X. ^arus a toutes jambes en avant arracher
^.st mon nom pravé avec un V ; je Le fr ut^^
* '^rftfgrdai de près, pierre après pierre, tion, *^Aï<^'^ j .. T
• é^^zLâtf^^ ^® droite. Je revins sur mes pas;
^^"* y'^^'Tjî de nouveau; mais, hélas! rien, ab-
^ /ip^i rien; ni nom, ni lettres, ni V, ni U;
>5^tparti!
ta p'crre était donc usée?
^n contraire, elle était toute neuve ; c'est-
^ijîre ^'®'^© ^vait été changée, et la mienne,
j^ vérM*^^®' avait sans doute été jetée, avec
^n n^^' ^^'^ ^®^ graviei-s du Rhône, où, pro-
ijablem^nt, elle roule aujourd'hui comme un
simple caillou !
Mes enfants, voilà comment se sont évanouies
mes espérances de passer à la postérité. Maïs,
grâce à Dieu, j'ai trouvé mieux que tout cela,
et je connais aujourd'hui le moyen de graver
stm nom en lettres ineKaçabXe^.
^ - Et comment?
'"/est de le faire inscrire sur le Livre de ^ieu lui-même; ou plulôt, c'est d'ap- * ^ déjà nos noms y sont inscrits.
1^ o, comment savoir si Dieu a ou n'a pas
^ uos noms dans le Livre de vie ?
— Nous le reconnaissons à ceci, que nous avons la foi dans le cœur. Mais, à mon tour, je te demanderai : Sais-tu à quoi tu reconnaîtras si la foi est dans ton cœur?
- — Non.
— A ceci, que la sainteté sera dans ta vie.
Si donc tu vis en chrétien, c'est preuve que tu as reçu la foi qui fait le chrétien ; et si tu possèdes celte foi, ton nom est bien inscrit dans la liste de ceux qui doivent vivre et jouir pendant toute une éternité !
Mais j'en reviens à notre voyage. Vers le soir, nous arrivons au bout du lac, et, nous en détachant sur la droite, nous marchons sur Saint- Maurice. Le souvenir qui me reste de cette petite ville dans le Valais est triste, calme, désert, et voilà tout. Au reste, c'est peut-être ma faute, car j'étais bien fatigué. Nous allâmes donc nous coucher, sans visiter autre chose que la salle à manger. D'ailleurs, nous avions à nous lever de bonne heure le lendemain, pour aller voir ce
qu'on pourrait appeler la récompense du voyage : une cascade tombant de quelques centaines de pieds de hauteur.
Le lendemain donc, à six heures du matin, nous partîmes tous trois, le ventre vide, avec le projet de faire nos quatre lieues d'aller et de retour avant le déjeuner; car, après ces quatre lieues, nous comptions en faire encore sept autres avant le souper; non que nous fussions bien pressés de rentrer au travail , à Genève ; mais notre bourse, en s'aplatissant, nous. invitait à regagner la maison. Nous avions calculé que quarante lieues pouvaient se faire en trois jours, et que notre argent devait juste y suffire. Vous comprendrez que, pour peu que nous perdissions de temps, nous risquions d'arriver au fond de notre bourse avant d'atteindre au bout de notre voyage, et de rester sans argent avec encore bien des lieues à faire et bien des repas à prendre. Chaque heure nous apportait sa tâche, comme, dans la vie, chaque instant apporte h sienne et ne laisse jamais de place libre poui le travail négligé de la veille. Aussi, combiei d'hommes arrivent à la dernière heure du voyage ayant encore bien des lieues à faire , bien dei devoirs à remplir !
Nous voilà donc partis povvt \^ c;^^^^^» de
Pi^-Vache par une belle matinée. Le chemin que l'on ne connaît pas parait toujours long. Pour abréger le nôtre, j'engageai Edouard à nous lire quelques pages de son Guide du voyagevr; mais le livre était perdu. Albert, pour oublier la route, voulut questionner les paysans sur les curiosités des environs, mais les paysans semblaient avoir perdu Tesprit, ils ne répondaient pas. Enfin, pour dernière ressource, j'offris de lire un cahier d'histoire ecclésiastique, resté par oubli dans ma poche. Le seul mot d'histoire ecclésiastique fit frémir mes deux amis ; car cela sentait l'étude et l'examen. Pour les rassurer, je rengainai le cahier, dont je venais de lire quelques pages par distraction, et je leur offris alors de leur raconter une légende. Cela leur plut beaucoup mieux ; et, sans les en prévenir, je leur répétai ce que je venais de lire sur mon terrible cahier.
