I.XDF. — INTRODUCTION
joug, et un peuple, d'origine active el intelligente, descendra jusqu'au dernier degré de l'apathie et de l'impuissance.
Quoi qu'il en soit, dans le principe, ce (jui caractérise le Véda, c'est la simplicité. L'homme reconnaît une suprématie céleste, et il croit qu'elle se manifeste dans les phénomènes qu'il observe; le feu lui parait une des IV)rces les plus incontestables de la nature, el il s'adresse à lui sous le nom d'A(jiii ; le soleil lui semble un des bienfaiteurs les plus manifestes de l'humanité, et il l'invociue sous le nom (le Sourya; l'atmosphère lui est favorable par ses jiluies fécondes, et il la bénira sous le nom d'Indra ; la voùtt céleste attire ses regards, ce sera poui lui Varoiina ; la nature terrestre, hi verdure et ses prestiges le charment par leur splendeur, et il la différenciera du ciel par le nom de Frisai ; le vent de la montagne enlin est pour lui un tyran, qui courbe sous sou sceptre le panache des forêts et la crête des flitls, qui amoncelle les nuages ou qui les déchire, et il le suppliera sous le nom de Rotidra. Ainsi fait-il de tous les phénomènes qui le frappent, que tantôt il individualise, que tantôt il résume sous le nom générique de Dé^ vas, esprits lumineux.
iJn autre trait caractéristique du Veda est la sincérité. Cette sincérité se manifeste aussi bien dans les vœux les plus exigeants que dans les objurgations lesplus violentes. L'Aryaestaussi franc dans ses désirs de richesse et de prospérité que dans sahaiue|)Our le L)asyou, l'indigène, son rival, son ennemi. A l'enlendre, le Dasyou ne vit (pie de rapines, dérobe honteusement, comuie un brigand, le bien d'autrui; il t.— DibLnniHiijL E Im i:h.\a:i().\ale.
n'a ni foi, ni loi, il méconnaît les dieux, il est lâche, perfide et i)eivers. L'Arya le voue à l'exécration, et supplie les puissances célestes de le foudroyer, de l'anéantir, aussi bien qu'il les implore sans cesse pour doubler ses biens, pour augmenter ses troupeaux, pour lui donner une postérité nombreuse, valeureuse et productive. Tel est riiomme primitif, aux jiassious exaltées et franches, à l'énerg'e de sentiments, à l'avidité des richesses.
Ce sont d'abord des vaches et des chevaux ([u'il réclame aux divinités, c'est plus tard de l'or, et toujours le triomphe, la fortune, le bonheur matériel et immédiat. Il leur ap[)rète le soma, la liqueur du sacrilice, afin ([u'ils lui rcudeut un bienfait pour ( lia([iie goutte du breuvage sacré, il les convie à recevoir ses offrandes pour leur en demander instantanémenl le prix.
El mainteuauL, quel est le peuple qui chantait ces hymnes si heureusement inspirés? Figurons-nous d'abord, au pied des montagnes les plus hautes du globe, sur le versant occidental de l'Himalaya (séjour des neiges), un pays rude et austère , des champs d'orge sur les plateaux, des herbages dans les fonds, et à l'horizon des rochers superposés, des torrents qui se mêlent aux flots de l'Iudus, toute la majesté de la nature, mais aussi toute sa rigueur. I^'liiver et l'été sont durs : froid glacial ou chaleur étouffante; les écpiinoxes sont féconds en tempêtes; mais le printemps a des charmes si vifs que le chant des ancêtres le redira à toutes les générations. C'est là que vécunnt ces Aryas de l'Inde, séparés de leurs frères, les Iraniens, et des émigrants .\ryas, nos
IMJI-:. - INTKUDUCTIU-N
véritables ancêtres, (|ui sont déjà parlis, et, sous les noms de Celtes, de Pélasges, de Germains et de Slaves, ont suivi la marche du soleil, contourné la mer Caspienne, traversé des fleuves et leurs courants rapides, des montagnes et leurs forêts épaisses, des marais et leurs terrains mouvants, en emportant avec eux, dans notre Occident, le véritable A(/ni\ le feu sacré de l'intelligence et du progrès.
