MTY 304 MON SECOND VOYAGE
de harnais ; on passe seulement une petite bride, comme nous l’avons dit, dans la bouche du cheval, et on met quelquefois une petite housse, sans l’attacher sur le dos
ement un pied contre le flanc du cheval, ce qui ue.d’offrir un aspect extrêmement original. * à très-grand nombre de haras ; les chev:
ette île sont souvent exportés comme étant les plus forts et les p us infatigables de toute l'Inde. Un beau cheval se paye 300 roupies.
Nous passâmes aujourd’hui par beaucoup de rizières et
de plantations de maïs, d’ubi et de pisang, qui étaient
ntinuâmes toujours notre route par de laissant les chaînes de montagnes à
L journée ne fut que de 7 paals, mais une des plus”désagréables. Les routes, dans les environs de Mendalle, amollies par des pluies continues, étaient devenues tout à fait impraticables. Il nous fallut longer les uvent même entrer dans l’eau avec viter r les récifs de coraux de la côte,
is grâce au ciel quand j je fus sortie, sans acci-
dent, de l'élément ennemi, et que je revis la terre sous les pieds de mon cheval{.
Avant midi, nous arrivâmes à Tanette, principauté ou royaume indépendant, sur la côte orientale de Célèbes, et depuis 1840 allié fidèle de. “+ Hollande.
La petite ville de æest située dans une plaine
de la bête. Quand ils vont au pas, ils appuient ordinai=
rm
riante. On me désigna une grande cabane de bambou, au milieu de champs de riz, comme le palais de la reine.
A Célèbes, il est d’usage de ne pas se rendre tout droit et. sans façon à la demeure d’un chef régnant; il faut se faire annoncer et demander la faveur d’une audience, J’envoyai donc un de mes gens à la cour; l'invitation ne se
-fit pas attendre, et je n’eus rien. de plus pressé ‘que ‘d'en profiter.
Tanette est gouverné par une reine. Elle me réçut trèscordialement et me conduisit aussitôt auprès de sa fille, qui ne parut point dans la salle de réception. La princesse avait déjà dix-neuf ans et n’était pas encore mariée; elle était, il est vrai, fiancée, mais la noce était remise à un an plus tard.
Les jeunes filles des hautes classes ne se marient qu’à
. l'âge de vingt ans, et même plus tard, tandis que celles des basses classes entrent souvent en ménage dès l’âge de onze ou douze ans.
La reine et sa fille n’étaient pas autrement ni mieux habillées que leurs suivantes. La suite de la reine, composée de femmes et de jeunes filles, se tenait toujours derrière elle et ne la quittait pas plus que son ombre; déuxjeunes filles portaient les insignes de la royauté, composés de deux cymbales et d’un sceptre. Celle qui portait les cymbales attachées à son cou, les frappait de temps en temps l’une contre l’autre.
Le palais avait environ 20 mètres de long, 10 de large, et était construit, comme toutes les cabanes et les maisons de Célèbes, sur pilotis.
L'intérieur était divisé en trois chambres et une cuisine. La première chambre; assez grande, représentait la salle de réception. Il y avait une table et quelques chaises ; les murs et le plafond avaient été, en mon honneur, ornés de toile de couleur, posée pendant que je faisais ma visite à la princesse. Les deux autres petites pièces servaient de lo-
gement àla famille royale, ainsi qu’à une partie de la suite, qui campait partout où elle trouvait de la place. Il régnait dans’ces chambres ur désordre éplorable ; tous les ustensiles de ménage et toutes les provisions étaient jetés 44 mêle. Des Rprèces d'u 1b = m
terre ou autres oh je s;p out Onavait entassé des caisses, des paniers, et su pool du clambous, de sorte qu'il restait à à peine un pe pour les habitants. Et
vement à bavarder et à mâcher du siri.
- Le seul travail auquel se livre une reine ou une princesse est de tisser un de ces bandeaux avec lesquels les hommes attachent à leur ceinture les parangs ou Äries. La reine. m'en montra un qu’elle avait commencé à tisser et que je trouvai, pour le dessin et pour les couleurs, d'un goût exquis.