Or, mes enfants, ce récit cadrait on ne peut mieux avec la contrée que nous parcourions, car c'était l'histoire de saint Maurice.
— Saint-Maurice, la ville?
— Non, saint Maurice, chef d'une légion romaine et martyr chrétien.
— Et sans doute cet homme a pris le nom de cette ville ?
— Non , c'est la ville qui a pris le nom de cet homme.
— Ainsi , une ville pourrait prendre mon nom?
— Quel saut tu fais, de saint Maurice à toi!
Tu ne veux donc rien entendre, rien voir sans te comparer à tout? Eh bien, soit; compare ta petite personne à Tadmirable personnage dont je vais te faire l'histoire, et décide ensuite si tu mérites aussi qu'on bâtisse une ville pour la baptiser de ton nom. D'ailleurs, ton frère aime les batailles; toi, les titres de roi et d'empereur; moi, j'avoue que je préfère l'Evangile ; mais comme ces trois choses se trouveront dans mon récit, nous serons tous trois satisfaits.
S'il est vrai, mes enfants, qu'il n'y ait rien de nouveau sous le soleil, d'un autre côté, il n'est pas moins certain, qu'à bien des égards, jadis et aujourd'hui, sont tout à fait différents. Aujourd'hui, par exemple, on vous prie d'aller à l'église; jadis, sous les empereurs romains, on vous l'aurait défendu sous peine de mort ; et je crois qu'alors vous n'auriez pas désobéi. Aujourd'hui, on tient à honneur de se dire chrétien; jadis, c'était une honte. Aujourd'hui, les hommes vraiment pieux obtiennent la confiance da monde et souvent celle des» eçcawd^»; \adis, on
les chassait des villes , les jetait en prison , les conduisait à Téchafaud ; et cela précisément à cause de leur piété.
Jadis donc j au commencement du quatrième siècle, Maximien, empereur romain, avait dans son armée une légion toute composée de chré* tiens, ce qu'il ignorait sans doute. Chez les Ro* mains, la légion se composait do six mille six cents hommes. Celle dont nous parlons se nom* mait la légion ihébainej et avait pour chef Mau« rice, non moins brave guerrier que pieux chré* tien. L'empereur le manda, lui et sa légion, pour châtier un parti de révoltés en Italie, Cet ordre étant accompli, la légion se joignit au reste de l'armée et traversa les Alpes, Les troupes étaient aux environs d'une ville nommée Agaunum, aujourd'hui détruite, et dont l'emplacement n'est pas loin de Saint -Maurice, lorsque l'empereur fit comprendre à Maurice qu'il aa* rait à le charger d'une seconde mission, celle de l'aider dans le massacre des chrétiens , alors persécutés sur toute l'étendue de l'empire. Maurice répondit que ni lui ni ses soldats n'accompliraient jamais cet ordre, et déclara qu'euxmêmes étaient chrétiens. Maximien , blessé de cette résistance, ordonna de mettre immédiatement à mort la dixième partie de la légion.
L'ordre fut exécuté, sans qu'une seule des vie* times opposât la plus faible résistance. Ceux qui furent épargnés, loin d'être intimidés, déclarèrent qu'ils étaient prêts à mourir comme leurs compagnons, plutôt que d'abandonner leur foi. I^ur protestation fut rapportée à Maximien, qui, furieux, commanda de décimer la légion une seconde fois. On tira au sort l'honneur du martyre que tous se disputaient, et six cents nouveaux soldats furent égorgés, comme des brebis muettes, sans se défendre, sans pousser une plainte.