L'Arya de l'Inde, traînant après lui ses troupeaux, pillant pour les augmenter, luttant pour les défendre, s'arrêtant tout à la fois pour combattre et I)Our se reposer, acharné contre les autochtones , ces Dasyous qu'il ne peut assez souvent maudire, rapportant à ses dieux ses victoires et leur en demandant de nouvelles, est un |)euple en marche qui se développe par une lente conquête. Aussi ses iiymnes sont-ils à la fois des prières, des chants de victoire, des imprécations contre les vaincus, rarement des préceptes de conduite, plus rarement encore des préceptes de morale.
L'Arya médo-jjerse, soumis aux variétés climatériques du sol (|u'il a ciioisi pour son établissement, réjoui par le printemps, désolé par l'hiver, enthousiasmé des fleurs et des fruils de son Iran, épouvanté des neiges et des tempêtes de son Touran, discernera dans la nature deux forces ennemies, deux comjjattants, le bien et le mal. L'Arya slavo-scandinave, en pénétrant dans le Nord rigide, verra des divinités féroces dans ses nuages fanlastiques, et dans ses glaces polaires.
L'Arya (■i'l|i{iu(', voyageant à travers les jjrumes et les marais, prendra des ruchers pour autels et des lorêts pour lemide ; de sa terreur nallroul des
mystères terribles, et de sa vie menacée des sacrifices sanglants. L'Arya greco-romain, au contraire, sous son ciel azuré, au bord de sa mer radieuse, sur sa terre favorisée par la plus douce des temi)ératures, s'épanouira en mille grâces de poésie, et peuplera les cieux de toute une génération divine.
Le pays , où se livrent les luttes sourdes et répétées des Aryas-Hindous, le Saptasindhou, formé par les affluents de l'Indus , et longtemps borné, pour ces derniers, d'un cùlé par le fleuve, de l'autre par la montagne, n'est pas encore fort distant du lieu d'origine des vfulhtuls hommes;, la Bactriane , si féconde en émigrants.
Les Aryas-Hindous s'y développeront avec patience, y gagneront i)iedà pied une patrie, y poursuivront, combat par combat, l'exlermination de leurs mystérieux adversan-es, et fonderont leur unité en consacrant tour à tour les inspirations de leurs poètes, et en léguant à leui' postérité leur étrange hvre aux centaines d'auteurs.
Qu'étaient-ce donc ces auleurs si nombreux? Nous l'avons dit, des pères de famille, ces prêtres naturels, primitifs inter[)rètes des vœux et des hommages de leurs enfants. Ces pères de famille allumaient le feu du sacrilice, lui offraient comme aliment le soinn, lii[ueur tirée de l'asclépiade amèiT, le beurre, le lait, phis lard un hclier, et enlin le cheval, l'endanl ce sacrilice ils prononçaient des paroles sacramentelles et des prières ; et, quand le sacrilicaleur était poète, ces paroles devenaient des rhythmes, ces prières devenaient des hymnes. Puis on répétait ces hynnies à clia(|ue nouveau sacrilice ; ou se les transuicltait oralement de lils en lils; et la Iradilion
.NDK.
.NTIini)lCT10-\.
s'établissait, et le respect des aiicttres se consolidait par cette tradition même, et l'on évoquait autour du gazon sacré les mânes de ces ancêtres inspirés , et l'alliance se perpéluail entre le jiasséetle présent, en engageaiil l'avenir et en fondant [leu à peu le t'ulte, les rites et la foi. Autant de faniilks, autant de sacrilices; autan! de poêles palriai'ches, autant decantiques.
