‹ Mon second voyage autour du mondeChapitre 40 sur 67 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Écuador. — Voyage à Quito. — Voyage sur le Guaya. — Savanetta.

— Les Tambos. — Le Camino real. — Guaranda. — Passage des Cordillères et du pic de Chimborazo, — Les hautes plaines d’Ambato et de Latacungo. — Éruption du Cotopaxi. — Les propriétaires de haziendas.

Sur le Santiago, je trouvai les cabines occupées, et on m’assigna une place dans la cajute déjà décrite, sur le devant du pont. Arrivée le soir à bord, il me fallut chercher à m’orienter dans l'obscurité. Il n'y avait pas la moindre petite lampe pour me guider. En tätonnant, je passai au milieu d’essieux de roues, à travers l’eau et les cendres de charbon, et, prenant trop à gauche, je vins me heurter contre les cornes des bœufs, qui, comme je le vis le lendemain, étaient placés à deux pas à peine:de l'entrée de la cajute. .En me tournant. à droite, je tombai par-dessus un monceau de charbon qui n’était pas encorè rangé et qui était justement devant notre porte... organisation très-confortable, et que le voyageur doit bien payer au poids de l'or.

Le 1° mars nous arrivämes à Guayaquil. Dans ce port, une des villes les plus importantes de l'Etat d’Ecuador, il n’y a pas d'hôtel. Tout voyageur doit se pourvoir de lettres pour quelques familles, s’il veut trouver quelque part un asile. Sans avoir aucune recommandation pour le consul de Hambourg, M. Garbe, j'allai lui faire une visite, et il eut la bonté de me donner l'hospitalité dans sa maison.

Ecuador s’est séparé, en 1830, de lä métropole espagnole, et s’est constitué en république. La population du

AUTOUR DU MONDE. hal

tion; mäis celle-ci fut excessivement misérable ; à peine si l'on voyait par-ci par-là quelques bougies aux fenêtres. Dans la soirée du lendemain on recommença la même bouffonnerie ; à l’occasion de cette fête on abolit entièrement l'esclavage, qui, en vertu d'une clause stipulée lors de la déclaration d'indépendance, aurait dû encore durer dix aps, par conséquent jusqu’ en 1864.

Le 22 mars, je partis à cinq heures du soir, dans un petit bateau, avec le messager dè la poste, pour la petite ville de Bodegas.

On chercha à me persuader que je devais emmener un domestique, surtout parce que je ne possédais pas bien l'espagnol, et que dans la saison des pluies, où toutes les relations sont suspendues, les tambos (cabarets) sont inhabites; les habitants vont pendant ce temps se réfugier dans les basses terres. Je ne trouverais, me disait-on, ni un verre d’eau, ni du feu, nila moindre des choses. Malgré ma répulsion pour les domestiques, je cédai malheureusement, et la suite prouvera que cette fois-ci encore j'eus tort de céder.

Bodegas est à 15 leguas en amont du fleuve Guaya. Nous eûmes une nuit affreuse : il faisait tout à fait noir, et la pluie tombait par torrents sans discontinuer.

23 mars. L'après-midi nous abordämes à l'escalier du principal employé de Bodegas. Pendant la saison des pluies, toute la petite ville est tellement submergée que l'on va d’une maison à l’autre en bateau. Les maisons sont construites sur pilotis.

Pendant que je montais les quelques marches de l’escalier, un nègre sortit mon petit bagage du bateau et se mit

‚ale porter derrière moi. Je le pris pour un domestique de la maison. Mais à peine eut-il déposé mon bagage qu’il demanda deux réaux ‘ pour ce léger service. L'employé

1. Un écu vaut ici 8 réaux ; une once varie, suivant le cours, de 20 à

aussi bien que mon-domestique entendirent cette demande impudente ; mais ni l'un ni l’autre ne firent la moindre objection : comme c'était à moi et non pas à eux à payer, ils ne prirent pas même la peine d'ouvrir la bouche pour protester. Je raconte exprès ces tromperies et ces fripon- - meries pour donner à mes lecteurs une idée de cet abomi- __ nable peuple, et pour prouver en même temps combien

j'ai raison de dire que, femme seule et sans défense, je me suis partout mieux trouvée au milieu des sauvages que chez les chrétiens. Partout où j’arrivais, on disait bien ; Pobrezita Sennorita! mais on calculait déjà comment on pourrait enlever à la pauvre dans. le peu d’argent qu'elle avait.

