CHAPITRE III
La Louquetitre.
<c Ah! monsieur!... sauvez-moi... con- » duisez-moi... prote'gez-moi contre ce vilain ;» Beauvisage , qui a dit comm'çà qu'il m'en- » lèverait à la barbe d'un chacun ; enten- » dez-vous comme il rosse Cadet Finemou- » che , qu'est pourtant z'un malin : ma ;» sœur n'a point z'ëté bête ; elle a file drès )» que les coups de poing ont roule; elle m'a ■■> laisse'e là pour avoir tout sus le dos et va 3' peut-être faire à ma mère des rapports » incendiaires!... J'n'avons que vous pour 31 appui , monsieur , ou ben j'sommes une !) fille perdue. ;>
Pendant que celle qui m'arrête débite
son chapelet , ne s'interrompant que pour essuyer , avec le revers de sa main , les larmes qui coulent de ses yeux, je considère ma nouvelle rencontre et tâche , à la lueur d'un triste re'verbère , de distinguer ses traits.
Le langage et la mise m'apprennent bien vite à qui j'ai affaire : un de'shabille' rouge, attache' avec une ceinture de velours noir, un bonnet rond à grands bords de dentelle , un fichu de couleur , noue par devant , et sur lequel se balance une grande croix à la Jeannette ; cette fois je ne puis craindre de me tromper, je vois clairement que j'ai devant moi une marchande à ëventaire, ou dont la boutique est (établie près des charniers des Innocens.
Voyons au moins si elle est jolie... mais oui , très-bien vraiment : ses yeux , quoique pleins de larmes, ont une expression de candeur qui la rend tout-à-fait inte'ressante ; sa petite moue , son air chagrin sont parfois tempères par un sourire , qui s'adresse à moi, et ce sourire, qu'une coquette 1. 3
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ne saurait rendre aussi agre'able , me montre deux range'es de dents bien blanches, que l'e'mail, le corail et toutes les poudres du parfumeur n'ont pas encore gâte'es.
Cependant, maigre' la gentillesse de ma nouvelle connaissance, j'he'site beaucoup à garder son bras, qui entoure le mien. A coup sûr, avec d'aussi jolis traits, on ne doit vendre ni poisson, ni viande; c'est une bouquetière , j'en répondrais; mais je ne ferai pas ma maîtresse d'une bouquetière ; on pourrait tout au plus, si l'occasion se présentait , se permettre un caprice , une fantaisie... mais je ne suis pas en bonheur ce soir , je ne veux plus rien tenter. De'barrassons-nous de cette jeune fille.
Je dégage , le plus doucement possible, le bras qui est passe' sous le mien; je prends un air bien froid , et dis à la demoiselle : <f Je suis bien fâche' de ne pouvoir vous » être agre'able , mais je ne vous connais î) pas. Les querelles de M. Beauvisage avec )» Cadet Finemouche ne sont pas de ma » compétence. Votre sœur s'est sauvée,
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j» faites de même. Que votre mère en pense )» ce qu'elle voudra , cela m'est égal. Il est 5> plus de minuit; voilà assez lpDg--temps )) que je cours les rues, et je veux aller me 5» coucher.
:> — Comment, monsieur!.... yous me » refusez!... vous allez me laisser là!... Ne )• pas vouloir se déranger de son chemin î) pour rendre service à une pauvre fille » qu'est dans la douleur à cause d'un acci- » dent qui peut arriver à tout le monde. » J'vous répète que ma mère est capable >» de ne pas m'ouvrir , si je reviens sans >» un répondant qui puisse affirmer que 5> j'suis innocente. — Et vous voulez que !> j'affirme cela, moi? — Pardine , est-ce :. que çà vous écorchera la bouche?.... M d'ailleurs vous êtes un beau monsieur ; )) un queuqz'un du grand monde : ail' n'o- :> sera pas s'mettre en colère devant vous , et >» aile m'écoutera. Mais si je reviens seule... 5» queu train!... Ah dieu! dieu! ai-je du « guignon!... je n'voulais pas y aller à ce 5» Grand Salon!... j'avais une doutance de î» tout cà. )>
Et là-dessus les larmes , les gëmissemens de recommencer : les tre'pignemens s'en mêlent : oîl va peut-être s'arracher les cheveux... cesserait dommage; ils accompagnent hien cette petite figure si naïve , si franche.
