CHAPITRE II
Au clair de la lune.
Je continue mon chemin en me félicitant de ma petite espie'glerie , et riant de la peur de Raymond et de la figure qu'il doit faire en m'attendant. Mais bientôt ma pense'e se reporte vers un objet plus agre'able : je pense à la charmante Caroline. Elle a lu mon billet ; je n'en saurais douter , et demain j'irai à son magasin et saurai bientôt ce que je puis espe'rer. Voilà sans doute un projet qui n'est pas très-moral!... Je cherche à séduire une jeune fille pour satisfaire un caprice qui ne durera qu'un moment ; que voulez-vous ?.. . J'ai de grands défauts : je crois que les garçons sont au
monde pour faire la cour aux filles. C'est à celles qui \eulent rester sages à faire comme Nicette, à ne point se laisser séduire.
Tout en rêvant, me voilà chez moi. Le chemin m'a paru court. Il est vrai que le temps est superbe , la lune est au moins aussi belle qu'hier; mais ce n'est point du firmament que je m'occupe ce soir. Je vais frapper... lorsqu'une personne, qui e'tait assise sur le banc de pierre près de la porte-cochère, se lève vivement et vient à moi.
« Ah! vous voilà , monsieur Dorsan... je •A VOUS attendais... ^
Je reconnais ma petite bouquetière , que la vue de mademoiselle Caroline avait presque bannie de mon souvenir... Elle ne m'a pas oublié... Elle m'attendait dans la rue !.. et il est près de minuit.
«! Depuis quand êtes vous là , Nicette? — ). Depuis neuf heures, monsieur. — Etpour- 1» quoi m'attendre si long-temps ? — Ah ! » monsieur.... pardon ; mais je n'pouvais
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!» pas y tenir , je voulais vous remercier M encore... et vous dire l'emploi que j'ai fait » de mon argent. - — Ma chère amie, cela 3» n'était pas ne'cessaire; je suis bien sûr que » vous vous conduirez bien. — Monsieur, » est-ce que cela vous fâche que je vous aie 5) attendu?... Je vais m'en aller... )>
Je devine au son de sa voix qu'elle est prête à pleurer. Lui aurais-je parle durement? Elle va s'éloigner le cœur gros... je lui prends la main , je l'arrête... elle pousse un profond soupir... Pauvre Nicette !... serait-ce pour moi?.. Si cela est je la plains. Je ne me'rite vraiment pas d'être aime' par une ame sensible et constante, et pourtant je veux que l'on m'adore et que l'on me soit fidèle : arrangez cela, si vous pouvez.
<: Voyons , ma chère Nicette, contez-moi » tout ce que vous avez fait depuis hier?... 5» — Cela ne vous ennuiera donc pas, nion- 5> sieur? — Non , sans doute ; est-ce que je » ne m'intéresse pas à tout ce qui vous reî» garde? — x\h ! monsieur!... si vous!., ui'y » v'Ià, monsieur : d'abord je suis allée chez
» ma mère... parce qu'enfin... c'est ma » mère . el quoiqu'elle m'ait mise à la porte » j'iui dois toujours du respect. — C'est 5) juste , vousavezfort bienfait. Et comment 5) \ous a reçue madame Jérôme? — Très-mal. 51 monsieur!... Oh! très-mal!... Elle ne m'a 5» pas seulement demande où j'avais passe' la n nuit I... Cependant elle m'a encore pro- )) pose' d'e'pouser Beauvisage , et qu'alors 3> elle me pardonnerait ce qu'elle appelle M mes caravanes... Est-ce que j'ai fait des )» caravanes avec vous, monsieur? — Non , 3) certainement ; et après? — Oh! dam , j'ai » refuse', parce que pour ce qui est du ma- 3> riage , j'aid'la tête aussi... Alors... elle m'a î> encore battue ; et cette fois vous n'étiez )» pas là pour l'empêcher !... ;>
Je ne puis m'empécher de sourire de la naïveté de ÎSicette , qui me rappelle le soufflet que j'ai reçu pour elle; mais je souffre de la dureté de madame Jérôme : mettre sa fille à la porte, la frapper, la laisser sans ressources , dans l'âge où les plus faciles , et souvent les seules, sont dans
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le libertinage ! . .. Ah ! il y a des mères indignes de ce nom !
(c — Enfin , Nicelte? — Enfin, monsieur,
» j'ai fait mon paquet et je suis sortie delà
)i maison sans avoir vu ma sœur, qui n'aura
» pas ose' se montrer devant moi. Je me suis
« dit : ne nous chagrinons pas ; je n'ai rien
» à me reprocher. Je refuse le charcuitier,
1» c'est vrai f mais quand il s'agit du reste
» de sa vie on peut bien faire sa volonté.
» Je me suis donc ëloigne'e avec mon petit
5» paquet ; je ne sais pas comment cela s'est
» fait, mais tout en marchant... je me suis
» trouve'e dans vot'rue... Je cherchais un
» petit cabinet... j'en ai loue' un là bas... tout
» près , dans la rue Saint-Honore' , contre
5» le boulevard. J'ai acheté' un lit et une
î> chaise , c'est tout ce qu'il me faut. Demain
)» j'aurai une table pour mes bouquets;
2) quant aux fleurs, je sais où m'en procu-
» rer. Je m'e'tablirai là... sur le boulevard...
» au coin delà rue... au moins lorsque vous
» voudrez des bouquets , monsieur , jeserai
5» tout près de chez vous... et il vous sera