En voici un exemple. vais une lettre pour un marchand de Bodegas, M. Verdesotto. Cet homme vint me voir et sa première question fut de me demander si j'avais une selle. Comme je lui répondis que non, ik me dit qu’il m'en fallait absolument une, parce qu’on ne m'en louerait pas avec les mulets; qu’il en avait une très-bonne, presque neuve, pour laquelle il avait payé une once; mais que, par égard pour la recommandation, il me la céderait pour la moitié. Voyant que je n'étais pas disposée à faire ce marché, il me déclara qu'il ne pouvait pas me laisser partir sans selle, et qu'il me la donnerait pour huit écus. Je donnai les huit écus, et il m’envoya une selle si mauvaise et si déchirée, qu’on pouvait à peine s’en servirt, Cet honnête industriel voulut encore me tromper. d’un demi-écu. Il avait commandé pour le lendemain un bateau qui devait me transporter à Savanetta. Il me dit que le prix était de deux écus et demi, et demanda à recevoir l'argent d'avance. Par hasard, j’appris de l’employé, chez

21 écus. Un écu de ce pays vaut un cinquième de moins qu’un écu . d’Espagne.

1. A Quito, en “faisant un échange, on me compta cette selle un demi écu.

qui je demeurais, qu’on ne payait plus le bateau que deux écus. Le trompeur fut alors obligé de me restituer un demi-écu.

Dans la maison de l'employé, je mangeai pour la première fois à la mode du pays. Le repas commença par la sopa, espèce de soupe à l’eau, faite avec de la graisse, des pommes de terre et beaucoup de piment; ensuite on servit de petits morceaux de viande grillée, du riz, des pisangs rötis, et pour dernier plat du locro, ragoût qui tient le milieu entre Ja sauce et la soupe, composé de petits morceaux de viande, de pain, de fromage, d’une couple d'œufs cuits et de piment.

Pour dessert, on nous donna un plat sucré, sous le nom générique de dulce (des fruits confits en marmelade), sans lequel l'homme le plus riche comme le plus pauvre, à l'exception de l’Indien, n'aurait pas fini son repas; le pauvre se contente d’une espèce de sirop (molasses); mais il faut que le repas se termine par quelque chose de sucré.

Pour me coucher, on m’assigna un hamac; heureusement, il n’y avait point de moustiques : je n’eus Dane pas besoin de moustiquaire.

Les hamacs sont ici, comme dans le Pérou, tellement en faveur, qu’on se passerait plutôt de tout autre meuble que de celui-là. Toute la journée, tout le monde se berce dans des hamacs ; chaque visiteur cherche à s’en procurer un. Les femmes et les filles travaillent même en se balançant.

24 mars. Savanetta (5 leguas). Nous nous étions séparés, dès la veille, du messager de la poste, qui continuait son voyage sans s'arrêter.

Savanetta est un petit endroit sale, avec : des huttes de bambou, couvertes de paille et misérablement bâties. A en juger par l'extérieur, on le croirait bien plus pauvre qu’il ne l’est; cependant son commerce doit être assez considérable. C’est la principale place d’entrepöt des vivres et

UT! MON SECOND VOYAGE des denreg que l'on porte aux Cordillères ou qui en vien-

dans.de petits bateaux ou sur des animaux : les uns Sant x par le fleuve de Guanetta à Guya, et de là à Guayaquil; les de sel, de sucre, de caf et ae ariche,

française, ma es niaäfl trop leurs aises ou:

- dans des eh Sr n'étant pas

faisaient anne t.

le même costume; Celles-ci portent &

et de e mégères. Les négresses ont je ne le vis jamais aux Indiennes.

obes en laine teinte, et une étoffe ois aunes et large d’une aune qu'elles les en guise de châle.

