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1.0na RER que, dans les iles de-Chinet : 1a seules, il y a des pro visions de plus de 12 millions de tonnenda feguete. gouvernement vend le guano pour son propre compté, en Europe et dans l’Amérique du Nord, et gagne, par tonneau, de 15 à25 dollars.
longtemps. Beaucoup avaient ou perdu ou déchiré leurs papiers ; d’autres étaient morts, et les héritiers manquaient de preuves. Cependant on leur faisait dire sous main qu’on reconnaîtrait facilement leurs réclamations ; seulement on les engageait à indiquer des sommes plus fortes, afin que
‘par une mesure apparente de justice on püt faire quelque
réduction. Les agents du président et de son parti achetaient ces papiers en secret à vil prix, et par ces menées ;: comme par le maniement des deniers publics et par le commerce du guano, le président doit déjà avoir mis de côté plusieurs millions de dollars.
La révolution.actuelle n'avait pas encore pénétré jusqu’à Lima. Le président avait encore pour lui les militaires ; il soldait en outre, tant de la caisse de l'État que de sa cassette particulière, unelégion d’espions qui, au moindre soupçon, se saisissaient d’une personne et la livraient au gouvernement. Beaucoup languirent dans les prisons , d’autres furent exilés du pays.
Il y. a déjà bien des années que le Pérou a le malheur d’être gouverné par des fonctionnaires intéressés et cupides, qui ne songent à rien autre chose qu’à remplir leurs poches. .
‚ Le 19 janvier, je me rendis à Lima, où le consul de Hambourg, M. Rodewald, eut la bonté de m’inviter à venir demeurer chez lui. J’appreciai d'autant plus cette complaisance que l’on ne parle, pour ainsi dire, dans le pays, que l'espagnol, langue avec laquelle je ne m'étais pas encore familiarisée. |
De Callao à Lima (deux leguas ou six milles anglais), le trajet se fait depuis 1851 par un chemin de fer, dont la pente est si forte (135 mètres), que pour descendre de Lima à Callao on n’a pas besoin de vapeur. Ce qui me
1. J'appris plus tard, par les journaux, que la révolution s’était terminée par la chute du président.
surprit le plus dans ce chemin de fer, c’est qu’il traverse une grande partie des faubourgs de Lima sans être bordé de garde-fous. Les wagons passent dans les rues, comme le font dans d’autres villes les voitures attelées de chevaux. Des enfants jouent aux portes des maisons, des cavaliers &cartent promptement leurs montures , des passants traversent rapidement les rails, et la locomotive fend avec bruit l’espace qu’on lui abandonne. Malgré ce danger manifeste, il n’est arrivé encore qu’un seul accident. Un âne ayant été renversé, la machine dérailla; il y eut plusieurs personnes de blessées et un homme perdit la vie.
La ville de Lima compte 96 300 habitants; elle fut fondée par Pizarre, le 6 janvier 1534; le 18 janvier de la mème année , il posa la première pierre de la cathédrale. Lima est divisée en carrés réguliers; le fleuve de Rimac, traversé d’un seul beau pont, qui repose sur cinq arches, la partage en deux parties inögales. Les rues sont longues, assez larges et droites.
La place principale forme un beau carré; de deux côtés s'étendent, le long des maisons, des arcades sous lesquelles il y a quelques magasins riches et élégants. Sur le troisième côté s'élève la cathédrale avec le palais épiscopal. Le quatrième est formé par le palais du président et la maison des sénateurs. Ces palais ressemblent du dehors à de si misérables édifices, que je ne sais réellement pas comment on a pu leur donner un titre aussi pompeux ; vus de la cour, ils ont un peu meilleure mine. Le palais du président est encore défiguré par beaucoup de petites boutiques qui en masquent la fagade. Au milieu de la place se trouve une fontaine, qui est entourée toute la jee d’änes et de leurs conducteurs; car il n’y a pas une} | "maison. à Lima-qui ait un puits à elle. C'est au. des ânes que l’eau est portée dans les maisons, Bien. familles dépensent, rien que pour l’eau, de 4à 6 dollars par mois.
D ne,
C'est au sud de cette place, où il y a aujourd’hui des habitations particulières, qu'était autrefois le palais de Pizarre, dans lequel-ce conquérant fut tu£.... Il était assis avec quelques amis à table, quand les conjurés entour&rent le palais, et firent entendre le cri : « A bas letyran! » Il périt le glaive à la main. La place où il tomba n'est pas bien. désignée; il en est de même de l’endroit où il est enterré. Quelques-uns prétendent que c’est dans la cathe- -drale, d’autres disent que c’est dans l’église des Franciscains. Dans les deux églises j’ai cherché en vain son tombeau; personne n’a pu me l'indiquer.
