‹ Mon second voyage autour du mondeChapitre 22 sur 67 · MIN SECOND VOYAGE · texte numérisé non relu

MIN SECOND VOYAGE

boit pendant qu’il est encore chaud, ou on le mange avec du riz cuit. Ensuite on procède au partage. Les oreilles, le nez, le foie et la plante des pieds appartiennent exclusivement au rajah, qui reçoit en outre sa part du corps. Les parties les plus délicates sont les plantes des pieds, lea paumes des mains, la peau de la tête, le cœur et le foie. On rôtit ordinairement la chair et on la mange avec du sel. Il n’est pas permis aux femmes de prendre part à ce festin.

Les rajahs m’assurèrent, avec un air de grande convoitise, que la chair humaine avait bon goût, et qu’ils voudraient bien en manger.

On taille dans l’arbre sur lequel on attache les malheureuses victimes des bâtons de quatre à six pieds, qu’on orne d'une figure ou de quelques arabesques, et qu’on couvre de cheveux d'hommes ou de plumes. On appelle ces bâtons tungal-panalnan, c'est-à-dire baguettes enchantées. On leur attribue des vertus merveilleuses, et on ne visite jamais un malade, on ne donne j jamais un remède sans en tenir un à la main.

Les Battaks, comme les Dayaks, n’ont point de rites religieux; ils ne prient pas, et n’ont ni prêtres ni temples. Ils croient aux bons et aux mauvais génies : ils en admettent un petit nombre de bons, un grand nombre de mauvais. Si un hômme est malade, ils disent que le mauvais génie est en lui; ils attribuent tous les malheurs à ce démon. Quelquefois aussi, pensent-ils, le mauvais génie entre dans un homme sans le rendre malade. Celui -qui en est possédé devient aussitôt l’objet d'un profond respect; car on craindrait, en offensant l’homme, de blesser le génie. Tout ce qu’il dit est regardé comme un oracle et-exécuté fidèlement. Le rajah a ordinairement l’honneur d’être visité par les mauvais génies. Il fait alors une foule de grimaces et de contorsions, se démène, dans les danses surtout, d'une manière plus sauvage que tous les autres,

et profite dans cet état de la crédulité du peuple, pour faire accepter ses volontés comme des oracles. On me montra avec beaucoup de respect, parmi les assistants, un enfant appelé le füs du démon, parce'que son père était possédé de ce mauvais génie.

Les baptêmes, les mariages et les enterrements se font sans aucune cérémonie : seulement, si un rajah considérable vient à mourir, on convie les rajahs des environs à ses funérailles. Chacun d’eux y vient avec une suite d'hommes armés de lances, et amène un jeune buffle. On immole les buffletins, on en distribue la chair à l’assemblée, et pendant plusieurs jours, souvent même pendant des semaines,. on ne fait que manger, boire du suri' et danser.

Leur forme de gouvernement est une monarchie constitutionnelle : le rajah est leur chef; mais chacun, même

.l’esclave, agit avec lui comme avec son égal. On ne prête pas toujours une entière obéissance à ses ordres, quoique sa personne soit fort respectée. Dans les affaires importantes, beaucoup de rajahs se rassemblent pour tenir conseil. Le fils aîné est le principal héritier : il hérite de toutes les femmes de son père, dont il peut faire les siennes.

Les hommes doivent acheter leurs femmes. Il n’est pas rare que pour la fille d’un rajah on donne en or la valeur de quarante piastres ? et quelques buffles. Les hommes achètent quelquefois leurs femmes futures dès l’âge le plus tendre, les prennent dans leur maison, et les élèvent comme leurs enfants. Si un homme est trop pauvre pour acheter sa femme, il va s’établir dans la famille de celle qu’il veut épouser, et y travaille comme esclave. Il est rare qu’un homme ait plus d’une femme, parce que ses moyens ne lui permettent pas d’en acheter d’autres.

1. Le suri est tiré de l’arenga. On fait aussi du sucre du suc de ce

palmier.

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