Je n'ai pas un cœur de roche; je me sens e'mu par le de'sespoir de cette jeune fille, et je me dis : si , au lieu d'un de'shabillé , elle avait une robe de soie ou même deme'rinos; si, à la place de ce bonnet rond , e'tait un petit chapeau ; si , au lieu de cette croix à la Jeannette , pendait un joli charivari , il y a long-temps que je me serais empressé d'offrir mes services à cette pauvre petite. Je ferais le galant, l'aimable; je me mettrais en quatre pour être écoute', et je regarderais comme une faveur la permission de lui donner le bras ; et maintenant ce costume me rendrait cruel , insensible. . . je refuserais de rendre un léger service... que l'on implore les larmes aux yeux... Ah! ce serait mal, très-mal. J'ai suivi une grisette et une grande dame ,
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qui peut-être ne valaient pas cette pauvre fille; j'ai passé ma soire'e à des niaiseries, je puis bien donner une heure à une bonne action ; c'est décide, je vais reconduire la bouquetière.
Vous voyez, lecteur, que j'ai du bon quelquefois; il est vrai que la jeune fille me plaît beaucoup. Toutes les femmes vous plaisent , allez-vous dire. Oui , lecteur , toutes celles qui sont jolies , et je gage bien que vous êtes de même.
Je m'approche de ma belle fugitive. Elle s'était assise contre une borne, tenant un coin de son tablier sur ses yeux. Elle sanglottait.
«c Mademoiselle... — Mon... monsieur.
^) — Comment vous appelez-vous ? — Ni... 3> i...icette... monsieur... — Eh bien! ma j> petite Nicette , consolez-vous , ne pleurez » plus , et reprenez mon bras ; je vais vous )t conduire chez votre mère. — ■ En... en )> vérité... ï>
Elle fait un saut de joie; je crois même fju'elle va Jii 'embrasser... mais elle se con- I. 3.
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teote de prendre mon bras , le serre bien fort contre le sien et me dit : <; Ah î j'e'tais sûre que vous n'e'tiez pas capable de me
> laisser dans l'embarras !.. J'suis une honnête fille, allez, monsieur; tout l'quartier vous dira que jNicette a la re'putation claire comme de l'eau de roche. Mais ma mère est si me'chante !.. et puis ma sœur qui est jalouse , parce qu'elle pre'tend
> que je fais des yeux de sirène à Finemou-
> che... — Vous me conterez tout cela eu » chemin. Où allons-nous? — Ah ! dame!..
> il y a un peu d'chemin... J'ëtale à la • Croix -Rouge . et je demeure rue Sainte-
> Marguerite , où ma mère est fruitière. ;• Du faubourg Montmartre à la Croix- Rouge!... c'est pour eu mourir!... Si du moins je rencontrais un fiacre... Je crois que je remonterais même dans le cabriolet de François , quitte à voir Bëlotte prendre le mors aux dents mais il ne passe aucune voiture. 11 faut prendre bravement son parti, je tiens Nicette sous le bras, je la fais marcher au pas redouble.
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«c Vous êtes marcliande , Nicette , et que -.» vendez-vous? — Des bouquets, monsieur, » et qui sont toujours frais, je m'en vante. :>
C'est une Louquetière : j'en étais sûr. Cela me redonne un peu de courage , et fait disparaître à mes yeux la longueur du chemin. Je n'aurais pas été flatte de servir de cavalier à une harengère , et cependant lorsqu'il s'agit de rendre service , doit-on s'arrêter à toutes ces misères?... Que voulez-vous ? ce diable d'amour-propre se fait toujours sentir... D'ailleurs je ne vaux pas mieux qu'un autre... je vaux peut-être moins : vous en jugerez.
