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Susuhunan est un titre plus élevé que sultan

sident Hasselmann, je descendis dans sa maison. Je n'ai pas encore vu de plus belle résidence, à l’exception tout

au plus de celle de Samarang. Elle semble avoir été construite exprès dans ce style majestueux pour inépirer aux princes javanais le respect des Européens, d'autant plus que le sultan fait plusieurs fois par an des visites solennelles au résident, et se fait accompagner dans ces circonstances de 3 à 400 personnes, dont il faut inviter plus de 100 à la table du résident.

Outre les visites de cérémonie, le sultan fait aussi des visites particulières, non-seulement chez le résident, mais encore dans d’autres maisons européennes; il vient. même au club, et prend volontiers part à une partie de cartes ou de billard, comme en général à tous les amusements européens. Quand il reçoit du monde européen, il n’est pas rare qu’on danse; sa femme et ses filles ne sont pas exclues de ce plaisir. C’est peut-être le seul endroit au monde où l’on puisse: voir la femme et les filles d’un sultan mahométan danser avec des messieurs et des officiers européens. La sultane n’est pas non plus, dit-on, ennemie de l’ombre et-du whist.

29 novembre. Nous passämes tout le jour à parcourir les curiosités, à faire des visites, etc. La mère de Mme Hasselmann, Mme Parvé, une dame gaie et très-aimable, nous proposa de nous montrer tout ce qu’il y avait à voir à Djogokarta. Nous commengämes par le palais de plaisance du sultan. Tous ses palais s’appellent Kraton, et sont entourés de murs qui enveloppent les jardins, les bains, les maisons, souvent même un petit campon. Ce palais s'appelle aussi palais d’eau (Tamansari), parce qu'on peut le mettre sous l’eau jusqu’au premier étage. Construit par des architectes portugais en 1754, il se compose moins de grandes et belles pièces, que de solides voûtes casematées et de galeries qui pourraient sembler faites pour durer des siècles ; néanmoins il commence déjà à se délabrer, il

n’est plus habité, et un édifice inhabité n’est jamais réparé chez les Malais, pas plus que chez les autres peuples orientaux. Pour tout mobilier, on ne trouve qu’un vieux bois de lit, auquel .on vous avertit de ne point toucher, parce que celui qui le ferait ne tarderait pas à mourir. On veut sans doute empêcher les Européens, d’une manière polie, de toucher à un lit que les indigènes regardent comme sacré, parce que le premier des sultans qui ont régné sur ce royaume a couché dedans.

De Tamansari nous allâmes à Gédé, le lieu de sépulture de la famille du sultan et des principaux du royaume. Cet endroit est, comme le Kraton, entouré de hauts murs. Les tombeaux sont couverts de simples dalles de pierre, et aux quatre coins sont dressées des pierres de 60 à 90 centimètres de haut. Au-dessus de plusieurs tombes, je vis de petites huttes de bois excessivement étroites, qui servaient probablement à protéger les pierres contre les intempéries de la témpérature. Les tombeaux des sultans sont placés dans une grande maison de bois; plusieurs étaient ornés de dais et de rideaux blancs.

Dans une cour latérale, on garde dans un étang un animal très-curieux, une grande tortue blanche que les indigènes regardent comme sacrée. Elle est si bien apprivoisée, que, si: on l'appelle et qu’elle ait faim, elle se montre aussitôt et vient prendre dans la main la nourriture qu’on lui présente. On nous donna naturellement cette représentation pour que nous pussions voir la tortue. Elle semontra deux fois à la surface de l’eau sans toucher à la nourriture qu'on approchait de sa bouche. Les guides et le petit nombre d’indigènes quinous accompagnaient, et qui avaient entendu dire à Mme Parvé que j'avais été à Stamboul et dans d’autres endroits sacrés et intéressants pour eux, me regardèrent et dirent que je devais être une personne toute particulière, puisque la tortue s'était montrée deux fois sans avoir faim. Il semblait absolument, di-

saient-ils, qu’elle voulüt me voir et être vue de moi. Je ne raconte des choses aussi insignifiantes que parce qu’elles me semblent bien caractériser le peuple.

