‹ Mon second voyage autour du mondeChapitre 25 sur 67 · T7 | MON SECOND VOYAGE · texte numérisé non relu

T7 | MON SECOND VOYAGE

sont très-opiniâtres et très-malignes, comme j'en fis malheureusement moi-même l'expérience par la suite. On les garde souvent pendant des années entières; elles se changent fréquemment en phthisie et en autres maladies, et sont mortelles pour beaucoup de personnes.

A peine fus-je revenue à la santé que mes pensées se reportèrent de nouveau vers une petite excursion. Le docteur Bauer, Allemand célèbre par ses connaissances en médecine et en botan ji it établi à Paya-Kombo. Je voulais faire la connaissance > ce savant eten même temps visiter cette partie de Sumatra, qui, à ce qu’on me disait, offrait un car tout particulier.

Le 18 septembre, je montai de nouveau à cheval et Jallai jusqu’à Paya-Kombo, à 22 paals. Le pays montueux et accidenté cesse peu à peu et fait place à de belles vallées et à de grandes plaines. De belles montagnes se présentent en plusieurs chaînes : le Merapi et le Singallang sont les plus élevées; le Sago est moins haut, mais il frappe tout de suite les yeux par sa forme particulière. Son arête s’étend sur une assez grande longueur : beaucoup de cimes, beaucoup de quartiers de roches en ornent les flancs et forment un beau contraste avec les luxuriantes forêts qui couvrent les montagnes voisines.

Le paysage devient véritablement pittoresque dans les environs du campon de Titti. Des blocs de rochers isolés, des groupes considérables sont répandus çà et là dans la plaine : quelle terrible révolution peut les avoir ainsi déracinés du haut des montagnes et lancés si loin?

Non loin de Titti, le Pettang-Agam se précipite en mu-

__ gissant et en écumant à travers une fente de rocher pro-

- fonde et étroite. Un pont de pierre très-élevé passe sur le torrent : er face du pont se trouve un groupe de rochers très-pittoresque, couvert en partie de plantes grimpantes et autres. Je restai longtemps sur le pont pour embrasser d'un coup d’œil la chute terrible du torrent, le paysage

tranquille et doux qui m’environnait et le monde de mon-. tagnes qui se perdaient dans le lointain,

Pendant les derniers paals avant d'arriver à Paya- Kombo, on passe continuellement à travers des allées de cocotiers ; beaucoup de campons sont situés sur le bord de la route ou dans des plantations de riz aux environs. Toute la campagne de Fort-de-Kock à Paya-Kombo est très-animée et très-bien cultivée.

Cette petite excursion fit sur moi une impression excessivement agréable ; tout ce qui m’entourait était des plus gracieux : c'était un paysage éclairé par une lumière rose.

A Paya-Kombo, je descendis chez le docteur Bauer. Il avait de son côté déjà beaucoup entendu parler de moi : nous n’etions nullement étrangers l’un à l’autre. Je trouvai par hasard chez le docteur Bauer le baron lieutenant de Bülow, qui était venu en visite de Fort-de-Kapellen. Nous parlämes beaucoup des beautés de la nature de Sumatra. Entre autres choses, la conversation tomba sur le Merapi, sur ses cratères et sur ses belles vues. M. Bülow, qui avait déjà visité la montagne et les cratères, nous en faisait une description si ravissante que nous primes aussitôt la résolution d'aller les visiter. M. de Bülow alla le même jour à cheval à Fort-de-Kapellen pour prier le résident adjoint, M. Netscher, de faire dresser sur la montagne une petite hutte de feuillage où nous pussions nous reposer.

Le lendemain, je restai encore à Paya-Kombo : le surlendemain, 20 septembre, nous allämes à cheval, le docteur Bauer et moi, jusqu'à Fort-de-Kapellen, en malais Pagar-Udjong, dans le district de Tanar-Dater, à 20 paals.

