RAPPEL DU LONG-PARLEMENT
Cromwell, qui voulait régner a son tour, les avait chassés de force le 19 avril 1653, entrant lui-même dans leur salle à la tête de ses troupes. Ainsi violé, mais non dissous, le Rump était demeuré, dans sa propre opinion, le seul parlement légal de l'Angleterre, et formait dans le pays une petite faction de fanatiques égoïstes, plus importants par leur activité passionnée que par leur considération ou leurs talents. On comptait dans leurs rangs quelques hommes distingués : sir Henri Vane, grand et chimérique esprit, retenu au milieu d'eux parce que ses idées et ses desseins ne trouvaient ailleurs point de place ni d'instruments ; Ludlow, plus capable en affaires qu'éclairé en politique, et trop honnête homme pour se résigner jamais à croire qu'il eût fait quelque chose contre sa conscience. Mais les vrais représentants du parti étaient sir Arthur Hasierig, brouillon avide, emporté et vaniteux ; Scott, presque aussi vain, plus ferme et plus aveugle encore ; et quelques autres, dupes de leur intérêt autant que de leur croyance, toujours prêts à gouverner dès qu'on voudrait bien le leur permettre, et joignant au goût du pouvoir et au fanatisme des opinions le ridicule de l'impuissance et l'entêtement d'une prétendue légitimité.
Ce fut à cette assemblée, dont quarante-de ux membres seulement se trouvaient à Londres, que, le 7 mai 1659, l'armée résolut de confier le gouvernement qu'elle ne
savait où déposer. Après avoir obligé Richard de dissoudre son parlement, on réinstalla le Bump, et avec lui la bonne vieille cause, c'est-à-dire la république, dont le Bump fut déclaré le seul véritable appui : « Car, disait- « on, il avait toujours été favorisé, dans cette œuvre, « de la présence spéciale de Dieu et de sa signalée béné- « diction. » Richard se laissa tomber sans résistance, et sans que personne fît un geste pour le soutenir. Quelque temps auparavant, ses amis avaient fait offrir à Monk 20,000 livres sterling de pension s'il voulait prendre en main sa cause. Monk laissa tout espérer, ne s'engagea point, et répondit : « Cet argent-là lui sera «plus utile que mon adhésion1.» Richard déchu, Monk reçut l'événement avec sa tranquilité ordinaire, félicita les nouveaux pouvoirs, accueillit les avances de Fleetwood et de Lambert, et les assurances de faveur du Bump, qui cependant voulait continuer, comme l'avait fait Cromwell, à priver de leurs emplois dans l'armée
i Journal manuscrit de sir Edouard Montague. depuis lord Sandwich; Harris, Life of Charles tlie second, p. 194, dans la note. Un an après cette époque, à rapproche du retour de Charles II, ce fut encore à Monk que s'adressa Richard Cromwell, dans la détresse de sa vie privée, pour qu'il lui obtint de la Convention royaliste près de se réunir le payement de ses dettes. On verra, dans les documents insérés à la fin de ce volume, la lettre que Richard écrivit à ce sujet à Monk le 18 avril 1660. Je dois ce curieux document, jusqu'ici inédit, à l'obligeance de mon savant ami le docteur Travers Twiss, qui a bien voulu le copier pour moi d'après le texte qui se trouve dans les archives de la famille de l'amiral Popham au château de Littlecott. (Documents historiques, p. 193.1