A INDRA
Je veux chanler les antiques exploits jKir irsquels' s^esl distingué le IbudroyunI Indrn. Il j i'rajipé Alii ; il a i-épandn les ondes sur In Ivi-rc ; il a déchuînù les torrents des montagnes.
Ahi se cachait dans la montagne ; il Vu Irapjté de celte arme retentissante., fabriquée pour lui jiar Twastri ; et les eaux, telles que des vaclies qui courent à leur ôtable, se suutjelces au (jr.iiid neuve.
.... .Miigavan a pris sa t'uudre qu'il va lancer eoiiinie une lh:flie ; il a li-appé le premier-né des A/jis.
\ussil(il /('S ehaniies de ces magiciens
sont ilétruils ; aussi liil lu semblés donner naissance au soleil, an ciel, à l'aurore. L'ennemi a ilisjiaru devant toi!
Indra a frappé V'ritra, le plus nébuleux de ses ennemis. De sa foudre puissante et meurtrière, il lui a bi'isé les membres, tandis qu'.ibi. comme un arbre frujipé île la haebe, git étendu sur la terre.
Il osait provoquer le dieu fort et victn-
l.NDE.
INTROnrCTION.
rieux... il n'a pu éviter un pnrjagenienl mortel, rt l'ennemi if Indra, d'iii/r jniis-ii/rc J'ran, H i/ms-ii les rivières.
Privé de pieds, privé de hras, il combattait encore, Indra de sa foudre le frappa à la tôle, et Vritra... tom/je déchiré en lambeaux...
La mère de Vritra s'abaisse; Indra lui porte par-dessous un coup mortel ; la mère tombe sur le fils. Dânou est étendue comme une vache avec son veau.
Le corps de Vritra, ballotté au milieu des airs agiles et tumultueux, n'est plus qu'une chose sans nom que submergent les eaux. Cependant f ennemi if Indra est enseveli dans le sommeil éternel...
Indra, roi du monde mobile e' immobile, des animau.x apprivoisés et sauvages, armé do la foudre, est aussi roi des hommes. Comme le cercle ifune roue en embrasse les rayons, de même Indra embrasse toutes choses.
IlIIRANYASTOIHA, I, r)7.)
« Le résultat de la bataille est que ■ la vie est rendue aux animaux et " aux plantes ; c'est l'œuvre d'Indra, « prince dispensateur des richesses, • trésor inépuisable de l'abondance. »
Dans le Rig, comme on le voit, Indra a presque l'importance suprême.
i\"étail.l^/2y qui balance son empire, il serait le premier des dieux. Il possède une légende complète : dès sa naissance, il est fort; dès qu'il combat, il est invincible. Une fois pourtant il a hésité, il a tremblé, c'est sans doute à la première bataille des éléments, à l'heure du chaos primitif : les nuages s'amoncelaient avec tant d'intensité, les ténèbres étaient si épaisses, l'horreur était si profonde qu Indra allait fléchir, lorsque Twachtri lui apporta la foudre. Or Twachtri, c'est Agni, c'est le feu qui est partout, dans l'atmosphère par la foudre, dans le soleil par les rayons, dans la terre par la sève, dans la créature par la chaleur du sang. Mais, sur l'autel où il s'allume, l'homme semble communiquer plus
directement avec lui; il le crée par sa volonté, il le dégage du bois qui le contient, il l'alimente avec le beurre, il le voit naître, grandir, dominer, porter dans les airs la flamme, et la prière dans les deux. Aussi voyez comme il l'aime, connue il l'invoque, comme il le loue; c'est l'intermédiaire tout-puissant, c'est le recours éternel, c'est le bienfaiteur immuable ! Immense comme le monde, il se fait petit pour consumer l'holocauste ; brûlant comme le soleil, il se fait tiède pour entrer dans le cœur de l'homme ; sa langue dévore tout ce qu'elle touche, mais réchauffe tout ce qu'elle épargne.