La reine était justement sur le point d’aller à Barou, royaume voisin, où on l'avait invitée à une fête. Comme c'était aussi mon chemin, je l’accompagnai. Le jour même nous fimes 14 paals sur le fleuve Tanette, pour continuer ensuite le voyage par mer jusqu’à l'embouchure du Barou; maïs le vent étant très-contraire, nous renträmes bientôt dans une petite baie où nous jetämes l'ancre pendant la nuit. La reine et une partie de ses gens passèrent la nuit à terre.
Elle menait avec elle une suite plus nombreuse qu’il n’en aurait fallu à cinq ou six reines d'Europe. On voyait là plus de trente j eunes filles et des femmes suivies de leurs
doutes l'honneur de représenter des es femmes de chambre, etc. Plusieurs s et si malpropres que j'avais peur
1. Les alliés reçoivent du gouvernement hollandais, presque tous les ans, de semblables cadeaux.
qu’en approchant trop près de moi elles ne me légassent quelque souvenir peu agréable. Cette noble société chargée d'autant de bagages que s'il s'était agi non d’une visite de quelques j Jai: d'un changement de résidence. Tout le batea issa it pas d’être grand, était rempli de paniers eilles, de caisses, de sacs, de pots, de vaissell tant de choses qu'on né savait où se pla er; nous étions, en un mot, encaqués Con ne pas y tenir. à ‚
Pendant cet affre + sjeunds fl filles étaient occu- + pées à préparer du siri, qui ne se fabrique pas ici en quets, mais en forme de cigares. Elles étalent un peu de chaux extraite de coquillages sur une feuille de bétel,
mettent dessus un petit morceau de noix d’areca avec du gambir, ensuite la roulent et l’enveloppent d’un petit fil. Quand une feuille était trop mouillée, la dame du palais retroussait son sarong et faisait égoutter sur sa cuisse ce qu’il y avait de trop. Lorsqu’une jeune fille accueille favorablement la déclaration d'amour d’un j homme, elle lui fait le bienheureux don de cigares de ; quand elle ne.lui en offre pas, c’est qu’elle repousse ses hommages.
Toute la société mächait constamment du siri, et crachait souvent dans de petits pots de laiton qui passaient de main en main, La reine se fit ôter les insectes qui peuplaient sa tête, les dames de cour et les soubrettes se rendirent entre elles le même service. En considérant la grande malpropreté qui régnait par ici comme à Tanette, je trouvais extrêmement rid es soins que l'on prodiguait aux coupes dans lesquel ait la reine. Elle avait une coupe qui ne servait qu'Atellesseule; on puisait l’eau avec une grande cuiller à pot d x-baquet commun à tous, et on la passait par un petit sac © de toile. Pour ce sac et cette cuiller, on avait emporté un meuble particulier pour les sécher et les garder.
Le 26 avril on se mit de bonne heure en route. Nous enträmes bientôt dans le fleuve Barou, et nous leremontämes jusque dans le voisinage de la résidence, située à-un paal du fleuve et éloignée de 35 paals de Tanette. Le temps qué l’embassade mit pour annoncer à la cour notre ärrivee, la reine l’employa à se baigner avec sa suite. Mais elles revinrent toutes du bain aussi sales qu’elles étaient avant d’y entrer ; car, commeles malaises, elles se bornaient à se jeter de l’eau sur le corps sans se laver. Pour donner à leur peau une odeur agr&able,.elles se parfumaient de résines odoriférantes. A cet see avaient emporté une petite cassolette, au-dessus derlaquelle la reine et toutes les dames de la cour l’une après l’autre se plaçaient d’abord, puis étendaient le visage et les mains.
Barou était aussi gouverné par une reine. J'avais également envoyé à la cour mon drogman avec la. lettre du . gouverneur, cousue dans du satin jaune clair.