De là ce millier d'hymnes, dans le llig-Véda dont encore nous avuns ]jerdu un grand nombre ; car , lorsque la famille s'éteignait, sa prière particulière n'étant plus répétée, n'étani plus transmise par la jiiété filiale, s'effaçait de la mémoire des indifférents qui se contentaient de répéter el de transmettre la prière de leur propre chef. Puis, d'un autre côté, dans les branches nombreuses, nmltipHées par les mariages qui créaient de nouvelles familles, de nouveaux poètes se manifestaient, chantant à leur manière les merveilles de la vie et les mystères de la mort. Le concert du Varia variait dès lors d'accents et d'expression : des idées neuves surgissaient, des interprétations différentes des phénomènes de la nature et de l'intervention céleste, ajoutaient de nouveaux dieux au panthéon traditionnel; l'amour-propre , l'antagonisme, la passion prenaieni parfois aussi une place destructive dans le groupe primitif, et peu à i)eu, fatalement , s'altérait la candeur originelle.
L'antiquité du Piig-Vedii est aujourd'hui incontestable. Son caractère religieux l'a fait conserver avi c une sorte de piété ardente et jalouse, et l'on pourrait jusqu'à un certain point i-econnaitre au style même des invocations, et à la nature des êtres siu'liu-
mains qu'on y adore, l'époque d'une grande partie de ses hymnes. D'abord la conception d'une force divine y est simple, et la prière na'i've. L'Arya est en marche ; il implore en sa faveur les forces lie la nature, il lève les obstacles qu'il rencontre par une invocation: ici à une rivière pour qu'elle modère son cdLiraul, lààune monlagnepour qu'elle abaisse ses penles, plus loin aux eaux du ciel pour qu'elles assainissent par leur abondance les nnasmes d'un mal'ais; plus habituellement h Indra pour qu'il accorde un nouveau triomphe à ses protégés. Plus lard, l'Arya vaini|ueur s'établit sur la terre conquise, il la cultive avec la charrue, il rentre sa récolte sur des chars, bat ses blés, crible son orge, cultive ses rizières ; et son ordre social plus avancé se reflète déjà dans ses dieux. Il compare Agui, le feu, à un coursier, qui, attelé à son char, secoue sa crinière; Ouslui, l'aurore à une déesse montée sur un brillant véhicule ; les vents du matin, les Marouts, fils de Vayou ou de Moudra, sont aussi sur des chars, armés en guerre avec le glaive et le carquois, décochantdes flèches contre les nuages, et buvant le soma avant leur journée de travail. Plus tard il se mêle à la figure vague , mais encore noble de l'image i)rovidentielle, des traits exagérés ou bizarres : Sourya, le soleil, a des bras d'or, des mains d'or, et même une langue d'or ; les Marouts , ont des attelages de daims, des cuirasses et des lances. C'est que l'industrie vient d'a[iparaîtrc chez l'Arya indien : il peigne le chanvre, tisse la laine, iierfore des puils, ulilisc tous les animaux domestiques, travaille les métaux et sait en apprécier l'usage et la valeur. Plus lard encore, la pensce
INDE. — IXTUODICTION.
])ure et instinctive cède le pas à l'iiilerprétation des dépositaires de la tradition. Le brahmane apparaît comme le seul intermédiaire entre la divinité et riiomnie ; il impose son intervention, il complique le rituel, il crée les castes, il édicté des lois, et la multitude, lui contianl son âme, se laisse dominer peu à peu, absorber, annuler.
Mais cette multitude qu'on vient de condamner à une inégalité infranchissable par l'institution des castes,et à une ignorance absolue par l'interdiction de lire même ses codes sacrés, fera dévier le sabéisme ingénieux et poétique, qui avait succédé au monol héisme primitif, vers un polythéisme universel.
Le sonia, cette liqueur du sacritice, sera traité de divinité, ainsi que le mortier et le pilon (pii scrvout à l'obtenir ; la plante médicinale passera déesse ; les grenouilles seront invo- (|uées, les dés enfin deviendront des dieux. C'en est fait, le bien et le mal, la pluie bienfaisante comme l'ouragan, la moralité comme les passions, prennent rang dans cet olympe étrange, qui a remplacé la voûte céleste et pure des premiers Aryas. C'était par 1*^4soura, le principe de vie, indépendant de toute manifestation particulière, (pie s'était révélé le monothéisme primitif; maintenant ÏAsoara cessera d'être une croyance pour enli'er dans le doii!ain(^ philosophique qui intervertira sa valeur; et l'-'iA', la sainte parole symijolisant les puissances diverses de la nature , créera i)0ur la multitude autant de dieux, que ses besoins, ses terreurs et ses rêves en auront exigés.