La distinction dont la tortue m'avait honorée fut aussitôt racontée dans tout le pays comme un miracle; et lorsque dans l'après-midi je fus présentée au sultan et à son épouse, âgée de dix-neuf ans, qui n’était pas encore mère, la jeune femme fut prise, à cause de cet événement, d’une telle confiance en moi, qu’elle me souffla doucement dans l'oreille : Oh! prie ton Dieu pour moi, afin qu’il me bénisse et ne laisse pas l’arbre se flétrir sans porter de fruit. » C'était la- marque de confiance la plus belle et la plus touchante que, comme chrétienne, je pusse recevoir d’une mahométane.

La tortue avait 60 centimètres de long, la carapace et le corps presque blancs, la première ayant plutôt l’air de cuir que de corne, les yeux rouges. Elle avait plusieurs petits qui étaient tout blancs comme elle. Par l’intervention de Mme Parvé, j'obtins qu'on m’en donnät un, que je mis aussitôt dans de l’esprit-de-vin. |

On prétend que ces animaux sont blancs ici, parce que la pièce d’eau dans laquelle ils vivent n’est jamais éclairée par le soleil. Il serait intéressant de faire l’expérience avec une tortue noire; j’ai peine à croire que ses petits changeraient de couleur.

Il y'a à 3 paals un second lieu de sépulture princière, - où l'on met aussi. les susuhunans de Surakarta avec leur famille, et qui s’appelle Imo-Giri. Les tombes montent le long d'une colline de 50 à 100 mètres de hauteur. Les parents des maisons royales sont enterrés plus ou moins haut sur la colline, d'après leur degré de parenté.

En retournant à la maison, nous passämes par une grande place où se tenait un marché célèbre dans tout le pays par la quantité de beaux ouvrages en cuivre qui s’y

vendent ; on les fabrique aux environs, et on les apporte à pour les vendre.

Dans l’après-midi, nous fee reçus par le sultan dans son palais. Nous traversämes trois cours où se trouvaient de petites: maisons délabrées, de misérables cabanes de bois, des écuries et autres constructions.

Le palais d’un prince ou d’un sultan javanais se compose du pendopo, du dalem et du probojekso. Le pendopo est une galerie entièrement ouverte, très-haute, protégée par un toit voûté, et où l’on arrive par quelques marches. Il est destiné aux cérémoniés, et meublé seulement de tables et de chaises. En face du pendopo se trouve le dalem, grande galerie également, mais qui n’est ouverte que par devant, et qui se trouve par cela même être un peu sombre, puisqu'elle n’a ordinairement que peuou point de fenêtres petites et très-basses. Le dalem est en même temps l’appartement du sultan et la salle de réception ; il est encombré de canapés, de chaises, de miroirs, de pendules, de tableaux et autres objets. Plusieurs portes pratiquées dans le fond du. dalem conduisent au probojekso, qui est l’habitation privée du prince, de ses femmes et de sa famille. Il se compose d’une petite salle avec beaucoup de petites . chambres et de petits cabinets sombres et étroits; quelques lits, des nattes, des oreillers et des coussins, for ment tout le mobilier.

Tous les palais princiers. que je vis à Java étaient de bois. On ne peut les comparer en rien à la magnificence, à la richesse, à l’art et à la splendeur des palais du Bengale et de l’Indoustan.

Le sultan vint au-devant, de nous à quelques pas du dalem, nous tendit la main à tous, nous conduisit dans la salle, et nous assigna, à côté de lui, des places pour nous asseoir. Il: comptait trenté-deux ans, était. de moyenne taille, avec un peu d’embonpoint et la figure belle. Il avait une espèce de robe de chambre et par-dessus un sarong,

tous les deux, comme le mouthoir de tête, en étoffe de soie. Il portait comme ornement une broche et quelques bagues en diamant.

