‹ Mongraphie de la cathédrale de NeversChapitre 7 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I1IPT0IRK DE SAINT CYR ET DE SAINTE JULITTE. — LEl'R MARTYRE. — ! Kl H fXLTE.

'ome gémissait sons le joug cruel de Dioclélien. Ce tyran avait ordonné de poursuivre à outrance tous ceux qui portaient le nom chrétien ; ses ordres barbares ne furent que trop fidèlement exécutés dans tout l'empire romain et dans les provinces qui en dépendaient.

La Lycaonie devait avoir ses martyrs et être fécondée par leur sang. Vivait alors dans celte province une dame aussi célèbre par sa piété que par sa naissance , issue des anciens rois d'Icône, Julilte se consolait de

voir le trône de ses pères occupé par un gouverneur romain , en se rappelant que le royaume du chrétien n'est pas de ce monde , et qu'une couronne immortelle est réservée dans le Ciel à ceux qui sur la terre auront combattu avec courage.

Cependant, pour se soustraire aux cruautés de Domitien qui avait le gouvernement de la Lycaonie , car elle craignait avant tout de laisser entre les mains des idolâtres son jeune fils Cyr ou Cyrice , âgé de trois ans , elle se détermina à prendre la fuite , abandonnant tout ce qu'elle possédait. Séleucie fut le lieu où elle se retira avec son enfant et deux servantes qui ne voulurent pas s'éloigner de leur maîtresse ; mais elle trouva dans cette ville la persécution plus terrible encore qu'à Icône : Alexandre , qui en était gouverneur, surpassait Domitien en cruauté.

Alexandre venait de recevoir l'ordre de publier un édit portant que tous ceux qui refuseraient de sacrifier aux dieux seraient impitoyablement condamnés à mort après avoir passé par tous les supplices , afin de servir d'exemple aux autres. Julitte se vit donc encore forcée d'abandonner cette ville , elle se rendit à Tarse, capitale de la Cilicie.

Alexandre partit de Séleucie le môme jour et prit la môme route. Arrivé à Tarse, il ne fut pas long-temps sans découvrir que Julitte était dévouée au culte des chrétiens ; il la fit arrêter et la cita devant son tribunal. Julitte s'y présenta avec son fils , précieux fardeau qu elle portail

DE LA CATHBDHALB DE NEVBRS.

toujours avec elle. Quant aux servantes , elles prirent la fuite et se cachèrent.

Alexandre demanda à Julitte son nom , sa condition, son pays; la sainte répondit à tout par ces seules paroles : « Je suis chrétienne. » Le jeune Cyr, entendant sa mère s'écrier : « Je suis chrétienne , » répétait aussi avec énergie : « Je suis chrétien. »

Le gouverneur, furieux , ordonna qu'on enlevât à Julitte son enfant et qu'on la frappât avec des nerfs de bœuf ; mais on eut toutes les peines possibles à arracher le jeune Cyr des bras de sa mère. Quand il fut entre les mains des bourreaux, il tendait encore vers Julitte ses petits bras , faisant comprendre par son agitation et par ses cris la peine qu'il éprouvait de cette cruelle séparation.

Les bourreaux portèrent l'enfant au gouverneur, qui le prit sur ses genoux et lui fit mille caresses , mais le jeune Cyr le repoussait de ses petites mains, lui déchirait le visage et se défendait par tous les moyens. Comme sa mère au milieu des supplices continuait de répéter : « Je suis chrétienne, » lui aussi disait : « Je suis chrétien. »

Le gouverneur ne fut plus capable de modérer sa colère; sans égard pour l'âge si tendre de cet enfant, dans un moment de fureur il le saisit par une jambe et le précipita du haut de son tribunal. Son crâne fut brisé dans cette cruelle chute et le sang ruissela sur le parquet.

Julitte, pleine de courage dans une circonstance si pénible pour le cœur d'une mère, rendit grâces à Dieu de ce qu'il avait couronné son fils avant elle. Cette héroïque femme, dont Y espérance était pleine d'immortalité , ne comptait pour rien les quelques jours que son fils aurait pu encore passer sur la terre ; jusque-là elle l avait élevé pour le Ciel , elle n'avait plus rien à craindre quant à l'innocence et à la foi de ce cher fils; il était en possession du souverain bonheur.

