‹ Mon second voyage autour du mondeChapitre 43 sur 67 · mars. Ce jour fut un des j jours mémorables de ma · texte numérisé non relu

mars. Ce jour fut un des j jours mémorables de ma

vie. Je traversai la.chaine gigantesque des Cordillères ou Andes par l'on des passages les plus intéressants, le ‚Du ‚temps de ma jeunesse, le Chimborazo

4 montägne la plus haute du monde (elle a

en} Q e, elle est descendue au second rang.

s en route de très-bonne heure, car

onze leguas par des chemins déteste bles, et presque toujours à monter, Il fallait faire ces onze ' leguas si l on voulait trouver un gîte pour la nuit.

Au commencement , le chemin était réellement affreux.

Je me vis encore forcée, dans les endroits les plus impraticables, de laisser ma monture pour aller à pied ; ce qui me fatigua d'autant plus que l’air froid de la montagne me fit mal à la poitrine. J'éprouvais de grandes inquiétudes | dans les membres; j'avais de la peine à respirer, et je tremblais de tout le corps... A chaque instant je croyais que j'allais m'affaisser sur moi-même; mais le cri : En

avant! se faisait entendre. Ce ne fut qu’ävec les plusgrands efforts que je me traînai au milieu de la boue et de la vase, à travers les torrents, les ornières, les mares d'éau et les pierres. Si j'avais déjà été sur le sommet, j'aurais attribué mon malaise à la raréfaétion de l'air qui produit le même effet sur beaucoup de personnes. On äppelle ce malaise vera. Il ne dure, chez quelques personnes, que peu de jours: chez d’autres, si elles restent sur les hauteurs, ik persiste parfois des semaines entières. .

Après les deux premières leguas, le chemin commenga

à devenir plus solide et plus pierreux, Je pus au moins rester assise sur ma couverture, Nous eümes ‚constamment de la pluie, des ondées, et il tomba même.un peu neige, mais elle fondait en touchant la terre. Cependan) | comme elle se solidifiait par places, je puis dire que je marchai sur la neige, Malheureusement les nuages et les brouillards ne se dissipèrent, pas un seul instant; je ne

lais. depuis qu'on a mesuré les cimes de ‘:

-pus pas voir le sommet du Chimborazo, privation qui me fut incomparablement plus sensible que mon malaise physique. :

‘ De Guaranda au point culminant du passage, on compte six leguas. Le revers de la montagne forme là une petite plaine de quelques centaines de pas qui s’abaisse de tous les côtés, excepté au nord, où la cime du Chimborazo s'élève presque à pic. | ‘Sur ce petit plateau on a entassé un monceau de pierres, qui, selon les uns, indique qu’à cet endroit on est arrivé au point le plus élevé qu'on ait à franchir, et, selon d’autres, rappelle un meurtre commis sur un Anglais l’année précédente. Cé malheureux , accompagné seulement d’un “arriero, avait voulu traverser les Cordillères. Il est probable qu’il ne lui serait rien arrivé s’il n'avait pas eu l'imprudence, partout où il avait à payer, de faire voir sa bourse bien garnie d’or. Le guide ne put résister à cette tentation séduisante, et se voyant tout seul avec son Crésus ” dans cet endroit désert, il lui asséna par derrière um coup sur la tête avec une grosse pierre enveloppée dans un mouchoir (ce qui est ici la manière ordinaire de tuer son monde). Il cacha le corps dans la neige. Cependant le meurtre fut bientôt découvert, et le meurtrier se trahit par les pièces d’or qu'il fit changer.

Quoique fatiguée au dernier point, je quittai ma monture pour aller chercher une pierre et pour en grossir le monceau. En ce moment, je me disais à moi-même : « Cette pierre-sera encore à la même place quand mes ossements seront déjà réduits depuis longtemps en poussière. » Ensuite je descendis la montagne du côté de l’ouest, et, après avoir trouvé l'eau que je cherchais, j’en remplis ma coupe, j'en bus quelques gorgées, et, courant avec le resté de l’eau du côté de l'est, je la versai dans le premier ruisseau que - je rencontrai. J’en fis autant du côté de l'ouest avec une coupe d’eau prise sur le versant oriental de la montagne.