Le reste de la légion, pour montrer à l'empereur que cette conduite n'était pas le fruit d^une irritation passagère ou d'un fol entêtement, résolut d'adresser à Maximien une humble remontrance au nom de tous les soldats survivants. Dans cette pièce, admirable monument de courage et de foi, de simples miliciens disaient au mattre du monde : i< Nous sommes vos soldats, a seigneur, mais nous sommes aussi les servi- « teurs de notre Dieu. Nous vous devons le ser- «c vice de la guerre, mais nous devons à Dieu a l'innocence; nous recevons de vous la paix, « mais il nous a donné la vie. Nous ne pouvons « vous obéir en renonçant à Dieu, notre créa- <c teur, notre maître et le vôtre. Nous avons fait
« serment à Dieu avant de vous le faire. Vous ce nous commandez de chercher des chrétiens a pour les punir : nous voici, nous sommes « chrétiens ; nous avons vu égorger nos comte pagnons sans les plaindre , nous nous sommes a réjouis de l'honneur qu'ils ont eu de souffrir a pour leur Dieu et pour le nôtre. Ni l'injustice a avec laquelle on les a traités, ni les menaces a qu'on nous a faites, n'ont pu nous porter à la « révolte. Nous avons encore les armes à la « main, mais nous ne résisterons pas ; car nous « aimons mieux mourir innocents que de vivre « coupables. »
Irrité de cette noble résistance et sans doute honteux en face de soldats qui réveillaient sa conscience , Maximien ordonna cette fois , non plus de décimer la légion, mais de la massacrer tout entière ! A l'approche des bourreaux , les chrétiens déposèrent les armes, dont ils auraient pu se servir pour se défendre , et attendirent avec joie une mort passagère pour entrer dans une vie sans fin.
Vous avez , mes enfants , entendu plus d'une fois citer des traits de dévouement; ainsi, par exemple , vous connaissez l'histoire de ces trois cents Grecs, qui aux Thermopyles moururent pour défendre l'entrée de leur patrie. Mais re-
marqaez quelle diffërenoe : ces ptièns moaroreot les armes à la main , espérant la TÎdoire , s'animant par la Intte, savourant Tinfenial plaisir de la vengeance, et contemplant d avance la gloire qai s*attacfaerait à leurs noms dans la postérité. Mais dans la fin tragique de la légion thé* baine, rien de semblable : au lieu de prendre leurs armes, les soldats les déposent; loin de tendre le bras pour se défendre ils tendent la tète au glaive levé pour frapper ; et loin de songer à se venger, ils laissent à leurs bourreaux un exemple d'obéissance à leur prince et des paroles de foi en leur Dieu. Ils ne peuvent attendre aucune gloire humaine ; c'est au fond d'un pays sauvage^ au milieu d'une armée païenne, c'est ignorés de l'univers qu'ils tombent sans donner une pensée au monde et le regard tourné vers les cieux !
Oui tous les traits de courage militaire pâlis-^ sent et seffacent devant ce courage humble et chrétien. On parle sur la terre d'un Alexandre et d'un César; mais dans les cieux César et Alexandre sont oubliés pour un Maurice et le dernier soldat de sa légion.
Aussi, mes compagnons trouvèrent-ils mon récit intéressant ; mais quand ils apprirent que c'était de rhisloire ecclésiastique, ils ne voulurent plus en entendre parler.
Que de gens ressemblent à mes compagnons et repoussent les choses sérieuses crainte d*en être ennuyés, et qui les écouteraient avec plaisir si Ton pouvait seulement les leur présenter sous des noms différents !
Nous étions à mi-chemin lorsque Albert, plus impatient que nous, s'adresse à une jeune fille de quinze à seize ans et lui demande si nous étions encore bien loin de la cascade.
Point de réponse.
Albert répète la question.
Il obtint un froncement de lèvres qu'on pou* vait prendre pour un sourire.
Une troisième fois la question est répétée.
La jeune fille prend le bord de son tablier, le fait glisser entre ses doigts et dit enfin d'un air niais :
— Oh ! vous le savez bien mieux que moi !
— Du tout, répond Albert, nous sommes étrangers.
— Oh ! oh ! c'est égal !
— Je vous assure que nous n'en savons rien.
Faites*nous donc le plaisir de nous apprendre si nous sommes encore bien loin ?
— Oh! oh!
Nous n'en pûmes rien obtenir de plus. Etaitr ce une sourde? Non, car elle avait répondu,
mal à la vérité, mais enfin répondu. Etait-ce une idiote , ce qu'on appelle crétin dans le Valais ? Non, car elle ne portait ni goitre au cou, ni trace d'idiotisme sur la figure. Qu'était-ce donc?
C'était tout simplement un naturel du pays.
