CHAPITRE PREMIER
Le feu d'artifice. — Le diseur de bonne aventure. — Le cahini;! aux silhouettes.
La contredanse \ient de finir; on a reconduit les danseuses à leur place. J'ai suivi des yeux ma petite fleuriste. Je la vois s'asseoir près d'une vieille femme mise bien simplement : c'est la tante. Le danseur reste auprès d'elle; c'est le Jules d'hier soir ; enfin une autre jeune fille est ramene'e par son cavalier et s'assied près de Caroline; cela complète la société', qui, comme je me le rappelle maintenant, de- II. I.
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vait en effet être compose'e de quatre personnes.
Je tourne et retourne pendant longtemps autour de mademoiselle Caroline et de sa compagnie ; je passe devant le groupe ; je regarde la jolie fille... mais on ne fait pas attention à moi. Je sens qu'il faut me de'cider à inviter; j'ai de la peine à m'y re'soudre : je vais avoir l'air d'un petit commis marchand , d'un courtaud de boutique, qui vient danser tous les dimanches à Tivoli. Pendant que je fais ces réflexions, l'orchestre joue le prélude : cela me décide; je m'approche des danseuses; mais au moment où je vais faire mon invitation, la jolie fleuriste se lève et donne sa main à un jeune homme qui m'a devance et qui la conduit à la danse. Je suis arrivé trop tard : voilà ce que c'est que d'e'couter un sot airour-propre. Mais pour la première contredanse, je réponds bien que je ne la manquerai point : et , de crainte d'être encore provenu, je cours au quadrille où figure mademoiselle Caroline , et je l'en-
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gage pour la première contredanse. Elle accepte ; je suis enchante ; je reste auprès d'elle ; je mêle mes éloges à ceux de plusieurs jeunes gens, et pendant que son danseur va en avant-deux , je lui fais compliment de son bouquet de roses et lui demande excuse pour ma gaucherie de la veille. Alors on me regarde, on sourit, on fait plus attention à moi ; j'ai lieu de croire que l'examen ne tourne point à mon de'savantage; je risque de temps à autre quelques mots pour faire entendre que je ne suis venu à Tivoli que dans l'espoir de la rencontrer: on ne me re'pond pas ; mais je vois que l'on m'e'coute ; pour peu qu'elle soit coquette je ferai du chemin !... et elle l'est . elle doit l'être : toutes les femmes le sont.
La contredanse finit. J'attends la suivante avec impatience; je pourrai causer avec Caroline , et il me sera facile alors de savoir ce que je puis espe'rer. Dans le plus court entretien , je juge , assez ordinairement , à qui j'ai affaire , et je me trompe
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rarement ; non que je croie tout ce qu'on me dit, mais je devine ce qu'on veut bien c[ue j'espère. Les dames, plus expansives que les hommes , ont un certain laisseï^aller qui en dit beaucoup pour les gens habitue's à leur commerce. Quand elles ont de l'esprit, deux mots le font connaître ; quand elles n'ont que du jargon , elles vous en assomment; quand elles n'ont rien à dire, il n'y a pas moyen de s'y tromper. Montaigne a dit : le style est l'homme ; je crois ([u'il aurait pu dire aussi : la conversation est la femme : tout en lui demandant bien pardon d'oser émettre mon opinion après la sienne.
Mademoiselle Caroline vient d'être ramene'e à sa place. En attendant la prochaine contredanse qui doit me fournir les moyens de la juger mieux, je me promène dans les bosquets qui environnent l'enceinte consacrée à la danse. Je ne veux pas rester comme un benêt près delà petite fleuriste . ni affecter de passer sans cesse devant elle. Mais le moment approche où
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je vais serrer ses jolis petits doigts, presser Lien tendrement ses mains dans les miennes ; vive la danse pour les amoureux ! on peut sans crainte laisser connaître ses secrets sentimens ; on peut les de'clarer sans parler. Je crois que c'est un peu pour cela que les jeunes demoiselles ont un si grand penchant pour cet exercice et goûtent tant de plaisir au bal. Combien d'aveux faits et rendus en formant une chaîne ou une trenis! et maigre' leur active surveillance les mamans ne sauraient empêcher cela.
