‹ MonkChapitre 22 sur 88 · LES OUVERTURES, DES ROYALISTES · texte numérisé non relu

LES OUVERTURES, DES ROYALISTES

prompteinent accueillis. Monk n'a jamais traité franchement qu'avec eux; et dans sa marche vers la restauration de la monarchie, un seul sentiment éclate et domine/ le désir de soustraire ce grand événement à toute autre influence que la sienne propre, afin de pouvoir le livrer, complet et sans entraves, au prince de qui il en doit recevoir le prix.

Mais, dans l'état des affaires en 1659, le secours des Presbytériens était le plus utile dont le rusé général se pût aider : aussi , en accueillant les confidences de son frère, il parut surtout déterminé par le drapeau presbytérien de l'insurrection de Booth et par la certitude de la coopération de Fairfax. Une fois son parti pris, il commença, auprès de ceux qui l'entouraient, à se montrer incertain; tandis qu'il promettait d'un côté, on le voyait de l'autre exposer, selon sa coutume, les difficultés, sans exprimer son opinion sur la manière de les surmonter. Il confia à chacun ce que chacun devait savoir ou croire de ses intentions, se fit solliciter d'entreprendre ce qu'il avait résolu, examina l'état de ses caisses, chargea enfin ses agents de sonder les dispositions dé ses troupes et de savoir à quel point on pourrait les aigrir contre un gouvernement imposé par l'armée d'Angleterre. On trouva les soldats moins irrités qu'incertains de leur situation, et ne comptant que sur leur général : « C'est au vieux George, disaient-ils, à arrange ger cela : nous n'y pouvons rien. » Mais, à l'idée de se

mettre en mouyement sous ses ordres, ils s'animaient et se montraient prêts à le suivre : « On peut, disaient-ils, c< marcher en sûreté derrière George Monk. »

Assuré de ses moyens, Monk pensa qu'il n'y avait plus de temps à perdre. Sir George Booth, à la tête du comté de Chester, était près d'en venir aux mains avec l'armée du parlement sous les ordres de Lambert; les autres comtés allaient se soulever : il ne fallait pas se montrer des derniers. On était au samedi soir *; la nuit fut employée à rédiger une lettre au parlement, où, avec toutes les formes du respect et même de la louange, l'armée se déclarait contre la perpétuité du pouvoir qu'il semblait vouloir s'arroger, ne pouvant en conscience, disaitelle, consentir à ce que tant de sang eût été versé pour déposer la souveraineté entre les mains de quelques hommes. Elle demandait donc que, conformément à ses promesses, le parlement eût à se compléter et à régler le mode d'élection et de convocation des parlements destinés à lui succéder; elle annonçait enfin sa résolution de soutenir cette demande par les armes. Cette lettre devait être, le lundi, présentée à la signature des princi-

i On peut déterminer, par le rapprochement des jours de la semaine et des dates des événements dans le mois d'août 1659, que ce samedi devait être le samedi 23 août. Sir George Booth fut défait par Lambert, les 18 et 19 août, à Winnington et à Namptwich. On devait l'ignorer encore à Dalkeith le 23 août, et on dut l'apprendre le lundi 25.

Page 1