Le drogman revint avec une chaise à porteurs, un envoyé de la reine et quelques gens de sa suite. On me porta jusqu’au palais, qui n’était également qu’une cabane de bambou, où le premier ministre du royaume me reçut et me présenta à la reine. La salle de réception pouvait avoir 25 mètres de long et plus de 12 de large ; il y faisait sombre et étouffant.
Le plafond, appuyé sur de nombreux troncs d’arbres, était très-bas, et il n’y avait que quelques ouvertures servant de fenêtres. Ici encore les murs et le plafond de la salle étaient revêtus de toiles de couleur. Au fond était assise la reine, âgée de dix-huit ans, dans une espèce de loge ouverte; elle avait à côté d’elle une vieille duègne très-corpulente, qui lui donnait de l’air avec un grand éventail. De chaque côté de la loge il y avait un grand oiseau de bois orné de beaucoup de fleurs. La reine m’engagea d'une manière très-aimable à prendre place à côté d'elle. Elle portait un large sarong de mousseline rouge foncée,
parsemé de quelques broderies en or. Sa figure me parut agréable, mais peujolie; elle n’était pas encore mariée.
Quand on était venu me chercher, la reine de Tanette était restée avec sa suite à l'endroit du débarquement. Il est probable qu’on n'avait que cette seule chaise à porteurs dont on avait disposé en ma faveur. Pendant ma réception à la cour, qui dura bien quelques heures, la reine de Tanette ne parut pas non plus; il est probable qu’elle s’était retirée dans son appartement pour se reposer de son pénible voyage.
J'arrivai juste à propos pour la; grande fête qui devait avoir lieu le lendemain. Cette fête consistait à limer les dents supérieures de la jeune reine, cérémonie aussi importante en ce pays que l'est au Brésil le baptême d'un prince impérial, ou bien en Europe le mariage d’un roi. A cette fête étaient invités tous les princes et rajahs des
environs. Pour inaugurer la fête, on donna, le jour même
de mon arrivée, un petit divertissement. D’un côté de la salle, près de la loge royale, douze jeunes filles, et. de l’autre côté des garçons de douze à quatorze ans, exécutèrent les danses ordinaires et monotones des Malais. Beaucoup d'hommes et de femmes, probablement tous de hauts personnages, étaient accroupis par groupes et regardaient les danses avec indifférence. Personne ne disait mot.
On ne servit qu’à moi et à mes deux compagnons, le drogman et le tolk, du café, du thé, une espèce de sorbet fort doux et diverses autrés friandises. Parmi ces dernières, il y avait de petits fruits confits aussi délicats que ceux qu’on trouve en Europe.
La reine me témoigna les plus vifs regrets de ce qu’elle ne pouvait pas me loger chez elle, car le nombre de ses hôtes était si grand que toute sa maison était pleine ou encombrée. On me conduisit dans la cabane d’un indigène, et on y envoya aussitôt pour moi des nattes, des coussins, des clambous, des poulets et toutes les choses
. nécessaires pour la cuisine. Quand on vous assigne une maison particulière, il faut que ses habitants cèdent aussitôt à leur hôte la grande pièce, ce qui ne les empêche pas d’y demeurer constamment, ainsi que tous les curieux qui désirent voir l'étranger. Si je voulais jouir de quelque repos, il me fallait me réfugier sous mon clambou, et là encore les gens venaient me déranger, ils soulevaient le clambou et fourraient leurs têtes dessous.
Les cabanes du peuple sont, à Célèbes, infiniment plus grandes que celles de Java, de Sumatra, des Moluques et des autres pays.. Leur intérieur se compose d'ordinaire d’une pièce carrée de 4 à 6 mètres, à laquelle se rattachent une ou deux chambres plus petites. A droite de la grande pièce, il y a un emplacement de près de 2 mètres de large, où l’on fait du feu, où l’on place des vases d’eau et autres objets.
Les villages sont très-sales, pleins de boue ét de bourbiers. De plus, les habitants n’ont pas, comme les Dayaks, la bonne coutume de se laver les pieds, à l'entrée de la cabane, dans l’eau qui ÿ est toujours placée à cet effet; mais ils entrent les pieds sales et couverts de boue.