On remarque à Lima une grande quantité d’églises et de couvents. Le clergé est en possession d'innombrables édifices et de vastes propriétés. Le cinquième de la ville, dit-on, lui appartient. Il y a plus d’un couvent dont‘les revenus montent à quatre-vingts ou cent mille dollars.
De toutes les églises, la cathédrale, l’église des Franciscains et celle de Saint-Pierre, furent celles qui me plurent davantage. Les églises des Augustins et des Dominicains méritent encore d’être distinguées, comme beaucoup d’autres sur tous les points de la ville. Leur architecture est imposante ; leurs coupoles sont hautes et bien voûtées, et dans l’intérieur on trouve beaucoup de beaux bas-reliefs en bois très-richement dorés. Les édifices religieux ne sont plus aussi riches qu’autrefois, en argent, en or et en pierres précieuses. Les tabernacles d’argent et les co- lonnes d’argent des autels de la cathédrale sont si noirs, qu’on passerait à côté d'eux avec indifférence, si on ne vous en faisait pas remarquer le prix. Les jours de grandes fêtes, les églises sont magnifiquement décorées de velours et de fleurs, et éclairées d’une manière féerique; les saints en grande pompe sont resplendissants d’or et de pierres précieuses, et on voit paraître les prêtres revêtus de riches chasubles brodées d’or. Malheureusement il n’y eut pas de fête pendant mon séjour à Lima; il fallut me
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. contenter des saints en bois mal ciselé et dans leur toilette de chaque jour. Cependant les églises n’en avaient pas moins un aspect imposant. Les voûtes majestueuses, les longues et hautes nefs, les chapelles latérales et les niches avec les piliers et les colonnes qui les soutiennent, les murs ornés de tableaux et de statues (surtout quand il n'y a pas d'exagération, et que les figures grotesques ne rappellent pas plutôt le paganisme que-le christianisme), le demi-jour éclairé par de rares petites lampes jetant une lumière qui scintille comme une étoile, le profond silence, ou bien le prêtre officiant devant l’autel, élèvent sans contredit infiniment plus l’âme qu’un temple avec des murs simples et blancs dans toute ‘sa nudité prosaique.
Pour le culte extérieur, le peuple se montré encore assez religieux. Beaucoup Ötent leur chapeau quand ils passent devant une église, mais personne ne néglige de le faire quand le matin ou le soir la cloche appelle à la prière. Le piéton s’arrete, l’änier descend de sa bête, les conversations cessent, tout le monde implore l’être invisible. Mais après cette suspension forcée le mouvement ordinaire recommence, l’ânier maltraite sa monture comme auparavant, le marchand trompe sa pratique, et la médisance zo la place de la prière.
En dehors des églises il n’y a pas un seul édifice. public qu’on puisse appeler beau. En somme, Lima ne fait pas une très-favorable impression sur célui qui arrive. Ses faubourgs, comme ceux des. villes orientales, ne présentent que de longues files de murs avec des portes d’entrée et très-peu de croisées. Ce n’est qu'en pénétrant davantage dans l’intérieur, que l'aspect de la ville devient un peu plus agréable. Ici, les maisons atteignent presque toutes la hauteur d'un étage; elles ont de grandes portes cochères à cintres élevés, et beaucoup de fenêtres. Quant aux balcons de bois extérieurs, hermétiquement fermés par des grilles,
on en trouve partout. Les toits sont plats comme à Callao. La plupart des pièces reçoivent aussi le jour par des châssis qui conduisent à la terrasse.
A Lima, comme en Orient, la vraie façade des maisons donne sur la cour. Les salons de réception, généralement situés au rez-de-chaussée, se trouvent en face de la grande porte d'entrée; les vestibules sont au-dessous de la porte; les murs de la cour sont parfois peints de jolies fresques ; les cours, bien pavées et ornées de pots de fleurs. Le salon, dont on découvre l’intérieur en entrant par la grande porte, est bien meublé; les fenêtres et les portes vitrées sont ornées de draperies ; à travers les portes du salon on aperçoit au fond un petit jardin, et on s’arrête avec plaisir devant la porte d’entrée de chaque maison, pour jouir plus longtemps de ce charment coup d'œil. Le soir, une promenade dans les rues offre encore plus d'agrément; les appartements sont éclairés, les portes et les croisées ouvertes, et les figures gracieuses des Péruviennes animent ces jolis tableaux d'intérieur.
