‹ Mongraphie de la cathédrale de NeversChapitre 23 sur 69 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

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CINQUIEME ETUDE DE DETAILS. — FIN DU 0UAT0H7.lfe.MB SIECLE ET IM QUINZIEME — CHOEUR. — LA BOURGOGNE ADOPTE A REGRET LE PRISME ET LES COMPARTIMENTS FLAMBOYANTS. — CHAPELLES SUE LES BASSES Vol n.S. — Al T Kl. S >H U ll'l.ll > DAN- I.A CATHÉDRALE.

ntke les constructions du treizième j*j siècle et les piliers du rond-point ,^dont nous venons de parler, ^c'est-à-dire dans les quatre tra- ^ vées composant le chœur, ainsi que dans les parties voisines , telles que la chapelle nommée 3u autrefois Chapelle des Princes, et celle qui est en face , dans le collatéral septentrional , on remarque un autre genre de faire , des caractères particuliers qui empêchent d'attribuer cette région aux

MON'OGHAI'HIK

mômes architectes. On retrouve encore, dans les bas-côtés et dans les chapelles, des substructions du Ireizième siècle et du commencement du quatorzième; mais il est impossible de ne pas reconnaître , dans les dispositions architecturales et dans le genre d'ornementation , une époque plus- avancée. Nous ne sommes pas encore à la période flamboyante bien caractérisée, mais nous remarquons déjà quelques tendances vers ce genre d'architecture ; des compartiments flabelliformes se rencontrent dans les fenêtres ; les chapiteaux n'ont plus la môme ampleur, ce n'est plus cette végétation à feuilles vigoureuses, que nous avons admirée jusqu'à présent. Le maître de l'œuvre a choisi de préférence des plantes plus ramassées en bouquets , et plus déchiquetées. Nous attribuons cette partie de l'édifice à la fin du quatorzième siècle et aux premières années du quinzième

Les deux galeries que nous avons remarquées dans la nef continuent; mais, comme la voûte du chœur est plus élevée, que les arcades sont plus allongées, ces galeries sont aussi plus élevées que celles auxquelles elles font suite. Les arcatures trilobées du premier étage retombent sur des colonnettes dont les chapiteaux infundibuliformes sont garnis de feuilles déchiquetées , un large tore, formant un bourrelet circulaire, sert de

1 M. deCaumont ditque le corps du chœur paraît être du quinzième siècle. Hisl de l'architecture religieuse, p 426.

,gle

DE LA CATHÉDUALB DE NEYËRJS. 147

tailloir. En général , au treizième siècle , la galerie infé- ^ rieurc est obscure ; mais il n'en est pas de même aux siècles suivants , elle est toujours transparente , comme on le voit dans notre cathédrale. L'étage supérieur est complètement ouvert, sans arcatures ni balustres; il est cependant facile de reconnaître qu'il entrait dans le plan de l'architecte d'y établir une balustrade à hauteur d'appui ; elle est indiquée par des pierres d'attente.

Les larges fenêtres ont ici leur tympan garni de compartimente, qui conservent toujours quelque chose des formes rayonnantes du quatorzième siècle , encore dans sa splendeur; c'est ce qui a engagé quelques archéologues à attribuer le chœur au quatorzième siècle, moins avancé. Cependant, on doit se rappeler que, dans notre contrée , nous nous sommes éloignés à regret du type adopté précédemment ; chez nous , les formes flamboyantes et l'ornementation qui les accompagne n'ont prévalu que dans la seconde moitié du quinzième siècle, en même temps que le prisme parfait dans les nervures. Rien n'est disgracieux , en architecture , comme deux membres de moulures contigus qui se ressemblent; deux tores répugnent à s'unir ensemble , il en est de même de deux filets. C'est pour éviter ce qu'il y a de choquant dans de semblables dispositions, que, dès le treizième siècle , nos architectes avaient soin d'alterner leurs moulures ; ainsi ils séparaient deux tores par un filet et, le plus souvent, par une moulure lancéolée, accompagnée de filets et de gorges. Celte espèce de

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moulure contribuait par sa saillie à donner plus de nerf et de vigueur à l'ensemble de l'ornementation , à . laquelle elle concourait. Ce fut vers le seizième siècle seulement que, dans notre province, les architectes commencèrent à s'éloigner de ces dispositions. Cependant , même à cette époque, on voit que les moulures toriques n'ont été abandonnées qu'à regret , et on les' retrouve souvent s'alternant avec les moulures prismatiques.

