CHAPITRE IX
Almaviva et Rosine. — Scène ajoutée au Barbier de Sé\ ille.
Le grand jour est venu. Les clames sont levées de bon matin ; la pense'e de leur toilette les a empêchées de dormir. Les hommes, qui sont quelquefois aussi coquets que les femmes , sont tous aussi occupés de leur costume que de leur rôle. Je suis moins préoccupé de la grande aflaire du soir , 23arce que mo7i amour pour madame de INÎarsan , irrité par les obstacles qu'il rencontre depuis quelque temps, m'occupe tout autant que la comédie; mais celui qui est le plus affaire , c'est Raymond.
Dès le point du jour il est sur pied. Il va chercher les deux petits paysans , auxquels
il tâche de donner de la grâce , el des petites manières en leur apprenant ce qu'ils doivent faire le soir. Les enfans ouvrent de grands yeux , font de grands sauts quand Raymond leur dit de danser , se laissent tomber par terre , quand il veut les faire tenir sur une jambe, et se mettent à pleurer quand il leur dit de sourire.
Mon voisin les conduit près du jardinier, transforme' en garçon de théâtre, et auquel il répète sa leçon. Le jardinier est un gros lourdaud qui ne sait rien faire , mais qui veut avoir l'air de comprendre de suite tout ce qu'on lui dit.
«c Mon ami , vous savez ce que vous avez » à faire ce soir, lui dit Raymond. — 5> Oui , monsieur. — D'abord la couronne » de fleurs... — Oui , monsieur. — Qui doit 5» descendre sur la tête de Fanchon... — î) De Fanchon... .oui, monsieur. — Que » vous attacherez à une corde du cintre... » Savez- vous s'il y en a une? — Oh ! oui , )» monsieur... il y en avait une pour ce 1) monsieur aux seringues, qu'on a joue' la m. i5.
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dernière fois , que c'e'tait si farce !.. Monsieur Pourceau... Pourceau... enfin c'tila qui n'voulait pas prendre médecine devant le monde, — C'est çà , mon garçon, c'est cela. Ensuite, la couronne attachée, vous ferez une douzaine de bouquets bien frais , bien jolis , que vous donnerez à ces enfans qui seront habille's en
amours — Tiens, j les connais; c'est
les fils de Madeleine... — Faites donc attention à ce que je vous dis. — Oui , monsieur.— -Quand ils auront les bouquets, vous les conduirez dans le trou du souffleur.— Oui, monsieur, dans le trou...
j'entends ben. — Et c'est de là qu'ils partiront quand je frapperai deux coups dans la main. — Oui monsieur , dans la main... — N'oubliez rien, mon ami!...
— Non, monsieur!... Ob ! soyez tranquille... j'sommes habitue' à voir des comédies ici ! '> Raymond se rend ensuite avec les deux enfans au magasin de costumes. Il ne trouve point de pantalon de tricot couleur de
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chair, parce qu'en socie'lë on emploie rarement de pareils costumes. Il est oblige de se contenter de pantalons de nankin , par dessus lesquels on doit leur mettre de petites tuniques blanches ; en joignant à cela le bandeau, l'arc et le carquois, cela doit compléter l'illusion. Après avoir recommande' au perruquier, venu exprès de Montmonrency , de se distinguer dans la coiffure des amours , Raymond ne songe plus qu'à ses rôles , et tâche enfin de les apprendre pour le soir.
Une socie'té nombreuse et brillante est arrive'e de Paris , et se disperse dans la maison et les jardins. Madame de Marsan, maigre l'occupation que lui donne la come'die , fait les honneurs de chez elle avec autant de grâce que de bon ton, M. de Marsan n'arrive que peu de momens avant le dîner, le jour même de la fête. Mais une affaire de bourse l'a retenu à Paris ; il sait que sa femme va dépenser beaucoup d'argent, et il songe à en gagner en proportion, afin de rétabhr l'équilibre.