La plus belle maison est celle de l’ancienne famille
espagnole de Torre-Tagle; elle se distingue par sa belle façade et ses ornements d'architecture sur la rue. Aujourd’hui, cette maison a passé à une branche collatérale de la famille.
.. Je ne visitai, en fait d'établissements publics, que le musée, l’Académie des arts plastiques et la bibliothèque. Je m’abstins d’aller à l'hôpital; la fièvre jaune régnait dans la ville, et il y avait à l’höpital beaucoup de malades qui en étaient atteints. ee
Pour le musée, c'est un des plus misérables que j'aie jamais vus. Chaque espèce du règne animal est représentée par quelques mauvais échantillons tout à fait détériorés. Parmi les insectes, les crustacés manquent complétement. Au lieu des insectes du Pérou, on ne voit qu’une demi- douzaine de boîtes renfermant les insectes ordi-
naires de la Chine; quant aux produits means, il n’y en a pas du tout.
Les objets les plus curieux sont quatre momies très-bien conservées et gardant la posturé accroupie qu’elles avaient lorsqu'on les découvrit dans les tombeaux des Incas; en outre, un'assez grand nombre d'anciennes coupes péruviennes et d'autres vases. Par huit portraits à l’huile représentant des Incas qui ont régné jadis, on voit que c'étaient de beaux hommes, bien faits et d’une noble physionomie. C'est au musée que se trouvent également les portraits, en grandeur naturelle, de tous les vice-rois du Pérou ; mais justement celui de Pizarre est placé dans le jour le plus défavorable, et tellement noirci par le temps, que l'on en devine à peine les contours.
L'Académie des arts plastiques n’est autre chose qu’une misérable école de dessin élémentaire pour les commençants. Pourquoi lui a-t-on donné le nom d'académie? je n’ai jamais pu le comprendre, car elle ne possède ni buste, ni statue, ni tableau, ni même aucun grand dessin. Tout ce que j'y vis, ce fut quelques. futurs artistes, occupés à dessiner des nez, des yeux et des oreilles.
La bibliothèque renferme dans deux belles salles 30000 volumes, parmi lesquels il doit y avoir quelques manuscrits de prix.
En fait de promenades publiques, Lima possède l’Alameda et le pont. L’Alameda se compose d’allées d’arbres le long du fleuve Rimac. Sur un des côtés on voit l'arène qui sert aux combats de taureaux.
A l'extrémité de l’Alameda il y a des bains froids. On aperçoit les montagnes, non-seulement depuis l’Alameda, mais presque de chaque rue, particulièrement le Cerro de San-Cristoval, qui a 385 mètres de hauteur, sur la cime duquel on a élevé une croix, et qui est chaque année le but d’un grand pèlerinage.
Le cimetière, situé hors un la ville et fondé en 1807,
sous le nom de Panthéon, est très-beau. La chapelle,
ainsi que la. maison de l'inspecteur, sont très - bien
arrangées; les jardins, séparés en plusieurs parties, sont coupés par de belles allées d’arbresetentourés de murs éle-
vés. Ils renferment plus de mille niches destinées recevoir
les morts, ainsi que beaucoup d'autres tombeaux. Parmi
les niches, il-y en a qui peuvent être achetées à perpé-
tuité; dans les niches temporaires, les corps ne restent que jusqu'à ce que la place soit réclamée par d’autres
morts: 0n-transporte. alors les ossements dans dés ca-
veaux ou dans de grandes fosses. Les corps des enfants sont entassés dans une tour de bois. J'en ouvrisla porteret j’aperçus une grande quantité de ces petites créa-
tures enveloppées dans des draps. Les pauvres sontense=
velis dans de grandes fosses communes.
‘Avant la construction du Panthéon, beaucoup de morts étaient enterrés dans les églises.
Ind&pendamment de cette mesure très-convenable et trèssalutaire, grâce à laquelle on n’enterre plus les morts dans l'intérieur de la ville, Lima-jouit encore de deux avantages qui contribuent beaucoup à la salubrité publique. L'un consiste dans l’établissement de beaucoup de canaux artificiels remplis par le Rimac, et qui coupent les rues de l'est à l’ouest; l’autre dans la présence d’une espèce d'oiseaux tout noirs, de la grosseur d'un poulet, nommés à cause de cela gallinazo, et qui, comme les chiens de Constantinople, débarrassent les rues de toutes “ les immondices qui s’y corrompeht. Déjà à Callao j'avais remarqué ces oiseaux de proie apprivoisés, qui, là comme ici, vont partout dans les rues au milieu de la foule.