Il est le principe vivitiant par excellence, inllni comme l'univers et subdivisé comme l'étincelle, c'est à la fois le plus fort et le plus utile des éléments, le plus à la portée de l'homme, le plus directement applicable; aussi persistons-nous à croire qu'il fut la première manifestation de Dieu pour les Aryas, et l'attribut céleste le plus incontestable .
Tel est le précis de ce que nous pouvons déduire des Vedas sur les origines et le culte des Aryas-Indiens.
Occupons-nous maintenant de leur imagination féconde et lumineuse, c'est-à-dire de leur véritable gloire.
he Rig-Veda n'est pas seulement un monument historique des plus importants, il est un véritable chefd'ui^uvre littéraire. Quelle verve et quelle fécondité dans ces esprits inspires, qui, sans antécédents étrangers, sans autre modèle que la nature, ont rencontré dans leurs âmes ardentes les élans les plus sublimes, les mouvements les plus heureux, les nuances les plus élégantes, les formes les plus poétiques.
:','! INDE. — IXTnnni'CTIOX.
Leur cadre est ciroil : leurs tirnnds dieux (ju'ils noinmcnl les Adifyns
lie sonl qu'au nombre de douze; ils confondent parfois les atlril)uls et les l'oles de chacun de ces dieux, ils leur accordent tour à tour la priorité et la souveraineté célestes, ils ue savent auquel d'entre eux atlribuer la création et la toute-puissance. Qu'importi' ! ils ne raisonnent pas, ils clianteni ; et leurs hésitations, leurs erreurs, sout loujours rachetées par le tableau qu'ils l'eprésenient ou par la scène qu'ils décrivent. 11 se dégage de leur poésie une fraîcheur qui nous rend sensible etdéhcieuse la nature limpide des montagnes. Ousha, leur aurore, a toutes les grâces et toules les beautés à la fois : elle réveille les oiseaux et tranrpiillise les honmies, elle apporte sur son char tous les dons des dieux ; elle est l'admirable par ses couleurs, la bienfaisante par ses promesses, la toute aimable par ses charmes, l'impatiemment attendue, l'éternellement espérée. Et les Açwins, les crépuscules, quelle belle, juste et pittoresque épithète que de les surnommer les xcridiques, ceux qui ne trompent jamais aucun êli'e de la création; les messagers fidèles qu'on bénit d'annonce]' l'jiuroi'e, iiu'on remercie de présider à la nuit, jjour mettre l'homme eu garde et imposer le somn^-il aux animaux. Et les Maroafs, les vents, ces bi'aves, ces diligents, ces infatigables compagnons d'Indra dans sa lutte per- |)étuelle contre les noirs nuages ([ui, sans lui, se n'-soudraicnt en grêle pliilut iiu'cn pluie, (|ui désoleraient la nalniH! , an lieu de la IV'cnndcr.
Conmic ils condiaticnt avtM^ ardeur, ces vaillants auxiliaires, connue ils se précipitent, comme ils se succèdent,
comme ils attlaquent le sinistre 1>/- //v/, l'amonceleur des nuées, le génie des frimas et des téiu'.'bres, comme ils dispersent ses masses compactes , comme ils apprêtent l'œuvre d'Indra qui, d'un COU]) de foudre, achève la vit'loire !
Le UDudire est grand des auteurs anx(piels on attribue ces hymnes, si riches de Ion, si variés d'images, d'un monvemeni si lyrique, comme celui à Itj(/j'a\rav (iritsamada; d'une grâce si délicate, comme celui à l'aurore par (iolàma;d'iuie ampleur si majestueuse, comme celui de Vamadi'va à Agni.