Tout près de la cabane que j’habitais, les buffles étaient campés dans des mares d’eau de plus d’un mètre de profondeur, où ils étaient comme ensevelis. On ne voyait que leurs cornes et leur museau. Quoiqu'il y ait ici partout des buffles, on ne peut cependant se procurer nulle part ni beurre, ni lait, les indigènes n'ayant pas l’habitude de lestraire. Pour faire la cuisine, ils se servent d’huile qu’ils tirent des noix de coco, des canarines et d'autres fruits.
Quant à l'habillement, à la nourriture et à l’habitation, tous les habitants de Célèbes peuvent être considérés comme également riches ou pauvres, puisque, dans la vie
ordinaire, on ne remarque pas la moindre difference entre eux.
Leurs richesses consistent en quelques bijoux d’or et d'argent, en coffrets et en boîtes d’or qui renferment les ingrédients dusiri, en sarongs de soie, en lances et en beaux parangs. Mais tout cela ne se voit qu'aux grandes fêtes, aux solemnités et aux cérémonies publiques, telles que noces ou finançailles d’un prince, ou bien quand on lime les dents d’un chef. Ils donnent à l'or une teinte si foncée qu'il a l’air de cuivre.
Les femmes tissent ici également des sarongs qui, par la finesse et l'élégance, ressemblent à la toile dite anglaise ou écossaise. Une tisseuse habile et laborieuse met un mois pour faire un sarong. À la cour, les sarongs sont : tissés par les hommes et les femmes attachés au service de la maison. Tout étranger présenté à la cour reçoit en présent un sarong ; je fus aussi gratifiée partout de cet objet de toilette.
Le 27 avril, dans l'après-midi, on fit partir quelques mortiers pour annoncer le commencement de la solennité. Je me rendis au palais, que je trouvai tout entouré de peuple. Il y avait là beaucoup de porte-lances, des hommes de la suite des princes et des dignitaires des Etats voisins, dont un portait même -une cotte de mailles ‘. La salle était si remplie de’ monde que j’eus de la peine à passer. Ma place me fut assignée au premier rang, parmi tous les rois, princes et princesses venus de loin pour assister à cette fête. On me présenta une grande quantité de souverains, et entre autres l'héritier présomptif de la couronne de Bonni, Ou; comme disent les Hollandais, le successeur en expectative. Le nombre des souverains, princes et autres grands personnages, qui habitent Célèbes, est vraiment in+ croyable, Tous tiennent à mener un grand train de vie, et ne veulent parconséquent rien faire : ce sont les vraies sangsues du pays.
1. Ada guetre, beaucoup d’indigènes portent, à ce qu’on assure, des cottes de mailles, ,
La reine n’était pas encore arrivée elle ‘aussi savait faire attendre le public. De son appartement jusqu’à l’éndroit où elle devait prendre place, le sol était couvert de toile blanche. A la porte, six jeunes filles attendaient avec un baldaquin en étoffe de soie épaisse et brodée d'or. Ce riche baldaquin formait un contraste étrange avec les six perches dont on se servait pour le porter : c’étaient de longues et étroites tiges de bambou nullement, façonnées, et telles qu’on les avait coupées dans le bois.
Enfin, la musique et les salves des mortiers annoncèrent l'arrivée de la reine. Elle s’avanga vers sa place à pas lents et mesurés sous son baldaquin, comme une victime marchant au supplice. Elle était revêtue de deux sarongs de pourpre, dont l'un couvrait le haut, l’autre le bas de son corps. Elle portait dans les cheveux des guirlandes de melati* avec des fleurs artificielles en or; elle avait aussi des bagues, des bracelets et autres bijonie.