Malheureusement l'ordre chronologique du Véda a été confondu par ses transcripleurs, et le classement en est arbitr.iii'e à un tel point (pie dès la
l)remière des huit sections du Hig, on rencontre des hymnes de tous les âges.
Dans ce recueil , que les brahmanes ont coordonné, on reconnaît, sans difliculté, le dessein spécial de mettre d'accord les anciennes prières avec le nouveau culte. On y trouve même une sorte d'idée dirigeante dans la disjjosition des invocations de presque tous ses livres : d'abord parait Ar/ni, puis //jrfra, ensuite les V7en'a(^é vas, tous les dieux; comme si les diverses familles, les diverses tribus, dont chacune affectionnait tout naturellement le nom et l'image de son dieu i)articulier, avaient voulu s'entendre et s'arranger de manière à former, dans chaque livre , une espèce de panthéon des différents symboles et des différents allribuls de la divinité indienne.
Peut-être cet arrangement a-l-il ])lus d'importance qu'on ne lui en a accordé jusqu'à présent, et dévoile-l-il une partie de l'intelligence politique des brahmanes, lesquels, pour arriver à la ^domination de toutes les tribus des Aryas de l'Inde, auraient commencé par en adopter les différents symboles, en leur faisant inie place d'honneur dans le livre (pi'ils déclaraient sacré.
V a-t-il une époque antérieure au l\i(j-Vvda 1 Tout le fait présumer ; les divers Manous, rappelés dans le lii)/ tout autant que les douze prophètes (pii précèdent Zerdoust ou Zoroastre, enumérés dans \o Dccalir. Aussi MM. Emile Burnouf, Lassen Oppert, Obry, ont-ils cherché à déterminer la géographie et même la langue de ce berceau commun de l'Occident tout entier, VAryana. A l'âge le plus éloigné peuvent se rapporter, chez les Aryas, les premiers rudiments de la vie et
NDR. - INTUOnCC.TlON".
l'imité divine d'Agni, antérieure à celle d'Indra. Puis vient le temps des Richis, ces poètes religieux, qui chantaient dans la langue ancienne les bienfaits de l'Etre tout-puissant, en lui dénonçant les méfaits des phénomènes naturels , la grêle, la glace, l'ouragan.
Celte animation delà matière en mouvement n'est que de la poésie; mais elle ne cache qu'aux inattentifs l'unité fondamentale. Entin , la séparation amène deux dialectes , le sanscrit et le zend, et chaque grande émigration, tout en conservant des traditions analogues, se divise par les interprétations, c'est-à-dire par la théologie.
Les méditatifs Aryas, avant leur séparation, tandis qu'ils formaient encore une alliance de tribus homogènes dans les plaines de la Bactriane , avaient observé la nature, et réfléchi sur les secrets de l'univers. Aussi , frappés tout autant par le spectacle des phénomènes physiques que par les mystères de l'existence, ils semblent s'être expliqué le principe du monde visible par le mouvement qui prouve la vie, et par la vie qui naît, croît, cesse, et se renouvelle constamment autour de nous. De là la conception d'un principe de vie, unique et général, indépendant des individus de toutes les espèces, dans le règne végétal comme dans le règne animal, se transformant, se liivisant, se répandant pariout. Les Indiens nommèrent ce principe A.so^zi-a, les Iraniens AJioara, et c'est en lui que MM. Alfred Maury, Pavie, Eichhoff reconnaissent ce monothéisme, dont d'autres indianistes placent l'éclosion beaucoup plus tard. En tout cas, ce principe des Asouras, qui explique le monde pour les Aryas et justifie l'interveutiou des dieux, est le fonde-
ment de leur culte, et le sentiment inspirateur de leurs hymnes. Il est avéré, en outre, qu'avec le culte des éléments, ils avaient adopté le culte des mânes. La tradition le prouve surabondamment; le respect de l'hymne de famille, l'évocation des aïeux autour du gazon sacré, le texte même de certains chants, tout confirme l'existence chez eux de cette vieille idée, qu'on trouve aussi dans la religion des plus anciens Grecs et Latins. Les Aryas honoraient leurs ancêtres, dont quelques-uns, tels que les RibJwiis, devenaient même des demi-dieux. Ils leur offraient des sacrifices : et c'est peutêtre la raison déterminante de l'adoption des Yédas par les brahmanes ; car ainsi était établie la valeur traditionnelle d'un recueil, auquel on donnait le sens de parole divine, prononcée et recommandée par des êtres surhumains.