Aussi f,Mil-il leur i>ardounei', comme le fait M. Ijarihélemy Saiul-IIilaire, certaines répétitions dans la forme de leurs poésies et dans le sujet de leurs chants. Chaque chantre cependant semble avoir son dieu de prédilection. Pour Viswamitra , poète guerrier, c'est Indra; pour son riv;d, Vasichtha, poète prêtre, c'est .1 /////. ■ pour Sounahsépa, c'est Varunna, le dieu des espaces célestes de la nuit comme du jour, dont l'œuvre n'est jamais interrompue, dit son ])anégyriste ; pour Hiranyastoujja, c'est Savitri , le soleil vivitiant, et il en raconte pompeusement les grandeurs et la puissance; pour C-anwa et (lotama, ce sont les Marouts, ([ui dispersent, (•branlent, fendent les nuages, et les font tomber en bienfaisante ])luie; pour Savya, c'est Indra, non le ilieu des comliats terrestres, mais le disti'ibutenr des eaux célestes, vainqueur de Vritra, le noir nuage; enfin pour chacun d'eux aussi, c'est toujours Inilea, la fori'c, et . l ;////, la boulé. Ou ne sani'ail ei'oire avec ipielk' aluiudance, (|uelle pouqie, (|uelle imagination, ils proehuueut et décrivent les xciius de
INDE. — IXTRonrCTinX.
leurs diviiiiti'S. Leur verve est inépuisable, el leurs liymnes sonores, comme ils les ap]iellenl, varient les images, les mélaplinres, les comparaisons, les allégories avec une richesse qui semble s'accroître de génération en génération : ainsi Nodhas, fils de Gotama, Prascanwas, tils de Canwa, Parasara , petit-fils de Vasichlha, Samyou et Garga, fils de l)haradvadja,ont la même foi que leurs pères; mais leurs chants ont peut-être encore plus d'éclat et d'originalité.
Du reste, plusieurs d'entre eux sont de véritables poëte-; comme Bharadvadja, Caxivan , Coutsa , (îolama, (irilsamada, Sounahsépa, et surtout \"is\vàmitra, Vamadova, Dirghàtamas et Vasichlha. Ce dernier est le plus fécond de tous : on compte cent seize hymnes sous son nom , tandis que le grand Dirghàtamas, le poëte le plus penseur, le plus liardi et le plus brillant, n'en a composé que ving-sept. Il est vrai que, parmi ces chants tous inspirés et grandioses, outre VAçwaniéda, ce sacrifice du cheval si largement décrit , Dirghàtamas nous a laissé une sorte de poëme ditliyramliique adressé aux Viçwadéviis, à tous les dieux, et qui raconte dans un style magnifique l'ordre des phénomènes de la nature jusqu'alors incompris, la division des temps, des saisons, des mois, des jours , et où se manifeste la prescience d'un unique auteur de ces mouvements réguliers et splendides, qui émerveillèrent les premiers liommcs avant ini"'me qu'ils s'en l'cndissent compte. Eh bien I ces mystères divins, Dirghàtamas les explique avec cette inspiration du poëte, cette certitude du prêtre et cette conscience exaltée, f|ui font de lui une des |)lus
grandes figures du Védisme. Il invoque tout d'abord Agni, le dieu toujours présent au sacrifice, et lui donne deux frères, le feu céleste, la foudre, i^t le feu du soleil, le rayon. Puis, .■numérant les vertus du nombre fatidique sept, il démontre par sept rênes noar la direction d'un char qui n'a qu'une roue, les sept couleurs de l'arcen-ciel. Mais tout à coup il interrompt sa démonstration par cette question ludacieuse : « Qui a vu à sa naissance ■ cet être divin prendre un corps pour • en donner à ce ([ui n'en a pas? Où était alors l'esprit, le sang, l'âme de la terre? » El à la strophe suivante, il lëclare que, faible et ignorant, il n'en veut pas moins sonder ces mystères.
Puis vient le grand détail de la créalion, et Agni, transformé à la fois en astre flamboyant et en diviseur du temps, s'élance sur un char aux douze rayons (les douze mois), et emmène avec lui les sept cent trente jumeaux, ■'est -à-dire les trois cent soixante - :inq jours et les trois cent soixantecinq nuits.
Certainement les explications de Dirghàtamas sont un peu confuses; il appelle tantôt pied, tantôt roue, tantôt rayon, les mois, les quinzaines, les jours, les nuits et les heures ; certainement il va un peu loin quand il accorde au poëte le don de consolider l'océan rrlesic, mais sa seconde expression où il dit qu'il suif Jii rcvi>lulion du soleil, n'estelle pas la preuve qne la pensée humaine cherche déjà à s'expliquer la logique des mondes? En tout cas, cette vaste allégorie, où il exalte à la fois les grandeurs à'Agniel les vertus de la libation, l'amène à des pensées d'une pénétration singulière pour une
IXDE. — INTROnCCTIO.X.
