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uu moment d'entretien. He'Ias ! sans Raymond j'aurais e'té heureux ; j'en suis certain!... l'instant favorable était arrivé, et pour vaincre une cruelle , il ne faut pas laisser échapper ces momens-là : ils se retrouvent avec une femme sensible ; mais ils sont rares avec une coquette.
Raymond est dans l'enchantement : il a de la besogne par-dessus la tête : d'abord ses deux rôles à apprendre . ce qui n'est pas peu de chose pour lui ; ensuite madame de Marsan l'a chargé de surveiller la partie des décorations et de l'orchestre : de plus, comme la jeune dame qui fait Fanchon est son intime amie , et que la représentation tombera justement le jour de sa fête , elle prie Piaymond de composer une petite scène relative à cette circonstance , et que l'on ajoutera au vaudeville qui doit être joué en dernier.
Raymond sue sang et eau pour faire ce petit impromptu. Le matin , dès que je suis éveillé, il vient me lire ce qu'il a fait : il tient toujours le commencement de ses
couplets ; mais 11 ne peut en achever aucun, et c'est moi qu'il charge de cette besogne , en me priant de disposer de lui quand j'aurai quelqu'un à fêter.
Après le déjeuner, il court au the'âtre, met tout sens dessus dessous , examine les de'corations et regrette de n'avoir pas le temps de faire machiner la scène , parce qu'il aurait mis de la féerie dans sa petite composition ; mais à défaut de diables , dont madame de Marsan ne veut pas entendre parler, de crainte du feu, et des nymphes , qu'on ne peut pas trouver dans le pays , Raymond se borne à faire descendre une couronne sur la tête de Fanchon, et il recommande au jardinier , charge' des machines , de ne pas oublier d'en faire une superbe , et de l'attacher le jour de la représentation à une corde qui est pendue au cintre : mon voisin se propose ensuite de faire paraître deux petits amours , qui, au lieu de venir dans un nuage , sortiront du trou du souffleur , ce qui doit produire encore plus d'effet , et viendront pre'senter des bouquets à tous les acteurs en scène.
Le grand jour approche ; les re'pëtîtions se poursuivent avec activité : chacun se pique d'honneur et veut surpasser les autres. Que d'occupations pour une société , qu'une pièce de théâtre à représenter !... que de soins, de peines , de détails! que de mal on se donne ! mais
aussi quel plaisir de se faire applaudir!.... et c'est ce dont on peut être certain d'avance, quand même on serait mauvais.
Nous savons tous nos rôles , excepté Raymond qui ânone Bartholo , et ne peut pas retenir un couplet de Lattaignant. Ces dames le grondent : mais sa réponse est toujours la même u Avec le souffleur, vous î) verrez de quel train je vous débiterai » cela. î>
La veille de la représentation nous devons répéter généralement sur le théâtre , aux lumières. Raymond n'a pas paru depuis le matin ; à six heures, instant marqué pour notre répétition , il ne vient pas ;
nous l'attendons en vain On le cherche
par toute la maison , dans le jardin , dans
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le bois ; tout le monde est sur pied ; les valets sont envoye's dans les environs , avec ordre de ramener M. Raymond mort ou vif. Nous ne pouvons pas commencer sans lui ; on se de'sole , on se de'sespère ; personne ne peut le rem placer... d'ailleurs; comment apprendre deux rôles fort longs , du soir au lendemain. Ces dames sont sur le point de pleurer de colère, lorsque sur les huit heures Raymond arrive enfin, en sueur, couvert de poussière , et tenant par la main deux petits garçons de cinq à six ans, bien joufflus, bien vermeils, bien barbouille's , et habille's avec de petites blouses bien sales et bien crottées.
«t D'où venez-vous? » tel est le cri général ; ces dames veulent commencer par le battre. »' C'est cela, » dit Raymond : <t grondez-moi bien fort, lorsque je me » donne un mal de diable pour vous trouver 3> deux amours. Depuis ce matin je par- 3) cours les environs; je suis sûr que j'ai 2) fait plus de dixlieues dans ma journe'e !... » mais partout c'e'tait des figures refrom. i5
» gnëes, des yeux louches, des nez épatés!.... » enfin je n'ai trouvé mon affaire qu'à Sa int-
» Denis Mais aussi voyez comme c'est
)) fraisetdodu.... celanousfera deuxamours )) très-bien conditionnés, n
La vue des deux petits garçons , auxquels Raymond avait en route acheté du raisiné pour les amadouer , et qui s'en étaient mis jusqu'aux oreilles, calme bien vite la colère de la société. <t Et leur mère , » dit madame de Marsau. — C'est une lai- 3> tière de Saint-Denis.... Oh! elle est en- » chantée de ce que ses enfans feront les
» amours elle viendra les voir jouer de-
» main ; je lui ai promis une place derrière » la toile du fond. Maintenant faites-moi )) un peu nettoyer ces deux gaillards-là , et î< vous verrez comme ils seront gentils. »
La jeune dame qui faisait Fanchon ne comprenait pas pourquoi on avait besoin d'amours, ne sachant pas qu'on lui ménageait une surprise. Madame de Marsan tâche de réparer l'indiscrétion de Raymond. La répétition se fait et dure jusqu'à une
heure du matin ; alors chacun , bien fatigue, va se Kvrer au repos, brûlant de'jà d'arriver au lendemain; et Raymond confie ses deux amours à la femme de charge , avec prière de les de'crasser et de les faire lever de bon matin , afin qu'il ait le temps de leur apprendre ce qu'ils auront à faire.
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