En nous rendant compte du panthéon védique d'après la lecture des hymnes, et non d'après les commentaires brahmaniques , nous avons d'abord constaté une simplicité et une clarté toute en l'honneur des conceptions primitives et de l'esprit net et sobre de nos premiers ancêti'es. Indépendamment de ÏAsoiira, ce principe générateur de la pensée religieuse et de ses symboles, nous trouvons trois grands dieux auxquels l'Arya-Indien s'adresse le plus souvent : ce sont Agni, le feu, Indra, l'éther et Sourya, le soleil. Quant à Aditi, la nature indivise, Fa/'Oi/fla, le ciel étoile, Vayou, l'air, Roiidra, le vent, les Marouts, les brises, les Aswjna, les crépuscules, Ousha , l'aurore, Prisai, la terre, ils n'apparaissent que comme dieux secondaires, puissants dans leur
INDH. - IXTIillDrcTIiiN.
cercle d'aclivili', ninis pliifùl nuxiliaires des Irois dieux supérieurs <|iie souverains par eux-mêmes de 'outesles choses et de tous les êtres.
Le Hig-Vciln ouvre et ferme jiar un hymne à Arjuj. Si, comme nous le croyons, une idée dirigeante a présidé au elasscmeul du Hig, cette disposilion n'indi(pierait-elle pas qu'Agni était h' dieu des prêtres , comme Indra semble le dieu des guerriers, et qu'il devait, d'après les brahmanes, triompiier de tous ses rivaux, et les absorber à la tin dans sa toute-puissance?
'i'dujours esl-il qu'il y a une sorle d'antagonisme enti'e eux, sinon dans les actes, au moins dans les attributs, et l'on voit cette lutte naître et se développer dans des chants divers, qui, par leurs louanges graduées et progressives, tendent à attril)uerà Fini ou à l'autre la prédominance , la souvel'ainelé suprême, la création. Nous chercherons à établir celte hypollièse ])ar la légende de l'un, Indni, et par les développements de l'autre, Agiii ; quant à Sourya, il est aussi clair dans sa cause et aussi incontestable dans ses effets que l'aslrc innneuse et l)ieu''aisaiit (pi'il re|)réseule.
(.le qui donne à Siiii/\v;i, le soleil, une valeur toute poé'tirpic, c'est (|u'il apparail à eliacuu comme le jilus distinct, le i)lus évident, le plus actif de tous les dieux. Rien n'est douteux dans sa puissance, rien n'est équivoipie dans ses diverses manifestations.
S(ui s 'JOUI' esl dans le ciel, mais son l'iiq.'ii'e est aussi lii(-u sur la teri'C que dans les airs, dans l'espace ipi'i! l'cniplit, dans la nature ipi'il (■claire, (■■chauffe cl féconde. Les animaux lui d()i\cul lii vue poui' se dirigci', les
honnues l'inlelligence pour le comprendre; il doime aux montagnes leur physionomie, à la plaine sa parure, au fleuve son scintillement, à la fleur sa beanti', à tous les êtres ce qui les caractérise et ce qui les différencie.