Je visitai plusieurs fois le marché. Une grande et belle halle en pierre sert particulièrement à la vente de la viande, de la volaille et des légumes. La variété des denrées est ici encore plus grande et la quantité est’bienplus considérable- qu’à Callao, A en juger par le nom-
bre des boucheries, il faut croire que le peuple mange souvent de la viande. Ce qui m’étonna, ce fut de voir dans ces boucheries, au lieu d’hommes, les femmes manier les gros quartiers de bœuf, couper la viande et servir les chalands. La volaille se vend comme en Italie, non-seulement. en entier, mais aussi Li moitié et par quart.
La vie est chère à Lima; on peut évaluer que la dépense d’un ménage qui, en Allemagne est de 1500 écus, monte icià 4000. Dans, chaque maison aisée il y a un mayordomo (majordome) qui a sous sa direction l’argenterie, le le linge ainsi que les domestiques, et qui fait l'achat des provisions.
On ne se fait pas d'idée de la quantité de glace qu'on y consomme. On en emploie par jour pour environ mille dollars. Elle est apportée de l'Amérique du Nord etrevient par cette voie moins cher que si on l’apportait à dos de mulefs des Cordillères. On ne fait pas seulement usage de glace avecde l’eau ou du vin; mais on prépare encore des fromages et des fruits glacés : aussi les boutiques des glaciers sontelles animées dès le grand matin. On peut y trouver assis tranquillement à côté l’un de l’autre la laitière, la fruitière, la bouchère, le cuisinier et le majordome. Les glaces sont généralement mal préparées, peu fermes. et d’un goût fade et peu délicat.
Le peuple ici, comme à Acapulco, à Callao et dans tous les autres Etats de l'Amérique espagnole dı Sud, est formé d’un tel mélange et d’un tel croisement de sang indien, européen et africain, qu’il est impossible de rien trouver de semblable dans aucune autre partie du monde. Parmi la classe riche, c’est-à-dire les créoles et les anciens espagnols, il y a de très-belles filles et de très-belles femmes!.
1. Tous ceux qui par leur teint se rapprochent tant soit peu des
Les dames de Lima jouissent de la réputation de savoir faire ressortir leurs charmes par une toilette de beaucoup de goût etde très-grand prix. Leur marche, leurs poses et leurs manières passent pour gracieuses. J'ai déjà fait remarquer qu'elles ont des mains et des pieds excessivement petits et mignons, qu'elles ne portent que des bas de soie et les souliers les plus étroits que l'on puisse voir. La nature les a douées aussi de beaucoup d’intelligence, d’un esprit. naturel remarquable et de divers talents, surtout de grandes dispositions pour la musique. Malheureusement elles mettent, dit-on, peu de persévérance à développer ces dons de la nature.
Moi-même je ne puis pas porter de jugement à cet égard; car je ne restai pas assez longtemps à Lima pour
pouvoir être introduite dans plusieurs des anciennes mai-
- sons ‘espagnoles. D'ailleurs l'accès n’est pas très-facile à obtenir pour les étrangers. Ce n’est qu’au théâtre, en . allant entendre la célèbre cantatrice Fr. Hayes, le ténor non moins estimé M. Mengis, et un violoniste distingué, M. Hauser, que je vis dans les loges une partie de la société élégante, et que je trouvai confirmé tout ce que les messieurs m’avaient dit de la beauté et de la grâce des dames.
Il y a peu d'années encore, les dames, pour aller dans la rue ou se rendre à l’église, avaient un costume particulier, composé de la saya, longue robe de dessus en soie noire, et de la mante (manto), qui enveloppait le corps depuis les hanches jusque par-dessus la tête, et ne permettait de voir que d’un seul œil. Ainsi vêtue la femme ne devait pas être reconnue de son mari, même quand elle passait à côté de lui! Aujourd'hui, ce costume a
‘blancs s’appellent anciens Espagnols. Ils désirent beautoup être regardés comme appartenant à cette race. On appelle créoles ceux qui sont de vrais Européens.