Je fus étonnée de ne voir is le dalem que des servantes; elles étaient blotties par douzaines, à moitié nues, tout autour de nous. Elles n’avaient qu’un sarong qui leur couvrait à peine la moitié de la poitrine. Il est connu que les princes mahométans ne se font servir dans leur intérieur que par des femmes ou des eunuques ; mais ne les voir entourés que de femmes dans les salles de réception, cela me paraissait par trop efféminé.

Quand le sultan eut causé quelque temps avec nous, il nous conduisit dans le probojekso. Il est si libéral, qu’il laisse même pénétrer les Européens dans l’intérieur de son sanctuaire. Il nous présenta à son épouse, femme de dix-neufans, la plus belle créature que j’eusse jamais vue chez les Malais ou chez les Javanais. Elle avait un petit nez charmant, une bouche mignonne avec les dents blanches et bien faites, les yeux grands et pleins de feu ; ses pommettes, un peu larges et saillantes, rappelaient seules l'origine javanaise. Le: sultan défend.à sa famille de mâcher äu siri ou de se teindre et de se limer les dents. Outre la sultane, nous vimes encore deux filles que le sultan avait eues d’un autre mariagé, charmantes enfants de douze à treize ans.

La sultane et les deux filles étaient vêtues, à la mode du pays, de sarongs et de kabays. Elles portaient beaucoup d’épingles à cheveux, de pendants d’oreilles, d’anneaux et autres bijoux.

La sultane ne parlait jamais à son mari sans baisser les yeux vers la terre et sans porter les mains à son from, dans une attitude de suppliante.

Quand nous eûmes pris le thé, le sultan nous montra ses armes et ses curiosités, et nous fit même voir les robes brodées d’or de sa femme. Sur son lit se trouvaient

quatre crids ' des plus beaux. A un coin de la partie supérieure du lit était le buste du roi de Hollande. Le sultan est donc un bien chaud partisan de son royal frère d’Europe! i i

Les domestiques et les officiers supérieurs de ce sultan, comme ceux de tous les autres sultans javanais, se distinguent par une coiffure particulière; elle consiste en-un bonnet de 25 centimètres de haut, en paille tressée, en soie ou en étoffe dorée, suivant le rang de la personne.

Le 30 novembre, nous allâmes à Solo, capitale de Surakarta (à 40 paals). Sur la route on passe près des mille temples, situés non loin du petit village de Brambanang. Ils forment tout un groupe. On n’est pas d’accord sur leur nombre : les uns disent, 170, les autres, 300 ; mais en tout cas il y en a beaucoup moins de 1000. Ces temples sont petits, dans le style du Mendut. Le plus grand temple peut avoir 20 mètres de haut, mais il est déjà presque tombé en ruine : nous grinpämes jusqu’au sommet, d’où nous pümes voir dans l’intérieur. Dans une petite galerie voûtée se trouvait encore un bouddha, et çà et là on découvrait quelques arabesques. Les autres temples n’ont pas, dit-on, plus de 7 mètres de haut, et il doit y avoir eu dans chacun un bouddha.

A Solo, M. le résident Büschkens ne put me recevoir : on était justement en train de réparer sa résidence qui tombait en ruine. On me conduisit dans la maison de M. Gæœreke, missionnaire et traducteur de la Bible, un homme extrêmement bon et doux. Ce fut surtout sa tolérance qui me plut : c'était un de ces ecclésiastiques, malheureusement trop rares, qui estiment plutôt l'homme d'après ses actions que d’après la croyance qu'il professe.

* 1. Crid ou cric. On donne ce nom à un poignard en forme de serpént, passé dans une gaine de25 à 35 centimètres de long ; c’est l'arme habituelle des Malais et des Javanais.

La situation de Solo n’est pas si jolie que celle de Djogokarta. La plaine est trop grande, les montagnes sont trop éloignées, à l'exception du Lawas, haut de 3160 mètres environ, dont on aperçoit assez distinctement la forme.

