LE COMITÉ DE L'ARMÉE DE LONDRES
hommes se plaît à embellir les grands événements.
Quelles que fussent, à l'égard de Monk, les intentions de Lambert et des siens, ils avaient craint sa rivalité, mais non son patriotisme, et ils sentirent promptement de quel discrédit la cause qu'il embrassait venait de frapper la leur. D'ailleurs ils apprenaient, en même temps que sa résolution, les mesures déjà prises pour la soutenir; et l'officier chargé des dépêches de Monk, en trahissant ce qu'il savait ou soupçonnait des secrets de son général, n'avait fait qu'accroître leurs inquiétudes. Revenus de la vaine idée de leur pouvoir sur l'ar^ niée d'Ecosse, les chefs de l'armée d'Angleterre voyaient apparaître tout à coup une force prête à les attaquer avant qu'ils eussent songé à en soupçonner l'existence. Ils résolurent de tenter un accommodement, ne fût-ce que pour gagner le temps de se mettre en défense, et tandis que Lambert, nommé général des troupes du nord, marchait à leur tête vers New castle, le docteur Clargis, et Talbot,l'un des colonels de l'armée de Monk, qui se trouvait alors à Londres, lui furent envoyés pour expliquer ce qu'on appelait un malentendu, et proposer des négociations.
Rien ne pouvait être plus favorable aux projets de Monk; il venait d'échouer dans ses tentatives pour attirer à son parti l'armée d'Irlande, et pouvait craindre de lavoir se déclarer contre lui. Ses efforts n'avaient pas été plus heureux du côté de la flotte ; et Overton, gouver-
neur de Hull, ainsi que quelques autres commandants de places en Angleterre, que leurs opinions républicaines semblaient devoir ranger du parti du parlement, s'étaient montrés défiants des projets de Monk, et n'avaient répondu à ses ouvertures qu'en lui offrant leur entremise pour opérer sa réconciliation avec le comité de sûreté. Réduit à ses propres forces , Monk cependant ne songeait plus à hésiter. Quand il était engagé dans l'action, une singulière sagacité à démêler le véritable état des choses le préservait de toute incertitude sur la conduite du moment. Uniquement occupé d'accomplir ce qu'exigeait de lui la situation présente, il la voyait tout entière , et n'en laissait rien échapper qui pût compromettre l'avenir. C'était un de ces hommes pratiques , en qui la réflexion ne précède point l'expérience,' mais que l'expérience éclaire à- mesure, et dont la pensée, peu accessible à toute vérité qui ne se présente pas à eux sous une forme sensible, la reconnaît et la saisit dès qu'elle prend à leurs yeux sa place dans les affaires et les intérêts de ce monde. Incapable peut-être de se prévoir lui-même tout entier, Monk ne s'est jamais manqué au besoin : son esprit, plus pénétrant que vaste, plus ferme qu'entreprenant, pouvait ne pas embrasser, de loin etpar avance, l'ensemble d'un grand projet; son caractère tranquille se laissait peu tenter par une entreprise audacieuse ; mais l'audace , quand l'occasion la demandait, ne lui était pas plus difficile que la pru-
dence; et lorsqu'avançant pas à pas il arrivait à l'un de ces passages dangereux où il faut qu'une grande résolution surmonte tout d'un coup de grands obstacles, son bon sens, prompt et sûr, marchait droit à la difficulté, quelque élevée qu'elle pût être; et le parti le plus hardi devenait, pour lui, le plus simple dès qu'il était le plus utile.
A cette époque, sa situation lui commandait à la fois d'agiretde temporiser. Il écouta les envoyés ducomitéde Londres. Talbot ne changea rien à ses projets, etClargis ne s'occupa que de les servir. Les officiers, consultés sur le message , agréèrent la proposition de nommer trois commissaires pour aller traiter avec leurs frères de F armée d'Angleterre. Le choix en fut déféré au général , qui en nomma deux, et laissa aux officiers l'élection du troisième. Ils nommèrent le colonel Wilks, agent peu sûr, et dont la fidélité fut peut-être encore ébranlée par le mécontentement de n'avoir pas été choisi le premier. Les négociateurs partirent au commencement de novembre 1659, chargés des instructions publiques du conseil et des instructions secrètes du général. La principale était de gagner du temps etde ne conclure qu'à la dernière extrémi té, et seulement sous la condition du rétablissement de l'ancien parlement. S'ils ne pouvaient l'obtenir, du moins devaient-ils exiger que l'on convoquât sur-le-champ un parlement nouveau, librement élu. Mais comme le comité des officiers de Londres devait nécessairement pré-