presque entièrement disparu; on ne l’aperçoit plus guère qu’à l’église et dans les processions. On prétend qu'il donnait trop de facilité pour des rendez-vous illicites; aussi les hommes cherchèrent-ils à faire abandonner cette mode par leurs femmes. et leurs filles. Les femmes ont remplacé le manto par un grand mouchoir qui leur couvre la tête et retombe sur la robe. Ces grands mouchoirs, qui n’ont rien de bien gracieux, ne se portent pas seulement à l’église et dans les rues, mais aussi au parterre du théâtre. |
Je ne vis nulle part ailleurs les femmes du peuple habillées avec tant de richesse et de luxe. Des laitières et des fruitières étaient assises sur leurs ânes en robes de barége ou de soie, en crêpe de Chine, en bas de soie, en souliers brodés, avec leurs denrées et leurs marchandises-à côté d’elles. Cependant, leurs vêtements étaient mal attachés sur elles, quelquefois même déchirés ; les couleurs des étoffes étaient très-tranchées ou bien passées, et le tout s’harmonisait malavec leur teint foncé ou jaune. Je me rappelais toujours les paroles un peurudes, mais bien justes, de Sancho Pansa, lorsqu'il avait l'espoir d’être proclamé roi d’une île encore à découvrir, et qu’il disait de sa femme: « Elleaura l'air, en reine, d’une truie avec un collier d'or. »
Les hommes, tant Européens qu’indigenes, riches où pauvres, portent par-dessus leur costume, en voyage ou même dans des cavalcades ordinaires, le puncho comme dans le Chili. Les femmes aussi se servent de ce vêtement quand elles font quelque excursion à cheval.
Les dames riches et distinguées ne vont à pied qu’à l’église ; autrement elles sortent dans des calezas, voitures à glaces et à deux roues trainées par des mulets. Ces mulets sont attelés fort loin de la voiture, et le cocher est assis sur une des bêtes.
Les hommes qui ont beaucoup à faire hors de chez eux, les médecins, par exemple, vont sur des mulets
ou sur des chevaux. Les marchands détaillants, les porteurs d’eau>se servent d’änes. Les ânes sont ici très-maltraités ; souventune de ces pauvres bêtes porte toute la famille, mari, femme et enfants, et quelquefois en outre un gros fardeau. Aussi un proverbe péruvien dit : « Lima est l’enfer des ânes, le purgatoire des maris et le paradis des femmes. » Si la métempsycose existait, on deviendrait fou rien qu'à penser qu'on pourrait être métamorphosé en âne au. Pérou ou bien en cheval de poste à Java.
L’indigène traite le lama infiniment mieux : il s’en sert bien aussi comme bête de somme; mais il lui témoigne de l’amitié et de l’affection, on dirait presque du respect.
Le lama a, dela plante des pieds au sommet de la tête, 1 mètre et demi de haut, et appartient à l'espèce du cha- - meau. On se sert des lamas pour porter desfardéaux; dans les mauvaises routes des Cordillères, ils sont bien plus utiles que les ânes et les mulets, et portent ordinairement le minerai dans les bas-fonds. Un lama fait par jour de 3& 4 leguas et porte cent livres; si on-lui impose une’ plus forte charge, il se couche par terre et ne se relève pas qu'on ne l’ait débarrassé dela surcharge.
On voit rarement ces beaux et doux animaux à Lima, car ils ne peuvent pas supporter un climat chaud. Le hasard voulut cependant que, pendant mon séjour à Lima, “un petit troupeau de quarante à cinquante lamas passät
par la ville pour porter du sel dans la montagne. :
Quand on les irrite, ils crachent autour d'eux. Leur salive est, dit-on; si piquante et si corrosive, qu’elle produit‘une douleur brûlante à la peau.