J'avais lu dans les voyages de M. Tschudi qu’il avait fait la même chose à la frontière près de Passeo de serro, sur les Cordillères. L'idée qu’une coupe d’eau destinée à prendre son cours vers la mer Pacifique coulerait vers l’océan Atlantique, et vice versa, me sourit et me plut tellement que je la mis aussitôt à exécution !.

Je ne pus pas savoir exactement quelle était la hauteur du col des Cordillères ; les uns lui donnaient 3000 mètres, les autres, 4800; moi, je l’evaluerais à environ 4500. On porte la ligne des neiges sous l'équateur à 4500 mètres. Nous ne passämes pas par un vrai champ de neige; mais pour arriver: à la ligne couverte de neiges éternelles, il nous restait tout au plus à gravir encore de 60 à 90 mètres ;

elle était tout près de notre côté. Le thermomètre était à

zero (Reaumur). 2 -

La végétation ne cesse tout à fait que sur ce petit plateau.

Jusqu'à trois leguas de Guaranda, on trouve des champs cultivés; à ces champs succèdent de maigres bois couverts de beaucoup de belles fleurs. Quant à de hautes tiges de fougère, comme j'en avais rencontré sur les hauteurs de Sumatra ou de Java, je n’en aperçus nulle-part. Ici la plus haute fougère ne dépassait pas 1 mètre. En échange, on trouvait de tout petits arbres minces et rabougris, jusqu’à une hauteur de plus de 4000 mètres, mais seulement du côté de l’ouest : à l’est, nous fümes longtemps sans découvrir un tronc d'arbre. Ces arbrisseaux offraient un aspect tout particulier ; presque entièrement dépouillés d’écorce, leurs troncs ne portaient pas la moindre trace de mousse.

Sur le petit plateau qui forme le sommet du Chimbo-

LH

1. Cette idée était facile à exécuter en ce moment, où la pluie était très-forte et où je n'étais pas embarrassée de trouver de l’eau; à mon retour j'aurais eu infiniment plus de peine; car les sources qui touchent à la ligne de séparation des eaux sont fort éloignées l’une de

l’autre, : :

razo, il règne souvent des vents très-violents qui font voler une grande quantité de sable et de petites pierres à la figure du voyageur.

Pour éviter ce désagrément, on se couvre d'ordinaire le visage d'un masque de soie avec des verres à la place des yeux. Aux mois d'août et de septembre, le passage du plateau est même quelquefois très-dangereux : des vents viennent soudain à souffler avec une telle furie, qu’ils soulèvent les mulets avec leur fardeau, et ne leur permettent de reprendre terre qu'à une certaine distance.

De ce plateau du Chimborazo jusqu’à la station de nuit de Chacquiporgo, où se trouve une seule misérable maison, on compte encore cinq leguas. Mais les chemins étaient bons ; par moments, on descendait une pente assez douce ou l’on franthissait un sol montueux. Cependant une pluie continue et des vents froids rendirent cette course très-désagréable. Jamais de la vie je n’arrivai au gite de nuit aussi épuisée de fatigue que ce soir-là. Je souffrais énormément de la poitrine, les dents me claquaient de froid ; j'étais tellement roide et engourdie, que je ne pus descendre qu'avec peine- de mon mulet pour me traîner jusqu'à mon grabat. Bien que couverte de boue et de saleté depuis les pieds jusqu’à la tête, sans en excepter la figure et les mains, je me sentais incapable d'aller me . chercher de l'eau, et, comme mon domestique ne m'en apporta pas, je tombai sur la couche de bois et je m’enveloppai dans mon manteau; mais je:trouvai bien peu de répos, car mon oppression de poitrine me forçait souvent à me tenir sur mon séant. Ce ne fut qu’au bout de quelques heures que je me sentis la force de prendre un peu de fromage avec quelques bouchées de pain. Je ne pus rien avoir de chaud. Le lendemain il me fallut partir de mème sans avoir rien pris de chaud à déjeuner. Pendant l'hiver aucun aubergiste ne reste à Chacquiporgo, car personne ne voyage dans cette saison. :

La maison de Chacquiporgo sur le Chimborazo est la seule que le gouvernement it fait construire pour les voyageurs entre Guayaquil et Quito.

