SÉJOUR À LA TRAPPE
Au monastère de Tracadie %ke trouvaient deux prêtres séculiers lors de mon arrivée. Le premier était un français natif de Dunkerque, mais portant un nom flamand que je ne me rappelle plus. Au couvent on l’appelait, je ne sais pour quelle raison, le père J6. Missionnaire pendant quatorze ans dans la Nouvelle-Ecosse, il s'était un jour cassé le bras en tombant de cheval et avait été jugé impropre au service par son évêque. Celui-ci, suivant la coutume, l’usage antique et solennel, l'avait congédié sans s'inquiéter de son avenir, à peu près comme un chier qu’on chasse quand il déplaît. Cet évêque était un irlandais pur sang, et comme tous les évêques irlandais que j'ai connus, il avait les prêtres français en horreur. Aussi jene puis m'empêcher d'admirer la bêtise des prêtres français qui s'enthousiasment pour l'Irlande et le home rule.
Le pauvre malheureux missionnaire ainsi expédié jugea à propos deseretirer à la Trappe, où il payaïit dix piastres par mois pour sa pension. Dans cette paisible retraite, il : était libre comme l’air, gai comme un pinson et heureux comme un roi. L'argent ne lui faisait jamais défaut. Il recevait plus de messes qu’il n’en pouvait dire et exerçait en outre la médecine. Esprit très-libéral, ayant acquis dans ses missions une grande expérience des hommes et des choses, il avait une conversation excessivement intéressante. Toutefois, comme personne n’est parfait sur
cette terre, le père Jô avait lui aussi son petit défaut : c'était de mettre une confiance illimitée duus l'efficacité de son art. Si vous le lanciez sur ce chapître, il n’en tinfssait point de vous raconter les prouesses qu'il avait fuites et les merveilles qu'il avait opérées. Il n'y a rien de tel que la foi et je crois sincèrement qu'il était persuadé de ce qu'il disait. À force de répéter les mêmes histoires, il en était venu à les croire. Quoi qu'il en soit, sa réputation de médecin était solidement établie et les bonnes gens des environs avaient la plusegrande confiance dans ses lumières et dans son habilité.
L'autre était un prêtre irlandais qui étuit venu fuire une retraite de quinze jours à la Trappe un peu contre son gré, si je ne metrompe. Naturellement il nes’en vanta pas, mais je connais si bien les prêtres et toutes leurs petites misères! Je ne serais pas étonné que celui dont je parle n’eût été euvoyé là par son évêque, parce qu’il levait un peu trop le coude. C’est un peu le défaut des prêtres irlandais et il est bien difficile de les en corriger. Par ailleurs, bon garçon, mais ultramontain enragé et beaucoup moins libéral que son confrère,
Enfin, il y avait un troisième pensionnaire, irlandais lui aussi et le type de l’homme heureux sur la terre. Ayant ramassé une petite fortune dans. le commerce, il s'était retiré à la Trappe et y vivait en parfait philosophe, loin du bruit et des ennuis du monde. Tous les matins, il répondait la messe au père Jô. Libre le reste du jour, il faisait la guerre aux truites de la rivière Congo. Catholique convaincu, il était d’une piété angélique et pendant mon séjour à la Trappe, j'ai souhaité bien des fois d'avoir la naïveté de ce brave homme. Ah! le doute ne l'empéchait pas de dormir, lui!
Durant les repas, nous avions coutume de causer de choses et d’autres. Ces conversations étaient ordinaïirement très-gaies et par suite très-hygiéniques. Mais une
nouv vint verse para J'éta dans Reco publ en g1
On franç prote deux
pose faire
Le et d son fans parl çont les sup bart ai |” sell l'ePE
Le d’at tan:
Tou l'ég] opit Réi cho il, il
nouvelleextraordinaire (pour mes compagnons du moins) vint bientôt fournir un aliment intarissable à nos conversations. Lé père J6 était abonné à un journal d'Halifax, paraissant trois fois la semaine, le Halifax Recorder. J'étais arrivé le mercredi l'après-midi, comme je l’ai dit dans le chapître précédent, Le premier numéro du Halifax Recorder qui parvint à la Trappe après mon arrivée publiait dans la première colonne de la première page et en grosses lettres une dépêche de Montréal ainsi conçue:
On vient de découvrir que le révérend Louis Martin, professeur de français et ansien prêtre de l'église romaine, qui avait embrassé le protestantisme et s'était marié, vient d'abandonner sa femme et ses deux enfants pour rentrer dans le sein de l'église catholique. On suppose que monsieur Martin est caché dans quelque monastère où il va faire pénitence.