Indépendamment du fait assez rare de voir des lamas À Lima, il y tomba aussi une assez forte pluie qui dura cinq ou six heures, phénomène dont les plus vieilles gens n’a-
© 1. Un âne porte habituellement deux cents livres, un mulet trois cents. ù }
vaient pas vu d'exemples. A Lima, il ne pleut jamais l'été, il tombe très-rarement de l’eau dans la saison qu'on appelle l'hiver, et cette pluie ressemble à un brouillard humide qui mouille à peine les pierres. Quant aux orages accompagnés de tonnerre, il n’y en a jamais en deçà des Cordillères. Quoique Lima ne soit qu’à 12 degrés au sud de l'équateur, la chaleur n’y est jamais étouffante. Bien que nous fussions au milieu de l'été‘, je ne trouvai jamais au thermomètre de ma chambre plus de 20 degrés Réaumur. On attribue ce climat tempéré aux courants d’air des Cordillères, éloignées seulement de 28 leguas de la ville, et qui sont couvertes d’une neige éternelle. Le pays souffre souvent de tremblements de terre, et pendant un séjour de cing semaines j’en ressentis trois. Le premier fut très-considérable, mais ne causa pas de dommages; lors du second, on entendit un grand bruit souterrain, semblable au tonnerre, qui dura à peu près quarante secondes ; letroisièmene se manifestaqué par quelques secousses très-faibles. A chaque tremblement de terre, le peuple se précipite dans les rues, sé prosterne en se frappant la poitrine et-en criant : Misericordia! On sonne en même temps toutes les cloches de la ville.
-Un grand désagrément de Lima est le peu de sûreté qu’on.y trouve contre le brigandage. Vers les six heures de l'après-midi, quand le jour baisse à peine, on ne peut se hasarder à sortir seul en dehors des portes de la ville, ni se risquer d’aller à l'Alameda ou à quelque autre endroit solitaire. On est attaqué et dépouillé, fût-on même à cheval. Pour pénétrer dans les maisons, ce qui toutefois arrive peu fréquemment, les voleurs n’entrent pas seulement par les croisées et par les portes, mais ils escaladent les terrasses, formées le plus souvent d’un léger plafond de roseäux, yfont une petite ouverture et se glissent ainsi dans la chambre.
1. Les saisons de l’autre hémisphère, notamment cales de la partie septentrionale, sont lopposé des nôtres,
Il y a peu d’annees, le brigandage se pratiquait sur une bien plus vaste échelle. ‚Des bandes de trente à quarante hommes à pied ou à cheval arrivaient le soir devant une maison, dans une rue peu fréquentée. La moitié se plagait en observation devant la maison. Les autres y entraient en ayant soin de fermer bien vite la porte, et engageaient poliment les habitants effrayés à ne point se déranger, mais à leur donner toutes les clefs, ajoutant qu’ils sauraient bien trouver tout seuls ce qu’il leur fallait. Avant que la vue des bandits postés devant la maison eût donné l’éveil aux voisins et aux passants, et qu’un secours armé fût arrivé, les vautours s'étaient depuis longtemps envolés avec leur proie.
Sur la route très-fréquentée de Lima à Chorillos (2 leguas) circulent constamment des patrouilles à cheval, ce qui n'empêche pas qu’un cavalier ne coure du danger à se trouver seul-dans la rue après six heures.
La cavalerie péruvienne, composée en grande partie de nègres, n’a pas une grande réputation de bravoure. On estime bien plus l'infanterie, formée presque entièrement des Indiens de la montagne. Ces hommes, qu’on dépeint comme braves et persévérants, qui supportent longtemps et facilement la faim et les fatigues, sont rangés au nombre des meilleures troupes du monde. Les soldats faisant le service ordinaire n’ont pas une tenue très-brillante ni un aspect trös-guerrier; s'ils n’avaient pas l’épée au côté, on aurait de la’ peine à les distinguer des journaliers. Dans les parades, au contraire, les militaires, surtout la cavalerie, ont bien bonne mine : ils portent des uniformes en toile blanche; leurs chevaux sont jolis et bien harnachés.
M. le cônsul Rodewald, non content de me rendre dans * sa maison la vie aussi agréable que possible, eut encore la . complaisance d'organiser une petite excursion pour me montrer les bains de Chorillos et les ruines du temple péruvien du Soleil, situées à quatre leguas de Chorillos,
près du petit endroit de Lurin, et que l'on compte parmi les plus intéressantes que l’on trouve encore le long de la cöte.