M. Netscher ne se contenta pas de me recevoir de la manière la plus aimable, il eut encore la complaisance de prier le rajah de Sungi-Djambu de faire réparer un peu les chemins de la montagne et de faire bâtir à moitié de la

hauteur la hutte de feuillage dont j'ai parlé.

Le soir, nous fimes une promenade au campon de Pugger-

Zuijong, où se trouvaient plusieurs pierres avec des inions que personne n’a encore pu déchiffrer jusqu'ici.

L forme de ces pierres me pre pierres druidiques

21 septembre. De Fo -de-Kapeller I ous pûmes faire encore 7 2a cheval pour 2 arriver ju squ’aux plantations

nous nous es quelque temps dans le campon de Sungi-Djambu, qui, comme celui de Kotto-Godong, est connu pour sa richesse. J’y trouvai les maisons peintes à l'huile comme à Kotto-Godong, et ornées de sculptures en bois : les habitants portaient des sarongs de soie, des mouchoirs de tête brodés d’or, et beaucoup de vrais diamants. Nous fimes un petit repas chez le rajah.

Aux plantations de café qui, comme les chemins, étaient particulièrement bien établies et bien entretenues, commença mon voyage à pied. Un beau sentier, qu’on avaiten partie réparé pour nous, nous conduisit jusqu’à la hutte nouvellement construite, qu’on avait faite aussi commode et aussi solide que si elle avait dû servir pendant des mois, et non pour quelques jours. Plus de soixante- vriers travaillaient depuis la veille au sentier et à la maison. Ils étaient encore en plein travail quand nous arrivämes. Nous

chacun une petite chambre à coucher excessie. M. de Bülow avait envoyé en avant des , Un Cu isinier, des provisions, et noüs eûmes Ÿ” mir nt de quoi manger et nous rafraichir.

lämes pas plus loin aujourd'hui, mais malgré cela nous ne primes : pas le moindre repos. Nous cherchämes des fleurs et des insectes : nous grimpämes sur des points découverts pour dominer le pays. La triple chaîne de montagnes qui traverse Sumatra du sud au nord se déroulait devant nous avec toutes ses pointes, ses cimes, ses inelinaisons et ses collines remarquables et pittoresques.

vement ét T

La surface unie du lac de Sinkara ' brillait comme de la gaze argentée au milieu de la ceinture de collines qui V’entourait; la.mer bornait dans le lointain un ciel sans nuage, et de grandes et} ertiles vallées s’ötendaient entre les Pa en ollines la ‚Mer. Nous ne pûmes nous

lasser de regard magnifique panorama : nous étions tellement absorbés dans. je poite belle nature, que toute arole 5’ tait sur oh res. La nature diene) semb ‘troubler notre ex-

tase : aucun bruit n Ahévait à nos oreilles; aucun souffle de vent n’agitait l'air. Trop tôt s’&vanouit le dernier rayon du soleil, trop tôt disparurent les objets l’un après l’autre à l'approche rapide du crépuscule.

Lorsque la nuit fut tout à fait tombée, on alluma un grand bûcher pour faire connaître à M. Netscher notre présence sur la hauteur. Peu de temps après, un autre feu s’éleva du fond de la Tal en réponse à notre signal.

22 septembre. Nous n’eümes aujourd'hui que 9 à 1200 mètres à monter; c’eüt été chose facile, si nous avions eu un sentier pour le faire ; mais on n’avait pas pu pousser si loin le travail dans ces deux jours. Il nous fallut gravir des masses de rochers à pic. Nous arrivämes d’abord à un cratère qui pouvait être éteint déjà depuis longtemps. Le fond sommeillait paisiblement sous une couche d’eau. Le docteur Bauer vit quelques fleurs sur le bord de l’eau, et eut envie de les aller chercher ; mais les parois du cratère descendaient trop à pic, et étaient couvertes de pierres éboulées : les guides nous dirent qu’il ne fallait pas songer à descendre sans corde ou sans échelle.