Je trouvai, dans les principautés libres, le sol généralement bien cultivé. Cela vient sans doute de ce que les princes afferment les terres et de ce que les fermiers-sont obligés de beaucoup travailler pour gagner le prix de leur fermage. On cultive surtout l’indigo dans les deux princi- | pautés. Je ne trouvaï pas les cabanes et les vêtements des indigènes plus mauvais et plus misérables ici que dans le reste de Java. Beaucoup de résidents prétendent que tout est mieux cultivé et mieux entretenu dans les possessions hollandaises : mais je ne puis dépeindre les choses que d’après mes propres impressions, et je m’efforce toujours d’être aussi impartiale que possible dans mes jugements. Les routes et les ponts sont également bien entretenus dans les possessions hollandaises et dans les principautés. Il est vrai que les princes sont forcés d’en prendre soin par le gouvernement hollandais, qui a des forts considérables dans les deux villes de Solo et de Djogogarta.

On fait une différence. entre les Malais et les Javanais. Les Javanais vivent plutôt dans l’intérieur de Java et dans les deux principautés libres. On prétend qu’ils sont plus beaux que les Malais, qu’ils ont un. meilleur caractère et sont plus susceptibles d’affection. J’eus par hasard occasion de voir beaucoup de monde, puisque pendant mon séjour à Djogokarta on tinf un bäzar, et qu'ici, à Solo, il y eut deux fêtes publiques ; eh bien, je dois avouer franee que le peuple me parut aussi laid qu’à Bata-

a. On vante leurs petites mains et leurs petits pieds : il Ni vrai, les Malais et les Javanais ont les mains et les pieds petits, mais la petitesse ne constitue pas à elle seule la beauté. Les mains sont si maigres que l’on voit paraître

toutes les articulations : les bouts des doigts sont un peu tournés en dehors. Ils peuvent se tordre les doigts, les mains, les bras, à un point que cela fait mal à voir. Cette flaccidité dans les membres et dans les muscles se trouve aussi chez les Européens quand ils sont nés et ont été élevés dans ce pays. Les pieds ne sont pas moins laids : ils sont très-plats, et les doigts sont très-écartés les uns des autres. :

Parmi les grands seigneurs et les serviteurs qui vivent dans les-harems des princes, on voit bien quelquefois de jolis garçons, de beaux enfants, mais il ne faut pas les prendre pour type. Tout ce qu’il y a de beau, hommes et femmes, on cherche à le faire entrer dans les maisons des princes. Si un Javanais veut préserver sa fille du harem, il faut qu’il la marie très-jeune ou qu'il en fasse une danseuse publique : comme telle, elle est sacrée pour tout homme à qui elle ne donne pas ses faveurs. Cette coutume bizarre va si loin que, quand une femme veut se séparer de son mari malgré lui, elle n’a qu’à se faire danseuse publique. L'homme n’a plus alors aucun pouvoir sur elle. Ordinairement les parents regardent comme un grand honneur que leur fille soit admise au harem d’un sultan.

Dans aucun pays je ne vis autant d’aveugles et de boiteux qu'à Surakarta : on dit qu’il y a aussi beaucoup de lépreux ; on a bâti pour eux un hôpital particulier non loin de Solo. | :

On raconte au sujet de ces infirmités un trait cruel d’un des derniers susuhunans. Une dame européenne traversait Surakarta. A Solo, elle fut présentée au prince, qui lui demanda comment lui avait plu le pays. « Beaucoup, répondit-elle, sauf la grande quantité de boiteux, d’aveugles et de lépreux qu’on rencontre partout.—Cette vue, répondit le prince, ne choquera plus personne à l’avenir. » Il fit rassembler les malheureux, les fit mettre sur des bateaux et conduire au milieu du fleuve : les fonds des

bateaux, disposés exprès, s rotérérent, et tous furent engloutis.

Le susuhunan qui règne eilig Pakou VII, a généralement la réputation d’un prince noble et très-juste : il trouve, dit-on, comme Titus, : sa journée perdue quand il n’a pas fait du bien.