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Le soir, beaucoup d'babitans des eavirons , cboisis parmi ce qu'il y a de mieux et qui ont reçu des billets d'invitation pour le spectacle , accourent avec empressement pour y assister. De cette manière la salle se trouvera entièrement garnie ; car on permet à quelques villageois d'aller occuper les derniers rangs. Devant un public nombreux la repre'sentation a bien plus de charmes ; il n'est jamais flatteur de jouer devant des banquettes , même en société.
L'heure de commencer est arrivée. Notre petite salle est pleine. Raymond est sans cesse à regarder par le trou delà toile, pour voir où sont placées les dames auxquelles il veut en jouant lancer des œillades. <• Il )> faut commencer, » tel est le cri de ceux qui sont prêts ; mais tout le monde ne l'est pas : et Raymond ne finit point de s'habiller ; à chaque vêtement qu'il a passé , il accourt se remettre au trou de la toiJe , son pot de rouge d'une main , et son rôle de l'autre. »! Dépêchez-vous donc , » lui crie-ton de toutes parts , et on le repousse
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vers sa loge, et l'on court à celle demadame de Marsan , s'informer si Rosine est prête. Déjà les quatre amateurs qui forment l'orchestre ont joué deux fois l'ouverture de Richard Cœur-de-Lion , qui sert d'ouverture au Rarbier de Séville. Ils vont la recommencer une troisième fois parce qu'ils n'en ont pas d'autre devant eux : le public commence à s'impatienter... on entend de
légers murmures JNous sommes prêts
enfin , et Raymond , qui est le machiniste , fait lever la toile.
Je sais très-bien mon rôle, et le sentiment que j'éprouve pour madame de Marsan , qui , sous le costume de Rosine , me paraît encore plus jolie , me donne cette chaleur, cette vérité qui conviennent pour représenter un amoureux tel qu'Almaviva. Le jeune homme qui fait le Figaro a de la physionomie, de la vivacité, de l'audace. Nous jouons de verve : nos scènes vont très-bien : le public est enchanté. A l'instant où Rartholo doit paraître à la fenêtre avec Rosine, Raymond, en voulant lever la jalousie , la
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tire si brusquement qu'elle se détache et tombe sur les quinquets qui éclairent Ta vaut-scène : heureusement la vue de madame de Marsan, charmante sous le costume espagnol , fait oublier la maladresse de Raymond. Le premier acte marche bien.
Au second . Raymond , dont la mémoire est déjà fatiguée , ne peut plus dire un mot sans le souffleur devant lequel il se tient constamment ; les yeux fixés sur le trou , l'oreille tendue et se faisant souvent répéter trois fois ce qu'il doit dire, en apostrophant sans cesse le souffleur lorsqu'il ne le souffle pas , et en lui disant de se taire lorsqu'il le souffle et qu'il croit savoir sa tirade. De cette manière il fait un Gassandre de Bartholo; mais un public tel que le nôtre ne peut qu'être indulgent : d'ailleurs tous les autres rôles sont bien joués ; nous échaufions la scène ; nous entrons dans l'esprit de nos personnages. On nous applaudit à tout rompre, et Raymond en prend sa part, tandis qu'il nous fait donner au diable
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lorsque nous sommes en scène avec lui. Le troisième acte commence. C'est Raymond qui ouvre la scène. Il s'avance et va se mettre devant le trou.
