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Monarchie quand la République subsistait, quand autour de lui, sincèrement ou hypocritement, et lui-même comme les autres, tous ne parlaient que de la République. Et dès qu'après la monde Cromwell et la chute de son fils Richard, la question fut réellement posée entre les deux gouvernements, Monk se décida pour la Monarchie.
On lui a contesté ce mérite ; et Monk, en marchant à son but, a tant usé et abusé du mensonge, que des esprits prévenus ou superficiels ont pu douter en effet que sa résolution eût été précoce et constante. Mais quand on étudie de près et à fond les événements et les documents, le doute n'est plus possible. Dès le premier jour, Monk fut décidé; et quoiqu'il fît ou qu'il dît, i! fut décidé tous les jours, jusqu'au dernier. ïleut
un avis et un parti arrêtés, quand tout le monde doutait et hésitait. Ce fut son premier acte de bon sens politique.
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En même temps qu'iï fat décidé, Monk fut patient. Il sut attendre le succès en îe poursuivant. Homme de guerre et agissant par son armée, il fut fermement et constamment résolu h ne point recommencer les coups violents et la guerre civile. Il comprit que, pour être solidement rétablie, la Monarchie devait l'être pacifiquement, naturellement, comme une nécessité nationale et le dernier refuge du pays. En dépit de toutes les impatiences et de toutes les méfiances, il contint, dissimula, tarda, attendit, jusqu'à ce que l'événement s'accomplît en quelque sorte de luimême. Et l'événement accompli, Monk voulut que, dans les Lettres-patentes qui consacraient sa fortune et sa gloire, on insérât ces mots : Victor sine sanguine (vainqueur sans effusion de sang); tant sa prudence avait été réfléchie et volontaire.
Le parti monarchique aussi fut sensé. Sa situation était plus simple gu'elle n'est aujourd'hui
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parmi nous. Il ne flottait pas entre deux ou trois monarchies. ïl n'en voulait qu'une, et tous voulaient la même. Le parti n'en était pas moins très-ci ivisé. Les uns avaient fait la révolution, .es autres l'avaient combattue. Ils s'étaient fait ardemment la guerre, pour ou contre le Roi dont il s'agissait de rétablir le fils. Des idées , des passions , des intérêts divers les séparaient. Ils ajournèrent leurs dissensions. Jusqu'au jour du succès , ils réduisirent leurs idées , leurs passions, leurs intérêts, à l'idée, à la passion, 5 l'intérêt qui leur étaient communs. Ils subordonnèrent ce qu'ils eussent préféré à ce qu'ils voulaient. Ceci est la pierre de touche de l'intelligence politique des partis.
Les Royalistes anglais firent plus encore : ils se confièrent, dans la poursuite de leur dessein, à un homme dont ils se méfiaient, dont ils avaient droit de se méfier. Monk avait servi le Roi, la
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Révolution, la République, Cromwell, le Parlement. Il restait profondément enveloppé et obscur. Il agissait et parlait souvent dans des sens contraires. Il mentait avec une fermeté froide qui troublait ses plus intimes affîdés. Le parti monarchique était, à son sujet, plein de doute et d'inquiétude, passant tour à tour de l'espoir à la crainte, de la lumière entrevue à d'épaisses ténèbres. Ni leurs doutes, ni leurs craintes, ni leurs désirs, ni les obscurités de Monk n'égarèrent la conduite des Royalistes. Monk était l'homme que leur donnait et leur imposait en même temps la situation. Il y avait, à tout prendre, plus de raisons d'espérer en lui que de s'en méfier. C'était encore une nécessité à accepter. Les Royalistes comprirent et acceptèrent aussi celle-là. Ils ne se livrèrent point aveuglément à Monk; mais ils le secondèrent discrètement, l'attirant sans le compromettre, dociles à ses
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nscils, vigilants mais tranquilles derrière lui, comme derrière un chef de leur choix. Car il faut un chef à de tels desseins, et il n'y a de chef que celui qu'on laisse faire en le soutenant.
Le succès répondit a la bonne conduite du parti monarchique et de son chef.