Parmi ses vassaux, celui qui se distingue le plus est le prince Mangkou-Negoro, qui est surnommé l’Indépendant, parce qu'il a un peu de liberté : il peut, par exemple, quitter son palais sans demander la permission au résident. Il a huit 800 hommes d'infanterie et 400 hommes de cavalerie, un plus grand nombre que le susuhunan luimême. De plus, il est colonel au service de la Hollande et aide de camp honoraire du gouverneur général: Il reçoit le traitement de colonel avec une forte rétribution pour l'entretien de ses troupes; mais il doit, en revanche, être toujours prêt à entrer en campagne.

Toutes ces distinctions lui ont été accordées comme récompense de sa fidélité envers les Hollandais dans la dernière guerre. Il se mit de leur côté et leur fut d’un grand secours avec ses troupes. Les indigènes bien disciplinés font de bien meilleurs soldats que les Européens. Le climat 'ne leur est pas nuisible : ils n’ont besoin que d’une nourriture simple et peu abondante, et supportent les marches et les fatigues sans trop en souffrir.

La première demande que nous fimes au résident fut d’être présentés au susuhunan et à quelques-uns des principaux princes. Nous obtinmes la promesse d'une audience pour le lendemain, elle n’eut malheureusement pas lieu : car, une heure à peine avant le moment où nous devions nous présenter, le prince perdit sa sœur unique qu'il aimait beaucoup.

Dans le peu de jours que nous passâmes à Solo, nous eûmes le bonheur de voir deux cérémonies. La première consistait dans la présentation d’une lettre que le sultan

de Djogokarta avait écrite au susuhunan de Surakarta. Quand le résident eut pris connaissance du contenu, la lettre fut mise dans une belle enveloppe de soie et placée sur une assiette d'argent : le premier aide de camp du susuhunan vint la chercher dans une voiture à six chevaux. Dans une seconde voiture suivait le résident. Treize coups de canon accompagnèrent cette cérémonie, Eu -

La seconde fut l'enterrement de la sœur défunte du susuhunan dans le cimetière d’Imo-Giri. La couleur de deuil est le blanc, comme chez les Chinois. Tout ce qui faisait partie du convoi, voitures, chevaux, tout était couvert en blanc. Toutes les personnes du cortége avaient quelque chose de blanc, un mouchoir de tête, un sarong, un tablier, ou quelque lambeau.

Des porteurs ouvraient la marche et étaient chargés de planches, de poutres et de perches qui servaient A faire un toit pour protéger le cercueil dans les stations de la route. Après venaient des cavaliers qui portaient des rubans et des tabliers blancs’ ; suivaient la voiture vide du

susuhunan, le cheval favori de la morte, le dais pour le cercueil, et enfin le cercueil lui-même, sur lequel pendait une couverture de satin blanc brodé d’or. Le cercueil fut porté par les princes impériaux jusqu'à la dernière porte du Kraton. Là, les ministres le prirent, et le cercueil passa ensuite des mains des princes aux mains des derniers serviteurs. Plusieurs porte-lances, leurs armes couvertes de blanc, entouraient le cercueil, et l’on tenait au-dessus de grands parasols comme ceux dont on abrite la tête des princes. Derrière le cercueil venait un grand coffre carré qui contenait les aliments qu’on de-

1. Les troupes des princes libres portent l’uniforme hollandais : les officiers ont des souliers, les soldats n’en ont pas et portent sous leur casque la coiffure du pays; quelques-uns serrent leurs cheveux derrière la tête en un gros nœud.

vait mettre le soir suivant, suivant la coutume, sur le cercueil de la morte. Une grande foule de peuple fermait la marche. L'époux, les enfants et les parents de la morte avaient pris les devants et étaient allés jusqu’à.la première halte de nuit. Il fallait, me diton, trois jours au convoi pour aller jusqu’à Imo-Giri (à 40 paals). u

B était sans doute intéressant Fr vu ce cortége funèbre; mais j'aurais eu aussi beaucoup de plaisir à connaître le bon et noble susuhunan; ce à quoi il ne fallait plus songer, puisque nous devions partir dès le lendemain matin. A ma très-grande surprise, M. Gœreke m’apprit que le prince voulait nous recevoir ce soir-là par exception. Nous dûmes uniquement cette faveur au bon missionnaire, que le susuhunan estime beaucoup, -et dont la demande suffit PURE que notre souhait fût accompli.