La reine demeura muette et immobile, et ne leva pas une seule fois les yeux. Non loin d’elle, douze jeunes filles rangées en triangle chantaient un air religieux. On apporta ensuite un vieux matelas usé, on &tendit un drap par dessus, et on arrangea quelques coussins avec une couverture. En ce moment, il se fit tout à coup un grand mouvement à la porte, comme si des gens voulaient entrer de force et étaient repoussés de même..Je me ügugais” déjà
se formalisait de me voir, moi étrarigèr, assis er cérémonie. Cependant la tranquillité fut bientôt je ne pus apprendre la cause de ce be | ( fut pas en état de me renseigner à cet l'étai reste, doué d’une rare dose de bêtise : quelles “do Hesent mes questions, il était presque toujours Rn d'y répondre.
1. Le melati est le jasmin fleuri. C’est la fleur favorite des Malais et des Chinois; elle a une odeur agréable, mais un peu forte.
On conduisit ensuite un homme âgé sous le baldaquin, près du lit; on plaça à côté de lui un bassin rempli d’eau, et quelques autres instruments. La reine se poussa, en restant assise, jusqu’au lit. La duègne öta les fleurs de ses cheveux, et présenta une petite soucoupe d’or à une trèsvieille femme assise à côté (c'était la reine la plus âgée de la famille), qui y cracha toute une gorgée de salive rouge comme du sang. Avec ce baume précieux, elle frotta la reine aux tempes et au front, et en versa aussi un peu sur une courroie, qu’elle lança vers elle pour arroser son corps de tous côtés. Elle prit ensuite une cassolette avec de l’encens, la promena trois fois autour de la reine, de droite à gauche, et une quatrième fois dans la ‘direction opposée ; puis la reine s'étant couchée tout de son long, on étendit légèrement sur elle la couverture, eton jeta du melati dessus. La duègne s’accroupit à la droite de sa tête, le médecin se mit à gauche, et on me plaça à côté de la duègne, également tout près de la reine, qui me prit la main, et ne la quitta pas tout le temps que: dura l'opération. Elle avait l’air très-affligé, me serrait la main de temps en temps, et me regardait d’un air désolé, comme si elle eût voulu réclamer mon secours. J'étais là presque inquiète et dans l’attente de ce qui allait se passer.
Le médecin jeta trois limes de différentes grandeurs dans le bassin, poussa entre les dents de la reine un petit rouleau dexchou-palmiste, prit la plus grande des limes, et ni à op er sur les dents de la patiente avec autant. de © que s'il avait eu entre les mains un morceau de bois. Avec! È econde lime plus fine il continua l'opération. Avant: recourir à la plus petite, il retira de la bouche de la reine la rouleau, et mit à la place un petit rouleau de feuilles de bétel, moitié plus mince que le premier. En somme, il opéra bien et promptement, surtout si l’on songe aux grossiers instruments dont il se servait;
mais Dieu sait ce que la pauvre reine dut souffrir pendant cette cruelle opération ! Cependant elle ne changea pas de figure; je ne sentis pas une seule fois sa main trembler.
L'opération étant terminée, on présenta un coq au mé decin, qui lui arracha un petit morceau dé la crête, et mit le sang qui en jaillit sur les dents et les lèvres de la patiente. A la fin, la duègne répéta, avec trois cierges liés entre eux, la même cérémonie qu’elle avait faite avec la cassolette, et la reine retourna, en se glissant par terre, à son ancienne place‘.
Independamment de la reine, l'opération fut faite encore à,six jeunes filles (probablement de la suite de la reine), mais sans la moindre cérémonie. Les jeunes filles se couchèrent sur une natte, sans coussin ni couverture. Le médecin leur passa un rouleau dans la bouche, se mit à limer vigoureusement, et l'opération se trouva terminée. | |
On servit à toute la société réunie dans lé salon, et composée d’environ quatre cents personnes, du thé et de la pätisserie. La reine me fit donner, en outre, une tasse du doux sorbet, avec une portion des fruits confits : elle semblait réellement prendre de l’intérét à ma personne. On ne toucha au thé et aux autres friandises qu'après avoir chanté, ou plutôt hurlé de nouveau un airreligieux; puis on mangea et on but avec une grande réserve.