ôpoqiie si vcculée : « Les deux osprils > éternels vonlol vieiineul partoul, dil- ' il, seulement les hommes connais-
• sent l'un sans connaître l'autre. • N'a-l-il pas voulu dire que l'on voyait bien le feu dans ses manifestations visibles, mais qu'on ignorerait toujours la puissance de l'invisible? Et il continue, enchaîné dans sa pensée, selon son énergique métaphore, la poursuite de l'âme suprême, il soupçonne l'unité de Dieu, il frùle la vérité; encore un élan, et il l'affirmerait; mais il se contente de confesser la foi du Védisme, tout en cherchant à s'en rendre compte : • L'esprit divin ([ui circule « au ciel, on l'appelle Indra, Mitra, .. Vai'oujia, Af/ni. Les sages donnent « à l'être uni([ue plus d'un nom. »
Cette intuition d'un esprit suprême, qui réside au ciel, domine la terre et gouverne le monde, est aussi précieuse ([ue significative dans la bouche d'un des plus nobles et plus anciens Ricliis ; elle ébranle bien vivement l'hypothèse (pie les chantres des Védas ne possédaient pas le sentiment de l'unité divine. Ils en oui, au contraire, plus (pic le souvenii', plus que l'espoir, ils en ont la certitude et en cherchent la démonstration. A nos yeux ils ont toujours conservé dans leur âme ce sentiment épuré et sublime, et ils nous semblent même l'avoir imposé à leurs successeurs, les brahmanes. Aussi, répéterons-nous avec M. Villemain, dans sa belle étuih^ sur T'iildare et la poésie lyrique : • La l'cnconlre des « mêmes notions dans l'homme atteste
• l'identité des âmes et leur affinité na- « turcllc avec, la V('ril('' divine. »
Uucl ({ue suit, du reste, le sens réel des Védas, quel que soit l'esprit qui les ait coïK.-us, la foi (pii les ait chantiis.
on domeui'e loul étonné, au point de vue littéraire, de la sérénité du style, de la grandeur des idées, de la fermeté des sentiments qui les caractérisent. Il semble qu'un souffle divin ait enflammé tous ces esprits, inspiré tous ces poètes. On croirait, à les entendre, que, de leur temps, la fraîcheur odorante qui s'élevait, à l'aurore, du fond des prairies, du feuillage des arbres, du sein des fleurs, avait plus de charme pour les sens et de grâce pour l'esprit que denosjours. Mais si le ciel enchante les Richis par ses clartés, la terre par ses parfums, l'atmosphère par ses couleurs ; si la brise qui agite les moissons, la rosée qui diamante les herbes, le rayon naissant qui empourpre l'espace, jettent leur àine dans l'extase et dirigent leurs chants vers les cieux, n'est-ce pas la preuve indiscutable que leur cœur est poétique et que leurs lèvres sont sincères? N'en ressort-il pas cette évidence que l'humanité des prcuiici-s âges sentait instinctivement la divinité sourdre de l'âme, comme une source de la montagne? (Jue voulez-vous que soient ces vents harmonieux et bienfaisants, sinon des dieux ]jropices, et cette atmosphère vivifiante, et ce soleil fécondant, el cette nature si riche, cl ces eaux si utiles, c'est-à-dire tous les génies védiques, sinon d'admirables allégories de la force, de la grandeur et de la gén(''rusit('' d'unKtre supérieur et créateur, ipii détaille ses bienfaits avec tant depi'0(iigalilé, que le contemplateur de sa bonté finit par s'égarer dans ces manifestations infinies.
Le n'est ijouiiaiil (pic pnr les idi'os, par les images, par les clans du cieur que nous pouvons goûter ces délicieuses ]»()('sies, cai' nous ne pei'ce-