La piastre vaut en monnaie de France 5 fr. 43 cent
Les Battaks sont supérieurs en beaucoup de choses aux autres peuples sauvages. Ils savent lire et écrire, et leurs lois passent pour être em général très-bonnes et trèsjustes.... Malgré tout cela, ils sont anthropophages.
M. Schoggers ajouta à ces renseignements que les Battaks soumis au gouvernement hollandais observaient fidèlement et volontiers tous leurs engagements ; qu’on pouvait confier sans crainte aux kullis biens et argent, et que les vols, les meurtres et les crimes en général étaient excessivement rares. Toute la commune est responsäble des vols qui se commettent chez elle; elle doit restituer l’objet volé ou livrer le coupable. On ne commet de meurtre . que par jalousie. Le criminel n’est pas mis en prison, mais confié jusqu'aux jours qui précèdent l'exécution de sa peine à sa famille, qui répond de lui. Les Battaks, maintenant même qu'ils sont soumis au gouvernement hollandais, sont encore jugés d’après leurs lois, qui malheureu-sement sont très-favorables au riche, puisqu'elles permettent de se racheter même de la peine de mort. La plus grande part de la somme revient dans ces cas-là à la partie lésée ou à sa famille. Les condamnés à mort sont décapités dans le bazar. Ils vont à la mort non-seulement avec courage, mais avec gaieté. Ils se parent le mieux possible, se couvrent de guirlandes de fleurs, et marchent au lieu du supplice en chantant et en dansant, au milieu de leurs parents et de leurs amis. |
Cette indifférence pour la mort se retrouve aussi chez les Malais, et en général chez le plus grand nombre des peuples sauvages. Beaucoup Pattribuent à leur apathie.
30 juillet. — Kotto-Nopau (11 paals). Le pays était continuellement montueux et en grande partie couvert d’alang-alang. Il ne manquait pas de campons, mais les . huttes étaient misérables et n’avaient pas même 5 mètres carrés. Toute la famille se tient accroupie surmune natte sale et déchirée ; dans un coin est allumé du feu, et c'est
à peine.si devant ce feu l’on trouve un pot de terre : ils n’ont pas d’autres ustensiles de ménage. Les habitants sont vêtus. de misérables haillons d'étoffe bleue, tout déchirés. Les enfants vont tout nus; les jeunes filles et les femmes sont généralement nues jusqu’à la ceinture. Je vis deux huttes, pas beaucoup plus grandes qu’un coiombier, bâties entre les branches d’un arbre élevé, et qui servaient aussi de demeures.
Je passai près de plusieurs petits ruisseaux d’une eau jaune et trouble, dans lesquels les habitants cherchent et recueillent l’or. C'était précisément là où les habitants se trouvaient à la source de l’or que la misère était la plus grande : tant il est vrai que ce métal, au lieu de bonheur, n’amène avec lui que malédiction.
A 4 ou 5 paals de Muara-Sipongie, je visitai, en dehors de la route, dans une plantation de cafe, quelques tombeaux battaks. Ils étaient formés d’un petit monticule de pierres ou de terre de trois à quatre pieds de haut, surmonté d’un simple cercueil de bois. Les angles étaient ornés de figures d'hommes, de quatre pieds, ciselées en bois, et qui ressemblaient aux plus pitoyables caricatures. Chaque tombe était couverte d’un toit, et entourée de balustrades en bois. Le corps n’est pas place dans le cercueil, mais sous la terre. |
31 juillet. — Fort-Elout (Panyabungan, 18 paals). De petits bois, des touffes d'arbres, de jeunes plantations de café, remplaçaient en beaucoup d’endroits le triste et uniforme alang-alang. Fort-Elout' est situé dans une vallée large -et accidentée, entourée de belles montagnes, et est le siége d'un résident adjoint.