«t Ali! vous vendez des bouquets... — )» Oui, monsieur, et quand vous en vou- 51 drez de beaux, venez me voir, j'en aurai )» toujours à votre service , la nuit comme )• le jour. — Je vous remercie ; mais com- » ment se fait-il que , demeurant faubourg 3» Saint-Germain, vous alliez danser près de 1» la barrière Montmartre? il me semble •• que vous pourriez trouver des bals dans :> voire quartier? — J'vas vous expliquer
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5» çà. Ma sœur Fanclion a un amoureux, 3) Finemouche, garçon brasseur, un bel )» homme , un brun , dont toutes les filles 3) du quartier raffolent. Ma mère , qui dit )i que c'est un coureur, ne veut pas que )» Fanchon 1 écoute; mais Fanchon en tient, î) et elle tâche, par-ci , par-là, de se trouver :> avec Finemouche, à condition qu'i n'iui !) fera la cour que pour le bon motif. C'matin )» elle a consenti à venir promener à la brune 3» à Montmartre , sentimentalement , pour 3) boire du lait. Mais il a ben fallu qu'ail' 3) m'emmène ; ma mère ne l'aurait pas lais- 3> se'e sortir seule. Nous avons pris le pre'- 3» texte d'une tante qui vend des oranges 3) sur le boulevard; c'e'tait une frime de 3) Fanchon. Je n'ia suivais qu'à contre cœur, 3» d'autant plus que Finemouche me lance 3» ben aussi queuques z'œillades auxquelles 3) je ne corresponds pas... foi d'honnête 3> fille. Arrive's à Montmartre, nous avons 3) trouve l'brasseur qui nous a fait la galan- 3» terie d'un Ane à chacune. Enfin, après 3) deux heures de cavalcade, j'ai dit : faut
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« tourner les talons vers le toit maternel. 1» Mais Finemouche a dit : reposons-nous ;• un quart d'heure au Grand Salon , le 1) temps de manger une salade et de pincer i> une walse. Moi je n'voulais point z'accep- :• ter ; mais ma sœur aime la walse et la n salade , il a bien fallu ce'der.
)» Nous v'ià donc au Grand Salon. Fan- )» chon danse avec Finemouche : jusque-là :» il n'y avait aucun mal. Mais v'ià-t-il pas )» que l'hasard fait arriver là Beauvisage , » garçon charcuitier de not' rue. C'est )» encore un cadet qui en conte à toutes les :• jeunesses, et qui s'avise d'avoir une pas- ;. sion pour moi. — Il me paraît , Nicette, 3) que vous ne manquez pas d'adorateurs ! » — J'en aid'reste, c'n'est pas ma faute; Dieu » sait que je les reçois toujours à poings ;> fermes... mais ces hommes ! pus on est » cruelle, pus ils s'entêtent î J'ons pourtant )• signifie à monsieurBeauvisage que toutes » ses giries me déplaisaient , j'iui jette au » nez tous ses cadeaux ; eh hen ! c'est tout M de même. Drèsquej'quittons un moment
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:» ma place, j'sommes sûreàmoii relourde 3» trouver une saucisse parmi mes roses et » un pied de cochon sur ma chaufTerette ; )> l'autre jour encore , est-ce qu'il n'est pas )> venu me souhaiter ma fête avec un Lou- » din blanc... et aux truffes encore!... Mais » tout çà ne me touche pas le cœur ; je lui )) ai dit que je n' voulions pas de lui : au 1) vis-à-vis de toutes les commères du quar- » tier, j'iui ons jeté' son boudin par le nez. 3> Il est parti furieux en jurant qu'il m'enî) lèverait. Vous sentez ben qu'en l'voyant » entrer au Grand Salon j 'avons eu un j) frisson d'effroi , d'autant plus que j'sais 5> qu'il est mauvaise tête. Croiriez-vous , n monsieur, qu'il a ose m'invitera danser, n commesi derien n'était î... Je l'onsrefusé )) net , parce que je n'sniis pas à deux faces : 3) il a voulu m'entraîner de force; Fine- 3) mouche est accouru et il a ordonne' à 3) Beauvisage de m'iâcher bien vite, sur 3) quoi celui-ci m'a serre'e davantage. Cadet 3) l'a pousse si ben qu'ils sont sortis pour se 3) battre. Ma sœur Fanchon medonnait tort,