“Avant d’aller chez le Klachunan, nous fimes encore deux visites chez d’autres princes.

La première fut pour le prince Mangkou-Negoro, dont j'ai déjà parlé. Je fus extrêmement frappée du bon ton et des manières nobles et distinguées de ce prince, qui, à cet - égard, ne le cédait en rien à l’Européen le mieux élevé. Les traits de sa physionomie exprimaient l’esprit, la finesse et la bonté. Il s’int6ressa beaucoup à mes voyages, et me fit des questions et des observations qui témoignaient de grandes connaissances. Avec sa galanterie orientale, il me compara à un léger nuage flottant.

Ma deuxième visite fut pour le prince Ngabchi, frère paturel du susuhunan, et, comme ce prince n’a pas de fils, son héritier présomptif. Mais nous ne le trouvämes pas, car il n’était pas encore revenu des funérailles.”

C'était à sept heures et demie que nous devions paraître à la cour. L’etiquette est ici beaucoup plus stricte qu’à Djogokarta; MM. Schmitz et Gœreke avaient toujours

leurs montres à la main pour ne pas arriver une minute trop-töt ou trop tard.

A l'entrée de la dernière cour intérieure, deux dames de la cour vinreut au-devant de nous pour nous annoncer que le susuhunan était prêt à nous recevoir. Quand nous enträmes dans le dalem, il se leva de son fauteuil, fit deux pas au-devant de nous, nous offrit la main et nous désigna des places pour nous asseoir. Le dalem, ainsi que le pendopo, était bien éclairé. De la musique militaire européenne, assez bien exécutée par les indigènes, retentit à notre entrée, et fut répétée à plusieurs reprises pendant la réception. A quelques pas au fond, à la gauche du prince, étaient assises trois dames de la cour, avec le même costume que les autres personnes de la suite; elles tenaient les insignes de la couronne, un glaive, un bouclier et un sceptre, et restaient immobiles comme des statues. Parmi les femmes accroupies tout autour, il y avait aussi déux neveux du susuhunan, jeunes gens de quatorze à quinze ans. Je les prenais pour de très-jolies filles, car ils portaient comme celles-ci un simple sarong, et avaient leurs cheveux rejetés ‘en arrière, noués et rattachés par un peigne.

A peine avions-nous pris place, qu’une femme, probablement aussi une dame de la cour, approcha en se glissant sur les genoux, et récita sans prendre haleine un long discours que je prenais pour une-prière; plus tard, j'appris que c’était un rapport sur le convoi funèbre dont voici à peu près la teneur: « La princesse est allée jusqu’à tel et tel endroit, elle s’y est reposée à l'ombre d'un baldaquin un certain temps, et a continué ensuite sa route jusqu’à ‘un autre endroit où elle doit passer la nuit. » Car d’un personnage aussi illustre, tant qu’il n’est pas enterré, on en parle absolument comme s’il était encore en vie; on s'occupe aussi de tous ses besoins et de toutes ses commodités avec la même attention.

Tous-ceux qui approchaient du susuhunan, sans excepter ses neveux, se glissaient sur les genoux. Ils ne se relevaient sans doute que quand ils ne pouvaient plus l’apercevoir : car j’eus beau les suivre des yeux autant que je pus, je ne les vis pas se relever.

