‹ Mon voisin Raymond (volume 2)Chapitre 13 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

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)> ben facile de me le faire savoir... Ai-je )> bien fait, monsieui'? )>

Kicette avait fini de parler, je l'e'coutais encore. J'étais touche' de sou attachement; elle avait voulu se rapprocher de moi , je le devinais ; et la manière dont elle me le disait avait quelque chose de si naïf, de si simple , qu'il semblait qu'en agissant ainsi elle n'avait fait que sou devoir.

«c Vous ne me dites rien , monsieur ; est- » ce que vousêtes fâche' que j'aie quitte' mon î> quartier pour venir... dans celui-ci?... )> Ah! si c'est cela, dès demain je cherche- )> rai une autre chambre... je m'en irai bien » loin... bien loin... Vous ne me verrez ja- » mais sur votre chemin !... — Que dites- 5) vous ? moi , fâché de ce que vous êtes près ;) de moi ; c'est très-mal de me dire cela , )) Nicette , j'avais cru vous prouver tout » l'intérêt que je prends à vous. — Ah! )> pardon, monsieur Dorsan, pardon... c'est » que j'aurais dû peut-être vous demander î) la permission . . . Vous êtes mon protecteur. » — Taisez-vous . vous êtes une enfant. Je

3) suis bien aise que vous logiez dans ce quar- 3> lier. Je vous verrai souvent et toujours » avec plaisir. — Ah! monsieur, et moi 5» aussi. Cependant je ne prendrai plus la 3) liberté' de vous attendre à votre porte. Je 3» n'ai fait cela aujourd'hui que pour vous 3> rendre compte de ma conduite , et afin 3» que vous sachiez où je suis maintenant. 3) — Ne vous en excusez pas , ma chère )• amie... j'aime tant à vous voir... Ah ! Ni- 3» cette , quelle nuit cruelle et charmante )) j'ai passée près de vous ! — Oh! je ne l'oui> blierai de ma vie. — Je sens que je n'au- 3> rais pas deux fois le même courage. — ;> Ne parlons plus de cela, monsieurDorsan. 3» Je vais rentrer , il est bien tard et je vous 3) empêche toujours de dormir... Il est vrai •> que c'est la dernière fois que cela m'arri- 3) vera. — Chère Nicette ! vos attraits pi- 3> quans , vos grâces , votre aimable fran- 3> chise m'accompagneront toujours dans ;> cette chambre... où je voudrais vous voir 3» encore. — Ah! monsieurDorsan! ne dites 3> pas cela, je vous en prie... Je suis trop

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A loin de vous... une bouquetière. — Ah ! j» Nicette... si vous vouliez cependant... — j> Adieu , monsieur Dorsan, adieu. ;>

Elle me dit adieu , mais elle ne s'en va pas. Je tiens une de ses mains ; elle me repousse et me serre en même temps. Mes yeux sont fixes sur les siens ; nous ne disons plus rien... mais si ma porte-coclière était ouverte... ah ! je crois que Zsicette me suivrait encore.

Des cris subits nous tirent de cette douce situation. Un homme accourt en criant au voleur. Nicette se de'gage ; elle m'adresse un adieu bien tendre et se sauve ; je veux la retenir... elle est déjà loin.

Je frappe à ma porte , je vais entrer... riiomme qui courait tout seul et que j'ai pris pour un ivrogne, se jette en même temps que moi dans la porte-cochère, et va rouler dans la cour en s'e'criant : « Enfin, ;> je suis sauvé! ;>

J'ai reconnu la voix de Raymond ; je suis curieux de savoir la fin de ses aventures. La portière , qui a entendu du tapage , arrive

avec de la lumière , et nous voyons Raymond , dont le pantalon est déchire' depuis la ceinture jusqu'au genou , et qui , haletant de fatigue, est e'tendu dans la cour où il cherche à reprendre sa respiration.

« Ah ! mon Dieu , s'e'crie madame Du- » pont, que vous est-il arrive', M. Raymond? )) vous voilà dans un triste e'tat ! — Com- » ment , c'est vous ! lui dis-je à mon tour; î» et pourquoi avez-vous quitte' Tivoli sans )> attendre mon signal ? — Oui !... il me pa- )> raît que je l'aurais attendu long-temps , )) votre signal ! — Vous êtes trop impatient. » — J'étais depuis une heure dans un coin, )» lorsque j'ai aperçu des gens qui faisaient î> une ronde ; ma foi ! la peur m'a pris , et » je me suis de'cidé à escalader. Mais dans n la précipitation que j'ai mise à grimper )• au mur , je me suis accroché à des verres )» brisés , ma culotte s'est déchirée , je me 5» suis blessé l'épine dorsale ; et , dans la rue » du Mont-Blanc, des ivrognes m'ont in- ;> suite ; je croyais même qu'il voulaient me » voler; je me suis sauvé en appelant du II. 3.

» secours, et, Dieu merci ! me voilà au port ; » mais je me souviendrai de Tivoli !...

:> — Monsieur , dit madame Dupont ; il 3) faudra bassiner votre dos avec de l'eau de ;• boule... — Oui, c'est ce que je ferai demain 5» matin... — Au moins, dis-je , avez-vous :> conserve vos silhouettes? — Je crois que n j'en ai perdu quelques-unes en descendant > du mur. — Diable! tant pis ; cela déposera 5) contre vous , et avec votre profil il sera » facile de vous retrouver. Je vous engage n à mettre un faux nez et à porter des besi- )) des pendant quinze jours, y-

Mon voisin qui vit bien que je me moquais de lui , prit sa chandelle et remonta clopin dopant sans m'adresser la parole. Lorsque nous fûmes sur notre carré je le saluai en souriant , et rentrai seul dans ma chambre où je dormis assez paisiblement : les nuits se suivent et ne se ressemblent pas. C'est ce que disent toutes les femmes quinze jours après leur mariage.

F.AYMOD. 31

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