n parce qu'elle e'tait en colère de voir sou » amoureux se battre pour moi. Mais l'pis, i\ c'est que Finemouche , qui ayait bu sou- )) vent en mangeant d'ia salade , a ëte' rossé 3» par Beauvisage. Fanchon s'est sauve'e drès )> qu'elle a vu son amant sus l'pavé : j 'voulais » en faire autant ; mais mon enjôleur cou- » rait après moi... Enfin j'vous ai aperçu, )» monsieur, çà m'a donne du courage; » j'e'tais sûre que vous me prote'geriez : :» j'vous ai saisi parle bras et v'ià tout. )>
L'histoire de Nicette m'avait amusé , et ce qui me plaisait le plus dans tout cela , c'est qu'elle paraissait sage et n'avait pas d'amoureux. \ous allez me dire , qu'est-ce que cela vous fait ? puisque vous êtes un jeune homme du grand monde , vous ne ferez pas la cour à une bouquetière. C'est juste; je n'en ai nullement l'intention ; et pourtant je m'aperçois que depuis quelques instans je presse plus tendrement le bras de la jeune fille... Oh ! c'est par distraction.
«t Monsieur , croyez - vous que ma mère î» me battra ? — Je ne vois pas pourquoi
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» elle se fâcherait: vous n'avez aucun tort. » — Bah ! d'abord nous ne devions pas aller 51 au Grand Salon. — C'est la faute devotre » sœur. — Oh! oui, mais Fanchon dira que )» c'est la mienne. Ensuite j'vas vous dire : » ma mère protège un brin Beauvisage , 5) qui lui bouche l'œil avec de la galantine, 3> et qui n'vient jamais à la maison sans 3) avoir une andouille de huit pouces. Ma » mère aime passionne'ment les andouilles, :> et elle voulait que j'e'pousasse le charcuî> tier , afin d'avoir toujours un boudin 3» sous la main. Mais moi je n'ai pas voulu )» entendre de c't'oreille-là , et depuis ce i> temps on me regarde de travers à la mai- » son. Donc on va me mettre la querelle :> et tout l'tapage surl'dos!... Ah! mon » dieu!... je serai battue !... c'est sûr... — î) Pauvre JNicette! je vous promets que je )» parlerai pour vous à votre mère. — Ah ! » j'vous en prie !... c'est qu'elle serait femme 3) à n'pas me recevoir ! ... à m'faire coucher )> dans la rue... C'vilain Beauvisage! c'est 3> lui qui me vaut tout çà !... mais j'aimerais
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» mieux me jeter à l'eau que d'être sa :> femme. — En diriez-vous autant de Fine- » mouche? — Oui, monsieur; j'veux un ît mari à mon goût , et tous ces malins-là » ne me plaisent pas. — Vous n'avez donc 3) pas d'amoureux ! — Non , monsieur. — 3» A votre âge on doit aimer cependant. — 31 Oh! je ne suis pas presse'e... Mais nous 3> approchons , monsieur , nous appro- 3» chons... Ah î v'ià que le cœur me bat. 3»
En eflet je sentais qu'elle tremblait , et, pour la rassurer, je prenais une de ses mains que je serrais dans la mienne. Elle se laissait faire ; elle ne pensait qu'à sa mère.