Le juge , honteux et tout épouvanté de son crime , déplora le triste sort de l'enfant , mais il n'en devint que plus cruel envers la mère. Il la fit étendre sur une table, la menaçant de la faire écorcher toute vive. Vaines menaces, Julitte ne se laissa point épouvanter, elle avait déjà consommé ce qu'il y avait de plus pénible dans son sacrifice , elle n'éprouvait plus que le seul désir de rejoindre son fils. Cependant, Alexandre lui fit verser sur les pieds de la poix bouillante, pendant qu'un des bourreaux lui criait: Julitte, sacrifie. « Non , » répondait Julitte , je ne sacrifierai pas à des démons, » je n'adresserai pas mes hommages à des statues » sourdes et muettes. J'adore Jésus-Christ , le fils » unique de Dieu , par qui toutes choses ont été créées. » Puissé-je bientôt revoir mon fils ! »

Le gouverneur la condamna à avoir la tête tranchée, et lui annonça que le corps de son fils serait traîné au lieu où l'on jetait ceux des criminels. Les bourreaux s'approchèrent de Julitte pour exécuter la sentence qui

venait d'être prononcée; ils lui accordèrent cependant quelques instants qu'elle réclamait pour offrir à Dieu son sacrifice. S'étant mise à genoux , elle fit cette prière : « Je vous remercie , ô mon Dieu I de ce que vous avez » bien voulu donner à mon fils une place dans votre » royaume ; daignez aussi , Seigneur, y recevoir votre » servante sans avoir égard à son indignité. Accordez- » moi l'entrée de la chambre nuptiale comme vous » l'avez accordée aux vierges sages , afin que mon » âme bénisse éternellement votre père, seul Dieu » créateur et conservateur de l'univers ; qu'elle vous » bénisse, rédempteur des hommes, et qu elle bénisse » l'esprit de sainteté. »

Au moment où elle prononçait Amen , le bourreau lui trancha la tête. L'Église latine honore le martyre de nos saints patrons le 1 6 juin ; il eut lieu vers 304.

Après le martyre de saint Cyr et de sainte Julitte , leurs corps furent jetés hors de la ville de Tarse parmi

les restes des suppliciés. Le lendemain, les deux servantes qui les avaient accompagnés et qui , pendant l'exécution , s'étaient tenues cachées , sortirent de leur retraite et eurent assez de courage et de résolution pour enlever les précieux corps de ces martyrs. Elles les enterrèrent dans un champ qui touchait à la ville.

Quelques années après , le grand Constantin mit fin à toutes les persécutions dirigées depuis si long-temps contre les chrétiens en se déclarant lui-même disciple de Jésus-Christ. Une des servantes do sainte Julitte

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vivait encore , elle lit connaître le iieu où elle avait déposé les corps des saints martyrs. Ce lieu devint célèbre par la piété des fidèles qui venaient y implorer les grâces dont ils avaient besoin.

Les plus anciennes maisons de Lycaonic se faisaient gloire de reconnaître sainte Julitte comme leur parente; tous les ans, au rapport de Théodore, évéque d'Icône, elles s'assemblaient pour célébrer sa fête avec une |H>mpe digne d'une sainte et d'une fille des rois.

Ce fut , dit-on , saint Amatre , évèquc d'Auxcrre , qui propagea dans l'Occident le culte de saint Cyr et de sainte Julitte. Dans un voyage que ce saint évéque fit en Orient, il en rapporta leurs saintes reliques. Par la suite , elles furent distribuées à plusieurs églises , et entre autres à celle de Nevers , qui en obtint des portions considérables. Dans son voyage en Orient, saint Amatre était accompagné- d'un de ses clercs, nommé Savin, qui , plus tard, se retira dans le Poitou. Le saint évéque lui avait fait don d'un bras de saint Cyr.

S'il faut en croire les anciens livres de l'église de Nevcrs, saint Amatre, après son voyage d'Orient, avait déposé les reliques qu'il en rapportait dans l'église choisie d'avance pour sa sépulture . et qui dans la suite jiorta son nom ; mais craignant que ce précieux dépôt ne vint à se dissiper et à se perdre , soit par les guerres, soil'par d'autres calamités publiques, il h* plara dan> nn mur sur lequel il fil peindre une

petite image de saint Cyr et une inscription qui devait servir d'authentique ; puis au moyen d'un contre-mur il cacha ce tombeau.

Long-temps les habitants d'Àuxerre ignorèrent le précieux dépôt qu'ils possédaient ; ce ne fut que du temps de saint Jérôme, évêque de Nevers, c'est-àdire au commencement du neuvième siècle , qu'il fut découvert *.

t Bollakd. 4. Maii in S. Atitature.

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