En considérant ces torrents de lumière, qui , à chaque travée, se répandent dans le chœur et dans le sanctuaire, on est ébloui , et on comprend que l'architecte avait dû parer à cet inconvénient. Il n'avait pas lieu , quand nos larges verrières étaient garnies de leurs vitraux peints; la lumière se trouvait adoucie , et ses rayons n'arrivaient sur l'autel qu'après avoir traversé un nuage mystérieux. Ces vitraux n'existent plus, on aperçoit seulement ça et là , dans la région du chœur , quelques fragments de mosaïques et de grisailles.

On remarque, dans le vitrail placé au-dessus du maitre-autel , trois écussons armoriés ; l'un est celui de Jacques d'Àlbret , qui occupa le siège épiscopal de Nevers depuis 1519 Jusqu'à 1539; ce sont les armes d'Àlbret-d'Orval , sans aucune modification , surmontées de la crosse épiscopale ; l'écusson est écartelê aux \ et k A* azur y à trois /leurs-de-lis d'or, et aux \ et 3 de gueules, à la bordure engrelée d'argent .

Un autre écusson est d'azur, à la croix ancrée d'or ;

DB LA CATHÉDHALR DK NEVEHS.

ce sont les armes de la famille de Bourgoing , et nous nous rendons compte de leur présence auprès de celles de Jacques d'Albret , car nous avons eu à cette époque , pour doyen de l'église de Nevers, un de Bourgoing , qui resta long-temps en fonctions.

Quant au troizième écusson, il est aussi d'azur, mais il nous a été impossible de reconnaître les pièces dont il est chargé.

Nous avons vu, dans le plan du treizième siècle, un transsept oriental , dont on retrouve des restes dans le retour d'angle du triforium de la grande nef ; si on monte sur les basses voûtes, on remarquera des segments de croisées d'ogives, au-dessus des portails latéraux, indiquant la présence d'une tribune ménagée de chaque côté , à la place des anciens croisillons , et s'étendant sur cette travée des basses nefs et sur les portails. Depuis long-temps nous avions observé cette disposition insolite, et nous n'avions pu l'expliquer qu'en supposant une tribune ; cependant nous n'osions exprimer notre sentiment à cet égard , parce que nous ne connaissions point d'exemple de ce genre de galerie. Mais, maintenant , à la suite de nouvelles observations, nous pouvons assurer , sans craindre de nous tromper , l'existence de ces deux tribunes. Une fois de plus l'archéologie et l'histoire se trouveront d'accord.

On se rappelle ce que nous avons dit en parlant des contreforts à double étage qui vont , à chaque travée, soutenir la retombée des arcs-doubleaux ; Tarc-boutant

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inférieur est un simple quart de cercle, dépouillé des arcatures qu'on remarque à l'étage supérieur; il devait en être ainsi , pour laisser la toiture de la basse voûte courir sans entraves. Cependant, pour la travée que nous étudions en ce moment, il en est autrement ; le système est complètement changé d'un côté, au couchant, nous trouvons sous le contrefort une simple porte praliquée dans une des arcades du triforium on retour ; au levant on reconnaît des restes de meneaux , de plus, dans ces fragments de meneaux et les autres parties droites , on aperçoit des rainures , pratiquées à dessein de recevoir des vitraux. C'était en effet le seul moyen d'éclairer la tribune. Ces observations regardent le portail du nord aussi bien que celui du sud , et paraissent concluantes.

L'ancien pouillé , déposé aux archives de l'évèché , et remontant à la tin du quinzième siècle , vient confirmer l'existence de ces tribunes; il indique « un autel fondé » en l'honneur de saint Michel sur le portail de l'église 1 . » 11 est évident qu'il s'agit ici du grand portail , celui de Saint-Christophe , puisqu'il n'a aucune désignation particulière ; c'est donc dans la tribune septentrionale que cet autel était dressé. Le portail méridional ne fut élevé que plus tard , comme nous le dirons bientôt ; à la place de ce dernier portail devait se trouver une chapelle et sans doute une petite porte à côté. Quoi qu'il en soit, le môme pouillé nous parle d'un autre « autel érigé en

i Altar* sancli Michaclis fuiuUitum sujvr t*>rtale ecclesicr Nivernennin.