«( Quelle humeur!... quelle humeur!... (Au » souffleur : ) Soufflez donc... £ lie paraissait n apaisée... là!... qu'on me dise... Ne me )> soufflez pas ! qu'on me dise qui diable lui » a fourré dans la tête... de... de... soufflez- » moi donc! de ne plus... vouloir... Hein... » Je n'entends pas... de ne plus vouloir pren- » dre leçon de don Bazile. Ne me soufflez n donc pas. Elle sait qu'il se mêle de mon » mariage... faites tout... au monde... foites... ^^ faites. Hein!... qu'est-ce que je dis-là?... 5» Que diable aussi... vous ne savez pas souf- » fier à propos. »
Le public prend le parti de rire de notre Bartholo , et Raymond se frotte les mains d'un air satisfait, et toutes les fois qu'il rentre dans la coulisse, s'e'crie : <c Sont-ils » contens! s'amusent-ils!... on n'a jamais » tant ri aux Français, d
Enfin la pièce s'achève en dépit de Ray-
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mond , qui fait tout ce qu'il faut pour qu'elle ne finisse point ; mais la grâce de Rosine . la g-aietë de Figaro ; et enfin , car il faut bien se rendre justice, la chaleur, le sentiment, l'ardeur qui m'animent en représentant Almaviva , achèvent de rendre l'illusion complète : j'obtiens un succès éclatant , et je lis dans les yeux de madame de Marsan le plaisir que lui cause mon triomphe.
Le Barbier finit; on se dépêche pour représenter Fanchon. Tous ceux qui jouaient dans le Barbier jouent aussi dans la seconde pièce, excepté madame de Marsan et moi, et cette circonstance nous donne tout le temps de changer de costume.
IN os loges donnent sur le jardin : celles des dames ne sont séparées des nôtres que par une allée de tilleuls. Après avoir repris mon costume de ville , je vais dans le jardin pour prendre Tâir. La seconde pièce est commencée depuis long-temps ; tout le monde est sur le théâtre ou dans la salle ; il règne dans les jardins une solitude, un calme.
qui délassent du bruit que l'on fait un peu plus loin. Je ne suis pas fâche' de me promener un moment mais en traversant
l'allée de tilleuls, j'aperçois une dame sortir de l'un des cabinets eu face... Je m'arrête... c'est madame de INÎarsan... c'est ma Rosine... elle m'a reconnu aussi, et vient à moi.
« Où donc va M. le comte Almaviva?...
» — J'allais goûter un moment la fraîcheur 5> de ces ombrages... mais il me manquait 5> quelque chose : Almaviva sans Rosine ne » peut être heureux... — Rosine ne sait pas n trop si elle doit vous accompagner. — )) Comment ! après avoir consenti à vous 5» laisser enlever... — En effet, j'auraismau- 5) vaise grâce maintenant à faire la cruelle... )) mais songez que vous m'avez jure' d'être » fidèle!... de m'aimer toujours, de n'aimer ;> quemoi!... — Oh! je vous le jure encore!... » je veux vous le re'pe'ter sans cesse !... —
î) Mais où donc me menez-vous? Il me
)» semble que nous allons bien loin... Pouri> quoi prendre les chemins les plus somin. i6
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)> bres!... pourquoi nous enfoncer sous ce » bosquet?... il y fait trop noir... — Ma î) clière Rosine... que pouvez- vous craindre )) avec moi?... — Mon cher Lindor... je ne » suis pas tranquille... — iNe vous êtes-vous » pas confiée entièrement à moi?... Ah !...
j) je crois que je n'ai pas été sage Que
)) faites-vous?... m'embrasser ainsi... Ah! » ce n'est pas dans la pièce... — Refuse-t-on » un baiser à l'amant qui va devenir noti*e » époux?... — Finissez... Lindor... Dorsan... 0» Oh! pour cettescène-là... — Chère Rosine, » n'est-elle pas toute naturelle?., ne doit- » elle pas couronner nos amours?... »
Madame de Marsan veut en vain résister... il est trop tard; je suis trop bien entré dans l'esprit de mon rôle ; elle-même s'est identifiée avec le sien... Nous ajoutons au Barbier de Séwille la scène que le public ne voit pas , mais qu'il doit deviner d'après l'union d'Almaviva et de Rosine.
Depuis long-temps le bosquet était témoin de cette scène charmante que la lune était venue éclairer à demi. L'ardeur avec
laquelle nous jouions nos deux rôles, nous avait fait oublier le monde et la fête. Je voulais qu'Almaviva obtînt dans le bosquet le même succès qu'au the'âtre , et ma Rosine me donnait si bien ma réplique, que je ne pouvais pas rester court; nous ne songions pas encore au de'nouement qu'une circonstance impre'vue devait brusquer mais
pour l'expliquer il nous faut retourner dans la salle.
