‹ Mon voisin Raymond (volume 2)Chapitre 14 sur 26 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les contrariétés.

Le souvenir de mes deux jeunes filles est ma première pense'e à mon re'veil. Je ne puis pas dire laquelle de iNicette ou de Caroline se pre'sente d'abord à mon imagination ; j e sais qu'elles me plaisent toutes deux ; mais Nicette est honnête, elle veut rester sage , j'ai jusqu'à pre'sent bien agi avec elle 5 tâchons de ne point gâter ce que j'ai fait. Xe soyons que son ami, ne fût-ce que pour connaître avec une femme un nouveau sentiment.

Pour mademoiselle Caroline, je la juge différemment; je ne la crois pas novice; son petit air innocent avec M. Jules ne

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m'en impose point, elle cherche à trouver un mari ; mais elle n'aime pas ce pauvre garçon ; si elle l'aimait , aurait-elle écouté en souriant toutes les fadaises que je lui ai débitées ; si elle l'aimait , aurait-elle dansé

avec d'autres? Mademoiselle Caroline

est très-coquette , et , je crois , passablement rusée. Cependant elle m'a assez mal reçu dans la rue, lorsque je l'ai suivie; il est vrai qu'elle était de mauvaise humeur parce que j'avais froissé sa parure du lendemain , ce qui était alors bien plus intéressant qu'une conquête , puisque cela devait lui en procurer mille. Mais je saurai bientôt à quoi m'en tenir.

A midi , je me rends dans le magasin que mon sorcier m'a indiqué. Il ne m'a pas trompé : au milieu de plusieurs minois chiffonnés, j'aperçois ma charmante danseuse.

Toutes ces demoiselles baissent les yeux à l'aspect d'un jeune homme. Mais toutes m'examinent en dessous. Caroline m'a reconnu ; je le vois à un certain embarras, à Tenvie qu'elle a de me regarder et à l'assi-

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diiité qu'elle met à sou ouvrage , afin de mieux cacher son trouble.

Il faut bien que je sois venu dans le magasin pour quelque chose : je demande des bouquets, des guirlandes, des garnitures. On me montre de tout cela ; mais c'est un monsieur qui a la complaisance d'étaler à mes yeux toute la fraîcheur de sa boutique, et les demoiselles ne bougent pas de leur place.

Cela ne fait pas mon compte ; je vois cependant qu'il faut en finir. J'achète pour cinquante francs de fleurs artificielles que je paie de suite, et je laisse mon adresse, en priant que l'on m'envoie cela dans la journée, parce que je pars le lendemain pour la campagne. On me le promet. Je m'éloigne; Caroline doit me comprendre ; mais viendra-t-elle? voilà ce que j'ignore.

Je rentre chez moi , je préviens ma portière que j'attends des emplettes que je viens de faire, et que la porteuse doit monter à ma chambre. Je suis dans mon appartement, où je m'impatiente comme

tous les jeunes gens à un premier rendezvous : comme toutes les jeunes filles que leurs manans retiennent au logis, lors- (ju'elles Lrùlent de sortir.

L ne heure se passe , personne ne vient... Une autre va s'e'couler ; je suis près de retourner au magasin lorsqu'on sonne à

ma porte; en un saut j'y suis, j'ouvre

c'est M. Raymond qui paraît devant moi , charge' d'un e'norme carton.

« Que me voulez-vous , M. Raymond?...

;> — Mon voisin , je vous souhaite le hon- ')» jour. — Je vous salue ; mais , de grâce, -> (|ui vous amène chez moi? — levais vous « l'expliquer... Permettez que j'entre pour ;> déposer ce carton... »

Et sans attendre ma réponse , il entre dans mon antichambre et s'assied sur une chaise. Je reste debout devant lui , espe'rant que cela le fera partir plus tôt.

't Pardon , si je me mets à mon aise ; mais '» le dos me fait encore très-mal... ce mur î> était diablement haut. — Que me voulezî> vous, je vous en supplie! parlez; je suis

» Irès-pressé. — M'y voilà : d'abord, je vou- 3) lais faire ma paix avec vous , parce qu'eni> tre voisins on ne doit pas se fâcher... — 3) Eh mon dieu! je ne le suis nullement; )> si vous ne l'êtes pas, j'en suis bien aise ;

î) voilà qui est fini — Je cherchais une

» occasion de venir vous parler ; elle s'est )> pre'sentee , je l'ai saisie ; on vient de son- » ner tout à l'heure à ma porte , en vous )) demandant... — Quoi!... tout à l'heure...

)» et qui? — Une jeune fille assez jolie

)) même... mais pas tant que celle d'hier!... » — Une jeune fille!... et que voulait-elle?... )♦ achevez donc ! — Elle vous apportait ce 5) carton ; et n'avait rien d'autre à vous î» dire... — Eh bien... où est-elle?... qu'avez- » vous dit?... — Je me suis chargé du carî> ton , en disant que vous étiez sorti , afin )» d'avoir le plaisir de vous le remettre moi- )> même et de faire ma paix avec vous. — )» Oh! mon dieu !... est-il possible!... Quoi! 1» il faudra que vous vous mêliez toujours 0) des affaires des autres !.. et cela pour me » faire damner... je gage que c'était elle!.... »

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J'ouvre le carton pendant que Raymond me regarde avec surprise , ne sachant plus quelle contenance tenir en voyant la colère briller dans mes yeux , lorsqu'il s'attendait à recevoir des remercî mens. Je trouve toutes les fleurs que j'ai acliete'es , et dans ma fureur je donne un coup de pied dans le carton. Les bouquets, les garnitures volent en l'air, et une guirlande à la jardinière retombe sur le front de Raymond , qui n'ose pas se de'coifîer parce que mon accès de colère l'a pe'trifie'.

Après avoir bien tempête , bien froisse et mutile mes fleurs, je me jette dans un fauteuil et ma vue se porte sur mon voisin ; alors ma colère se passe ; il m'est impossible de garder mon sérieux en voyant Raymond couronne' et roulant des yeux effare's autour de lui. Je pars d'un e'clat de rire, cela le rassure ; et il rit aussi , pourm'imiter ; mais de cette manière forcée qui ressemble à une grimace , et non de ce rire inextinguible que les dieux font éclater lorsque Vulcain leur verse à boire.

Le lecteur ne s'attendait guère A voir Vulcain dans celte affaire.

» Eli bien , dit enfin M. Raymond en » tâchant de sourire encore, il me paraît « que votre colère est passe'e. — Il faut bien « prendre son parti. — Est-ce que vous » n'êtes pas content des marchandises qu'on 5> vous envoie? — Il s'agit bien de marchan- 0» dises , M. Raymond ! vous me forcerez à 5» de'me'nager... — Moi, mon voisin!... Eh! » pourquoi donc cela? — Parce que vous )» semblez être place à côte' de moi pour )> contrecarrer tous mes desseins, pour me 2» faire donner au diable!... — Je ne com-

» prends pas — Pourquoi, lorsque l'on

» sonne chez vous , en se trompant , ne )> renvoyez-vous paslespersonnes chez moi? 3» Pourquoi dites -vous que je n'y suis pns 5) quand j'y suis? Pourquoi vous chargez- )> vous de ce carton, lorsque j'ai besoin de 5) parler à celle qui l'apportait? — Mon cher » voisin... Je suis de'solé... j'ignorais... — Je » vous en prie en grâce, M. Raymond , ne

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