•ogle

» l'honneur de sainte Barbe sur la voûte de Saint-Jean 4 .» On rencontre encore les traces d'un troisième incendie, qui aura peut-être détruit ces tribunes.

Le quatorzième siècle avait commencé à multiplier les chapelles dans les églises , le quinzième siècle multiplia les autels , à un tel point qu'on profitait de tous les endroits libres pour en élever. C'était la dévotion du temps ; chaque corps de métier, chaque confrérie avaient leurs autels, et de plus les chanoines , les seigneurs , les personnes riches , voulaient avoir l'autel de leur patron. En parcourant le pouillé du diocèse , on est étonné du nombre d'autels que contenait la cathédrale, et on comprend alors les deux autels dont nous avons parlé , placés sur les voûtes. Nous avons pensé qu'il était important d'insérer ici le nom des saints titulaires de ces autels 2 :

L'autel de sainte Croix.

— de saint Jean l'évangéllste.

— de la B. Marie, dans les chapelles.

— de saint Pierre.

— de saint Gervals et de saint Protais.

— de saint Blalze.

— de saint Germain.

Ces autels étaient réservés aux sept prêtres.

» Altare sancia Barbarœ fundatum $uper votam tancti Joannis. t A chaque autel fondé étaient attachés certains revenu* , plus ou moins considérables; c'est ce qu'on appelait bénéfices.

MONOGRAPHIE

Petit autel de saint Agnan.

Grand autel de saint Agnan.

Autel de saint Michel

— de saint Gosme et saint Damlen.

— de saint Guillaume , dans la crypte

— de sainte Anne.

— du corps de N. & Jésus-Christ.

— autre sous le même titre.

— de saint Martin.

— de saint Jacques-le-Mincur.

— de saint Jacques-le-Majeur.

— de saint Léger.

— de saint Aré.

— de saint Eloi.

— de saint Nicolas.

— de sainte Catherine . dans la crypte.

— de saint Barthélémy.

— de saint Symphorien.

— de sainte Marguerite.

— de sainte Barbe, sur la voûte de saint Jean.

— de saint Michel, sur le portail.

— - de saint Julien.

— de saint Marcel.

— de saint Firniin.

— de saint Louis.

— de saint Grégoire.

— de saint Luc

1 ln crotà. Nous avons pensé qu'il s'agissait ici de la crypte do Saint-Cyr; Ducange , en effet , confond <rota et mtpta.

Lu autre autel du même saint.

Autel des trois Rois.

— de la B. Marie , dans les chapelles.

— un autre sous le même vocable , aussi dans les chapelles.

— de saint Jacques-le-Majeur.

Outre ces autels, s'élevant au nombre de trente-neuf, le pouillé fait mention de plusieurs vicairies ayant sans doute leurs autels; on remarque aussi qu'on ne dit rien de l'autel du chœur et do ceux de saint Cyr et de sainte Julitte.

Nous parlerons plus tard de la tour , " dont nous attribuons les étages inférieurs aux premières années du quinzième siècle.

SIXIÈME ETUDE DE DETAILS. — FIN DU QUINZIÈME SIÈCLE ET SEIZIEME — HENRI, ARCHITECTE. — PIL1EBS DU TREIZIÈME SIÈCLE REPRIS EN SOUS-OEUVRE. — CHAPITEAUX HISTORIÉS. — PORTAIL DE LOIRE. — CHAPELLES LATÉRALES.

n remarque sur les parois extérieures de la sacristie une inscription avec la date 1473 et le nom d'un certain Henri, originaire de Saxe , maître de l'œuvre. Il est donc constant que, dans la seconde moitié du quinzième siècle, on a exécuté à la cathédrale des tra\aux importants. C'est sans doute sous la direction de ce chanoine architecte qu'aura eu lieu le revêtement extérieur de la sacristie, tur l'intérieur présente les caractères d'une époque plus

MONOGRAPHIE

ancienne, et se rattache aux constructions des chapelles du rond -point.