Le père J6 avait reçu son journal vers les onze heures et deinie du matin. Nous dinions à midi. Naturellement son premier acte en se mettant à table fut de dépioyer le fameux papier et de nous lire la dépêche dont je viens de parler. Ce fut un coup de foudre pour moi qui ne soupçonnais rien. Je suis sûr que inon visage passa par toutes les coulenrs de l'arc-en-£iel, Cependant par un effort suprême de ma volonté, je parvins à dissimuler mon einbarras et à prendre un air indifférent, absolument comme si l'affaire ne m'’eût pas regardé le moins du monde. Il s'ensuivit une vive discussion qui se renouvela à'chaque repas pendant tout le temps de mon séjour à la Trappe.
Le prêtre irlandais ne voulait point ajouter foi tout d’abord à cette nouvelle, ‘C’est une invention des protestants, disait-il; ces démons n'en font jamais d’autres. Tous les moyens leur sont bons pour jeter le diacrédit sur l'église et le clergé catholiques.” I était soutenu dans son opinion par son compatriote, qui lui aussi jurait contrela Réforme et les Réformateurs. Le père Jô, lui, prenait la chose plus philosophiquement. ‘ Bah! après tout, disuitil, il est possible que le fait soit vrai. Au bout du compte,
PT
ing gere ” s— = a , — a“ # A … . me — se ” — SE Me re 4 PE Fe RE RS es
ce ne serait pas la première fois. Que diable voulez-vous? A tout péché miséricorde. Est-ce que certains papes n'ont pas fait pis que cela? Est-ce qu'ils n’ont pas véçu publiquement dans le concubinage et eu des enfants naturels”? Si des papes sont tombés de cette facon, qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu'un simple prêtre se soit oublié? D'ailleurs tout est bien, qui finit bien. Il reconnaît aujourd’hui sa faute. Il veut rentrer en grâce avec Dieu et avec l'Eglise. C’est all right et il est plus digne de pitié que de blâme.” De mon côté, dans le but d’animer la discussion je prenais le parti de lu femme abandonnée. ‘Il n’y a pas de milieu, disais-je, il ne fallait pas se marier, ou il fallait rester marié. Quand on à donné sa parole, on doit la tenir #i l’on est homme d'honneur.” Alors le prêtre irlandais de monter sur ses grands chevaux et de jeter feu et flamme, ‘“ Promis! promis! s'écriait-il; la première promesse avait été faite à Dieu et dans ce cas le premier engagement xeul est valide. L'Eglise ne reconnaît pas le mariage des prêtres. Si vous êtes catholique, vons devez le savoir et vous n’avez pas le droit de blâmer ce prêtre d’avoir agi comme il l’a fait. L'Eglise de Dieu: voilà sa seule épouse légitime. Muis, je le répète: je ne crois pas à cette histoire. C’est une invention des protestants.” Quant à moi, j'y croyais, et pour cause. Je savais mieux que personne que ce n’était pas là une invention des protestants. Quant à ce mariage mystique du prêtre avec l’église, tout cela me semble bien abstrait et je connais beaucoup de gens qui cherchent quelque chose de plus pratique et de moins idéal. Cependant jene metenais pas pour battu. ‘Et la femme qu’en faites-vous? répliquais-je. Trôuvez-vous sa position bien gaie? Elle s’est fiée à cét individu; elle s’est donnée à lui dans un moment d'amour ; elle lui a sacrifié son honneur, ses parents, sa patrie, son avenir, tout en un mot, et lui pour la récompeuser l’abandonne sans demander son reste et lui laisse
vous ?