Fanclion avait ëtë joue'e tant bien que mal; beaucoup d'acteurs, ne sachant pas leurs rôles , avaient saute à pieds joints plusieurs scènes; Raymond en avait fait autant pour ses couplets : de sorte que la pièce avait été termine'e fort promptement. On n'avait pas remarque l'absence de madame de Marsan ni la mienne : les acteurs nous croyaient dans la salle; les spectateurs nous croyaient dans les coulisses.
Le vaudeville étant fini , Raymond fait commencer sa petite scène en l'honneur de la dame qui a joue' Fanchon , et dont on célèbre la fête. Chacun chante son cou-
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plet. Raymond m'appelle ainsi que madame de Marsan , pour que nous chantions les nôtres; ne nous trouvant pas, et voyant son de'nouement arriver, il court dans la coulisse s'emparer de la corde à laquelle est attaclie'e la surprise qui doit descendre audessus de la tête de Fanclion : il la prend , la pèse , et le poids qu'il sent dans le haut le rassure , en lui persuadant que le jardinier n'a point oublie' d'attacher la couronne.
Le moment est \enu , l'orchestre joue : Que de grâce/ que de majesté.' c'est-là-dessus que la couronne doit descendre. Raymond lâche la corde... un murmure subit se fait entendre... bientôt des e'clats de rire partent detousles points de la salle : Arrêtez!,., arrêtez!... crie-t-onsur le théâtre. Raymond avance la tête hors de la coulisse pour voir le tableau... et au lieu d^une couronne de Heurs s'aperçoit qu'il a fait descendre une seringue au-dessus de la tête de Fanchou.
Le tumulte est au comble : on rit aux éclats dans la salle ; sur le théâtre on est fort en colère de la sottise de Raymond ; la
jeune dame qui a jouéFanchon est obligée Je repousser avec sa main la canule qui lui vient sur le front. Raymond lâche sa corde et accourt sur le théâtre en criant : «c Ce 3» n'est pas ma faute... c'est la seringue de )» Pourceaugnac que cet imbe'cille de jar- » dinier a oublié de décrocher... çà devait 3> être une couronne... mais nous allons « réparer cela... En avant les amours !... >»
Et il se met à donner le signal , et Torchestre joue l'air de Zéphyr de Psyché ; et tout le monde attend avec impatience ce
qui va paraître et Raymond refrappe
dans ses mains en criant : u Allons donc
» les amours!... sortez donc! » Et rien
ne sort du trou du souffleur.
Le public, las d'attendre pour rien, se prépare à quitter la salle et les acteurs à abandonner la scène. En vain Raymond veut retenir tout le monde en criant : u Ils
n vont venir! ils vont paraître! c'est
» qu'ils mettent le bandeau! » On ne
l'écoute plus. Raymond furieux veut à toute force trouver ses amours. 11 se jette dans le III. i6.
trou du souffleur , cherche sous le théâtre, dans tous les coins de la salle , et ne peut parvenir à les découvrir.
Les deux petits garçons avaient été habillés et prêts deux heures avant le moment de paraître. Le jardinier, tout étourdi des ordres qu'il avait reçus, avait entièrement oublié la couronne ; mais il avait fait les bouquets, les avait donnés aux enfans, et les avait conduits près du trou du souffleur en leur disant : >; Restez là ; vous )> monterez sur le théâtre quand on vous )• appellera. ;>
Les enfans attendent assez tranquillement pendant une demi-heure ; mais au bout de ce temps l'ennui les prend : ils croient qu'on les a oubliés ; et comme ils s'amusent beaucoup plus dans les jardins que sous le théâtre , ils laissent là leurs bouquets et vont courir et jouer dehors.
En courant ils se rapprochent de la maison ; ils aperçoivent au rez-de-chaussée une salle bien éclairée , dans laquelle est un buffet couvert de mille friandises, dont la seule
vue leur fait ouvrir la bouche et tirer la laugue.
