par plusieurs personnes comme autochthones; par d’autres, comme des Malais devenus sauvages. Dans ce district commencent aussi les Battaks.
29 juillet. Muara-Sipongie (10 paals). Fastidieuse course à cheval, à travers des vallées accidentées, étroites, couvertes d’un court alang-alang. On ne voyait aucune habi-. tation ; on n’entendait aucun son; partout le silence de la mort, comme dans les sables de l’Afrique.
Je me trouvais déjà alors au milieu des Battaks; mais on pourrait presque les appeler Battaks civilisés, pusqu’ils obéissent depuis dix ans au gouvernement hollandais, et sont naturellement par cela même forcés de renoncer à leur goût pour la chair humaine.
A Muara-Sipongie, M. le contrôleur Schoggers me reçut d’une façon très-aimable ; il vint à cheval à plusieurs paals au-devant de moi. Comme j’afrivai de bonne heure, et que justement il y avait grand marché, je me rendis avec lui au bazar. Dans ces occasions, on voit beaucoup de
monde. M. Schoggers me dit aussi que les petits fleuves de ce district charriaient beaucoup d’or, et qu'on l'apportait au bazar pour lewendre. Nous demandâmes de cette denrée. Les heureux possesseurs de l’or étaient si déguenillés que je n’aurais pas cherché chez eux de monnaie de cuivre, et encore moins d'or. Ils étalèrent des paquets si gros, qu'on aurait pu supposer qu'ils contenaient plusieurs livres d’or; mais il y avait tant d’enveloppes, que ce n’était jamais qu'un petit sac avec un peu de poudre d’or où un petit lingot. Pour le plus gros lingot que je vis, on demända dix-sept écus espagnols. Chacun a le droit de chercher de l’or; seulement, l’on doit donner au rajah la moitié de ce qu’on trouve.
Acôté du bazar (halle ouverte, avec un toit de feuilles), se trouvait un petit enclos où avaient lieu les combats’de coqs: Une grande foule se pressait tout autour : il y avait beaucoup de luttes, beaucoup de paris, et l’on n’y pariait pas des pièces de cuivre, mais des écus espagnols. Malgré ces riches enjeux, ces gens étaient si mal vêtus; qu'on awrait pu les prendre pour des mendiants.
Les préparatifs du combat, l'excitation des animaux, et le reste, tout eut lieu ici comme à Java : seulement, les possesseurs des coqs se tenaient derrière leurs animaux, et faisaient d’horribles contorsions avec leur figure, leurs mains et leurs pieds. Un d’entre eux soufflait pendant la lutte sur son coq : les parieurs et les spectateurs trouvèrent cela très-mauvais, et il s'éleva un murmure général. Au bout d’une minute à peine, un coq quitta le. champ du combat, l’autre fut déclaré vainqueur, quoique blessé à mort; il tomba bientôt, et expira avant le vaincu: D'autres cogs prirent la place des victimes. Les hommes s'occupent à ce jeu cruel la moitié du jour, et y perdent des sommes avec lesquelles ils pourraient parfaitemont dpnner de l’aisance à leur misérable ménage.
= Bw les Battaks, les combats de coqs sont beaucoup
moins en faveur que chez les Malais. A Muara-Sipongie il y a encore beaucoup de Malais, et par conséquent beaucoup de combats de coqs. ”
M. Schoggers eut la bonté de réunir dans l'après-midi plusieurs rajahs battaks des villages environnants, pour parler avec eux de mon voyage. Lui-même regardait mon excursion dans le pays des Battaks comme excessivement dangereuse, et me citait le sort affreux de deux missionnaires. Il ajouta, néanmoins, qne ce meurtre avait été en partie la suite d’un malentendu. Quelque temps avant l’arrivée des missionnaires, des prètres mahométans avaient envahi le pays avec des troupes, avaient tout mis à feu et à sang, comme nos nobles ancêtres dans ie Mexique et au Pérou, et, à force de cruautés, avaient contraint les habitants à embrasser leur religion. Lorsque les missionnaires américains vinrent ensuite dans le. pays pour faire des prosélytes, les Battaks entrèrent dans une grande fureur, virent en eux de nouveaux bourreaux, les tuèrent et les mangèrent. :
Le soir, nous nous trouvämes dans la compagnie de plusieurs rajahs et entourés de beaucoup de peuple, car la nouvelle s'était déjà répandue au loin qu’une femme était venue pour visiter le pays si mal famé des Battaks. Les rajahs et plusieurs personnes de la foule cherchèrent à me dissuader d’entreprendre ce voyage. Mais ma résolution était fermement prise à ce sujet, et je leur demandai seulement s’il’était vrai, comme le rapportaient plusieurs récits de voyageurs, que les Battaks ne vous tuaient pas tout de suite, mais vous attachaient vivants à des poteaux, vous coupaient de petits morceaux de chair, et les mangeaient avec du tabac et du sel. Cette lente agonie m’aurait un peu effrayée ; mais on m’assura unanimement qu’ils n’infligeaient ce supplice qu'aux grands criminels condamnés à mort. Les prisonniers de guerre sont attachés à un arbre et décapités : on recueille leur sang, et onde