on; on fait.le voyage, à partir de Bos dans la saison pluvieuse, on fait bateau au-dessus de Savanetta. Ceder ici des mulets. A cette occasion, ‘jé reconnus que mon domestique m'avait trompée. Je Java Era à moi à Quito, où d’ailleurs il devait ‘ae, sous la condition expresse que je n'aurais à payer “qu’un seul mulet pour Jui, et rien pour son bag

le bateau; il me dit qu ls n’etaient pas & lui, + t que batelier avait à les déposer dans différents endroits. arfivant, il se trouva que ces bagages appartenaientär “coquin de domestique, qui se rendait à Quito pour fai: commerce; Il fut obligé de louer une bête pour ses effets,

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et me. fit payer cette ir À la mienne. Malgré tout, le voyage ne me coûta ue j'avais présumé ; le

prix de chaque mulet jusqu'à ito (62 leguas) ne me revint qu'à dix écus. & LES Je passai à sara us mauvaise puit, malgré les lettres de recommandation que j'avais apportées. Je’ne tardai pas à prendre une bien faible idée de - l'hospitalité du pays. Il s'en faut de beaucoup qu’elle approche de celle que j'avais trouvée chez les Arabes, les

DS: ou les peuples sauvages de odegas, je fus trompée;

elle, par un celui chez ‚

qu’il füt er dans une garer = nuit par terre

dressaient leurs moustiquaires; mai pas, bien qu’il y eût là des essaims enti hôtes.

25 mars. Playas (4 leguas). Nous ne ; partimes que vers les neuf heures. Nous fimes la première legua dans un . petit canot qu’on faisait avancer en poussant et en tirant, plutôt qu’avec les rames. Ma patience fut encore mise à l’epreuve pendant une grande heure avant que l’on amenät les mulets. Les environs ressemblaient à un marécage. Nous nous assimes sur des troncs d'arbres coupés, et nous attendimes ainsi. Les trois leguas qui nous restaient . à faire étaient bien mauvaises, car on passait sans cesse par des marais et par des flaques d'eau; mais, d'après la description qu’on m'avait faite de la route, je me l’etais figurée encore plus détestable. Je fus amplement dédommagée de ce désagrément par l'aspect des belles

forêts que nous traversämes. Bien que les arbres ne fussent ni très-gros, ni très-élevés, je trouvai cependant une végétation magnifique, et une flore si riche et si variée que, dans tous mes voyages, le Brésil seul m’en avait offert une semblable. Quand le soleil perçait un peu les nuages, aussitôt on voyait une quantité prodigieuse de papillons et de libellules ou demoiselles, des espèces et des couleurs les plus diverses, voltiger de toutes parts, se poursuivre et folâtrer sur les fleurs. Quelques-uns de ces gracieux vagabonds m’&churent en partage; comme un bon chasseur qui ne va jamais sans son arme, je ne faisais jamais un pas sans avoir mon filet; et, comme le mulet marchait trèslentement; je pouvais, sans me déplacer, butiner et faire plus d’un captif.

A Playas j’entrai, pour la première fois, dans un tambo : on donne ce nom à une espèce de cabaret, qui n’est le plus souvent qu’une méchante cabane, juste assez grande pour garantir le propriétaire, sa famille et quel- . ques hôtes, contre les intempéries de la saison. Dans ces huttes, l’arriero (muletier) trouve un verre d’eau-de-vie, les mulets du trèfle, et le voyageur, quand la fortune lui sourit, une portion de sopa. Nous n’eümes pas ce bonheur. Les habitants du tambo, n’ayant pas compté sur des ‘étrangers, n'avaient fait de cuisine que pour eux et ne pouvaient rien nous céder. Quant à déployer une seconde fois leur talent culinaire, c'était demander trop à leur paresse, Heureusement, j'avais sur moi du fromage et du pain, et je ne manquai pas d’eau : il y avait là de quoi faire un frugal repas. Pour la nuit, il fallut me contenter de la veranda ouverte qui entourait l'appartement.

