EMILIE FILLE EM1LIA MATER OSSVARIVM FECIT
Cette dernière a été trouvée auprès de la chapelle de Sainte-Dévote, hors de la ville, dans le vallon de Gaumates.
La côte ligurienne d'où est parti César sera bientôt le théâtre de sanglants démêlés ; Othon et Vitellius se disputaient l'Empire : a Le procurateur Marius Maturus occupait alors les Alpes Maritimes ; il avait levé des hommes (le pays n'en manque pas), et il résolut de chasser les Othoniens de la province. Mais dès le premier choc, ses montagnards lurent taillés en pièces et dispersés, comme devaient l'être des hommes rassemblés h la hâte, qui ne connaissaient ni
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l'art de la guerre, ni leur cher, et indifférents à la gloire du succès comme à la honte de lu déroute. » '
Une tradition veut que Menton ait été fondée à cette époque par les Othonicns vainqueurs, à la mémoire d'Othon, in memoriam Othoim, d'où par contraction : Menton. Nous n'avons trouvé nulle mention du fait, et la contraction des mots nous semble trop forcée pour être acceptable.
Les empereurs passaient vite à Rome ; à peine vainqueur d'Othon et libre de s'abandonner à ses ignobles penchants, Vitellius est tiré de la torpeur d'une digestion pénible par le soulèvement des légions d'Asie, qui ont proclamé Vespasien. Fabius Valens, son générai, court en Gaule pour prévenir la défection de la Narbonnaise ; « il est rejeté par les vents contraires ou par un calme inopportun dans le port de Monaco. » 2 II rencontre dans cette ville le procurateur Marius Maturus, qui cherche, mais en vain, à le dissuader de cette tentative; il s'embarque à Monaco ; la tempête le pousse sur les îles Stéchades (îles d'Hyères) où il est pris par le lieutenant de Vespasien, Valérius. Valens pris, tout suivit la fortune du vainqueur;
1 Tarite, Histor., liv. IT, 12.
2 Tacite, llislur., liv. III, 43.
c'est donc entre Monaco et Hyères que se décida le sort de Vitellius.
Quelques historiens veulent faire naître à la Turbie, voire même à Monaco, l'empereur Pertinax, ce vertueux et énergique vieillard qui fit entrevoir un instant au monde l'aurore de jours heureux et glorieux qui ne devaient pas luire pour l'Empire romain. L'authenticité de cette gloire locale n'étant pas plus contestable que certaines autres admises pour plusieurs grandes villes, pourquoi ne pas permettre à ce petit pays de la revendiquer avec force, en l'absence de documents contraires?
L'introduction du christianisme dans ces contrées serait due, paraît-il, à saint Nazaire, qui prêcha l'évangile en la cité de Cimiez, près de Nice, sous le règne de Néron, et à saint Bassus, premier évêque de Nice, martyrisé dans sa ville épiscopale pendant la huitième persécution, sous Décius. Mais Monaco a sa patronne qu'il entoure d'un culte particulier, sainte Dévoie.
La légende de sainte Dévote est rapportée dans la chronologie de Lérins; nous l'abrégerons en reproduisant les traits les plus caractéristiques de ce curieux monument.
« Au temps des empereurs Dioclétien et Maximilien, il y avait en Corse une jeune chrétienne nommée Dévote,
d'une piété ardente. Ayant appris la prochaine arrivée «l'un cruel préfet envoyé par les empereurs pour persécuter les chrétiens, elle se réfugia dans la maison d'un sénateur
nommé Eiilicius, pour s'y livrer en paix à toutes les pratiques de la vie ascétique et contemplative; jour et nuit elle chantait des psaumes et des hymnes, s'adonnait à des lectures spirituelles et macérait son corps par des jeûnes rigoureux, ne prenant de nourriture que le dimanche. C'est en vain qu'Euticius s'efforçait de la dissuader d'une telle austérité ; Dévote répondait : ce Je ne maltraite pas mon corps, mais je me repais de délices diverses, parce que le Dieu du ciel me rassasie chaque jour de ses dons et de ses biens. » Et Euticius se taisait , ne pouvant soutenir l'éclat de son visage.