Oui , mes enfants , l'ignorance est si profonde dans ce malheureux Valais , qu'on serait tenté de croire que tels paysans n'y sont pas des êtres bien complets. C'est un corps , c'est une âme , mais la vie n'y est pas. Triste fruit de la superstition, seule institutrice de ces contrées!
— Papa, qu'est-ce qu'un crétin ?
— Mon garçon, c'est un être, comme on en voit beaucoup dans le Valais , qui se distingue du reste des hommes par une chose de plus et une chose de moins.
— Quoi de plus ?
— Un goitre.
— Quoi de moins ?
— L'intelligence.
— En as-tu vu quelques-uns ?
— Oui , sans doute ; et en particulier dans le misérable hameau que nous traversions dans ce moment pour nous rendre à la cascade. Comme la femme que j'y vis, car c'était une femme,
peut servir de type aux crèWw?» ^tl %^\ié3:^l^ [e
vais vous la décrire telle que ma mémoire me la représente encore.
Elle était assise au soleil , sur une pierre, les bras pendants, la bouche entr'ouverte, sa langue épaisse, tirée et tombant sur sa lèvre inférieure. Un goître énorme, longue poche de chair molle, partait de son cou et pendait sur sa poitrine ; ses traits étaient ignobles, hideux. Il semblait qu'une puissance infernale eût voulu, dans cet essai d'être humain, faire la caricature de notre espèce pour la rendre ridicule et odieuse; c'étaient des chairs flasques , une figure ridée , une salive gluante, découlant sur le bord de ses lèvres, des cheveux longs et tombant en désordre ; enfin un ensemble si dégoûtant que nous fûmes obligés . de détourner la tête en sentant se soulever notre cœur.
Et cependant tout cela n'est rien comparativement au dernier trait de misère dont je vous ai parlé : cette femme était idiote comme le sont presque tous les crétins, et sourde-muette comme le sont un grand nombre d'entre eux.
Ce qu'il y a de plus étrange, ce n'est pas l'existence de ces imbéciles, mais l'espèce de vénération qu'ils reçoivent de la part des gens supposés de bon sens. Chaque famille est fière d'avoir son crétin, comme ailleurs chacçie famille
se vante d'avoir un membre distingué par son titre, par son savoir ou sa piété. Un crétin est regardé comme une bénédiction du ciel. Toutefois cette superstition n'est pas générale dans le Valais; les gens de quelque éducation y redoutent le crétinisme comme une véritable maladie, et s'efforcent de l'éviter par la propreté et une nourriture saine, deux choses très rares dans ce pays.
— Mais, papa, il faut être fou pour vénérer des idiots?
— Mon garçon, il suflfit d'être superstitieux. Je crois vous avoir déjà dit dans le Voyage en Algi' rie, que les musulmans honorent les imbéciles comme des saints. Vous voyez que c'est toujours la même superstition, sous deux formes différentes. Pour être éclairé par l'Evangile, il ne suffit pas de porter le nom de chrétien, de fréquenter des églises et d'y célébrer mille cérémonies ; il faut encore lire cet Evangile, le comprendre et l'aimer. Comment connaître des vérités qu'on n'a jamais lues et dont personne ne vous a parlé ? Ici revient ma conclusion déjà tirée sur les bords du lac : tout le mal vient de riguoraace de la Bible.