Je n'ai encore trouvé dans aucun district des campons aussi jolisiet aussi-propres que dans celui-ci. On l’attribue à la.surveillance et aux efforts du résident adjoint, Mæodoon. Les huttes sont petites, il est vrai, mais tenues très-proprement : elles sont disposées sur de
Jongués lignes régulières, et un peu séparées les unes des autres. Il est défendu de jeter les immondices au-des- ‘sous de la maison ou devant la porte, et l’on parque les troupeaux en dehors du campon. Autrefois ce pays était très-malsain ; mais, depuis.que‘lés habitants se sont habitués en quelque sorte à läspropreté, il y règne beaucoup moins de maladies. a
Les ponts et les routes témoignent aussi des soins du résident. Les ponts sont tous en maçonnerie, et les routes très-bien entretenues : elles ont au moins vingt pieds de large; ce qui me parut excessif, dans un pays où l'on n’emploie encore aucune voiture. Mais le gouvernement hollandais fait construire les routes ainsi, pour le cas où des. troupes auraient à traverser le pays.
La construction des routes est une rude tâche pour les indigènes, dont les outils, fort simples, ne sont pas propres à ce genre de travail. Ils n’ont pour briser les rochers que des barres de fer, et pour creuser la terre, que des morceaux de bois, de la longueur de la main, tranchants par le bout. Ils retirent la terre avec leurs mains. Ils coupent avec de petits couteaux l’alang-alang, qui pousse en grande abondance sur les chemins peu fréquentés. Ils ont autant de peine à bâtir les demeures des employés et les magasins à café qu’à construire les routes. Je voyais souvent six où huit hommes traîner une poutre ou quelques planches,
Quand je faisais des observations sur l'insuffisance des instruments, sur la manière dont on travaillait, on me répondait : « Ces hommes en ont l'habitude. » Pourquoi donc cherche-t-on en d'autres choses à les écarter de leurs habitudes? Certes, avant l’arrivée des Européens, ils n’étaient-pas encore habitués à construire des routes et des monuments, à faire des plantations de café, de sucre et d'épices. Mais malheureusement, dans béfucoup de pays on ne tient compte des habitudes des peuples qu’en
tant qu’elles sont avantageuses ou désavantageuses pour le gouvernement. Le bien-être des sujets est ce dont on s'inquiète le moins. C’est ainsi que les choses se passent ici. Les routes, les ponts, les bâtiments doivent être construits pour rien; p ‘au gouvernement que cinquante ou cent ho vaillent, qu’on s’y prenne d’une manière ou d’une %
Une autre vexation pour les indigènes près desquels réside un fonctionnaire, est d’être tenus à lui rendre gratuitement certains services domestiques, par exemple, à cultiver son jardin et à faire ses commissions. Le nombre de gens dont le fonctionnaire a le droit de disposer n’est pas limité : il abuse donc presque toujours de sa puissance, et emploie beaucoup plus de monde qu’il n’en a réellement besoin. ,
Le gouverneur gé e s'efforce, dit-on, dé.reméd * autant que possible à tous ces abus et à toutes ces vexätions: il a élevé le prix du travail de la journée et des sriaux fournis par
à és que personne ne tra-
1°" août. Surumintengi (20 paals). Quoique le caractère du pays reste à peu près le même, on jouit de quelques belles vues. Je traversai de grands campons tenus avec une excessive propreté, de nombreuses plantations de riz, et un petit bois composé uniquement de bambôus d’une grosseur et d’une hauteur extraordinaires (20 & 25 mètres).
Les joncs contiennent, dit-on, beaucoup d’eau. = A'Surumintengi, je ne trouvai qu’une simple maison de bambous où il y avait à peine le strict nécessaire, et qui servait de pied-à-terre aux fonctionnaires et aux officiers. Je n’emportais pas avec moi, comme les Européens efféminés, toutes mes affaires de ménage, mais seulement un paquet si petit que je pouvais le porter moi-même en cas de besoin : aussi eussé-je été obligée de me contenter
d’un repas excessivement simple et d’un lit très-dur, si M. Godoon n’aväit eu l’amabilité d'envoyer devant moi tout ce qui m'était nécessaire avec quelques domestiques. Je trouvai un excellent diner, du thé et du café, et je pus me reposer dans un lit très-doux.