Je rentrai bientôt chez moi, car, à part quelques danses monotones et ennuyeuses, il n’y avait plus rien à voir. Les friandises qu’on m'avait présentées à la cour me furent envoyées, selon l’usage ; mais je n’y touchai pas plus chez
1: Quand on lime les dents à de grands personnages, il y à trois fêtes, à des intervalles de plusieurs mois. A la première fête on désigne les dents et jusqu'où elles doivent être limées ; à la seconde on lime les dents d’en bas, et à la troisième celles d’en haut. 2
moi qu’à la cour : elles étaient faites de farine de riz, de sucre, d'huile de canarines, et autres ingrédients, et avaient un goût très-gras et trös-rance.
Le 28 avril jé id Barou. Le tolk me dit qu’il y avait encore ce jour-là ı smètes à ne plus en finir, et que la reine était dans l'impossibilité de me procurer des gens et des chevaux pour,Continuer mon voyage. Je reconnus plus tard qu’il m'avait fait un mensonge : c'est qu'il se plaisait beaucoup à Barou. La reine envoyait toujours d'excellentes choses, il trouvait beaucoup de monde avec qui causer; aussi, aurait-il voulu rester à Barou, nonseulement plusieurs jours, mais plusieurs semaines. Il n’y eut pas un seul divertissement, à l'exception d’un simple combat de cogs, le soir, au bazar, comme il y en a à chaque märché,
29 avril, Ce furent les gens de ma suite qui me causèrent les plus grandes contrariétés pendant ce voyage. Ils n'avaient pour moi, comme femme, ni les moindres prévenances ni la moindre soumission. Quand je demandais quelque chose au tolk, il le disait au drogman, celui-ci au: domestique, qui souvent s’en déchargeait sur le kulli; bref j'avais une foule de gens autour de moi, et j'étais horriblement mal servie. Ces gens ne voulaient pas même se charger de mon filet à papillons ; le plus souvent j'étais obligé de le porter moi-même. Un autre inconvénient d’une si grande suite était d’avoir partout besoin de beaucoup de chevaux et de porteurs. On conçoit sans peine que le tolk et le drogman n'auraient pas vouler aller à pied ; mais il fallait encore des chevaux à leurs domestiques , quand même nous ne faisions que huit ou neuf paals par jour. On perdait toujours les belles heures de la matinée pour se procurer des chevaux. Souvent nous ne partions qu’au moment où le soleil commençait à être déjà fresardent. Mais ces gens se conduisent bien autrement quand ils voyagent avec leurs maîtres ou leur supérieur. La
crainte du bâton ou d’autres punitions leur donne à tous des bras et des jambes. J'en avais fait l'expérience; aussi n’avais-je voulu emmener qu’un guide ordinaire et un kulli : mais le gouverneur, aussi bien que le comte Bentheim, qui tous deux me voulaient du bien et qui croyaient leurs gens meilleurs qu’ils ne l’étaient, avaient tant fait que je m'étais laissé imposer cette rude charge.
Ce ne fut qu’à dix heures du matin que nous entrâmes ce jour-là dans le prauh. On avait prétexté que le chemin de Paré-Paré, où je voulais aller, était plus court par eau que par terre; mais j’appris alors qu’on avait eu recours à cette supercherie, parce qu’on n'avait pas pu se procurer assez vite autant de chevaux qu’en demandait le tolk. A peine avions-nous navigué quelques heures, que les malheureux entrèrent dans une baie pour y terminer la journée. J'en fus si indignée et si irritée que, réunissant tous les termes. malsonnants et toutes les injures que je connaissais en malais et en hollandais, je leur reprochai rudement & tous leur miserable conduite. Je les menacai de m’en plaindre dans les lettres que j’ecrivais à Maros et à Macassar, et de renvoyer même le tolk et le drogman. Cela eut au moins cet effet, qu’apr&s une courte relâche, nous.continuämes notre route, et qu’entrés le soir dans une autre baie, nous jetämes l’ancre près d’un village. Le tolk me dit qu’on ne pouvait pas naviguer de nuit, parce les côtes étaient infestées par les pirates : je le savaiset ne fis pas de difficulté de passer la nuit dans l’endroit où nous nous étions arrêtés.