Mais le temps s'e'coule ; rapprochonsnous de ma danseuse.... Ah ! mon Dieu ! quel bruit !... quel vacarme !... quel bouleversement dans ce jardin! C'est une
bombe que l'on vient de tirer ; et tout le monde court vers le grand carré du milieu, en traînant ses chaises , ou en les portant sur son bras : « C'est le feu ! ... c'est le feu ! » répète-t-on de tous côtés. Ah! quel empressement! Ces gens-là n'ont donc jamais vu de leur vie un feu d'artifice î... Comme ils se poussent , se heurtent , se disputent II. I.
le passage î... quel tumulte !... Mais que sera devenue Caroline ! Je cours à la danse... l'enceinte est déserte!... tous ceux qui la remplissaient l'ont abandonnée pour le feu d'artifice... A la place où était assise ma jolie grisette , je ne vois que deux hommes qui se disputent une chaise qu'ils tirent chacun de leur côté, et dont ils finissent par emporter chacun la moitié' , ce qui leur sera d'une grande utilité.
Je joue de malheur avec mademoiselle Caroline! elle disparaît au moment où je crois me rapprocher d'elle. Cependant ne perdons pas encore tout espoir : elle est au feu d'artifice ; tâchons de l'y trouver.
Je me dirige vers le lieu où la foule s'est portée ; mais à l'aspect de cette cohue dont une moitié cache l'autre (car les uns sont grimpés sur leur chaise, et les autres s'accrochent aux hâtons ) , je sens qu'il y aurait folie à chercher quelqu'un là. Attendons la fin du feu ; ])eut-etre on retournera à la danse, et alors je la verrai. En attendant je me promène autour des spectateurs, et
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j'en vois presque autant que ceux qui sont montés sur des chaises. J'aperçois aussi plusieurs couples qui , au lieu de se diriger du côté de la foule s'en éloignent et vont s'éclipser dans de sombres bosquets : à coup sûr ces persoiines-là ne sont pas venues à Tivoli pour le feu d'artifice ; mais je suis sûr, malgré cela , qu'elles le désiraient avec impatience , et que le bouquet leur fera autant de plaisir qu'à tous ceux qui l'attendent le nez en l'air.
On représente une scène pyrotechnique :
c'est Ixion foudroyé par Jupiter , et j'entends un monsieur qui, tout en soutenant son épouse et en élevant en l'air sa petite fille, qui pousse un cri à chaque pétard, tandis que le petit frère s'est caché sous les chaises, explique la pantomime à sa famille, i: Qu'est-ce que c'est que ce grand ;> homme en manteau rouge qui est à che- » val sur un oiseau ? demande la petite. — )» C'est Jupiter, mon enfant; il est sur un :» oiseau de paradis. — Et cette verge qu'il •'» remue dans sa main? — C'est sa foudre
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;» pour frapper les hommes qui ne sont pas i> sages. — Ah! oui!... c'est comme le mar- !» tinet de ma maîtresse d'école. — Et quel :> est cet IxioQ, mon ami? demande l'ëî» pouse. — C'est, je^crois, un Romain.... )> Attends que je me rappelle... Ah! oui, )) c'est celui qui voulait conduire le char 5) de Jupiter... Tu vas voir, il sera fou- :» droyë... — Ah ! il sera foudroyé?... Qu'est- '» ce que cela veut dire , mon ami ? — Cela
> veut dire qu'on le jettera dans ce grand trou, qui est l'enfer, et une fois là !... - —
:> x\h ! oui, j'entends, il sera fou... fou- ;> droyë. C'est juste. — Ah ! là là, j'ai peur ! ... î' crie le petit garçon cache sous les chai- » ses. — Taisez-vous , Octave ; si vous rey> muez tant , vous nous ferez tomber. Je
> ne vous amènerai plus à Tivoli ; vous êtes :> trop poltron. Fi! un grand garçon de 3> neuf ans, qui joue toute la journée avec ;> mon bonnet de garde national , et qui n n'ose pas voir une fusëe !... )»
Dans ce moment un pëtard ëclate avec fracas , et Octave fait un saut qui renverse