a Cependant le préfet est anivé ; Euticius et les personnages de l'île lui offrent un repas splendide. Pendant la fête, un délateur annonce au préfet que dans la maison d'Euticius il y a une jeune fille qui méprise les Dieux et refuse de leur offrir des sacrifices. Le préfet n'ayant pu obtenir du sénateur qu'il lui livrât Dévote, et n'osant se commettre ouvertement avec un homme aussi important, le fait empoisonner en secret. Dévote est ensuite arrachée de sa retraite et traînée devant le préfet qui, pour châtier ses refus de sacrifier aux Dieux, lui fit broyer la bouche
à coups de pierre en criant : « Ne blasphème pas les Dieux ! » puis il ordonna qu'on la traînât , les mains et les pieds liés , sur les roches aiguës, et enfin la fit attacher à un chevalet. Au milieu de ses souffrances elle s'écria : ce Seigneur, écoutez la prière de votre servante; comptez au nombre de vos élus Euticius, qui a été tué à cause de moi par le barbare préfet. » Et une voix fut entendue du ciel : ce Ma servante, ta prière a été exaucée, et tout ce que tu as demandé, tout ce que tu demanderas, tu l'obtiendras; » et aussitôt une colombe sortant de sa bouche s'envola vers les cieux.
« Le préfet avait défendu qu'on l'ensevelit, voulant brûler le corps le lendemain, pour l'empêcher d'aller au ciel, d'après le conseil de ses satellites. À ce moment se cachaient dans les cavernes, par crainte de la persécution, Benenatus, prêtre de Savoie, et le diacre Apollinaire, qui furent avertis par une vision d'avoir à enlever le corps de cette bienheureuse vierge. Ils s'entendirent avec un marinier nommé Gratien, et dans la nuit, escortés d'une multitude de vierges, ils enlevèrent le corps, le déposèrent dans un navire, l'embaumèrent et se dirigèrent vers l'Afrique. Mais le vent du midi les poussa vers le nord. Le bâtiment, qui avait été abandonné longtemps sur le rivage, faisait beaucoup d'eau ; ils avaient beau travailler toute
la nuit, leurs efforts étaient superflus. Au point du jour Gratien, épuisé de fatigue, s'endormit, laissant à Benenatus
le soin de diriger la barque. Dévote lui apparut, et le poussant, elle lui dit : « Debout, pilote Gratien, la tempête va s'apaiser, la mer sera tranquille et Veau ne remplira plus votre barque ; elle n'aura plus à souffrir des vagues; toi et le très saint prêtre, regardez avec attention, et quand vous verrez une colombe sortir de ma bouche , suivez-la jusqu'à ce que vous arriviez en un lieu appelé en grec Monaco et en latin Singulare, et enterrez-y mon corps. » Ils regardèrent avec attention et virent la colombe sortant de sa bouche, qui les précéda; ils la suivirent jusqu'au lieu désigné. Arrivés à Monaco, la colombe s'arrêta dans la vallée de Gaumates, où est une église en l'honneur de saint Georges , et y déposèrent le corps de la sainte vierge et martyre Dévote, le sixième jour des calendes de février (27 janvier). » ■
On éleva dans la suite un oratoire sous la dépendance du monastère de Saint-Pons, de l'ordre de saint Benoit ;
1 Chronologie de Lérins, dans Les Bollandistes. Voir le texle intégral aux pièces justificatives, n° -2.
2 Les Monégasques n'ont cessé de rendre un culte fervent à la mémoire et aux reliques de la sainte. Les princes ont comblé de faveurs les moine» do Saint-Pons et ceux du prieuré do sainte Dévote; ils étaient dans l'usage de se faire apporter à leur lit de mort, par le curé de l'église de Saint-Nicolas, les reliques de sainte
et en 1612, le prince de Monaco, Honoré II, fit ériger une statue de bronze en l'honneur de la sainte. Plus tard, les reliques de sainte Dévote furent transportées dans l'église paroissiale de Monaco.
Peu d'années avant que l'antique sanctuaire phénicien eût été consacré par les reliques d'une vierge chrétienne, Monaco avait vu passer un des derniers empereurs païens, un de ceux-là mêmes qui ordonnèrent la persécution où périt sainte Dévote, ce Maximien Hercule, dit Lenain de Tillemont , se rendit en 290 des Gaules en Italie en même temps que Dioclétien, et passa aussi les Alpes durant l'hiver qui était très rude. Il les passa du côté cle Monaco, car c'était un des chemins romains pour entrer en Italie. » 1 Deux années après , Maximilien repassa encore à Monaco. a
Dévote, qu'ils baisaient avec piété, pendant que la population, agenouillée dans la ville et devant le palais, priait pour son souverain.