Peuples, partis ou individus, les hommes, dans les grandes circonstances de leur destinée, se trompent de deux façons diverses et également finales. Tantôt, indécis et découragés, ils s'abandonnent eux-mêmes, restent inactifs comme des spectateurs impuissants, et s'en remettent de tout leur sort à cette force inconnue que, selon leur foi ou leur impiété, ils appellent la Providence, la fatalité ou le hasard. Tantôt, aveuglément confiants et étourdis, ils s'agitent selon les caprices de leur imagination ou de leur désir, croyant que tout leur est possible, et que rien ne les empêchera de réussir comme ils veulent et
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espèrent. Dieu ne tolère et ne laisse impunies ni Tune ni l'autre erreur. Il veut que les hommes prennent leur part dans la conduite de leurs propres affaires, et en acceptent le travail comme les chances. Et en même temps, il ne souffre pas que les hommes se figurent qu'ils disposeront à leur gré des événements, et que toutes choses se plieront à leurs intérêts ou à leurs fantaisies. Avec ceux qui ne veulent rien foire pour euxmêmes et qui attendent que Dieu seul les tire de peine, ,Bieu attend aussi et les laisse souffrir. A ceux dont la présomption se promet et tente coût ce qu'ils désirent, Dieu envoie des obstacles et des échecs qui les obligent à comprendre qu'il y a autour d'eux des forces, des droits, des intérêts autres que les leurs , et avec lesquels il faut compter et traiter. La bonne politique consiste à reconnaître d'avance ces nécessités naturelles qui, méconnues, deviendraient plus tard des
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ieçons divines, et à y conformer de bonne grâce sa conduite.
Je neveux rien dire de la révolution de Février. Ce n'est pas à moi qu'il convient d'en parler aujourd'hui. Mais je ne puis croire et pas un Français ne peut se résigner à croire que ce soit là le dénoûment de la glorieuse histoire de la France. C'est le goût téméraire de mon pays de se lancer, n'importe à quel prix et avec quel péril, dans d'immenses et inouïes expériences. On dirait qu'il se considère comme le grand laboratoire* de la civilisation du monde. Mais s'il est prompt à se hasarder, il est prompt aussi à se raviser et à revenir sur ses pas , quand il s'aperçoit qu'il a fait fausse route et qu'il tombe. Déjà, à l'ombre d'un grand nom, iî s'est arrêté. Mais une halte salutaire n'est pas le salut. Ce n'est pas assez que la France ne roule plus dans l'abîme : il faut que l'abîme se ferme et que
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la France se relève. Washington ou Monk, il lui faut l'un des deux pour se relever.
Lequel des deux nous accordera la Providence?
Je voudrais répandre, sur l'événement qui est l'objet de cette étude, toutes les lumières propres à l'éclairer, et à nous éclairer nous-mêmes à sa vue. Je publie, à la suite de mon récit, soixanteonze dépêches ou fragments de dépêches, adressées, en 1659 et 1660, au cardinal Mazarin et à M. de Brienne, par M. de Bourdeaux, alors ambassadeur de France à Londres. Ces documents sont tirés des archives du département des affaires étrangères. Il est curieux de voir quelles informations recueillait jour par jour, et quelle influence tentait d'exercer, sur la marche de Monk vers le rétablissement de la monarchie des
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Smart, le représentant de Louis XIV auprès de Cronrwell.
Je publie également une lettre adressée, quinze jours avant la restauration de Charles II, par Richard Cromwell à Monk : « Afin, lui dit-il. « que, lorsque le Parlement sera réuni , vous « veuillez bien faire usage de votre crédit en mu « faveur, pour que je ne reste pas sujet à des « dettes que ni Dieu, ni ma conscience, j'en snis « certain, ne peuvent regarder comme miennes... « Car j'ai en vous cette confiance que, si je dois « moi-même me juger peu digne de grandes « choses, vous ne me jugerez pas digne d'une « ruine complète. »
Singulier mélange de modestie presque humble et d'un souvenir de grandeur !
En 1838, peu après l'insertion de mon premier travail sur Monk dans la Revue française, Mo J. StuartWortley, alors membre de la Cham-
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bre des Communes, et qui siège maintenant comme lord Wharncliff dans la Chambre des Lords, en publia à Londres une traduction à laquelle il joignit une introduction et des notes pleines de science historique et d'intérêt. En revoyant et refondant aujourd'hui cette étude, j'ai profité du travail de lord Wharncliff, soit pour rectifier dans le texte du mien quelques inexactitudes, soit pour lui emprunter quelques notes qui éclairassent ou complètent les faits.