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la chaise de sa maman ; celle-ci tombe en entraînant son e'poux , qui tombe avec sa fille, qui veut se retenir au pan de l'habit d'un monsieur , lequel habit e'tant très-mûr ne re'siste pas à la secousse ; le morceau reste dans la main de la petite fille , et le monsieur crie au voleur, croyant qu'on lui a de'robe' son mouchoir et ne trouvant même plus sa poche. Dans le même instant une de'tonation plus violente et plus prolonge'e retentit dans les airs ; mille feux brillent, se croisent, éclatent en serpentant, en éblouissant la vue , et répandent pour un moment un jour magique , une lumière extraordinaire dans les jardins qu'ils semblent vouloir embraser ; mais ce bruit , cet éclat, ce jour trompeur ne durent qu'un instant; quelques baguettes, des cartouches, des débris de bombes retombent seuls dans le jardin , et souvent sur les curieux, parmi lesquels ils mettent l'effroi et le désordre. Je vois une dame dont le chapeau est brûlé , une autre dont le schall est criblé de petits trous causés par les étincelles
d'un restant de fusée ; et je trouve que c'est payer un peu clier le plaisir de voir un feu d'artifice. Je m'éloigne fort content de n'avoir reçu aucune ëclaboussure de la scène pyrotechnique , mais très-surpris de n'avoir pas aperçu mon voisin Raymond dans quelque transparent; car l'ayant perdu de vue parmi les apprêts du feu, je m'attendais à le voir figurer dans le bouquet. Je retourne à la danse ; celle que j'ai invite'e n'y est pas. Il faut donc renoncer à l'espoir de retrouver Caroline ; je laisse s'e'loigner cette foule de bons bourgeois qui , dès que le feu est tire' , retournent de suite dans leurs foyers , contens d'avoir pris du plaisir pour toute la semaine. Je marche au hasard dans ces allées où les verres de couleur ne jettent plus qu'une lumière incertaine. Une clochette se fait entendre, et quoique les éclats de rire de quelques jeunes gens, les chuchotemens des dames et le bruit éloigné de la danse , m'ôtent toute illusion sur l'ermitage , je monte cependant vers la demeure du soi-disant
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sorcier , qui , au moyen d'une baguette , d'une grande barbe , d'un chapeau pointu, d'une robe grise et d'un cornet de trois pieds de long , se charge de dire la bonne aventure à vm prix très-mode'rë.
Les jeunes fillesont toujours eu beaucoup de penchant pour se faire dire la bonne aventure. Celles qui sont novices brûlent de savoir si un beau brun ou un petit blond leur apprendra bientôt quelque chose ; celles qui ne le sont plus , veulent connaître la fidélité de leur amant , tout en demandant si un autre est amoureux d'elles : les jolies savent bien qu'elles feront des conquêtes ; les laides se font illusion ; le désir donne à toutes des espérances , et chacun est content.
Je suis agréablement surpris en apercevant ma jeune fleuriste qui attend son tour pour se faire dire la bonne aventure. Je m'approche : elle me voit et rougit ; c'est bon signe. Mais sa tante, et le monsieur Jules sont auprès d'elle. Je ne pourrai lui parler une idée charmante s'ofïre à
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moi pendant que le devin achève son commerce avec la demoiselle qui accompagne Caroline ; je tire mes tablettes ( un garçon prévoyant en porte toujours ) ; je me retire près d'un lampion , et avec un crayon je griffonne une de'claration bien tendre , bien passionne'e , qui n'a pas le sens commun, mais qui, j'en suis sûr, flattera la petite.
Je me raproche des curieux et particulièrement du devin. Caroline vient de remplacer son amie; de'jà le cornet magique est applique' à son oreille : je tire la robe du sorcier; je lui montre mon billet, sur lequel j'ai mis une pièce de cent sous; il tend la main et s'en saisit ; ces gens-là comprennent facilement ce qu'on veut dire.
Tout cela s'est fait sans que les curieux aient rien aperçu. On dit à mademoiselle Caroline mille choses, fort jolies sans doute, car elle rit comme une folle : quelquefois elle paraît toublee , surprise ; elle me jette un regard à la derobe'e. Je gage que le
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sorcier lui parle de moi ; cet homme-là connaît sou me'tier 5 je le recommande aux dames.
Le devin prend enfin la main de la jeune fille , et lui remet son horoscope , tout en lui glissant mon billet, et en lui recommandant de ne lire cela que le soir avant de se coucher. Je crois que mademoiselle Caroline a compris , car elle fourre le papier dans son estomac avant d'aller rejoindre sa tante.