Nous voici dans la rue Sainte-Marguerite; Nicette n'ose plus avancer, u C'est là , mon- 3) sieur, me dit-elle, cette maison... après 3) la porte cochère... — Eh bien! appro- » chons... — Ahl encore un moment... at- 3> tendez que je respire... — Pourquoi cette 3» frayeur... ne suis-je pas là? — Ah ! par- )> dine ! ma mère n'va peut-être pas ben 3> vous recevoir!... — Nous lui ferons en- 31 tendre raison. — Çà sera difficile.- — Votre
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» sœur est plus rëprëhensible que vous. — )) Oui , mais on aime ma sœur , et on ne » m'aime pas. — Enfin nous ne sommes pas )» venus jusqu'ici pour ne point tenter l'en- 3) treprise. — C'est juste, monsieur; allons, » avançons. »
Nous voici devant la boutique de madame Jérôme , Nicette m'apprend que c'est le nom de sa mère. Tout est clos , tout est ferme , tout est calme ; on n'aperçoit aucune lumière dans l'inte'rieur.
u Votre mère couche-t-elle dans la bou- » tique? — Oui , monsieur, au fond. — Il 5t faut frapper. — Ali ! si ma sœur pouvait 51 ne pas être rentre'e!... — Frappons tou- 3> jours. ))
Je frappe , car Nicette n'en avait pas le courage , on ne répond pas. «c Elle dort )) bien fort , dis-je à la petite. — Oh ! non , 3) monsieur... c'est qu'elle ne veut pas m'ou- » vrir. — Parbleu ! il faudra bien qu'elle î» réponde. ;>
Je frappe de nouveau. Nous entendons du bruit. On approche, et une voix rauque
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demande ; » Qui vient frapper à cette » heure?... — C'est moi , manière... — Ah! 5. c'est toi, dévergondée!., et tu crois que » je te recevrai au milieu de la nuit , après » avoir fait battre des hommes et mis un )» quartier sens dessus dessous. File ben vite y et que je ne te revoie plus. — Ma mère... )» ouvrez-moi... je vous en prie... ma sœur î) vous a trompe'e. — Non, non, je sais tout. 3) Tu es une maudite entête'e. Ah! tu ne )> veux pas être charcuitière !... eh bien! 5» va , cours les rues ; nous verrons si tu » mangeras tous les jours du boudin. ^
Nicette pleurait. Je crus qu'il était temps dem'interposer dans la querelle. « Madame, 3» criai-je à travers la porte , d'une voix que )) je tâchai de rendre imposante , votre fille » n'a aucun tort. Vous la grondez mal à » propos, et si vous la laissez dans la rue, » c'est l'exposer volontairement à faire des )» sottises, n
J'attends une réponse, on n'en fait point ; mais j'entends que l'on ôte des barres do fer comme pour ouvrir la boutique. Je vais
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à Nicette : c. Vous le voyez , lui dis-je, ma » voix et ma remontrance ont produit de î> l'effet. J'étais certain decaîmer votre mère. )» Allons . séchez vos pleurs , elle va venir ; )> je vous re'ponds que je lui ferai entendre n raison et qu'elle ne vous fera pas coucher » dans la rue. ;»
Nicette m'e'coutait et doutait encore que je parvinsse à obtenir son pardon. Cependant le bruit continuait... en effet on ouvre la boutique. Madame Je'rôme paraît à la porte, en camisole et en bonnet de nuit.
Je m'avance pour interce'der en faveur de la petite qui n'ose bouger : je vais commencer une phrase que je crois propre à toucher le cœur d'une mère... madame Jérôme ne n'en laisse pas le temps.
5» C'est donc toi , s'écrie-t-elle , qui accom- )) pagnes c't'effronte'e , et qui veux te mêler i> de me faire de la morale et m'apprendre » à gouverner mes filles! Tiens, v'ià pour )» te payer d'ta peine. )>
x\u même instant la fruitière me donne un soufflet qui me fait pirouetter vers
l'autre côté de la rue , puis , rentrant dans sa boutique , elle referme brusquement la porte sur nous.