Nous pouvons aussi lui attribuer la reprise en sousœuvre des deux piliers du midi, qui avoisinent le chœur. On ignore la cause du nouveau bouleversement qui a existé dans cette partie de l'édifice ; ce fut peut-être le résultat du dernier incendie, dont nous retrouvons les traces dans les constructions exécutées à la fin du quatorzième siècle ou au commencement du quinzième. Dans les bases et les soubassements de ces deux piliers, on a essayé de se rapprocher, le plus possible, du genre suivi pour l'ornementation des piliers voisins; mais quelle différence dans l'exécution : il est facile de voir que les tailleurs de pierre n'avaient pas l'habitude de traiter ces sortes de moulures. Au lieu des tores largement épanouis qu'on remarque dans le reste de la grande nef, on ne rencontre ici qu'un tore applati et mollasse ; les colonnes engagées n'ont plus la même liaison avec le cylindre central , elles le rejoignent par une large gorge se rapprochant du demi -cercle -, on a fait de Tà peu près qui laisse facilement deviner la contrefaçon. Enfin les chapiteaux nous présentent , au lieu de crosses végétales , tous les caractères du quinzième siècle avancé : ce sont des guirlandes de vigne bien fouillées, à travers lesquelles on voit des animaux réels ou fantastiques; un homme, après avoir suspendu sa besace à une branche , fléchit le genou devant un tonneau. Faut-il reconnaître ici un symbole, ou bien,

tout simplement, un caprice d'artiste? Nous adoptons ce dernier sentiment.

Sur la même guirlande , nous voyons se reproduire la légende de Charlemagne dont nous avons parlé : le prince , au pied d'un arbre , la couronne en tête , fléchit le genou devant le saint enfant qui lui amène le sanglier, et perce de son épée l'animal furieux ; auprès de cette scène , on voit un autre enfant nu , ailé , monté sur une licorne. Pendant que l'enfant, armé d'un arc, lance une flèche contre un animal monstrueux , au corps écailleux , aux ailes membraneuses , aux larges griffes, la terrible licorne, de son côté, perce le monstre de sa redoutable corne, au moment où il s'approche d'une fontaine.

Nous savons que ce n'est plus à la fin du quinzième siècle qu'il faut s'appliquer à découvrir des symboles ; le symbolisme, à cette époque, avait à peu près disparu ; cependant, comme nous supposons ici que c'est un prêtre, et un prêtre d'outre-Hhin, pays où le symbolisme a eu plus de durée, qui a dirigé ce travail, nous pouvons croire qu'il y a dans ce tableau un sens caché , et nous nous hasarderons à en donner l'explication. Dans l'iconographie chrétienne , la licorne , à cause de sa force , est un des emblèmes sous lesquels on représente Jésus-Christ ; Bellarmin , en expliquant le passage du psaume xxvni : Dilectus quemadmodum filiu* unicomium , dit que le Sauveur n'est pas seulement l'humble victime qu'on conduit au sacrifice, mais qu'étant le fils de l'invincible

MONOGHAI'IIIK

licorne, il partage la gloire et la force de son père. Cet animal monstrueux , à griffes aiguës , à ailes de chauve-souris, est une des mille formes qu'on donne au démon , esprit de malice et de ténèbres ; enfin l'âme est souvent rendue sensible sous les traits d'un petit être humain.

Ne faut-il pas reconnaître ici la morale de la légende de Charlemagne , qui a dû son salut à la prière. Quand nous rencontrons quelque danger , quand l'ennemi du salut vient nous attaquer , sachons , par la prière, prendre les ailes de la colombe pour nous réfugier dans le sein de Dieu ; alors noos n'aurons plus rien à craindre , nous serons capables de tout , avec celui qui nous communiquera sa force , et qui combattra pour nous. Le chrétien est invincible quand il peut dire avec le Prophète ; « C'est par vous , c'est en votre nom que » nous foulerons aux pieds nos ennemis ; je ne mettrai » point mon espérance dans mon arc, ni mon salut » dans mon épée*. »

Au-dessus du chapiteau, on reconnaît, dans l'arc latéral et dans les nervures de la croisée d'ogive de la basse nef, les caractères du treizième siècle tellement précis , qu'il est impossible de concevoir aucun doute à cet égard : d'où il faut conclure que dans la réparation exécutée au quinzième siècle, on a tenu suspendue l'arcade et la voûte du bas-côté, pour reprendre les deux

4 Psaume xliii , 5 et fi.

DE LA CATI1ÉDKALK DK NKVEKS.

piliers. On remarque, à la hauteur de la première galerie, un déchirement considérable dans la partie méridionale. Par quel accident a-t-il été produit? Faut-il l'attribuer à l'incendie de 1 308 , ou à celui dont nous avons remarqué les traces au milieu des constructions postérieures? Ou bien , ce déchirement s'est-il opéré quand on a repris en sous-œuvre les deux piliers? Nous l'ignorons; mais nous croyons la solidité de l'édifice compromise , du moins dans cette partie.