26 mars. Jorje (6 leguas). Ce jour-là, je pus me faire une idée plus. exacte des routes du pays pendant les temps de pluie, et je trouvai très-naturel que personne ne songeät à voyager, s’il n’y était pas contraint par une äffaire urgente. Nous eûmes beaucoup À monter; le terrain étant

trempé et argileux, les mulets glissaient par devant et par derrière, et enfonçaient dans les ornières et les mares. On pouvait encore s’estimer heureux quand ces bourbiers n'étaient pas trop profonds pour que les bêtes pussent en sortir; mais souvent ellés s’embourbaient tellement dans la terre glaise, qu’on était obligé de descendre et de leur öter leurs fardeaux. C'était toujours aux endroits les plus mauvais qu'on entendait crier : « Il faut marcher à pied. » J'avais de la peine à avancer, je glissais et je tombais presque à chaque pas. J "appelais bien mon domestique ; mais, comme je n'étais qu'une femme, et que j'avais malheureusement déjà payé les bêtes, il poursuivait tranquillement sa route et me laissait me tirer de là comme je pouvais. Umdes arrieros, un Indien, eut pitié de moi, me retira des bourbiers et m’aida à marcher. Il nous fallait, en général, deux bonnes heures pour faire une legua. Des torrents venaient encore barrer le passage ; daus cette saison, ils étaient profonds et rapides, et même parfois tr&sdangereux ; en été, le lit de la usant de ces torrents est à peine humide.

La contrée était belle : on avait de superbes vues sur des vallées fertiles , Coupées-par des collines et entourées des premières chaînes des Cordil!öres.

Dans le tambo de-Jorjé ‚je trouvai , par une heureuse exception ‚ une chambre à coucher planchéiée et une sopa. Tout était, ilrest vrai, sale et dégoûtant ; mais dans ces pays, il ne fäut pas être trop difficile, et l'on doit remercier lé ciel quand on trouve un abri et un plat fumant, surtout dans une saison où les tambos sont souvent fer més, où bien où les gens ne s’attendent pas à la visite de voyageurs. Nous avions eu, ce jour-là, l'imprudence de prendre les devants sur notre arriero. Aussi j'en fus punie : car la nuit, les bagages me firent faute, je n'avais pas même une couverture de laine; à peine pus-je dormir, tellement je souffrais du froid, qui, la nuit, était déjà très-

Lh8 MON SECOND VOYAGE

sensible. .Les mauvaises routes avaient a les bêtes chargées d’arriver jusqu’à Jorje.

27 mars. Bogia (2 leguas). Cematin, nous ne partimes qu'après neuf heures, car il nous fallut attendre nos mulets. Les chemins étaient encore plus affreux que la veille. Nous avions à franchir le mont Angos, qui est trèsélevé.

Par bonheur, nous renconträmes N Jorje un train de bêtes allant à vide, et qui appartenaient au même propriétaire qui nous avait loué les nôtres. Le bagage fut partagé et chargé sur les animaux qui ne portaient rien. Malgré ce secours inattendu , nous eümes, en quelques endroits, beaucoup de peine à nous en tirer. Après avoir monté la moitié de la montagne, ce qui demanda sept heures, on

-résolut de faire halte dans le premier tambo venu, car nous étions rendus, ainsi que nos bêtes.

J’arrivai si sale que j'avais absolument l’air d’avoir pris un bain de boue. Je donnai mes souliers et mon manteau à nettoyer au domestique, mais il les laissa là, et ne me rendit absolument aucun service. On aurait dit que je ne l'avais emmené que pour avoir le plaisir de payer et ses mulets et sa nourriture. Il-me fallut laver moi-même mes souliers et mon manteau, et je ne pus ‘même me procurer qu'avec peine l’eau nécessairé + éar, bien que ces contrées soient abondamment pourvues de bois et d’eau, on n’en trouve cependant pas dans les chaumières. La paresse des habitants est si grande, qu'ils ne rentrent pas même les objets laissés devant la porte. Ils vont chercher l’eau dans des pots qui tiennent à peine deux bouteilles; porter un vase plus-grand deviendrait une tâche beaucoup trop laborieuse. Pour vous laver les mains et la figure, on vous donne à peine assez d'eau pour remplir une petite tasse. Très-souvent, je vis laver des pommes de terre dans la même eau qui avait servi aux hommes à se débarbouiller, et ensuite à nettoyer la vaisselle de cuisine. Pour le bois, c’est

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la même économie. Il ne faut pas penser à sécher ses vêtements trempés, puisqu'il n'y a pas même souvent assez de feu pour cuire la sopa.