n'ont publiurels ?
d’étonilleurs hui sa glise.
me.” je prepas de fallait oit la irlanfeu et proier enpas le devez prêtre ilà sa pas à
avais ntion rrêtre > CONse de enais réplis’est ment 8, SA comaisse
deux enfants sur les bras. Voyons, est-ce juste en conscience? Si encore elle n’avait pas d’enfants elle pourrait aller gagner son pain, mais que fera-t-elle dans le cas présent ? Si quelques âmes charitables ne viennent pas à son secours, elle sera donc obligée de mendier son pain etcelui deses enfants. Raisonnablement l’autren'est-il pas obligé de venir à son secours au moins s’il ne veut plus rester avec elle”? ” È
— Il ne lui doit rien, car il ne lui a pas fait violence. Que diable! elle n’est par un enfant et elle savait parfaitement bien ce qu’elle faisait en se mariant à un prêtre catholique. Il est tout au plus obligé de pourvoir à l’entretien des enfants, s’il le peut. Naturellement, s’il est dans l'impossibilité de le faire il est dégagé de son obligation car à l’impossible nul n’est tenu.
Les Anglais, dit-on, sont toujours en quête d’émations. Eh bien! je puis vous assurer que dans ma position, ils en auraient eu tout leur saoûl. N’est-ce point en effet vraiement drôle d'entendre discuter à votre nez, sur votre propre compte des gens qui ne vous connaissent point et qui par conséquent disent franchement et carrément leur façon de pensée ?
Du révérend Louis Martin on passait au révérend Charies Chiniquy. On parlait en toute liberté de sa vie de prêtre, de son œuvre de la tempérance, de son apostatie, des persécutions qu’on lui avait fait subir. Ce sujet était la source de plaisanteries sans nombre. ‘Il a la vie dure, le vieux singe, disait-on. On a essayé plusieurs fois de l'assomimner; on n’a jamais réussi. Ainsi par exemple dans ce pays, à Antigonish, un jeune irlandais lui avait fendu la tête d’un coup de pierre. On pensait bien que le vieux diable avait reçu son compte. Point du tout: il en réchappaet le jeune homme dont on avait découvert lenom par la bêtise d’un camarade, fut obligé de se cacher pendant dix ans dans un monastère et d’y attendre que la
prescription fût complète.” Et après venait un tas de racontars ridicules. On leur avait dit que le vieil apostat avait perdu la tête. Etuit-ce vrai? Cettequestion m'était adressée directement et à brûle-pourpoint. ‘Ceux qui vous l'ont dit, répondis-je, avaient perdü la tête euxmêmes. J'ai entendu parler le père Chiniquy l’hiver dernier et je puis vous assurer qu'il jouissait alors de tont son bon sens.”
— C'est un vénérable vieillard, ajoutai-je, qui porte une magnifique barbe blanche et a une figure remarquablement intelligente. Le soir.où je suis allé l'entendre, il parlait sur la confession et je tenais à connaître ce qu'il pouvait avoir à dire sur ce sujet.
— Mais est-il vrai, me demanda le prêtre irlandais, qu’il a porté en chaire des hosties consacrées, qu’il les a brisées devant tout le monde et lancées en l'air en disant: ‘Tenez, imbéciles, voilà le dieu que vons adorez”? ”
—Je ne l’ai pas vu, mais on me l’a dit tout comme à vous.
—Et on ne l'a pas assommé, le vieux brigand? Si j'avais été présent, il me semble que j’auruis été capable de l’étrangler de mes propres mains! Je comprends une fauteet une chute, mais une apostasie,jamais. J'aimerais mieux me couper la gorge avec un rasoir ou me faire sauter la cervelle avec un revolver. Je crois fermement que Dieu me pardonnerait plutôt ce dernier crime, mais l’apostasie ne se pardonne ni dans ce monde ni dans l'autre. C’est un péché contre le Saint-Esprit.