Son absence efface toutes les couleurs, vide l'horizon, éteint tous les yeux, confond tous les esprits, détruit loute individualité, et remplace par un chaos temporaire l'harmonie des mondes, qui n'est autre chose pour les hommes primitifs que la lumière. Mais Sot/rya ne se contente pas de briller, et de dispenser, entre tous, les eflluves inépuisables de sa splendeur; il pénètre chaque corps organisé, il prodigue sa chaleur à la création entière, dote la sève de son activité, le sang de sa tiédeur, la terre de sa fécondité, l'imagination de ses brillantes couleur.s ; il entretient l'existence de tous, et imprime au mouvement universel sa vertu de croissance et d'élaslicitfi. Le soleil enfin crée la joie, le bonheur; la nuit est triste, le ciel voilé par la tempête est terrible; les ténè- Ijres sont la mort, la clarté seule est la vie. Ces propriétés bienfaitrices du soleil, les Aryas les saisissent, et les ex]:)riiueul par les noms divers du soleil, qu'ils a|i]ieileiit jour à t()ni'.s'r)///'i <7, le i'espl(Mi(lissant, et Snvilri, le créa- Icur, l'niirhoii. le nourricier, et Mili-n, l'ami de lous, Bhnga, le fortuné et Aryuiintii. le |)uissanl. Enlin, sons le nom de \'lrlninii, le \oyagein' e('lesle, ils se le lignrent d'abord connue nu nain (pii apparaît avec sa grosse l(''Ie à riioi'izon, croit avec la rapidité vei'ligiueuse d'un dieu, projelte ses feux dans l'iuliui, s'empare du ciel et le iravei'se eu trois pas : le lever, le /.(■'lulli el le coucIkm'. Roui'eux \'icliMou
INDE
INTRODICTinX.
c'esl le soleil dans sa force, dans sa pnissance, dans sa domination, indépendamment de SCS liienfaits et de ses œuvres.
Telle est même l'influence qu'on prête, dans les hymnes védiques, à l'as- Ire souverain, que Eug. Burnouf n'a pas hésité à présenter //ic//v? comme le syral)ole de l'enevgie atmosphériquo du soleil. Or il explique sa pensée en termes si exacts et si poétiques à la fois, ([ne nous prendrons la hberté, au liénéhce de nos lecteurs, d'emprunter à sa judicieuse et i^rofonde étude du Véda, ce morceau si remarquable :
• J'appelle Indra la puissance météo- ■' rique du soleil; Ahi, Siishna , Vri-
• ira , le nuage sous ses aspects ;
■ Maroiifs, les vents déchaînés. Indra
• ne va-t-il pas jouer dans les airs le
• même rôle qu'un roi puissant à la « tète de son armée ? C'est le dieu de « la lutte par excellence : on l'appelle « Indra de la racine Jnd, régner, " ylyva comme les nobles seigneurs " du temps, Soasipra, au beau nez,
■ pour distinguer le chef, par ce signe
■ de noblesse, des ennemis au nez « aplati, que l'on appelait Dasyous, et « que l'on nomme ici Dànavas , on
• le nomme Hchallriya, comme les « princes féodaux ; ou le nomme Râja, ' car il est vraiment le roi des cieux; « il est Div, c'est-à-dire paré de vète- " ments brillants; il est Cakra, c'est-
• à-dire puissant. Voici maintenant « son cortège et son œuvre, comme le
■ Véda nous les présente.
« Quand la nuit touche à son terme, •■ une One lueur se répand d'en haut
■ et commence à rendre visibles les " silhouettes des arbres et des collines. ' L'âne s'éveille le premier et donne « avis à toute la nature que le roi du
■ ciel est en route et qu'il approche. " C'est cette bête, si belle dans les " contrées du midi, et dont la nôtre ' n'est qu'une grotesque dégradation, « que les Aryas ont donnée pour atte- « lage aux cavaliers célestes , aux ' deux ,l(Mr///.s véridiques, courriers
■ matinaux et médecins vigilants, qui
■ viennent, avec laclarté jiour remède, ■■ guérir la nature entière des maux et
■ des erreurs de la nuit. •
0 Arn'ins , vcoittez riivinitr ijhp chaiitnil en votre lionneiir un bonniie errant dans le!> ténèbres, hymne que fai répété en recouvrant la vue par votre protection, auteurs de tout bien.
r.\XIVAN. I, 2il.l
Avec vos coursiers aux ailes d'or, rapides, doux, innocents, s'éveillant avec l\iurore,liiinndes de rosée, heureux et disposés à faire des lïeureux, venez à nos sacrifices, comme les abeilles au miel.