Je la vois enfin s'e'loigner avec tout son monde , et je ne la suis pas. J'ai dans l'ide'e que mon ermite me dira tout ce que je veux savoir , car il a parlé bas à la petite , et elle lui a souvent répondu par le moyen du cornet.
Mon homme vient à moi et me fait passer un moment dans son ermitage, où, sans attendre que je l'interroge , il entre de suite en matière ; u Elle se nomme Caro- « line. — Je le sais. — Elle est fleuriste. — )) Je le sais encore. — Elle a dix-huit ans. :» — Je le crois. — Elle n'a point d'amant.
)) — Je l'espërais. — Elle veut rester sage. » — J'en doute. — Elle vous a remarque'. » — Je le conçois. — Vous lui plairez. — 5) Je le de'sire. — Elle travaille rue Sainte- » Appoline depuis huit heures du matin » jusqu'à huit heures du soir. — Je n'en » veux pas savoir davantage. ;>
Je récompense le pre'cieux devin et redescends dans les jardins qui cooimencent à être déserts. Je prends le chemin de la sortie , enchanté de savoir enfin où je pourrai retrouver mademoiselle Carohne.
En passant devant la houtique à silhouettes , il me semhle entendre une voix qui ne m'est- pas étrangère. Je m'arrête,... on se dispute dans le petit cahinet de papier huilé, et je reconnais la voix de mon voisin Raymond. Que diahle fait -il là?... écoutons : c'est le faiseur de silhouettes qui parle dans ce moment.
<• Monsieur, il est onze heures et demie; » tout le monde est parti, il faut que je 3> détale aussi.... — Encore une silhouette, » mon ami , et je m'en vais. — Monsieur ,
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5» voilà plus de deux heures que vous êtes î» dans mon cabinet. Je vous ai de'jà de'- -.) coupe' dix-sept fois,... — Eh bien! cela 1» fera dix-huit. Oh ! je ne suis pas embar- )) rasse' de mou portrait ; je trouverai à le » placer de reste!.... on me le demande )• partout.... — Monsieur , je vous dis qu'il
» faut que je ferme ma boutique —
î» Fermez-la si vous voulez, je reste dedans ; î) je ne veux pas encore sortir.... — Vous H sortirez, monsieur.... — Encore une sil- » houette.... — Non, monsieur , cela ne se 3» peut pas. 3)
Ici je ne puis retenir un éclat de rire que m'inspire la re'solution de Raymond , qui , de crainte d'être arrête' pour toutes les sottises qu'il a faites dans la soirée , est aile' se cacher dans le cabinet aux silhouettes , dont il ne veut pas à toute force de'guerpir.
Mais ma voix a porté le trouble dans l'ame de mon voisin. » Tenez , dit-il à son peintre
)» en ciseaux, entendez-vous? Il y a du
» monde près de nous, et vous me disiez « que le jardin e'tait de'sert. — Monsieur,
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!. payez-moi , et allez-vous-en, ou je vais » aller clierclier l'adjudant pour qu'il vous » mette dehors. ;>
La menace de l'adjudant fait frémir Raymond. Il sent qu'il faut quitter le cabinet protecteur ; mais avant de se risquer dans le jardin , il passe sa tête en dehors 'de la porte , afin de voir si personne ne le guette.
La première personne qu'il aperçoit est votre serviteur , qui , à l'aspect de la figure pâle et décompose'e de mon voisin , sens redoubler mon envie de rire. Raymond , en me voyant, ne sait s'il doit se recacher encore ; mais il prend son parti , et bien certain que je n'abuserai point de sa situation malheureuse, il s'accroche à moi comme à l'ancre de salut.
<- Mon cher M. Dorsan. . . que je suis aîse
:) de vous rencontrer! si vous saviez ce
;► qui m'est arrive ce soir dans ce maudit » jardin ! — Oh! je le sais !... Cela a fait assez :> de bruit. — Ah ! mon dieu ! est-ce qu'on ■) a l'intention de m'arreter?... — Mais cela
n serait possible. L'hoDime que vous avez :> blesse' est très-mal; les jeunes gens dont î> vous avez gâte' les habits, se sont rassem- )• ble's à la porte de sortie ; les de'gâts que >» vous avez commis dans le jardin sont con-
)» sidërables, et — Ah! malheureux... »
Et Raymond rentre dans le cabinet aux silhouettes, maigre le proprie'taire qui le prend par son habit pour le mettre dehors. « Sauvez-moi, mon voisin , je n'ai d'es- > poir qu'en vous. — Allons, j'y consens, 1' quoique cette nuit vous m'ayez joue' un )» tour bien perfide!... — Ah! je vous jure...