Chaque jour la question revenaît sur le tapis, car à la fiu il avait bien fallu se rendre À l’évidence. Le père Jô recevait non-seulement le Halifax Recorder, mais aussi le True Witness de Montréal. Or, la semaine d’après mon arrivée, ce dernier publiait un long article pour raconter à ses lecteurs toutes les phases de mon départ. Il n’y avait rien à redire à cela et l’anthenticité du fait raconté
par le Raiso j'étais sorte qu'on
Nez-V minis n’étai là une à avo Le pt terai je su qui qd paro an.” prés tem!
mêm m’a!
évêaq n'éêt:
cho:
com par don un vai Ma
tas de apostat m'était ux qui te euxdernier ut son
rte une quablendre, il ce qu'il
S, qu’il brisées disant :
mme à
id? Si apable ds une merais e faire ement » Mais
dans
r à la re JÔ ii le mon onter l n’y :onté
par le Halifax Recorder était désormais hors de donte. Raison deplus pour discuter sur ses conséquences. Comme j'étais le principal intéressé dans l’affaire, je faisais en sorte de faire tomber la conversation sur ce sujet sans qu'on s’en aperçût, de peur d’éveiller les sonpcçons.
— Pensez-vous, dis-je un jour à mes compagnons; pensezZ-VOUS que ce prêtre puisse encore rentrer dans le ministère? L’un répondit oui, l’autre non, de sorte que je n'étais pas plus av=ncé qu'auparavant. C'était pourtant là une question capitale pour moi et sur laquelle je tenais à avoir des renseignements certains. Jene pus en obtenir. Le prêtre irlandais prétendait qu'aucun évêque n’accepterait un tel prêtre. ‘C’est donc, pensais-je, parce que je suis français, car je connais des prêtres irlandais qui ont fait bien pis et qui possèdent aujourd'hui des paroisses leur rapportant plus de trois mille piastres par an.” Le père Jô, au contraire, prétendait que la chose ne présentait pas de difficulté et qu’au bout d’nn certain temps le passé serait oublié.
L’archevêque de Montréal m'avait à peu près dit la même chose. ‘ J'espère que vous trouverez une position, m’avait-il dit, cependant je ne garantis pas qu'aucun évêque veuille vous |] dre dans ces conditions.” Je n'étais pourtant parti qae dans cet espoir et voyant la chose plus douteuse et plus difficile que je ne pensais, je commençais à regretter mon acte. Jesuis fils unique. Mes parents ont épuisé toutes leurs ressources pour me faire donner une éducütion convenable et pour faire de moi un prêtre. Aujourd’hui ils sont vieux et ne peuvent travailler. Qui donc viendra à leur secours si ce n’est moi ? Mais pour cela, il faut que j’aie une position qui me per mette de gagner uuelque chose. Naturellement la Trappe est l’endroit du monde le moins favorable pour cela.
Et maintenant qui pourrait peindre les combats que j'avais à supporter chaque jour? Mon cœur me ramenait
er
sans cesse vers Montréal et mon esprit me disait: ‘Ne pense plus au passé que pour le détester et l’extirper par une bonne pénitence. Il s’agit aujourd’hui de préparer l'avenir. Quetout le reste soit oubliéet enseveli à jamais.” Et en conséquence je m’efforçais de ne plus penser au passé et d’arracher de ma mémoire le souveuir der êtres si chers que j'avais abandonnés. Tâchedifficile ; tâche audessus de mes forces. Je l’ai déjà dit: la pensée qui nous procure de si douces jouissances est aussi uu terrible fardeau dans certaines circonstances.
Pour m'étourdir et me distraire, je dévorais tous lex livres qui me tombuient sous la main. Je lus et relus la vie de saint Bernard par le père Ratisbonne, un juif converti an romanisme. J’y vis que ce fondateur des trappistes avait tout quitté pour aller s’enfermer dans un couvent et qu’il. avait été insensible aux pleurs et aux gémissements de son vieux père qui avait voulu le détourner de son dessein. Je lus aussi la vie de sainte Jeanne de Chantal, qu’on exaltuit jusqu’au ciel parcequ’elle n’avait pas hésité à passer sur le corps d’un de ses enfants pour se faire religieuse. C’étaient là des cas analogues au mien et les auteurs catholiques les élevaient jusqu'aux nues. Cela me tranquillisait pour un peu de temps et me portait à remercier Dieu d’avoireu lecourage d'imiter ces saints personnages.