‘Les traits du prince exprimaient parfaitement tout ce qu’on m'avait dit de lui. Il est rare de voir une figure plus douce et plus respectable que la sienne. Mais ce qui m’etonnait, c'était de ne pas remarquer chez lui le moindre chagrin de la perte cruelle qu’il venait d’éprouver. Il écouta le‘rapport sur le convoi funèbre de sa sœur avec autant de calme que si on lui avait annoncé la chose la plus indifférente. Après s'être entretenu quelque temps ‚avec nous, et nous avoir offert du thé, qui, à ma surprise, ne fut pas servi par des femmes, mais par des hommes, il me proposa ainsi qu’à Mme Schmitz de faire une visite à sa femme. Cette dame pouvait avoir vingt-cinq ans; elle était dans une chambre peu éclairée et assise sur une chaise. A côté d'elle se trouvait, par terre, sa belle fille, Agée de dix-huit ans, toutes deux moins jolies que les princesses de Djogokarta ; elles étaient cependant assez belles pour des Javanaises. Les chambres du probojekso me parurent très-petites, misérablement arrangées, et peu éclairées. Au bout d’une nr, nous renträmes au dalem.

En nous congédiant, le susuhunan m’adressa un trèslong discours, pendant lequel il me tint la main. Quand il eut fini, il tira un anneau de son doigt et le mit au mien. M. Goereke était malheureusement trop loin de nous pour entendre quelque chose de ce discours; aussi fut-il perdu pour moi, car le susuhunan parlait le haut malais, que je ne comprenais pas. La visite dura plus de deux heures.

Le costume du susuhunan, ainsi que celui de sa femme et de sa fille, était très-simple, à peu près comme celui

de la cour de Djogokarta ; le susuhunan portait deux décorations richement garnies de brillants.

Le 3 décembre, nous primes un chemin plus court par Salatiga pour retourner à Samarang (66 paals), où je passai encore une nuit dans la maison de mes aimables compagnons.

Le lendemain, à une heure de l'après-midi, je me trouvai de nouveau sur le vapeur pour faire 180 milles jusqu’à Swlabaya. A bord de l’Amboine, je fus reçue par le capitaine Bergner comme une ancienne connaissance, de”la manière la plus cordiale. J'étais allée avec lui de Batavia à Sumatra, et, peu de temps après, il avait passé du Macassar sur l’Amboine. C’est toujours un grand plaisir de rencontrer en voyage des connaissances, et on le ressent doublement quand ce sont des personnes aussi bonnes et aussi aimables que l’est M. Bergner.

Du voyage il n’y a pas grand’chose à dire. Nous côtoyämes toujours le littoral de Java, tantôt plat, tantôt

. montueux. Quatre collines, placées plus près de Sarabaya que de Samarang, sont appelées les quatre cercueils, à cause de leur forme. Elles sont séparées l’une de l’autre et se trouvent au milieu d’une plaine. A 12 milles de Sarabaya on voit la petite ville de Grisée, adossée contre une jolie chaîne de collines ; c’est là que les vaisseaux non européens jettent d'ordinaire l’ancre.

Le 6 décembre au matin nous entrâmes dans la rade de Sarabaya.

Tous les mouillages de Java que j'ai vus, tels que Batavia, Sarabaya et Samarang, sont éloignés de 3 à 4 paals des villes; pour se rendre à ces dernières, il faut remonter les fleuves en amont ; à Sarabaya on peut aussi aller en voiture de l’embouchure du fleuve à la ville.

Le résident, M. de Perez, eut la bonté de me donner l'hospitalité. Ce monsieur, d’une complaisance extrême, savait mon arrivée, et ayant appris que je devais jeter

l'ancre à Grisée, il y envoya une voiture au-devant de moi.

La résidence, superbe édifice, mais qui n’a malheureusement qu'un tout petit jardih, est à 3 paals de la ville. Devant elle s'étend une prairie magnifique, au bout de laquelle s’élève une grande statue en pierre bien conservée d’une idole hindoue, encore en grand honneur chez les

‘,. Malais.

-. Je demeurai à Sarabaya jusqu’au 14 décembre, sans rien voir du tout. Le temps des pluies étant venu, je dus forcément abandonner tous mes projets. Il] ne me resta qu’à continuer le voyage de Célèbes et des Moluques, et à.me..copsoler.avec l'espoir d’être plus heureuse à mon -- retour.» :

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