De Lima & Chorillos, qui n’est rire deux lieues, il part tous les jours un omribus : je le pris pour y aller; les messieurs étaient à cheval. La route passe par une plaine sablonneuse, où l’on n’apergoit que rarement de petites places verdoyantes, formant comme des oasis. Les masses de montagnes voisines, entassées les unes sur les autres, n’ont pas la moindre végétation. Les bains eux-mêmes produisent un effet triste et peu agréable. De misérables maisonnettes en terre glaise sont serrées les unes contre les autrés dans des rues sales et poudreuses. J'étais tentée de prendre Chorillos plutôt pour un lieu d’exil que pour un lieu de divertissement. On croirait qu’il n’y vient que des malades à qui on a ordonné les bains; mais il n’en est pas ainsi: le beau sexe,-sans être malade, vient chercher dans ce triste endroit le plaisir en même temps. que le bienfait du changement d’air. Les messieurs ne sont pas seulement attirés par les dames, mais encore par le tapis vert, sur lequel ils laissent souvent des sommes considérables. C’est ainsi que l’homme cherche toujours le changement, et qu'il échange souvent le bien pour le mal. Mais il faut la lumière et l’ombre pour faire un beau tableau; l’une sans l’autre est monotone, et finit, avec le temps, par devenir insupportable. ;
Le lendemain nous allämes, à cheval, à Lurin. Nous choisimes la route des pampas, c'est-à-dire des steppes de sable, dans lesquels on découvre cependant quelques jolis plantations de sucre (haziendas).
À une legua de Chorillos, une petite rangée d’arcades en maçonnerie indique qu'il y avait là autrefois un aqueduc. |
A quelque distance de Lufin, nous fimes tourner nos chevaux un peu à droite, vers Pachacamac, colline de
165 mètres de haut, sur laquelle s’elövent les ruines du vaste temple du Soleil.
Pachacamac, créateur de la terre, fut le dieu le plus puissant des Yunkas : ceux-ci ayant été soumis par les Incas, les vainqueurs jetèrent les idoles hors du temple, et le consacrèrent au soleil : des vierges royales furent chargées 'd’y entretenir un feu éternel. De même que les Incas chassèrent les Yuncas, détruisirent leurs idoles et les forcèrent d’adorer le soleil, de même les Incas furent. chassés par les chrétiens, à la suite de la conquête du pays par Pizarre : mais les hordes chrétiennes agirent encore plus cruellement avec le peuple que les Incas “avec les Yuncas : les prètresses du Soleil furent livrées à la merci d'une soldatesque effrénée, et on força le peuple, par le fer et le feu,. à embrasser une religion qu'il devait détester et avoir en horreur, en voyant ceux qui la professaient commettre les forfaits les plus exécrables.
Du temple, que nous examinâmes-de tous les côtés, il ne reste plus que quelques débris de murs, qui attestent toutefois son ancienne splendeur. Les petites chambres que l’on distingue ressemblent à des cellules sans fenêtres, qui recevaient sans doute le jour d’en haut. On remarquait encore deux petits foyers. Les murs, les parois et les remparts sont formés de briques non cuites; par-ci par-là les combles.du fond sont de pierres taiilées. Sur un seul mur nous trouvâmes encore un morceau de plâtre très-fin et très-dur, de couleur de tuile rouge, en tout point semblable à ceux que j'avais vus près de Naples, dans les fouilles de Pompéi,
Les beaux monuments de l'architecture péruvienne sont près de Custo, dans l’intérieur du pays, à 206 leguas de Lima. Le principal art des architectes péruviens consistait dans le talent de joindre les plus grosses pierres entre elles sans mortier, et de leur donner la même solidité que
si l’ensemble eût été taillé d’une seule pièce. Encore de nos jours les pierres sont posées si solidement l’une sur l'autre, qu’on ne trouverait pas un intervalle où l’on püt faire passer la lame d'un couteau.
L’aspect dont on jouit du haut des ruines sur la vallée qui s’etend à leur pied est des plus riants. Les environs de Lurin sont charmants : des champs fleuris, des bosquets gracieux couvrent l’ancien sol sablonneux. Quand les Espagnols firent la conquête du Pérou, la vallée de Pachacamac était la plus fertile de la côte et très-peuplée. L’aqueduc voisin de Chorillos rappelle encore le souvenir de ce beau temps. .
De ces monuments’ intéressants d'un passé détruit, nous nous rendimes à la hazienda peu poétique de Sun- Pedro; elle fait partie du couvent du même nom, qui possède de grandes planIsugen de sucre et ee d’esclaves. :
Ces haziendäs sont affermées pour un nombre d'inde considérable. Toute amélioration faite par le fermier lui est comptée ; souvent les réclamations du férmier sont si élevées à la fin du bail, que le propriétaire est enchanté quand le fermier continué à garder les plantations pour une faible redevance. La hazienda de San-Pedro possède la première presse à vapeur pour le sucre qu'on ait construite dans le pays.
