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PREMIERES OUVERTURES

contre le parlement. Monk la reçut froidement, sans promesse, sans réponse; mais il laissa le messager s'en retourner en toute liberté. C'était dire qu'il ne refusait point de pareils messages. Le colonel Atkins, chargé par les Presbytériens de l'engager à seconder l'insurrection près d'éclater dans le nord de l'Angleterre, le pressait sur ce qu'on pouvait attendre de lui : « J'enver- « rai des troupes contre eux , répondit brusquement le « général; dans ma position je ne peux pas faire moins; » et le chapelain Price , interrogé à son tour par Atkins, parut croire qu'il n'y avait rien à faire, « à moins, ajou- « ta-t-il négligemment, que la cité de Londres ne voulût « se soulever et fermer ses portes. »

Enfin arriva un négociateur direct et chargé de propositions positives. Sir John Greenville, neveu de sir Richard, et l'un des Cavaliers les plus actifs pour le service du roi, avait soigneusement entretenu des liaisons étroites avec son parent, Nicolas Monk, frère du général, et l'avait nommé à un bénéfice avantageux dont il disposait dans le comté de Cornouailles1. Sir John s'était de plus fait envoyer par le roi les pouvoirs les plus étendus pour traiter avec Monk et travailler à l'engager dans la cause royale. Au moment de l'insurrection de sir

i Kilkhampton, près de Stratlon, cure d'environ 300 liv. slerl. de revenu. Le comité du Long-Parlement, chargé d'examiner les sentiments des ecclésiastiques, savait bien que Nicolas Monk était royaliste, mais n'avait pas osé lui refuser le bénéfice auquel sir John Greenville l'avait nommé. {Extrait de la trad. angl.)

George Booth, il fit partir l'ecclésiastique pour Dalkeith, chargé de ses instructions et des promesses du roi.

Nicolas Monk arriva à Dalkeith dans le mois d'août 1659, deux jours après la visite du colonel Atkins, et il trouva son frère disposé à l'entendre. Monk craignait et attendait peu de ces gouvernements éphémères qui , à Londres, croulaient déjà les uns sur les autres : les partis de Richard Cromvvell, de Haslerig , de Lambert, pouvaient s'agiter autour de lui sans l'atteindre ; il était mieux établi qu'aucun d'eux. Quant aux Presbytériens, supposé qu'ils devinssent les plus forts, ils ne pouvaient jamais l'être assez pour que Monk ne fût pas toujours sûr de traiter avec eux comme il lai conviendrait. Il n'en était pas de même des royalistes, vers qui commençaient à tourner les chances de l'avenir. Tous les autres partis s'étaient usés dans le gouvernement; tous, puissants et renversés tour à tour, avaient donné le secret de leurs erreurs , de leur violence et de leur faiblesse. La royauté seule, depuis vingt ans, n'avait pas été mise à l'épreuve ; seule elle avait encore à faire des promesses auxquelles on n'eût pas été trompé; on en attendait le bien, parce qu'on n'en avait reçu aucun mal récent; on y revenait enfin, après tant d'agitations, comme au toit paternel qu'a fait quitter l'espérance et où ramène la fatigue. La restauration des Stuart était donc l'espoir et le désir de cette population nombreuse, anonyme, qui, sauf quelques moments d'exaltation.

aspire en général au repos politique, pour se livrer sans trouble aux affaires de la vie civile. Les désirs de la multitude sont rarement contenus parla prévoyance;, et si, en prenant en main la cause royale, les Presbytériens voulaient empêcher qu'elle triomphât sans conditions ni garanties, il y avait lieu de présumer qu'ils ne réussiraient pas à mesurer ainsi, à leur gré, le succès, et que, lorsqu'ils auraient ouvert au roi les portes, le peuple, n'ayant plus à choisir qu'entre eux et lui, ne leur laisserait pas le temps de disposer de leur victoire.

Monk devait croire que tel serait le cours des événements, et s'en applaudir. Peu touché des droits ou des besoins de la liberté, et très-blessé des inconvénients de l'anarchie, il ne regardait guère à la nature ni à l'exacte mesure du pouvoir, soit qu'iH' exerçât ou qu'il le subît. Il croyait un pays suffisamment heureux quand il est tranquille et gouverné, et savait très-bien, pour son propre compte, que de la puissance du maître dépend la fortune des serviteurs. Il était en position de devenir, auprès de Charles Smart, le serviteur le plus utile et le mieux récompensé; il lui convenait donc de traiter seul et directement avec le roi , dans le seul dessein de bien établir sa situation personnelle, et laissant à d'autres à débattre les intérêts du pays. Ses secrètes habiletés avaient toujours ménagé les royalistes; dès qu'ils s'adressaient à lui avec espoir de succès^ ils devaient être

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