» je vous assure c'est le hasard... Je dé-
)) mentirai tout ce que j'ai dit , si cela peut
1) vous faire plaisir... Je dirai que la jeune
3> fille a couche avec moi... — Non pas, s'il
)> vous plaît , M. Raymond ; gardez-vous
)) bien de jamais parler d'elle ; mais com-
» mencez par sortir de cette boutique de
) de'coupures , et suivez-moi. — Je vous suis ,
■-) mon cher voisin... Donnez-moi mes por-
» traits... Combien ces silhouettes? — Dix-
'^ sept à quarante sous , çà fait juste trente-
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:> quatre francs , monsieur. — Diable, c'est )) un peu cher. — C'est le prix.
:> — Allons, dis-je à Raymond, dont la » figure piteuse ne valait pas alors trente- 5) quatre francs , vous aurez là de quoi faire î) des heureuses : c'est un petit dédomma- » gement. ;>
Raymond s'exécute. Il paie en soupirant et s'empare de mon bras , en me suppliant de le protéger.
« Je ne demande pas mieux , lui dis-je ; )» mais vous sentez bien que je ne puis pas, s seul , tenir tête à une cinquantaine de » jeunes gens qui vous attendent à la porte » et paraissent de'cide's à vous faire un mau- )> vais parti. — Oui... oui . je le sens ; je ne 5> puis cependant pas passer la nuit ici... et » sans chapeau, je m'enrhumerais, et je n dois demain chanter l'air de Jocoude dans » une soire'e d'amateurs. — Cest fort emî» barrassant. Voulez-vous risquer de passer )> par la porte?... — Non certes... Ces jeunes
» gens quand ils ont la tête monte'e ils
n sont très-brutals... — Alors je ne vois plus
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7> qu'un moyen, c'est d'escalader les murs... i« — Mais si Ton me prend pour un voleur?. . .
î» — Né craignez rien ; j'ai mon projet
î» Venez. »
Nous prenons les chemins les plus sombres. Raymond me suit en tremblant; je le mène contre les murs de la rue de Clichy ; je le fais s'asseoir à terre derrière une charmille.
« Restez-là ; je vais sortir et revenir me 1» placer dans la rue de Clichy contre cette 1) muraille. J'attendrai le moment favorable î» où vous pourrez descendre sans danger. )) Alors je vous donnerai le signal. — Quel n signal? — Deux coups dans la main. — » C'est entendu... ce mur est un peu haut... )> mais enfin plutôt que d'être assommé... » il n'y a pas à balancer. — Adieu ! de la )> patience ; ne faites pas de bruit, ne bougez » pas et attendez bien le signal... — Oh! je )) n'ai garde d'y manquer... Vous ne pourî> riez pas me prêter votre chapeau? — i> Impossible, je chante demain un duo. — :> Alors je vais mettre mon mouchoir sur
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;> ma tète. — Vous ferez fort bien. — Ah ! si )) on vous questionne à la porte , vous direz 3) que je suis parti. — Gela va sans dire. —
;» jNe me laissez pas trop long-temps! —
n Tant que je verrai rôder du monde , vous u sentez que je ne vous engagerai pas à vous » montrer. — Mon cher Dorsan !... que d'o- )> Lligations !... — Adieu, je vais veiller sur 5) vousi... n
Je m'e'loigne en riant de la position et de la poltronnerie de Raymond. Je sors enfin du jardin; il e'tait temps, on allait fermer les portes ; je donne en passant un coup d'œil à la rue de Cilchy , où mon voisin me croit en sentinelle pour sa sûreté', et je regagne ma demeure, laissant le cher Raymond attendre le signal.
Sa conduite de la veille méritait bien cette petite vengeance ; d'ailleurs les plus promptes sont toujours les meilleures.
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