2. août. Padang-Sidimpuang (20 paals). Pays de montagnes continues, interrompues cependant par des plaines plus ou moins grandes. La chaîne de montagnes va toujours en décroissant.
Padang-Sidimpuang commence à Ankola, et possède également un petit fort. Je rencontrai ici les derniers Européens : quelques officiers et un contrôleur, M. Hammers, chez qui je descendis.
Les trois derniers jours, javais eu des chevaux qui m’avaient beaucoup secouée; j’arrivai tout à fait épuisée et sans le moindre appétit. A table, je pouvais à peine me tenir éveillée; mais l’amour-propre m’empecha d’avouer cette faiblesse. Je jetai les uns après les autres aux chats qui tournaient auteur de la table tous les morceaux qui me furent servis. Heureusement l’on avait ici, comme dans tout Java, la coutume de faire une petite sieste dans l’aprèsmidi. Jamais je n’approuvai cette coutume comme ce jourlà. Je me laissai tomber sur ma couche. Deux heures de sommeil me remirent : j'étais tout à fait reposée pour le thé, et le soir je jouai même une partie de whist avec ces messieurs.
Je vis ici un nouvel exemple de l'insensibilité d’une Javanaise. Le jour de mon arrivée, l’on enterra le capitaine de la garnison. Il laissait sa ménagère avec quatre enfants. Cette personne avait passé auprès de lui dix années de la vie la plus agréable... Aujourd’hui que le père de ses enfants descendait dans la tombe, et qu’elle ne savait pas ce qu’il adviendrait d'elle et de ses fils, je la vis gaie et joyeuse, et riant et plaisantant comme s’il n’y avait eu aucun changement dans sa destinée,
Je restai trois jours à Padang-Sidimpuang. Ici aussi, lorsqu’on apprit mon intention de visiter le pays des Battaks, beaucoup d’indigönes vinrent me voir. Ils voulaient également me dissuader de mon voyage, d'autant plus que, dans les dernières années, il s'était élevé des dissensions entre les Battaks et les Hollandais. Les Battaks avaient fait une invasion sur le territoire hollandais, détruit un campon et emmené vingt-sept prisonniers. Les Hollandais envoyèrent quelques troupes pour rechercher les coupables, mais ils trouvèrent les campons vides: les habitants s'étaient retirés, comme c’est l'habitude chez eux en pareil cas, dans les gorges et les forêts les plus inaccessibles. La seule vengeance que purent tirer les persécuteurs fut de détruire quelques campons. M. Hammers me racontait qu’il y avait à peine deux ans, quatre hommes avaient été tués et mangés par les Battaks soumis au gouvernement hollandais. y
Je n’en persistai pas mins dans ma résolution. Je voulais traverser la grande vallée de Silindong jusqu’au grand lac Eier-Tau, qu'aucun Européen n’a encore visité, et qui n’est connu que par les rapports des indigènes. L'on n’a encore sur sa situation, sur sa grandeur et sur les peuples qui en habitent les rives, que des données tout à fait imparfaites. Je ne pus donc pas me tracer d’avance un plan de voyage, et il me fallut m’en remettre en tout au hasard et à mon étoile, qui ne m'avait jamais fait défaut jusque-là. M. Hammers eut la bonté de me donner des lettres pour plusieurs rajahs qui étaient en relations avec les Hollandais, et de me munir d’un guide, Je mis en ordre quelques papiers que je laissai pour ma famille, dans le . cas où je.ne reviendrais pas, et je dis aux Européens un cordial adieu. Ce pouvait être hs derniers que je voyais dans ce monde,