Un second cratère d’une wende ouverture, mais peu

1. Ce lac a 15 paals de long, 5 paals de large, et est situé à jou de 400 mètres au-dessus du niveau de la mer.

profond, se trouvait à une petite distance du premier. Il était également éteint depuis longtemps; mais sa violence et sa force avaient dû être très-grandes, car de tous côtés la terre était couverte de grosses pierres; aucun brin d'herbe, aucune fleur n’avait encore osé prendre racine sur cette fournaise éteinte.

Enfin nous arrivämes au cratère principal. J'avais déjà vu bien des cratères, surtout en Islande, mais aucun ne pouvait se comparer à celui-ci. La nature ne saurait refaire un cratère avec une forme d’entonnoir aussi régulière, je dirai presque aussi pleine d’art.La profondeur qu’il avait alors pouvait être de 120 mètres, le diamètre supérieur de 90. Il y a deux ouvertures, d’où sortent sans cesse des colonnes de fumée épaisse et noire. Un sifflement et un mugissement continuels témoignent de la grande activité du brasier, qui n’est jamais en repos. On ne pouvait pas songer à descendre; il fallut nous contenter de regarder du bord cette scène imposante. Le cratère est à 2580 mètres de haut.

| Nous nous arr&tämes long-temps à tout propos, et nous ne revinmes que tard à notre hutte de feuillage, beaucoup trop tard pour retourner ce jour-là à Fort-de-Kapellen ; nous restämes donc encore cette nuit sur la hauteur, et nous fimes connaître notre présence à la société de Fortde-Kapellen, en allumant un grand feu comme la veille *:

1. Le docteur Bauer eut la complaisance de me laisser prendre dans son journal la note suivante, sur la végétation du Merapi.

« Le cocotier, qui va bientôt disparaître, est remplacé par l’areca, d’où l’on tire le suri et le sucre brun. Les figuiers, assez abondants dans une partie un peu plus reculée, deviennent insensiblement plus rares. Les ternstræmiacées aux feuilles rudes (saurauja) peuvent marquer le commencement de la végétation des monta-. gnes. Plus loin vient la belle ortie aux feuilles blanches en dessous (urtica niva Bl.). Plus loin encore les magnifiques balsamines aux fleurs rouges et jaunes; les crehidées parasites sont plus rares qu’à Java. A une hauteur de 750 à 1200 mètres, on voit beaucoup de chènes et de châtaigniers, dont les fruits ressemblent plus ou

Le 23 septembre, nous étions le matin de bonne heure à Fort-de-Kapellen, et le lendemain j’allai à cheval directement à Fort-de-Koch, sans toucher à Paija-Kombo.

Je vis dans cette course un phénomène singulier, qui doit être à peu près particulier à Sumatra. Un brouillard pais et impénétrable, couvrait une certaine éten-

LA

alt pas distinguer le moindre contour. On pourrait Bm Aiderant soi un lac, tant le brouillard est

s le croire qu’une fois que j'y fus entrée Ces brouillards restent souvent immo-

à Padang. Te m Dean u resolution en route, et je fis un détour vers Priaman et Tikou, situés sur le bord dela mer, et afin d’augmenter ma collection de poissons encore très-incomplète.

A 5 paals de Priaman, on passe le Mangui sur un pont couvert de 90 mètres, qui est le plus long de tous ceux de Sufhatra.