Je dormis dans le petit Prauh. Pour mon souper, on ne me donna que du riz, car mes gens n’avaient pas même songé aux vivres.
Indépendamment de notre prauh, il y en avait encore à l’ancre deux autres tout petits. Au milieu de la nuit, nous fümes éveillés par des cris effroyables. Nous nous levämes en sursaut, ma suite prit les armes, car nous pen-
sions à une attaque des pirates. Mais heureusement personne n’aborda notre prauh. Quant aux deux autres bateaux, mes gens ne s’en inquiétèrent pas plus que de savoir d’où les cris étaient partis. Cependant j'avais insisté pour que l’on s’informät si les gens des autres prauhs n’avaient pas besoin de secours. Le lendemain, nous apprimes que des hommes étaient venus à la nage jusqu’à ces bateaux, et y avaient volé différentes choses. On ne s’en aperçut qu’au moment où les voleurs s’en retournaient déjà avec leur butin vers le rivage.
Le 30 avril, à trois heures de l’après-midi, nous arrivâmes à Paré-Paré (30 paals). Cet endroit est situé dans une baie charmante, entourée de petites plaines fertiles, de collines en pente douce et, au fond, de hautes montagnes. Dans le port, il y avait beaucoup de prauhs et de petites barques qui viennent de Macassar et des îles voisines pour faire le commerce. Outre les droits de douane, le roi de ce petit État retire encore de grands bénéfices de ses propres opérations commerciales, et passe pour être assez riche pour le pays de Célèbes.
Quand le tolk descendit à terre pour s’informer de la demeure du roi, on lui montra un petit canot qui arrivait, et on lui dit que le roi revenait justement de la pêche, Si je n’avais pas été prévenue, je l’aurais pris pour un p6cheur ordinaire; il n’était revêtu que d'un sarong sale, et avait sur la tête un mouchoir. Son habitation n’annonçait pas non plus l’aisance. Elle se composait d’üne chaumière de bambou extrêmement. délabrée; il fallait passer par un bourbier pour y arriver. A la porte d’entrée, il y avait, dans un petit vestibule, plusieurs garçons et plusieurs jeunes filles, à qui l’on apprenait à lire le Coran 1. Ce qu'il
1. Les Malais et presque tous les habitants de Célèbes, à l'exception de Menchassa, ‘sont mahométans, Mais la femme jouit ici des mêmes droits que l’homme. Le premier-né d’un roi, que ce soit un garçon ou une fille, succède à son père. Laisse-t-il une veuve, c’est elle qui
y a de plus étrange, c'est qu'on leur enseigne le Coran en langue arabe, à laquelle les maîtres eux-mêmes n’entendent rien. Ils récitent ou psalmodient les prières sans comprendre un mot de ce qu'ils disent.
Du vestibule on passait dans la demeure du roi, pièce malaise tout ordinaire, dont une partie était divisée par des cloisons de bambou en différents carrés; le reste était occupé par plusieurs clambous. Sur le devant, on avait entassé des caisses et des ballots remplis de marchandises , et partout on voyait une saleté extraordinaire et un désordre inoui. |
Je savais déjà assez de la langue malaise pour pouvoir m’entretenir avec le roi. Elevé à Macassar, il avait quelques connaissances en géographie, -possédait plusieurs cartes et savait nommer. passablement bien les prineipaux États de l’Europe. Il me présenta les deux hémisphères et fut extrêmement étonhé quand je lui montrai rapidement toutes. les parties du monde ainsi que leurs principaux empires. Il me pria aussi d'écrire devant lui; je m’efforgai d'écrire très-vite, sachant bien que: cela l’étonnerait d'autant plus que les Malais font tout avec calme et lenteur. Il m’engagea à écrire mon nom, ma patrie et le lieu de ma naissance, et je les lui écrivis en caractères allemands et latins. Il me demanda aussi l'explication de plusieurs phénomènes de la nature, et me pria de lui parler des coutumes et des usages des peuples étrangers, et surtout de ma nation; bref, j'eus occasion d’étaler autant que possible mon petit savoir. Partout la vanité est flattée de recevoir des hommages: Cela me valut l'honneur d’être prise pour un être supérieur et privilégié; ce qui n’exige pas, à la vérité, une grande science, dans un pays où les hommes ne savent que peu de chose etles femmes presque
gouverne, quand même le fils serait déjà majeur. Les filles vont aussi bien à l’école que lés garçons.