Onze chapelles ont été construites à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième ; huit flanquent les bas-côtés de la nef, quatre au nord et quatre au midi ; deux sont placées à gauche du portail septentrional , en entrant dans l'église, et une à l'extrémité du croisillon septentrional du transsept. Toutes ces chapelles sont ornées de verrières flamboyantes ; elles ont leurs voûtes sillonnées de nervures prismatiques , joignant la plupart aux croisées d'ogives et aux formerets les tiercerons et les liernes: plusieurs ont leurs clés de voûte en pendentifs 1 .

En \ 490 , 1 evêque Pierre de Fontenay fit élever le portail de Loire , précédé d'un narthex ouvert. Les

4 On nomme prismatiques les moulures anguleuses. Les croisées d'ogive sont les nervures qui se coupent diagonalement à la clé de voûte. Les formerets sont les nervures engagées dans le mur latéral de l'édifice. Les liernes sont des nervures formant la croix , en parlant de la clé de voûte , pour se joindre aux tiercerons. Les tiercerons partent des angles où aboutissent les croisées d'ogive, pour se réunir aux liernes, en Tonnant un triangle dont le mur latéral ou bien l'arc-doubleau fait la baso.

démolisseurs de l J3 ont renversé la statue qui ornait le pilier symbolique , et les deux autres qui remplissaient les niches, de chaque coté de la porte ; les dais qui les couvraient eurent le même sort. On regrette d'autant plus cet acte de vandalisme et d'impiété, qu'on ne peut s'empêcher d'admirer ce qui reste de l'ornementation du portail. De chaque coté , part un cep de vigne , qui serpente dans une des gorges des pieds-droits, et gravit jusqu'au sommet de l'are ogival, formant une gracieuse guirlande de ses tleurs et de ses fruits; à la hauteur du linteau , une branche de chêne , qui parait mariée à la vigne, se délache, et semble couvrir d'une ombre prolectrice ceux qui entrent dans le temple. Impossible de rendre tout ce qu'il y a de moelleux et de naturel dans ce travail. De distance en distance, on aperçoit des écussons brisés, suspendus à la vigne par une chaîne de pierre, d'une exécution si parfaite, qu'on a peine à croireque la pierre ait pu s * prêter à cette œuvre délicate. Nous pouvons deviner les pièces de ces écussons, grâce aux guirlandes dont l'entablement du portail et de la chapelle voisine est orné, et qui soutiennent de semblables armoiries; ce sont celles de Pierre de Fontenay. Il portait pair argent et azur , six pièces , an cheernn de gueules, brochant sur le fout.

Pierre de Fontenay avait aussi fait construire la chapelle dont nous venons de parler et qui conserva son nom. Il y fut inhumé, cl on l'y voil encore, représenté à iienoux. ru \\i\\\'\\> pont ilicauv ; malheureusement

cette statue est mutilée. En 1550, on ferma cette chapelle par une cloison en pierre d'un assez mauvais goût.

ta plupart des chapelles construites à la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième, présentent des détails excessivement intéressants; de gracieuses statuettes, placées en pendentifs, soutiennent les retombées des croisées d'ogive ; les unes portent des instruments de musique, tels que harpes, violes, etc.; d'autres tiennent des instruments d'agriculture; ailleurs ce sont des anges, puis des moines avec des livres ouverts ou des philactères.

Les chapelles les plus curieuses sont , sans contredit , les deux premières à gauche , en entrant par la porto de Saint-Christophe. La plus rapprochée de la porte a été construite par les seigneurs d'Armes , dont on voit les armoiries dans la guirlande de l'entablement , et sur deux pierres tombales , renfermées dans cette chapelle ; ils portaient de gueule* , à deux épées d'argent, appointées en pile vers la pointe de Vécu , le* gardes d'or , et une rose de même entre les gardes. On retrouve les mômes armoiries dans l'église de Suilly-la-Tour et dans celle de Vergers , dont les comtes d'Armes étaient seigneurs.