Mais bientôt les doutes revenaient. ‘ Voyons, medisaisje, est-il bien vrai que Dieu exige de pareils sacrifices ? Après avoir établi la famille, se peut-il qu’il oblige un père et une mère à abandonner leurs enfants pour aller s’enfermer dans un cloître? Pour ce qui est de mon cas, il est certain que Jésus-Christ n’a jamais institué lui-même le célibat ecclésiastique. S'il ne l’a pas institué, c'est qu'il nele jngait pas nécessaire au succès deson œuvre. L'église romaine qui enseigne le contraire aurait donc plus d’esprit que lui! Cette seule pensée est un blasphème épou-
ait: ‘Ne rper par préparer jamais.” ner au des êtres Ache auqui nous rible far-
tous les relus la juif cones trapdans un et aux u le dé- » sainte | parcen de ses s analolevaient + peu de >Ourage
e disaisrifices ?
lige un ir aller 1 Cas, il i-même st qu’il s'église 18 d’es- * épou-
vantable. Enfin l’histoire est là pour montrer que pendant plusieurs siècles, le clergé n’était pas astreint au célibat et cette époque est certainement la plus belle de de l’église catholique à tous les points de vue.
Mais sans aller chercher si loin, est-ce qu’un père et une mère qui élèvent une nombreuse famille n’ont pas plus de mérite qu’un prêtre et une bonne sœur qui n’ont à s’occuper que d’eux-mêmes? Ne rendent-ils pas plus de services à l’église et à la société, s'ils font de leurs enfants de bons chrétiens et de bons citoyens? Pendant longtemps, les prêtres se sont mariés. En valaient-ils donc moins? Aujourd’hui encore les prêtres grecs peuvent se marier. L'église romaine elle-même le leur permet. Pourquoi done le défend-elle aux prêtres d’oecident ? N'a-t-elle pas outrepassé ses pouvoirs en décrétant le célibat ecclésiastique ? Ne demande:-t-elle pas à ses prêtres une chose impossible et contre nature? Dieu qui dait connaître l’homme, puisque c’est lui qui l’a fait, n’a-t-il pas dit : ‘Il n’est pas bon que l’homme soit seul?” Est-ce que par hasard l’église romaine prétendrait mieux connaître la nature humaine que Dieu?
Mais, dit-on, il! y a de grands avantages au point de vue temporel. Le prêtre est plus libre, il a plus de temps à consacrer à «on ministère. Il est moins attaché aux choses de la terre. Moi-même je croyais cela autrefois. Aujourd’hui je ne le crois plus depuis que j’ai vu les ministres protestants à l’œuvre. Ils sont mariés et en général s'occupent beaucoup plus de leurs paroissiens que les prêtres catholiques, Tls les visitent plus souvent, tienneut plus d’assemblées religieuses, etc. Beaucoup de prêtres ont trop de temps libre et cela n’en vaut pas mieux, tant s’en faut. Quant au détachement des biens de la terre, je suis suffisamment édifié sur ce point. D’ailleurs c'est un fait curieux, mais proclamé par tout le monde, que les célibataires sont toujours plus attachés aux biens de la
terre que les gens mariés qui ont une famille à élever et à pourvoir.
Maïs admettons que les . sons données soient bonnes et valables. Il s'agirait de savoir si les avantages invoqués compensent les terribles inconvénients du célibat. On a beau dire: c’est là la plaie du ciergé, son ver rongeur. Enlevez cette peste et vous aurez un elergé moral. Vous supprimerez par le fait même les scandales qui font tant de tort à la religion catholique. Il y aura bien quelques ivrognes parmi les prêtres, mais si vous exceptez le clergé irlandais, c’est le petit uomibre.