Aujourd'hui encore, tous les ans, le 27 janvier, une procession solennelle part de l'église paroissiale en portant les reliques, et se rend en pèlerinage à la chapelle élevée à sainte Dévote, à l'entrée du vallon de Gaumates, appelé aussi vallon de sainte Dévote. Les princes de Monaco et l'Eglise ont encouragé en plus d'une circonstance le culte des Monégasques pour leur patronne ; les archives de la principauté renferment des bulles pontificales du pape Sixte IV en 1475, et de Henoît XIII , en 1725, accordant des indulgences de deux années aux fidèles qui contribueront aux réparafions de la chapelle, ou qui la visiteront à la fête de la sainte et à l'octave.
1 Lenain de Tillemont. Histoire des Empereurs, vol. 1.
2 Tu modo Galliœ oppida illustraveras , jam summas arces Monœci Ilerculis pra'torib.is. [Claudii Mamertini Genethliacus Mnrimiani Auyusti.)
2i MONACO Kl SES N'.IM i 5.
L'Empire romain penche de plus en plus vers sa ruine ; tout ce qui fit sa force et sa grandeur s'est évanoui : le nom seul est encore debout, stat magni nominis umbra ; les Barbares, vengeurs du monde opprimé, accourent en foule épaisse pour lui porter les derniers coups, et de ses ruin naissent vingt Etats divers et rivaux dont la lutte acharnée prépare le lit de la nouvelle société.
Protégée par ses montagnes et la mer, la côte de Monaco resta quelque temps en dehors du torrent, et dut probablement être administrée alors d'après les institutions municipales que l'Empire romain avait léguées au monde , et sans doute aussi par les évêques de Cimiez ou de Nice. Les détails historiques sur cette époque font défaut en ce qui concerne la contrée; cependant il est vraisemblable que les pirates Vandales qui ravageaient les côtes d'Italie ne durent pas épargner cette partie de la Ligurie signalée à leurs dévastations par la fertilité de son territoire. En 495, Théodoric, désireux de rattacher l'empire ostrogoth à la monarchie visigothe qui occupait l'Espagne, le sud de la Gaule et la Provence jusqu'au Var, s'empara de la Ligurie qui partagea les destinées de ses nouveaux maîtres; elle passa donc sous la domination des Lombards par la conquête de Rotharis en (>i0, après que Narsès l'eu! rattachée pendant quelque temps à l'empire d'Orient. C'est
alors que les Lombards ravagèrent cruellement la contrée ; ils avaient suivi le col de Tende pour se rendre en Provence et envahir le royaume de Bourgogne, d'où ils furent repoussés par le patrice Mummolus, lieutenant du roi Gontran ; à leur retour, ils détruisirent Cimiez, qui ne s'est pas relevée cle ce coup (577).
En 775, Charlemagne mettant fin au royaume Lombard, réunit à son empire avec tout le reste des états de Didier, la Ligurie, qui devint la Marche de Ligurie. Mais le temps du repos était encore éloigné ; le grand Karl n'était pas couché dans la tombe, que déjà d'audacieux pirates venaient infester les côtes de l'Empire. En 812, les Sarrazins, battus dans toutes les expéditions qu'ils lançaient des Pyrénées sur la France, tentent de prendre leur revanche sur mer. Une flotte arabe vient assaillir la côte italienne à Civita-Vecchia ; elle est repoussée par Bernhard, roi d'Italie, petit-fils de Charlemagne; ces pirates sont de nouveau vaincus dans une grande bataille, près de Majorque, par Hermingaire, comte d'Àmpurias, en Catalogne. Furieux de ces revers, ils se rabattent sur la côte de Ligurie et la ravagent impitoyablement.
C'était leur première visite à celte contrée : ils y devaient bientôt revenir et y fonder de trop durables établissements.
Charles Martel à Tours avait arrêté les progrès de la
conquête musulmane; mais les arabes, refoulés <jn Espa £ne, ne cessaient de nourrir l'espoir qu'un jour ils s'étendraient dans ces belles provinces dont il ne leur avait été donné que d'entrevoir les charmes séduisants. Aussi ne cessèrent-ils de tenter des invasions en Septimanie et en Provence.