Elle se compose de deux pièces avéc quelqués couchettes et quelques bancs de bois, et d'un grand emplacement pour les arrieros. De tous les pays du monde que j'ai parcourus jusqu'ici, je n’en ai pas vu un seul comme celuici, où l'on ait si peu, ou, pour mieux dire, pas du tout songé aux voyageurs. Les tambos sont excessivement petits, et tellement sales qu'on les prendrait plutôt pour des porcheries que pour des demeures habitées par des hommes. Le voyageur ne trouve dans ces tambos qu'un abri contre la pluie et le mauvais temps, et il peut s’estimer heureux si on lui sert une misérable sopa. On n’accorde pas meme la moindre petite place au pauvre arriero dans les tambos, et il n’a pas droit de se plaindre s’il peut s’abriter à côté du tambo sous un hangar formé d’un toit supporté par quatre poteaux. Son sort est réellement digne de pitié. Toute la journée il est obligé de courir à côté de ses bêtes par les plus abominables chemins ; à peine arrive-t-il le soir à la station, et a-t-il déchargé ses mulets, qu'il est obligé d'aller couper du fourrage pour leur donner à manger ; car l'aubergiste ne s’en occupe pas. Ce n’est que dans les endroits où les champs dé trèfle sont éloignés, que l’on trouve du trèfle lié en bottes. Enfin, quand il a fini la tâche de sa journée, il peut s'étendre sur la terre humide, se couvrir de son poncho déchiré, et apaiser sa faim avec de la farine d'orge.

Je ne plains pas moins les pauvres bêtes de somme. On appelle Lima l’enfer des ânes. Cette dénomination pourrait s'étendre à tout le Pérou et à Ecuador, et ne pas s’appliquer seulement aux. ânes, mais aussi aux mulets, aux chevaux et aux arrieros.

En ce pays on charge un mulet ou un cheval de huit à

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dix arobas', un âne de quatre à six. Il faut que les pauvres bêtes portent cette charge, quand mêmes elles auraient le dos et les flancs écorchés. Un jour je sentais continuellement sur ma monture une odeur très-forte et très-désagréable. Le soir, en descendant, je trouvai ma robe pleine de sang qui provenait d’une blessure de la. pauvre.bete que j'avais montée. Je vis plusieurs fois dans de mauvaises routes deux personnes assises sur un cheval ou un mulet, ou même sur un âne.

‚Le Turc, le: Perse, l'Hindou ou 1 même le Battak, le cannibale de Sumatra, prennent autrement soin des voyageurs et des animaux. Dans les caravanséraïs des Turcs et des Perses, dans les serais des Hindous, le voyageur trouve une petite chambre pour lui; le conducteur, une salle qu’il partage avec ses camarades : les bêtes ont leur écurie couverte. Le Battak a établi dans chaque village des soppos ou huttes pour les voyageurs. Ces cabanes sont ouvertes à l'indigène aussi bien qu’à l'étranger, sans qu'il ait besoin de rien payer. Combien ces établissements hospitaliers seraient nécessaires entre Guayaquil et Quito, route fréquentée par beaucoup d’étrangers, et sur laquelle on voit tous les jours en été de grands convois de bêtes de somme! Et que ces maisons de bois s’établiraient à bon compte dans un pays où on ne manque nulle part des matériaux nécessaires !

31 mars. Ambato (8 leguas). Déjà là veille j’avais été singulièrement frappée par le contraste marqué qui existe entre le versant oriental et le versant occidental des Cordilleres. |

Du côté de l’ouest, l’élément montueux prédomine; partout on ne voit que gorges, défilés et vallées ordinairement resserrées, apparaître au milieu des montagnes. Aussi, dans les plaines comme sur les hauteurs, on trouve la végé-

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