C'est une farce de venir nous dire: ‘ Personne ne vous oblige à vous faire prêtre.” Aujourd'hni non peut-être, mais autrefois les cadets ét les bâtards de la noblesse étaient destinés au sacerdoce dès avant leur naissance et l’on condamnait ces jeunes gens sans vocation au célibat ecclésiastique. De nos jours, il n’en est plus ainsi, grâce à Dieu, maisencore combien de jeunes lévites qui s'engagent dans les ordres parce qu’une fois entrés au séminaire, ils n’osent plus en sortir de peur de fraisser leur famille ou de voir le monde les tourner en ridicule? Et ceux qui restent pour des motifs plus nobles savent-ils donc ce qu'ils font lorsqu'ils s'engagent par ce terrible vœu? Non, mille fois non. Pour leur malheur, on les élève en serre chaude, constamment sous l’œil du maître. Ils ne connaissent rien du monde et qu'est-ce que c’est qu’une vertu qui n'a jamais été éprouvée? L'éducation cléricale, telle qu’elle se pratique dans les grands séminaires est tout ce qu’il y a de plus bête et de plus abrutissant. Elle n'apprend qu’une chose au ,;eune séminariste—l’hypocrisie; mais elle la lui apprend dans la perfection. C’est elle qui lui donne cet air en-dessous qui prend sur les nerfs de tout homme franc et loyal.
Au séminaire, l'on donne aux jeunes ordinands des idées de l’autre monde et on vous les éduque comme s'ils de-
, élever et à
ent bonnes Ages invodu célibat.
)n ver ronrgé moral. es qui font | bien quelexceptez le
ne ne vous peut-être, a noblesse \issance et au célibat si, grâce à engagent dinaire, ils famille ou ; Ceux qui s donc ce ble vœu ?
s élève en re. Ils ne st qu’une cléricale,
aires est
ant. Elle
—l’hypo-
ion. C’est
r les nerfs
des idées > s'ils de-
vaient passer toute leur vie dans la lune. C'est ainsi qu’on leur représente la femme comme un objet de perdition. La femme est ‘‘un mal nécessaire.” ‘ Elle a été créée pour le malheur et la damnation de l’homme.” Et votre mère, qu’en faites-vous”? est-on tenté de leur dire. Est-elle aussi ‘un mal nécéssaire?” Sila femmeen généralest un démon incarné, pourquoi élevez-vous si haut la sainte Vierge”? Mais rien n’y fait. Pour eux, le seul amour légitime, c’est l'amour de l'église et du pupe. L'amour de Dieu vient ensuite. L'église, voilä la fiancée éternelle du prêtre. Mais comme le cœur humain ne se repaît point d’abstractions, il lui faut quelque chose de plus réel et n'ayant point d'objet légitime auquel il puisse s'attacher, il porte ses affections vers des objets défendus.
Rien ne m’a jamais paru aussi stupide que ces attaques contre la femme. J’ai toujours supposé qu’elles étaient faites par des théologiens malheureux en amour. Est-ce que par basard Dieu n'a pas créé la femme tout comme l’homme? Est-ce que ce n’est pas dans le cœur féminin qu'on trouve le plus d’affection, de délicatesse et de dévouement? Qu’y a-t-il de plus poétique au monde que le front d’une jeune fille chaste et pure? Qu’y at-il de plus vénérable qu’une mère de faille vraiment digne de ce nom? Ne porte-t-elle pas sur son front la triple auréole de la chasteté conjugale, de la maternité et du dévouement infatigable? Et ce sont des célibataires qui se mêlent de traîuer dans la boue tout ce qu'il y a de plus pur et de plus sacré en cemonde. Fi donc! la belle besogne et vraiment digne de ceux qui l’entreprennent.
Et j'ajoutais comme conclusion: Il faut avouer que l’église romaine a bien changé depuis Jésus-Christ, quoi qu'on en dise. Si les apôtres revenaient sur la terre, ils ne reconnaîtraient plus leur œuvre. Ils seraient fort étonnés et indignés de tontes les doctrines qu’on met dans leur bouche. Et alors je passais en revue dans mon esprit les