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-— Mais alors, pourquoi cette différenoe entre les deux rives?
<^ Je vais te répondre; seulement Je dénre te citer encore quelques lignes d'un auteur (pli rompare, non plus la Savoie et le canton de Vaud, mais le canton de Yaud et le Valais ; or, il faut que vous sachiez que le Valais touche à la Savoie, et que ces deux pays sont sur le même oA(é du lac 9 tandis que le canton de Vaudsd trouve sur toute l'étendue de Tautre rive ; et, vous verrez dans la comparaison qui va suivre, que se Hont les Valaisans qui prennent la place dos Savoyards. Ecoutez-donc ce que dit M. René Nouxouy élève de Tancienne université de PariS; passant do la rive droite à la rive gauche du lac et tombant dans le Valais.
(c Ici la scène change ; c'est bien toujours lé plus étonnant, le plus beau pays du monde; mais ce ne sont plus les mêmes mœurs , les mêmes habitudes, ce n'est plus même langage, même costume, ce n'est plus même manière de vivre : du pain très bis et souvent cuit de six mois, de la vache assez mauvaise et fort mal salée, des légumes secs et durs seulement bouillis à Teau, voilà Tordinaire de la plupart des paysans de ces contrées ; parfois un peu de laitage caillé, quelques œufs et du lard gras., jaune et rance,
font raxtraordinaire d'une nourriture réputée la coeilleure. Ce ne sont plus là ces heureux habitants du canton de Yaud, qui respirent la santé et L'aisance { ce n'est plus, en général^ cette civilisation , cette tolérance qui font du Genevois et du Yaudois les peuples les plus sociables et les plus riches de la Suisse. On est affligé de voir des
habitations mal tenues, incommodes et souvent
insalubres ; de voir (1 ) . . . »
— Papa, si tu continues ta citation, ton voyage va ressembler à un livre 1
— f Eh bien , je m'arrête,
*r- Bon ! Mais maintenant dis-nous pourquoi les habitants d'une rive du lac sont si propres, si riches, si heureux; tandis que ceux de l'autre rive sont précisément le contraire?
— Le voici : d'un côté, on lit la Bible; de l'autre, cette lecture est interdite.
— Quoi, dans certains pays on défend de Ure la BiUe?
•^^ Oui, par exemple, dans le pays du pape, et ici, par exemple encore, en Savoie, la première question que fait au voyageur un douanier savoyard en visitant sa malle, est celle-ci : Avezvous des livres? — Oui. — Prohibés! Sont-ce
(1) Description scénographique et historique du bassin du lac de Genève, par René Noiuou. A Genève, chez Briquçt,1835. Pag. 63.
Le Valais a esl41 pas suisse? n'est-il pas libres* ii*esl-il pas républicain ? ei avec tout cela, esUV plus riche, plus intelligent, plus heureux que i^ Savoie? Nod« c*est exactement la même chose ^ . ce que nous a dit M. Nouzou n'est pas plus flatteur que ce que nous a dit M. de Norvins. Ainsi, république ou monarchie n*y font à peu près rien, et il fiaiut revenir a la cause indiquée , k Bible lue ou délaissée, pour expliquer la différonce.
— Mais, papa, n'as4u donc rien vu en Savoie qui t*ait fait plaisir?
— Si, bien !
— Quoi donc?
— Un pont,
— Un pont?
— Oui ; ce pont long, étroit, jaune, bossu, m'a procuré une véritable jouissance.
— Comment cela?
— En m'en rappelant une autre. Voyez-vous, mes enfants, vous êtes encore bien jeunes, et vous ne pouvez guère soupçonner ce que valent les souvenirs;^ mais si vous saviez quelle place ils prennent dans la vie en se prolongeant, vous fieriez en sorte de vous en préparer de doux et d'agréables.
— Et comment?
— En faisant de douces et de bonnes actions,
— Ah!
— Oui Ahl c'est-à-dire que tu n'as rien à réxmdve.
— Mais, j'en reviens à mon pont et à mes souvenirs; si je vous ennuie, vous m'excuserez, car, du moins , je me ferai plaisir à moi-même en me souvenant encore.