Vos rayons avec lejour repoussent les ténèbres et projettent au loin dans l'air des lueurs brillantes. Le soleil attelle ses coursiers.
(vAMAriKVA, I, 191.)
« Lechar des.4cn-//7sa trois sièges, « sur un desquels est placée la fille . du soleil, Arjuni, celte charmante ■■ lumière, que le regard des dieux •• suit avec un pur amonr ; la jeune et •• aimable fille est empoi-tée par eux - dans leur course circulaire.
« Alors apparaît l'Aurore, sœur de
■ la Nuit ; elle est sur un char éclatant; " rougeàtre, elle ouvre les portes rou- " geâtres de l'Orient ; elle s'avance, . elle s'étend, elle remplit le monde . de clarté.
Ousli.i se dévoile, coniuic une l'emme couverte de jiarure, elle semble se lever et .se montrer à In vue, coiiiiiie une femme qui .lort du bain. Elle a lisse la plus belle des toiles ; et toujours jeune elle précède à l'orient la grande lumière.
l'SATYASIlAVAS, II, :\~'l. )
INTRODI'CTIO.N.
• En effet voici le roi lui-même, " voici Indra. Le ciel n'est plus rou- " geùlre; les Aç.wins ont été plus loin ' vers l'Occident; l'Aurore disparaît " comme eux ; c'est le cortég ■ royal • qui va venir.
• Indra est monté sur un cliar d'or, ' traîné ]iar des coursiers jaunes; il
■ est lui-même tout resplendissant
■ d'or; il porte la tiare étincelante; il ' lient dans une main, l'arc d'or; dans ' l'autre, la foudre, qui est sa t'ièche ;
sur son char est le disque d'or, aux bords tranchants. Il a pour cocher l'habile et prudent i!/a/a//.
• L'escorte d'Indra est composée des Mui-ou/s, qui sont au nombre de soixante-trois; Mâtarirwan (le chien de Mùlali?) est leur chef; il complète le nombre soixante-quatre, qui est celui des divisions de la rose des vents. Les Marouts sont traînés par des antilopes, les plus rapides des animaux. Fils de Prisni, qui est la terre montueuse, ou de Sinclhou, qui est l'Indus, ils vont avec bruit autour de leur seigneur, prêts à le soutenir dans la lutte. Du reste, eux-mêmes sont tous des princes cl méritent le nom d'Aryas et de Kchattryas, comme Indra, qui est leur suzerain et leur chef de guerre.
• Tout ce cortège bruyant, mouvant et lumineux, dont les armes se clio- ([ueut et dont les fouets claquent au milieu des airs, s'avance vers le foyer d'Agnl, s'y arrête un instant, y rcyoil de la main du prêti'e et par l'eidrcmise du feu sacré, le soina, iiipieur ardente des guerriers, et les nlmuînts solides de rofh'andc. Indra et la brillante armée des ra])i(les Maraii/s sont prêts désormais à en- Hiig(îr II' (■(unliat.
" Déjà en effet, en présence d'Indra " qui s'avance, Ahi, le serpent, fait
• glisser son corps vaporeux dans les
• airs, et rassemble des montagnes de
• nuages. Siishna, l'aride, fient les " eaux suspendues dans l'atmosphère,
' les refuse à la terre, dessèche les " plaines et les collines, tarit les fleu-
• ves, fait périr de fann et de maladie ■■ les trou])eaux et les hommes. Le sa- « crifice languit , l'œuvre de la pro- « duction et de la vie semble près de « s'arrêter, les Asouras ne recevront « plus les aliments dont ils ont besoin - pour accomplir sans fatigue leur
• fonction divine. Tous les êtres sont
• intéressés dans la lutte. Vvil fa, celui " qui couvre àe nuages ratmos]ihère,
• s'est emparé des régions dont Imli'a « est le maître; il y commande, il a
• voilé la face du resplendissant, et à
• dérobé à la terre la vue de sa majesté. « Mais voici Indra qui s'avance armé > de la foudre.