rien, Il me fallut encore lui écrire le jour de ma naissance, qui, à ce qu’il prétendait, devait être du nombre des plus heureux.
En apprenant que mes voyages étaient imprimés, il dit qu'il dopnerait volontiers cent roupies pour les lire dans sa langue. N’etait-ce pas là un roi galant ? Quelle extension j'aurais pu donner à mes voyages, et que n'aurais-je pas pu faire, s'il y avait beaucoup de monarques aussi magnanimes !
Je témoignai le désir d'être présentée à la reine. Au bout de quelque temps, je vis paraître une femme si vieille, si ridée et si ratatinée, si semblable à un squelette, que j'étais à me demander si c'était la mère ou la grand’mère du roi : car ce prince approchait à peine de la quarantaine, De plus elle était borgne ; ses cheveux, partie
- teints en rouge foncé, partie noirs et gris, étaient dans le plus grand désordre, comme s'ils n’avaient pas vu le peigne depuis dés semaines, et lui descendaient jusqu'aux épaules, La vieillesse ne pouvait guère offrir un type plus hideux.
Ce ne fut qu’à six heures du soir que j'arrivai dans la demeure qui m'avait été assignée.
Grâce à la négligence de ma suite, j'étais restée vingtsix heures sans rien «prendre. Ces gens avaient poussé l’insouciance au point de ne pas emporter assez d’eau pour cuire le riz. Pour la veille, ils avaient eu assez de riz cuit, que l’on avait mangé le soir, froid. Aujourd’hui, j’attendis en vain le matin que l’on me servit mon repas. Enfin, -Payant demandé, je finis par apprendre qu’on manquait d’eau pour le cuire. Un domestique comptait sur l'autre, et personne ne veillait à rien. Arrivée à Paré-Paré, je chargeai le tolk de faire préparer un repas le plus tôt possible. Avec une vraie fin canine, je quittai le roi pour me rendre chéz moi, et voyant fumer les plats, je croyais déjà respirer le parfum des mets, lorsqu’& mon grand
effroi on me dit : « Ce n’est pas encore prêt. » Il me fallut encore attendre deux heures d’une longueur éternelle. J'espérais que, pour me récompenser de ma patience, on m'offrirait au mojns quelque chose d’excellent. Mais je fus encore abusée, car on ne me donna que du riz et un poisson accommodé avec une sauce indigène faite de feuilles aigres cuites dans de l’eau et de l'huile de coco. Certes, il fallait avoir jeûné pendant vingt-six heures pour trouver ce mets mangeable !
Le 1°" mai, je fis dans la matinée ma visite d’adieu au roi, et j'offris à son épouse quelques flacons d’eau de Cologne , et à lui-même une grande image enluminée représentant le palais de cristal de Hyde-Park. Pour lui donner une idée de la grandeur de mon souverain ou sultan, je lui dis : « Voilà le palais de mon sultan; il est si haut que les plus grands arbres peuvent y tenir debout, et il est si grand, qu'il faut une demi-heure pour en faire le tour. » Il fut très-étonné et me questionna beaucoup au sujet du sultan et du palais; il trouva seulement que le palais était pär trop transparent. Le soleil devait y être si chaud et si éclatant, qu'on ne pourrait pas y dormir pendant le jour; il ne voudrait pas l’habiter.
Nous causâmes encore longtemps ensemble, et il ne me laissa. partir qu'à onze heures.