En sortant du village dont je viens de vous parler, un bruit sourd el Vomlâ^Vu Nuvt frapper
notre oreille, c'était celui de la cascade tant désirée. Nous fûmes bientôt sur pied, et je dois le dire, bien dédommagés de notre peine. C'est un des souvenirs les plus profonds que ma mémoire ait conservés. Représentez - vous, descendant d'une haute montagne, non pas un filet d'eau sem- Uable à ceux que^'^Mjl^ avez vus quelquefois employés à faire 4i|lM^N^oue d'un moulin ; non pas un torrent cà$j|^ceux qu'amènent parfois de longues et fortes pluies; mais représentezvous descendant d'une haute montagne à pic un fleuve impétueux dont le lit vient à manquer ! Cette masse d'eau large et profonde se recourbant tout à coup, tombant perpendiculaire, et au bas de sa chute venant se briser avec fracas contre le rocher pour rejaillir en gerbes avec force, retomber encore en pluie et arriver enfin en poussière scintillante à nos p^|d3.. Représentez-vous le soleil frappant c^H^W^s^ liquide suspendue et mouvante dans les àirs ; et là ses rayons arrêtés se décomposant pour offrir à vos regards, non pas un seul, mais bien mille arcsen-ciel mobiles dont chaque point est un diamant. Tournez autour de la cascade, et ces arcs luï2ineux tourneront avec vous, ou plutôt comme pour vous plaire, d'autres se formeront sous vos yeux. Maintenant regardez au pied de la mon-
tagne ; la colonne d'eau a creusé de son poids un bassin profond , et les rochers qui l'entourent reçoivent une pluie fine qui se répand au loin et qui semble vous défendre d*approcher de cette merveille, crainte de la profaner. Enfin le fleuve, arrivé sur le sol, devient plus calme ; il s'échappe du bassin, qui ne peut ^JHInFy ^^ ^^ ^^ j^^^ en ralentissant sa ^'^^^'^f^l^BÊÊÊ^^ Rhône qui passe paisible près de flanU^! il en est de la cascade comme de nous-mlmes ; elle vit et s'agite un instant, le temps de tomber de la montagne; sa vie est si courte qu'on l'appelle une chute , et ce fleuve que vous admiriez tout à rheure au sommet de la colline, se traîne maintenant à plat sur le sable; et, à quelques pas de là, donne ses eaux au Rhône et perd son nom!
Ainsi, iQ^ymiis, agitez-vous, montez au sommet de l'esl^pÊdes hommes ; paradez quelques instants devant le monde ; au bas de votre brillante chute, l'oubli vous attend et la mort vous engloutit !
Mais plutôt, n'ayez pas la prétention de briller aux yeux des hommes; cachez votre vie en Dieu, comme l'humble ruisseau se cache sous l'herbe de la prairie; si personne ne vient vous visiter, vous pourrez du moins vous rendre le té-
> 93iDoigDage d'avoir réfléchi et fertilisé le champ de la vie que vous aurez traversé.
J'éprouve à cette heure, mes enfants, quelque chose d'analogue à ce que je ressentis lorsqu'il fallut m'éloigner de la cascade, car je dois m'éloigner dans mon récit de ce Valais que j'aurais voulu vous faire mieux connaître. Toutefois, je ne partirai pas sans vous donner une idée générale de la configuration du pays.
Puisque nous voilà près de la cascade, représentez-vous le paysage qui vous entoure comme une vaste église catholique, avec ses chapelles latérales. Cette église, c'est le Valais : la nef, c'est la vallée principale; les chapelles sont les vallées secondaires qui coupent çà et là la première, et les murailles de l'édifice sont représentées par les deux lignes de montagnes qui renferment tout le pays. La comparaison peut se pousser plus loin : vous savez que le chœur d'une église s'élève de quelques marches, et enfin que le fond de l'édifice se termine en s' arrondissant. Eh bien, la grande vallée, de même en s'avançant, s'élève et s'arrondit jusqu'à ce qu'elle vienne se fermer par la masse de montagnes, où le clocher serait encore représenté par le Mont-Saint-Gothard. Maintenant, si vous vous retournez dans l'église, pour regarder dans la
direction opposée, vous verrez devant vous la porte, étroite ouverture par laquelle vous devez nécessairement passer pour sortir. C*est encore rimage parfaite de rentrée du Valais, dont les deux murs de montagnes vont se rapprochant jusqu à Textréroité du pays, et là ne laissent exactement qu'un passage jadis fermé par une véritable et simple porte !
— Alors, papa, le Valais, c'est une église ?
— Oui, moins le ciel de l'église ; ce qui me fournit un dernier point de comparaison, mais cette fois, de comparaison morale, car l'Eglise spirituelle à laquelle le Valais appartient est usa église dont le ciel a été retranché.
— Comment cela ?
— Parce que tout s'y passe sur la terre ; les hommes y tiennent la place de Dieu : régnent, pardonnent, exaucent les prières, autant de choses qui n'appartiennent qu'à la Divinité.
Mais partons, car si la cascade est belle, mon estomac est vide, et le déjeuner nous attend à Saint-Maurice.
Jamais, je crois, nous ne mangeâmes âveoplus d'appétit et plus de courage. Quatre lieues faites et sept à faire 1 Nous étions à la fois poussée et tirés vers le besoin de nous reconforter.