‹ Mon second voyage autour du mondeChapitre 42 sur 67 · LA L52 MON SECOND VOYAGE · texte numérisé non relu

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terre et un peu de piment, ils demandent un medio', et ils exigent le même prix pour la nourriture d’un mulet. En été ils gagnent souvent plusieurs écus sans avoir rien à dé-penser, car chaque hôtelier produit lui-même ce qu’il vend.

L’apr&s-midi, une pétite troupe de huit lamas se joi- , gnit à notre caravane. Je me sentis toute heureuse de voir autour de moi ces bonnes’ bêtes avec leurs longs cous, leur fière démarche et leurs doux yeux. J’attribue ma pré-dilection pour les lamas à l’histoire de Robinson Crusoé, que j'ai lue enfant; à la vue de ces animaux, ma mémoire" me retraça avec Robinson Crusoé les souvenirs de ma première jeunesse.

Le tambo de Tamboco était un vrai palais en comparaison de celui de ‚Bogia. Il était construit de briques séchées au soleil, et consistait en une grande pièce avec une demi-douzaine de tréteaux de bois pour dormir. Une partie de la pièce servait à serrer les instruments aratoires, et tout était rempli de saleté et d’ordures; mais on y était du moins garanti contre le vent et la tempête, et on n’était pas forcé de rester dans la société des personnes qui habitaient le tambo.

Il règne une singulière coutume dans ce pays. Dans les tambos où l’on passe la nuit et où l'on prend quelque chose le soir, il faut payer aussitôt son écot, car l’hôtelier ne se fie pas à l'hôte jusqu’à son départ; et cependant:il ä en nantissement le mulet et les bagages. Cela montre quelle bonne opinion ces gehs ont les uns des autres.

29 mars. Guaranda (5 leguas). Ce jour-là, il n’y eut que quelques mauvais endroits à passer ; la plus grande partie du chemin était tolérable. Nous étions déjà tout près de la belle chaîne de montagnes dont le Chimborazo forme comme la tête; mais les brouillards et les nuages cachaient entièrement le noble chef avec toute sa famille de géants,

. 1. Seize medios font un écu.

Il fallut nous contenter de l’aspect des vallées voisines, dont les collines étaient revêtues des plus riches plantations.

Le pueblo (marché et village) de Guaranda est situé dans une belle vallée presque circulaire, au pied du Chimborazo. Je descendis chez un propriétaire de hazienda assez aisé, et j ii fus très-bien reçue.

J’arrivai juste pour assister à une petite cérémonie funèbre. On était en train d’enterrer un enfant de huit mois appartenant à des gens riches. Comme, dans les petits endroits, tout excite l'attention et fait courir le-peuple, surtout dans un pays où la.population n’est pas habituée à travailler, et a par conséquent assez de loisirs, je pus voir, à cette occasion, le beau et le vilain monde réunis. Le petit enfant était assis dans une espèce de petite loge drapée de mousseline blanche et ornée de franges d’or et d’argent et de fleurs, que l’on portait au moyen de perches. La tête était attachée en haut de la loge par un lacet passé autour du cou, mais d'une manière si lâche qu’elle | était-ballottée de tous côtés. Cela produisait un terrible effet, car on aurait dit que l’enfant était pendu. Ce cortége était suivi d’une musique composée derdeux violons et d’une harpe; ce dernier instrümentreposäit sur le dos de deux garçons. Le joueur" de harpe faisait résonner de temps en temps un accord triste et lugubre. Au cimetière, on mit l’enfant dans un petit cercueil.

Les habitants de ce pays avaient déjà bien meilleure mine que ceux des chaudes contrées dé Guayaquil. Les enfants, avec leurs joues rouges, leurs grands yeux brillants, faisaient plaisir à voir: Il ne manquait pas, surtout dans la classe aisée, de jeunes femmes et de jeunes filles d’une belle carnation. Les Indiens pur sang, sans être précisément beaux, ne sont pas des. plus vilains. Leur tête “est un peu trop comprimée, et leur corps gonflé; les yeux de la plupart sont à peine fendus (cependant on trouve

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quelques individus qui ont de très-beaux yeux); leur nez est un peu épaté, mais bien moins.6cras& que chez les Malais: Ils n’ont pas non plus la bouche aussi grande et aussi laide que les Malais; leurs mächoires sont bien faites, et leurs dents d’une blancheur éclatante; leur teint est d’un jaune brun foncé. Ce qui les défigure le plus, ce sont leurs cheveux, qui flottent dans le plus grand désordre autour de leur figure; s’ils étaient mieux arrangés sur le sommet de la tête, ils ne seraient pas mal.

Le costume des hommes issus des anciens Espagnols, ainsi que celui des Indiens, est le même que celui des Péruviens. Les femmes et les filles portent des mouchoirs qui leur voilent à la fois la tête et la moitié de la figure; même chez elles, les femmes aiment à couvrir de ce même mouchoir leur costume très-négligé. Elles sont toujours si emmitouflées, qu’elles peuvent à peine se servir de leurs mains. Il est vrai qu’elles n'en ont pas besoin, car elles . n'ont pas la passion du travail. J’ai vu, chez des familles qui avaient trois ou quatre grandes filles, les robes et le linge dans le plus misérable état, et les enfants courir en haillons , les pieds nus ou avec des souliers tout déchirés ; on les aurait pris pour des enfants de pauvres mendiants. Cela n'offusque-en rien la vue de ces gens; jamais je ne .m’apercevais que les mères ou les filles fussent occupées à raccommoder des vêtements ou du linge déchiré ; mais, en échange, les chemises sont souvent ouvrées et brodéss en haut et en bas, et ce travail inutile s’étend jusqu'aux dessus des coussins et jusqu'aux essuie-mains.

À Guaranda, je fus forcée de changer de mulets. Il ne faut jamais consentir à garder les mêmes bêtes de Savanetta jusqu’à Quito, à moins qu’on ne fasse par-ci par-là une halte d'un jour; car avec des bêtes harassées de fatigue, il est de toute impossibilité de passer par-dessus le Chimborazo.

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