A Priaman, je descendis chez le résident adjoint, M. Godin; mais je partis à cheval dès le lendemain pour Tikou (24 paals) avec l'espérance de faire une riche récolte. Un temps de pluie continuel ne me gâta pas seulement ma pêche, mais en général toute mon excursion, qui, par un

moins à ceux d'Europe. Les laurinées et les rubiacées semblent être aussi nombreuses ici qu’à Java : mais en revanche, on n’a pas la belle rasamala (liquidambar altingiana), qui vient naturellement à Java. L'on trouve en abondance les aroïdées, les scitaminées, les acanthacées, les araliacées, les sapindacées, les méliacées, les térébinthiacées et les légumineuses. A une hauteur d'environ 2000 mètres, commence la flore alpine, semblable à celle de Java. On voit surtout l'élégant rhododendron retusum, Benn, beaucoup de belles espèces de gentiana, de thibaudia ou agapetes et autres. L'on trouve jusque très-haut le gzaphalium et de nouvelles espèces de synanthérées, »

beau temps, m’aurait fait certainement beaucoup de plaisir, car le pays était agréable. Des rangées de cocotiers bordaient de belles routes, qu’animaient de nombreux campons bien propres. Je n’ai pas vu à Sumatra, à l’exception de la vallée de Silindong, de pays aussi peuplé que l’est cette côte.

Les femmes avaient l'oreille percée d’un trou beaucoup plus large que partout ailleurs. Je voyais toujours avec plaisir ce vilain ornement couvert d’uñe plaque de laiton ou d’un disque de bois. Malheureusement les femmes sont obligées aussi, en se mariant, de renoncer à toute parure, et, paræonséquent, à cette plaque de laiton ou à ce disque debois qui font si bien à l'œil. .

Après avoir attendu vainement le beau temps pendant deux jours, je me remis en route avec la pluie pour Priaman. Je devais bientôt penser à retourner à Padang, pour ne pas manquer le vapeur qui part tous les mois pour Batavia. Je ne restai donc que deux. jours à Priaman.

M. Godin me fit le grand sacrifice de m’accompagner, par une pluie battante, à une petite île voisine, qui est située en face de Priaman. Nous nous mîmes en mer, et nous cherchâmes pendant plusieurs heures, au milieu des rochers et des coraux, des poissons et des crustacés ; enfin nous renträmes à la maison tout trempés et transis de froid, mais chargés d’un riche butin. Quoique je-me fusse sentie un peu indisposée dans la soirée, cela ne m’emp£cha pas de faire le lendemain une nouvelle visite à cette île, qui fournit de grandes richesses à ma collection.

1. Déjà lors de mon séjour précédent à Batavia, j'avais eu le plaisir de faire la connaissance du docteur Blecker, qui peut compter pour un des premiers ichthyologues de notre époque. La collection de M. Blecker se compose principalement de poissons de l'Inde, et il a certainement la plus riche collection de ces poissons qui ait jamais existé jusqu'ici. J’eus le bonheur de lui apporter de Bornéo, de Sumatra et des Moluques, quelques sujets qu’il n’avait pas, et il me donna en échange une grande quantité de poissons de Java et autres endroits.

Le 7 octobre, j’arrivai à Padang. Je fus prise en route d’une fièvre si violente, qu’il me fut impossible de gagner Wellkom, et que j’acceptai avec la plus grande reconnaissance l'offre très-gracieuse que me fit M. van Genepp de descendre dans sa maison, à Padang même. Des soins empressés et affectueux dont je remercie de tout cœur cette aimable famille, et les secours de la médecine, triomphèrent ici du mal comme à Fort-de-Kock; et lorsque, huit jours après, le vapeur partit pour Batavia, ” j'étais assez bien rétablie pour partir avec lui.

J'avais fait & Sumatra ei 700 paals à cheval et 300 à pied. J'avais toujours été reçue par les, fonction naires et les officiers hollandais de la manière la plus gracieuse et la plus bienw ©, que je fusse ou non munie de lettres de recomma ndat on. On m'avait toujours fourni les moyens de continuer mon voyage ; on m'avait fourni des gens et des chevaux ; en un mot, on m'avait procuré tout ce dont j'avais besoin.

Les beautés de la nature qu’il m'a été donné de contempler, les scènes intéressantes auxquelles j'ai assisté, la réception si empressée que j'ai trouvée chez les Européens, feront de ce voyage un de mes plus agréables et de mes “plus précieux souvenirs.

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