Nous arrivämes un dimanche, au moment où le service divin finissait. Toute la troupe des esclaves fut conduite, au sortir de l’église, dans un enclos que l'on ferma. Ils a:lèrent à leur prison en chantant, en riant eten criant, ce qui les faisait ressembler à un troupeau de bétail. Jamais je ne fus si fortement impressionnée que par cette scène, car nulle part je ne vis l'humanité si dégradée ni aussi complétement assimilée aux animaux : aussitôt ce fut fait de tout plaisir pour moi, ni ne pus effacer cette image de mon souvenir.
Les malheureux envoyèrent chercher de l’eau-de-vie, qui leur est.vendue par leur maitre : ils voulaient passer la journée à boire, à danser et à chanter.
J'avais vu dans le Brésil et dans d'autres pays beaucoup de plantations où l’on employait des esclaves, mais partout je les avais trouvés mieux habillés qu'ici, et nulle part:on ne les parquait comme des moutons.
Quand le Pérou proclama son indépendance, il n’abo-" lit pas l’esclavage; mais il le modifia en ce sens, que les enfants issus d’esclaves seraient libres au bout de vingtcinq ans; cependant, plus tard, on fixa, au lieu de vingt-cinq ans, un terme de cinquante années. Il n’est plus permis d'importer des esclaves : dès qu’un esclave met le pied sur le sol’peruvien, il est libre. La même loi est applicable à celui qui est emmené pär son maître dans un pays étranger ou au delà de la mer, et ramené au - Pérou. En général les esclaves, surtout ceux qui servent de domestiques, sont bien traités, à ce qu’on dit, et jouissent même d’une protection sérieuse de la part du gouvernement. Quand l’esclave est traité durement, il peut se vendre lui-même à un autre maître. On leur fournit aussi le temps et les moyens de gagner de l'argent pour se racheter; mais la pape abrutis par la boisson, préfèrent dépenser leur gain à boire de l’eau-de-vie, et laisser leur maître les nourrir et s'occuper de leurs besoins matériels. .
M. Rodewald avait un esclave à qui il voulait donner la liberté; mais celui-ci la refusa, disant qu’il vivait bien plus tranquille et plus heureux en restant chez son maître.
Nous retournämes à Chorillos par les playas, c’est-àdire en longeant la côte de la mer.
Après avoir passé la nuit aux bains, je partis le lendemain pour Miraflores, petit village à moitié route entre Chorillos et Lima, Beaucoup de familles quittent égale-
AUTOUI DU MONDE. | 437 ment la ville pour venir passer les mois d'été dans ce village et y jouir d’un air plus pur. De charmantes maisons de campagne, appelées randhos , des jardins: et une jolie place, embellissent ce délicieux endroit. Comparé à Chorillos, Miraflores mériterait le nom de petit Éden. |
Je passai là deux journées très-agréables dans la société des dames Smiths et Dardnell, femmes aussi instruites que spirituelles. La première est un peintre distingué; Mme Dardnell a une belle voix, et toutes les deux sont des maîtresses de maison aimables et dignes de toute considération. A mon retour à Lima, je songeai à continuer mes pérégrinations.
J'étais venue à Lima dans l'intention de traverser les Cordillères ; je voulais de là me rendre à Loretto près du fleuve des Amazones, et m’embarquer sur les vapeurs brésiliens à Para, pour gagner la côte orientale d’Am£rique, mais la révolution m’empécha d'exécuter ce plan : elle s’6tait justement portée vers les contrées qu’il me fallait franchir. Je n'aurais trouvé ni guide ni mulets; car, en temps de révolution ou de guerre , l’ami comme l’ennemi met la main sur les hommes et sur les bêtes : les uns sont incorporés dans les troupes ; les autres sont mis en réquisition pour la cavalerie ou l'artillerie,
J’attendis en vain jusqu’à la fin du mois de février. L'état des choses restait toujours le même ; on me conseilla d'essayer de passer par Quito. 3’etais d'autant plus portée à le faire que M. Muncajo, chargé d’affaires de la république Ecuador, me promettait l'assistance de son gouvernement. Il m’assurait que le président était de ses amis intimes, qu’il me donnerait des lettres pour lui et pour d’autres personnes considérables et haut placées, et il ajoutait que le président s’interesserait certainement à mon voyage et me fournirait tous les moyens de le faire agréablement.
Pleine de confiance dans ses assurances et munie d’une douzaine de lettres, que je croyais tr&s-utiles, j’entrepris mon yöyage gaiemeht et avec courage, et je retournai à Guayaquil sur le vapeur le Santiago, commandé par le capitaine Joy.