Dès que je vis ce pont, dont j'ignorais le nom et l'existence , je m'écriai , en m'adressant à Edouard : « C'est exactement le pont du Saint-Esprit; » et j'allais à la course le voir, le toucher, sauter sur les^parapets. Edouard, me voyant heureux de ma découverte, n'eut rien de plus pressé que de me répondre qu'il n'y avait rien de commun entre le pont de la Drance et le pont du Saint- Esprit. J'affirmai que si, lui que non; je plaidai ma cause, il plaida la sienne ; ni l'un ni l'autre ne tenaient le moins du monde à s'éclairer ou à éclairer son camarade ; mais chacun mettait la plus grande importance à prouver qu'il avait raison, et surtout que son adversaire avait tort.
Il en est presque toujours ainsi dans les discussions.
Enfin Edouard tira de sa poche un Guide du voyageur; il y lut le passage relatif à notre il-
hiHiro pont. Le croiriez-vous?Le gniry on terminant son article, m'apport |)hiH l)()au dos triomphes! Il disait en toob Inmipio « le pont de la Drance ressemhl pont du Saint-Esprit ! »
J*(^rlatais de satisfaction I
Oh! vani(6 do la vanité!
— Ah v»> Ales-vousfou, avec votre pon dit Kdouard. Allez-vous l'embrasser, oabi arrarhorun échantillon avec vos dents?
Lo fait est que, par une singulière préo< tion, jo cherchais avec ma vue basse ui mîriplion que j'avais vue jadis, non sur ce nuiiH Hur celui du Saint-Esprit, si vivemen vailHairti le souvenir!
— Jo cherche, répondis-je, ce que j' on 181(1, sur son frère jeté sur le Rhône.
— Quoi?
— Un nom gravé-
— Lequel ?
— Le mien.
— Gravé par qui?
— Par mon père.
— Quand?
— Avant ma naissance.
— Etc'eslce souvenir qui vous préoccupe pour vous faire chercher en Savoie ce qui 6
— T7 — France? sur la Drance ce qui est sur le Rhône ?
— Mais, pensez donc, cher ami, que ce nom était le mien, que ce nom était gravé, et, chose mémorable! écoutez bien, car c'est ce qui m'a le plus impressionné , ce nom était écrit ainsi : ROVSSEL ! Oui, mon ami ; écrit avec un V à la place d'un U. Comprenez-vous comme cela lui donnait de suite un air d'antiquité ? Et ce n'était pas de l'imitation de l'antique ; c'était bien de l'antiquité pour tout de bon ; car mon père , en me le montrant, m'apprit que c'était lui-même qui l'avait écrit, à l'époque où l'on employait encore les V pour les U. Comprenez-vous mon bonheur, en apprenant cette nouvelle? Il me semblait que j'étais tout à coup plongé dans la nuit des temps, que mon nom était ancien, qu'il se liait à l'histoire et que, gravé sur un pont du moyen âge, il me porterait avec lui à la postérité !
Tout cela peut vous paraître puéril, cher Edouard; mais tout cela n'en est pas moins la peinture fidèle de mon cœur, ou plutôt du cœur humain. Sans doute tout le monde n'en convient pas; bien des gens soutiendraient le contraire pour eux-mêmes; c'est précisément de ceux-là que je le crois le plus vrai. 11 est si ridicule de mettre son mérite dans l'antiquité de son nom ,
lustre pont. Le croiriez-vous? Le
, . , *• 1^ /'^ pas l'avouer.
qeur, on terminant son article* ., . . , , u 1 * • V. 1 II .vl histoire de mon plus beau des tnompnesl T' ' * , . j , ^ un U , en mil sept
très que « le pont de n» '
, « . „ . , >ma naissance, je vous pont du Samt-Espnt ! ,^f . '^
. , . . irf/f ans après mon passase J'éclatais de sati .-^ , ^ „ ^. ; ^.
. , 1 /^ an 1835, je me retrouvais Oh! vanité dr > , '^. .
.-^ i deux pas du même pont.
. "" / >^\#tfft un© côte: je descendis de
dit Edouard ^^"^ w . • k