Ils s'arrêtent... soupirent... se poussent... se devinent... regardent derrière eux, par cet instinct si naturel à l'homme qui veut faire une sottise. Il n'y a personne ; tous les domestiques ont abandonne' la maison pour le spectacle.
(t Ah ! mon frère , dit le plus petit , les 1» bonnes choses!... nous n'en avons jamais » vu de pareilles.... — Oh!... Fanfan... n comme cela doit être sucré ! . . . — -Dis donc, » Jean... si nous pouvions en manger!... )> Tiens, vois-tu tous ces gâteaux?... — Il n'y }» a personne — grimpons....! — • Grimn pous !.... »
Ils escaladent aise'ment la fenêtre du rezde-chaussée; ils courent au buffet... se bourrent la bouche , se font un tablier de leurs tuniques , et l'emplissent de fruits , de viandes, de gâteaux; lèchent les crèmes dont ils ne peuvent emporter , fourrent leurs doigts dans les pots de confitures , et vont enfin se réfugier dans les mansardes
loe Mos voisiii
pour y manger à leur aise ce qu'ils ont dérobe.
Pendant que les petits paysans se régalaient , Raymond se donnait au diable pour trouver ses amours. 11 avait inutilement parcouru le théâtre ; en sortant de la salle il rencontre M. de Marsan qui cherchait sa femme , que la société s'étonnait de ne plus voir.
«c Les avez-vous trouvés , lui dit Raymond?— Je ne sais pas où elle est ; on la demande... Ordiaairement cependant jje n'ai 2^as besoin de me mêler de rien... — De qui donc parlez-vous? — De ma femme, qui n'est pas là pour faire les honneurs de la fête. — Ah! parbleu!... madame de Marsan ne peut pas être perdue; elle se trouvera : mais mes deux amours ; c'est bien plus inquiétant , car enfin il faut que je les rende à leur mère, qui n'est pas Vénus, et qui me cassera une de ses petites cruches sur la tête , si ses marmots ne se retrouvent point. Cherchons ensemble dans les jardins ; il faut bien que ces drôles-là soient quelque part. >»
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M. de Marsan suit Raymond, plutôt pour chercher sa femme que pour découvrir les deux petits fugitifs. Ils parcourent une partie des jardins. M. de Marsan veut retourner près de la socie'të , persuade' que sa femme y est ; mais Pvaymond le retient toujours , en lui disant qu'il est responsable des amours qui se sont perdus chez lui.
Ils approchent de la balançoire , près de laquelle est le bosquet où je joue ma scène avec madame de Marsan.
«1 Ils sont par là, dit Raymond; j'entends M le mouvement delà balançoire; j'étais sûr !» que mes deux polissons s'amusaient à » jouer. »
On approche de la balançoire et on ne voit rien, u Vous voyez bien qu'il n'y a )) personne , dit M. de Marsan. — C'est sin- )) gulier , dit Raymond, j'entends toujours » le même mouvement... eh! mais... c'est de )) ce côté... dans le bosquet... que diable )) font-ils là !... »
M. de Marsan s'avance ; Raymond le suit... La lune éclairait alors beaucoup trop!... nous sommes pe'trifîe's.
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«c C'est Almawwa et Rosine... » dit Raymond , en faisant un saut en arrière ; M. de Marsan seul conserve son sang-froid. «; Ma- )) dame, dit-il en s'adressant paisiblement 3> à sa femme , la socie'te vous demande ; on 5> a besoin de vous pour la fête : il faut tâ- 0) cher d'accorder vos affaires avec vos 5) plaisirs, n
En achevant ces mots , il s'e'loigne tranquillement et regagne la maison ; madame de Marsan s'est e'vanouie ; P\.aymond est immobile : je le repousse brusquement en sortant du bosquet , et je gagne en un instant la porte de la cour , puis la campagne, puis la route de Paris , où j'arrive à deux heures du matin.
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