La voûte de cette chapelle est d'une hardiesse éton- . nante ; les nervures sont enrichies d'une suite d'arcatures trilobées formant festons , et qui vont se réunir à la clé de voûte en pendentif : c'est un des tours de force des architectes de cette époque. Cette magnifique voûte a

tellement souffert du nouveau mode de couverture 1 , qu'on redoute une chute prochaine.

Bien n'est gracieux comme la piscine établie dans cette chapelle , il n'y a que celle de la chapelle voisine qui puisse le lui disputer; leurs dais sont de véritables dentelles de pierre. Nous consacrons les chapitres suivants aux deux bas-reliefs qui font le principal ornement de ces deux chapelles ; l'un représente le triomphe de Marie , l'autre , la vie austère du saint Précurseur.

1 On a eu la malheureuso idée de couvrir les bas-côtés de notre cathédrale en asphalte et en ciment.

HrrriUM ETIDE DR DÉTAILS (FIN Dl OITNZIEME SIÈCLE.) — LEGENDE DE l'aSSOHITTON. — BAS- RELIEF REPRODUISANT CETTE LEGENDE.

endant tout le cours du moyen-ài><\ les artistes ont consacré leurs talents à exalter les grandeurs de Marie , ils se plaisaient à reproduire les principaux traits desa \ie, les uns par la sculpture, les autres par la peinture.

Cependant, la mort de Marie, suivie de sa glorieuse assomption et de son couronnement , est le sujet pour lequel ils éprouvaient le plus d'attraits. Le douzième siècle Va produit avec tous les

MONOiiltAIIIII

détails rapportés dans la Légende dorée, d'après un livre apocryphe attribué à saint Jean' ; et on le retrouve encore au seizième. Nous pomons étudier cette poétique légende 2 dans la chapelle des seigneurs d'Armes.

Ce riche bas-relief, formant autrefois rétable d'autel , comme on peut s'en convaincre par l'élégante piscine qui l'accompagne, est encadré dans une guirlande de feuilles de chardons, et surmonté d'une corniche avec larmier, garni de choux frisés; de chaque côté, un piédestal en porte-à-fa u\ est couronné d'un dais à jour. Sur la corniche, est agenouillé un évèque , en habits pontificaux \ Malheureusement ce bas-relief est horriblement mutilé; après avoir chassé Jésus-Christ de son temple , l'impiété se montrait conséquente , quand elle faisait disparaître les sculptures qui rappelaient le glorieux triomphe de sa sainte mère.

Malgré les mutilations , on peut reconnaître ici la mort , l'assomption et le couronnement de Marie. Avant d'en \cnir à l'explication de notre bas-relief, nous croyons important de donner ici la traduction de la Légende dorée , mais en retranchant certains détails peu importants :

«Un jour, le cœur de Marie fut embrasé d'un violent désir de voir son fils ; elle se livrait à la douleur et

1 l est à loi t qu'un a attribut'- ce livre à saint Jean rfcvan^eliste ; mais un trouve |i> foml «le mitre li'jetule dan- les «envies tle saint Jean Uama>.,ne

■i L<'>;fn<ls >l> r-r. .W<ini|'li< .h f!«' la Sainl»- Viei -je. A On iJimio .jiiel e»l t el évoque.

répandait un torrent de larmes , quand tout-à-coup , un ange lumineux lui apparut, et s'inclinant avec respect : » — Salut, lui dit-il, ô Marie, vous qui avez été bénie par celui qui a accordé le salut à Jacob ; recevez cette branche de palmier, cueillie dans le paradis; vous ordonnerez qu'on la porte devant votre cercueil , car dans trois jours vous quitterez la terre , votre fils vous attend....

» La Vierge témoigna du regret de quitter le monde, sans avoir auprès d'elle les apôtres , pour l'assister et lui rendre les derniers devoirs. L'ange lui répondit que celui qui avait transporté du fond de la Judée le prophète jusqu'à Babylone , pouvait bien agir de même à l'égard des apôtres, et les transporter auprès d'elle.

