III
pour y entrer; mais je remarque que depuis la barrière , deux gros chieus suivent M. le baron , qui fait en vain tout ce qu'il peut pour les chasser, u Est-ce que ces M deux dogues appartiennent à M. de 5) Witcheritclie? dis- je à Yauvert. — Non, î» je ne crois pas ; je n'ai vu chez lui que ') des carlins. — C'est singulier, dit Ray- '< mond ; il faut qu'il ait dans sa poche » quelque chose qui les attire. ->
Je cherche un fiacre ; mais la pluie les a tous fait prendre. Nous avions perdu de vue M. de W itcheritche et sa femme, lorsque des cris se font entendre ; bientôt nous apercevons les deux dogues s'enfuyant en tenant dans leur gueule , l'un un cervelas , l'autre un morceau de petit sale'. M. le baron et madame la baronne courent après les chiens en criant : « Arrêtez... Ar- 3> rêtez... au foleur... Ah ! les pigres t'ani- » mal... ils emportent notre tiner. >
Madame la baronne, moins forte que son mari , est oblige'e de s'arrêter, et nous conte comment les deux dogues sont par-
venus à tirer des poclies de M. le baron le dîner qu'elle comptait manger à la campagne avec son clier e'poux, qui depuis long-temps lui me'nageait cette petite fête.
Pendant que nous consolons la pauvre femme , M. de \\ itclieritclie , qui n'est pas homme à abandonner son cervelas et son sale , court après les chiens auxquels il jette toutes les pierres qu'il trouve sur sa route. De'jà il en a blesse' un, qui ne court plus aussi vite ; il espère atteindre l'autre qui va passer la barrière , et lui lance de toute sa force un gros caillou qu'il vient de ramasser. Mais la pierre mal dirige'e , au lieu de frapper le dogue , va crever un œil au commis de l'octroi à l'instant où il regardait en l'air si l'orage s'éloignait.
Le pauvre homme tombe en criant : <c Je » suis mort. :> Ses camarades accourent. Un des chiens , qui passait alors les limites de la ville, se jette dans les jambes des commis et les fait trébucher. Le second chien qui veut se sauver, est arrêté par
M. le baron qui ne voit que son dîner, et va toujours son train sans s'occuper du reste. Il parvient à saisir le dogue par la queue ; un combat s'engage entre lui et l'animal , qui ne veut pas lâcher le cervelas. Les soldats du poste accourent aux cris des employe's. Les petites voitures qui veulent entrer ou sortir sont force'es de s'arrêter ; les voitures bourgeoises ne peuvent point avancer ; les soldats ne laissent passer personne , avant qu'on ne sache ce dont il s'agit. La foule s'accroit , on accourt pour savoir ce que c'est , chacun fait des conjectures : li C'est un prisonnier important )> que l'on vient d'arrêter , au moment où » il essayait de sortir de la ville , et il paraît » qu'il a blesse' les commis qui se sont em- » pares de lui. — Non pas : ce sont des mar- )> chandises prohibées que l'on vient de 5> découvrir dans l'une de ces voitures , et •> qu'on faisait passer par fraude. »
Au milieu de ce tumulte , qu'augmentent encore les aboiemens des chiens , M. le baron s'e'crie d'une voix victorieuse : «t Chc
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5» le tiens, che le tiens!... » et il élève en l'air son cervelas , qu'il vient de tirer de la gueule de son adversaire ; puis avant que le pauvre diable qu'il a e'borgné soit revenu à lui , M. de Witcberitclie se glisse dans la foule et vient rejoindre sa femme, laissant les commis, les soldats et les curieux se demander de quoi il s'agit.
Madame la baronne a retrouvé son époux ; Vauvert est en état de marcher seul ; Raymond recommence à faire le gentil. Je me sépare de la société et monte dans un cabriolet qui me ramène à Paris.
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