Le tambo de Bogia est un des plus mauvais que j'aie vus, La cabane était à peine assez grande pour loger la famille et pour y faire du feu. Je me trouvai réduite à m’etablir devant la hutte sur un banc de bois. D'ordinaire le toit avance tellement que l’on est garanti contre la pluie, ce dont nous avions bien besoin, car pendant tout notre voyage il plut constamment. Quand les nuages se j dissipaient pendant des intervalles rares et trop courts, nous jouissions du spectacle des merveilleuses beautés de la nature.-Quel aspect ravissant nous offraient alors ces masses de montagnes ! Elles étaient entrecoupées de vallées les plus riantes.et les plus fertiles, qui s’étendaient à nos pieds et bien au-dessous de nous. Le bruit des tor- rents ne venait pas même frapper notre oreille, nous, ne voyions au fond qu'un sillon lumineux semblable à un fil argenté. Quel charme ne doit pas offrir ce voyage pendant la belle saison! N’etais-je pas déjà dédommagée de peines et de fatigues sans nombre par ces quelques rares moments d’heureuse contemplation ?

Je sentis à onze heures de la nuit quatre secousses du sol à intervalles égaux , da sud au nord : elles se succédèrent assez rapidement; à peine eus-je le temps de me rendre compte que c'était un tremblement de terre. Je m’elancai de ma couche, et au même instant les habitants se précipitèrent hors de la cabane en criant misericordia et en se prosternant. 1

Après que le-danger fut passé, ils me dirent que ce tremblement de terre, ainsi que deux autres qu'ils avaient sentis peu de temps auparavant, provenait du volcan Cotopaæi, qui était en activité comme il ne l’avait pas été depuis cinquante-sept ans.

28 mars. Tumboco (6 leguas), Nous gravimes encore

Fe

longtemps l’Angos ; il’ nous fallut grimper comme la veille. Une ‘partie de la route était appelée camino real (chemin royal).

Jamais je n’ai vu de chemin plus mauvais; à chaque instant on conrait risque de se casser le cou. Je descendais souvent de ma monture, et, pour ne pas glisser sans cesse, il me fallut aller pieds nus, ce qui ne me plaisait guère, car il pleuvait toujours et il faisait froid. Les eaux de montagne, qui, sans respect pour le chemin royal, se permettaient de l’envahir, étaient toutes couvertes de glace. |

Au lieu d’avoir de belles vues, nous nous trouvions enveloppés de brouillards et de nuages. Tantôt ils s’abaissaient sur nous en masses si épaisses que nous pouvions à peine voir à trente pas; tantôt ils laissaient un peu à nu les hauteurs, mais couvraient tout à fait les profondeurs au-dessous de nous. Quelquefois le voile gris, semblable . à un linceul, se déchirait, et à travers ces déchirures nous découvrions des paysages fleuris brillant au soleil. Cé qui donnait surtout un grand charme à ce tableau, c'était la transition surprenante de la végétation de la zone torride à celle de la zone tempérée. On y voyait pousser le palmier, le caféier, le cacaotier, le bananier et la canne à sucre. En montant un peu plus haut, les champs plantés de blé, de pommes de terre, de fèves, de trèfle”, me rappelaient ma patrie.

Quand on voit des contrées si belles et si fertiles, on croirait que les habitants doivent se ressentir de ces bienfaits de la nature; mais malheureusement c’est moins le cas ici que partout ailleurs. Les misérables huttes du peuple sont faites avec de la terre glaise et des broussailles. Hors l'entrée, aucune ouverture ne répand de lumière sur la misère qui règne dans l’intérieur. On

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