»Jean prêchait alors à Éphèse; le ciel tonna, une nuée lumineuse l'enveloppa, et il fut déposé devant la porte de l'humble maison de Marie. La Vierge fut saisie de joie, en voyant celui qu'elle avait adopté pour son fils ; elle lui recommanda de faire porter , devant son cercueil , la branche de palmier que lange lui avait remise. Quelques instants après, tous les apôtres furent transportés de même, sur des nuées, des différents endroits où ils se trouvaient. Marie s'assit au milieu d'eux , et , vers la troisième heure de la nuit , Jésus arriva avec les ordres des anges, l'assemblée des patriarches, l'armée des martyrs, la troupe des confesseurs et le chœur des vierges. Le Sauveur lui adressa tes paroles :

!(>(> MUNOUH.UMIIE

» — Viens, loi que j'ai élue, et je le placerai sur mon trône, car j'ai désiré ta beauté.

» Elle répondit : « Mon cœur est prêt , Seigneur, » mon cœur est prêt. »

» Et tous eeu\ qui accompagnaient, le Seigneur se mirent a chanter : « Elle a \écu dans la pureté, loin » des plaisirs du monde, elle aura sa récompense dans » l'assemblée des saints. *

» Et la Vierge entonna ce cantique . « Toutes les » générations m'appelleront bienheureuse , car celui » qui est puissant a fait en moi de grandes choses , » et son nom est saint. »

» Alors une voix plus mélodieuse que les autres se fit entendre et chanta : « Viens du Liban , mon épouse, » viens recevoir ta couronne. »

» — Me voici , s'écria Marie , car mon esprit se réjouit en nous.

» Et aussitôt I aine de Marie quitta son corps sans douleur, et s'envola dans les bras de son fils. Jésus dil aux apôtres : « Portez le corps de ma mère avec bon » neur dans la vallée de Josaphal, déposez-le dans un » tombeau neuf que vous y trouverez, et, dans trois » jours, je reviendrai à \ous. »

» Aussitôt les roses et les lys des xallées, c'est-à-dire les martyrs et les confesseurs, les angc< et les vierges, entourèrent l ame blanche de Marie que Jésus portait, et l'accompagnèrent jusqu'au ciel Les autres s'écriaient

db la cathedrai.b db nevf.rs. î 67

en la suivant des yeux : « Mère pleine de prudence, souvenez- vous de nous. »

» Et les bienheureux , en voyant l'âme de Marie entre les bras de leur roi , appuyée sur son cœur , se mirent à chanter : « Quelle est celle qui monte du » désert, appuyée avec délices sur son bien-aimé? Elle » est belle au dessus de toutes les filles de Jérusalem , » elle est pleine de charité et d'amour. »

» Trois vierges, qui étaient là, dépouillèrent le corps pour le laver ; il resplendit d'une telle clarté , qu'elles pouvaient bien le toucher , mais non le regarder. Cette lumière dura jusqu'à ce que le corps fut lavé et revêtu d'un suaire. Les apôtres le prirent avec respect , et le placèrent dans le cercueil.

» Jean dit à Pierre : .« C'est à toi de porter devant le » cercueil la branche de palmier , car le Seigneur t'a élu » notre chef ; il t'a choisi pour paître les brebis. »

» Pierre répondit : « Cette fonction t'apparlient ; c'est » une personne vierge , qui doit porter la palme de la » Vierge ; tu as d'ailleurs reposé sur le sein du Seigneur, » ta as puisé à la source des grâces. »

» Pierre et Paul chargèrent le cercueil sur leurs épaules , et Pierre entonna le psaume ln exilu Israël de Egypto, et les autres apôtres continuèrent. Tout le peuple, entendant ces chants, sortit en foule de la ville et demanda ce que c'était. « C'est , répondit » quelqu'un, Marie qui est morte, et que les disciples » de Jésus emportent , au milieu des chants que vous

.MONUGlUPHit;

» entendez. » Alors tous coururent aux armes et s'excitèrent mutuellement. « Tuons les disciples, s'écriaient - » ils , et livrons aux flammes le corps de la mère de » cet imposteur. » Le prince des prêtres lui-même porta les mains sur le cercueil pour le renverser, mais ses deux mains demeurèrent attachées à la bière, et il éprouva d'horribles douleurs. Tous les autres furent frappés d'aveuglement par les anges qui étaient dans les nuages. Le prince des prêtres criait : « Saint-Pierre, » ne m'abandonnez pas , rappelez-vous que je vous ai » assisté , lorsque la servante vous accusait. »

» — Je n'ai pas le temps d'écouter ta prière , lui répondit saint Pierre, tu vois que nous sommes occupés aux funérailles de notre reine. Si tu crois que Jésus est le (ils de Dieu, et que tu aies recours à Marie sa mère, tu pourras être guéri.

