‹ Mon voisin RaymondChapitre 11 sur 19 · III. lO · texte numérisé non relu

III. lO

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le temps de raisonner. J'ai entièrement pris mon parti. Je sens qu'il faut être fou pour se chagriner de la trahison d'une femme qui en a trahi d'autres pour nous. Comment en effet compter sur la foi de quel qu'un qui ne nous donne pour garantie que des infidélités.

Je suis donc décidé à m'amuser aux dépens de mademoiselle Caroline. C'est la meilleure vengeance que l'on puisse tirer d'une femme qui nous trompe. Toutes celles où Ion aperçoit de la haine , du dépit ou de la jalousie , dénotent encore un reste d'amour. Ce ne sont pas là des ven-

geances.

Je suis à dix heures au café Anglais... Je prends du punch en attendant Raymond. Je ne veux pas m'étourdir ; mais je veux avoir ce degré de folie qui fait que l'on aperçoit moins celles des autres. Mon voisin arrive dans le négligé recherché d'un homme à bonnes fortunes. On croirait à son air radieux que c'est lui qui est ce soir le héros de la fête.

RAYMOWD. lit

u JNous allons bien nous amuser, » me dit-il en s'asseyant près de moi , et en appuyant son coude sur la table voisine , sans remarquer qu'il le met dans un riz au lait que prenait tranquillement un vieil habitue'.

<c Que diable , monsieur ! prenezdonc

» garde à ce que vous faites , ;> dit le vieux monsieur , en quittant son journal. Raymond se confond en excuses , et dans la vivacité'avec laquelle ilote son coude, trempé dans le potage , il fait rouler le vase plein de riz sur le pantalon blanc d'un petitmaître qui lisait le Journal des Modes.

Le petit-maître jette les hauts cris; le vieil habitue apostrophe rudement Raymond ; et je vois que ses excuses vont achever de gâter les affaires. Ne me souciant pas qu'une nouvelle aventure nous empêche de nous rendre chez M. de Grandmaison , je me hâte de faire mes efforts pour re'tablir le calme et apaiser ces messieurs. J'y parviens enfin , et de crainte d'un nouvel accident j'entraîne Raymond hors du café.

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V II me semble que la soire'e commence :»> ma] , lui dis-je en l'emmenant vers la rue

» Caumartin. — Bah! au contraire!...

:> cela nous promet de la gaieté. Ce n'est pas » ma faute si ce \ieux politique place son >> riz justement sous mon bras... il n'avait i» qu'à le manger au lieu de lire le journal, 3) et tout cela ne serait pas arrivé. Mais il 3) est dix heures et demie; hâtons-nous : je i» gage qu'on nous attend. .. — C'est-à-dire, 3» vous. — Oh ! j'ai écrit un mot à Grand- 5> maison pour le prévenir que je lui ame- )> nerai un intime ; ainsi on vous attend :» aussi. ;>

Nous arrivons rue Caumartin. Nous entrons dans un bel hôtel... c'est bien en face de chez Caroline. Nous montons un escalier superbe ; nous traversons plusieurs antichambres éclairées par des globes lumineux attachés au plafond et où bâillent une demi-douzaine de laquais. Tout annonce en ces lieux le faste et l'opulence. . . Je n'avais pas tout cela à lui offrir!... Je croyais faire beaucoup pour elle!., je me suis gêné... en-

dette... que m'en revient-il? Ah ! je me souviendrai d'avoir voulu faire l'entreteneur.

Le cœur me bat un peu en approchant du petit salon , où la société nous attend... mais je me remets bientôt. Nous entrons... Je ne vois que quatre hommes , parmi lesquels n'est point le maître du logis.

« Eh ! bonjour , mes amis , dit Raymond )) en entrant, et en courant serrer la main )> à tous ces messieurs. Voici un aimable )) garçon qui veut bien ce soir s'amuser )) avec nous. Mais où donc est Grandmai- 5) son?— Dans son boudoir... Il apprivoise )» sa petite avant le souper... — Ah! c'est » juste!... c'est juste!... on fait ses derniers » arrangemens ; on achève de s'entendre... î> L'avez-vous vue, messieurs? — Pas en- » core. On la dit charmante!... — Sédui- 3> santé... et presque novice! — Diable! 1» c'est du merveilleux!... — Aussi Grand- » maison nous recommande d'être moins j) polissons qu'à l'ordinaire. — C'est bon !... î) nous irons par gradations pour ne point y. l'effaroucher. Mais enfin il faut bien la

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