MENÉES ROYALISTES
au secours de la bonne cause, avait soin de ne jamais prononcer les mots de roi et de royaume; Gumble, autre chapelain, presbytérien d'opinion, mais homme d'esprit et d'intrigue, agent principal de Monk, et dévoué à tous ses projets ; la femme de Monk, enfin, presbytérienne ardente, et aussi vive pour le roi que contre l'épiscopat. En possession d'une liberté de discours qu'il eût été difficile de lui disputer, elle obligeait son mari à entendre ce que d'autres n'auraient osé lui dire, et forçait^par son impétuosité la marche un peu lente de cet esprit circonspect. Quelques autres encore, dans des nuances différentes, essayaient de pénétrer et d'agir : les uns secrètement, d'autres plus à découvert ; et au milieu d'eux le général, tranquille, silencieux, et trop bon homme pour se fâcher quand il ne voulait pas comprendre, calmait et contentait chacun en particulier par quelque concession dans le sens de son interlocuteur, ou par quelque demi-confidence destinée à cacher ce qu'il ne disait pas, autant qu'à persuader ce qu'il voulait faire croire. Chacun avait son rôle distinct, et, dans une occasion donnée, chacun pouvait se regarder comme le confident en titre, «c'es « à-dire, selon l'expression de Price, comme celui qu « avait auprès du général la charge d'être le premier « trompé. » Hors de ce cercle intime, en butte aux efforts ou à la curiosité de fous ceux qui cherchaient à le gagner ou à le pénétrer, la taciturnité de Monk était pour
lui un rempart qu'il laissait rarement forcer. Mais son silence même était significatif et il s'en servait pour entretenir à la fois la réserve et la confiance. Aussitôt qu'une apparence d'insinuation ou quelques idées préparatoires annonçaient le dessein d'amener une ouverture, Monk, l'air profondément attentif, répondait à peine, contrariait encore moins ', n'ouvrait aucun champ à la discussion, aucune issue à l'indiscrétion : il fallait se taire après avoir épuisé la première attaque; et chacun s'en allait persuadé qu'il l'avait ébranlé ou trouvé favorable, mais sans avoir reçu le moindre encouragement à se hasarder d'une façon plus explicite1.
Cependant, à mesure que le moment avançait et que les circonstances devenaient pressantes, les attaques devinrent aussi plus claires, et il fallut trouver des moyens pour repousser sans rebuter,ou pour donner des espérances sans s'engager. Persuadés que l'insurrection de sir George Booth devait tout décider , Charles Stuart et ses partisans redoublèrent leurs efforts pour en assurer le succès. Sir Stephen Fox arriva2 chargé d'une lettre où Charles engageait Monk à marcher avec son armée
i Monk, dans ses menées secrètes, se servait souvent des femmes, comme moyen d'information, et même comme conseil. Il correspondait en Angleterre avec lady Saville, et conduisait toute l'Ecosse avec l'aide de la comtesse Buccleugh. {Extrait de la trad. angl.)
8 Lord Wharncliff croit que la visite de sir Stephen Fox à Monk eut lieu plus tard, pendant sa marche sur Londres, ou même après son arrivée.