« J'y crois, dit le grand prêtre. » Et il baisa le cercueil avec respect ; et aussitôt ses mains furent détachées de la bière et ses douleurs cessèrent. Pierre lui dit : u Prends » cette palme, élève-là au-dessus de ce peuple, frappé » d'aveuglement, ceux qui croiront recouvreront la vue. »>

» Les apôtres portèrent ensuite le corps do Marie au sépulcre que le Sauveur leur avait indiqué. Le troisième jour, Jésus-Christ, accompagné d'une multitude d'anges, vint au milieu d eux et il les salua en disant : « Que la » paix soit avec vous. »

» Los disciples répondirent : « Gloire à vous , Sei- » gneur , qui seul faites de grandes merveilles. »

DE LA CATHÉDKALK DB NEYBRS. 169

» — Quel honneur , dit Jésus , dois-je faire à celle qui m'a enfanté?

» Tous s'écrièrent : ((Quelle ressuscite et qu'elle soit » placée à votre droite. »

» Aussitôt l'archange Michel vint et présenta au Sauveur l'âme de sa sainte mère. Jésus dit : « Lève-toi, » ô mon amie , tabernacle de gloire , vase de la vie , » temple céleste ; tu as conçu sans souillure , ton corps » ne sera pas soumis à la corruption du tombeau. »

» Soudain l'âme de Marie se réunit à son corps. Elle sortit glorieuse du sépulcre et s'éleva vers le ciel au milieu d'une troupe d'esprits célestes.

» Thomas était absent; lorsqu'il arriva , il refusa de croire à la résurrection de Marie , comme il ayait refusé de croire à la résurrection de Jésus-Christ ; mais élevant ses regards vers le ciel , il y aperçut Marie qui s'élevait lentement , au milieu des chœurs des anges ; au môme instant la ceinture de la Vierge se détacha , et tomba au-dessus de Thomas , qui la reçut comme une preuve du prodige auquel il avait d'abord refusé de croire*. »

Tous les détails de la Légende dorée ne se rencontrent pas partout, dans les tableaux de la mort et de l'assomption de la sainte Vierge. Un des plus complets est , sans contredit , le triptyque du seizième siècle de Notre-Dame de Ternan , au diocèse de Nevers , dans lequel on

f Cet épisode se rencontre à Notre-Dame de Brou , sur In vitrail de la chapelle de la Sainte-Vierge.

MONOGHAPHIK

remarque i:epeti(lanl quelques légères variantes, qui rappellent l'iconographie grecque.

Notre artiste nixerniste a \oulu aussi avoir ses allures Tranches , et tout en entreprenant de reproduire sur la pierre la légende que nous a conservée Jacques de Voragines, il n'a pas \oulu jouer le nMe de traducteur servile, il a admis de légères modifications.

Il prend la légende au moment où l'âme de Marie s ein oie dans les bras de son divin fils. On voit tout l'intérieur de la sainte maison de Nazareth , remarquable' par sa simplicité, ou plutôt par sa pauvreté; auprès de la cheminée, est placé le meuble que nous retrouvons encore maintenant dans la maison du pauvre , et qui renferme, tout à la fois, les pro\ isions nécessaires à la vie et le linge de la famille ; le dessus est garni de quelques vases.

Vers le milieu de ce modeste appartement , Marie est étendue sur un lit; auprès de ee lit, du roté de la muraille, le Sauveur a reçu dans ses bras lame de sa sainte mère. Sur le devant, on \ oit , aux pieds, saint Pierre , saint Paul, saint Malhias , saint Jacques-le- Mineur, saint Jacques-le-Majeur ; du côté de la tête, sont saint Jean , saint Mathieu , saint Barthélémy, saint Simon, saint Philippe, saint André. Saint Pierre se reconnaît à la clé qu'il porte de la main gauche, tandis qu'il tient de la droite un livre mnert ; saint Paul lient son épée, saint Mathieu la harh ' qui a servi à son ^upplire, siinl Jacques-le-Majeur son bâton de pèlerin,

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