‹ MonkChapitre 32 sur 88 · UN TRAITÉ EST SIGNÉ A LONDRES · texte numérisé non relu

UN TRAITÉ EST SIGNÉ A LONDRES

personne, de recevoir une visite ou un message de leurs amis, presque de conférer entre eux. Autour d'eux tout respirait la force, la confiance ; de loin il ne leur venait qu'effroi et découragement. D'heure en heure s'accumulaient les nouvelles les plus désastreuses : un corps de l'armée de Monk avait déserté, puis un autre; bientôt leur général allait rester seul, hors d'état de traiter; et eux-mêmes se trouveraient sans défense entre les mains de leurs ennemis. La tête leur tourna. Wilks, surpris ou gagné, entraîna les autres, et le 15 novembre au soir fut signé un traité en neuf articles portant la convocation d'un nouveau parlement, la dislocation des deux armées, et quelques autres mesures analogues, c'est-à-dire la ruine de Monk, de son parti, de ses projets. Et dans la crainte d'un repentir, ou pour hâter l'effet delà victoire, le gouvernement de Londres, sans attendre le départ des commissaires de l'armée d'Ecosse, envoya deux officiers porter en toute diligence à Monk les articles signés et en demander la ratification,

Monk sortait de table, le 18 novembre, lorsque les deux officiers arrivèrent à Haddington et lui présentèrent le traité. Il le lut, le donna à lire à ceux qui se trouvaient présents, et, selon sa manière ordinaire, sans dire une parole, il rentra aussitôt dans sa chambre.

Le lendemain, il retourna à Edimbourg. La nouvelle du traité l'y avait précédé. La première consternation

avait déjà fait place à l'humeur; l'irritation allait croissant. L'article VIe du traité surtout soulevait tous les intérêts contre cette imprudente transaction. 11 prescrivait la nomination d'un comité de quatorze officiers pris par moitié dans les deux armées, et qui devaient se rassembler à Newcastle pour y prononcer sur les droits des officiers à qui Monk avait retiré leur emploi, ou qui avaient donné leur démission depuis le 7 octobre. Ainsi se trouvaient remis en question tous les avancements obtenus dans l'armée de Monk par suite de l'épuration \ En même temps, il fallait renoncer à cet espoir de retour dans le pays natal où déjà se transportait l'imagination; et au lieu de la participation, tant promise, aux avantages dont l'armée d'Angleterre avait joui seule depuis si longtemps, on allait retrouver l'exil d'Ecosse, sa pauvreté, ses tristes et sauvages garnisons.

La salle de réception était remplie d'officiers, tous l'agitation peinte dans leurs regards. Monk se promenait au milieu d'eux, sombre, pensif, sans adresser un mot à personne. Autour de lui régnait un bourdonnement inquiet ; tous les yeux suivaient ses mouvements. Le chapelain Gumble entre dans la salle ; le général va vers lui et lui demande : « Que pensez-vous de cet ac- « commodément? — Je ne l'ai pas vu, général, mais j'en ai

i Monk avait renvoyé, à ce qu'il paraît, environ cent quarante officiers, dont les successeurs auraient vu ainsi leur situation compromise. (Extrait de la trad. angl.)

c< tant entendu parler que je viens vous adresser une « requête. — Laquelle? — Il y a dans le port de Leith un « vaisseau prêt à mettre à la voile ; veuillez me signer « un passeport pour la Hollande. — Quoi donc! vous « voulez me quitter? — Je ne sais comment s'en tirera « votre Grandeur; mais vous pouvez être sûr qu'ils « n'auront pas de repos qu'ils ne vous aient ôté votre « commandement. Vous verrez alors ce que vous aurez «' à faire. Pour moi, pauvre diable, qui ne serais pas « en sûreté entre leurs mains, je n'y veux pas tomber. « — Est-ce donc à moi qu'il faudra le reprocher? s'écria « le général; que l'armée tienne pour moi, et je tien- « drai pour elle. » A ces mots, un cri d'adhésion s'élève de tous côtés; les protestations, les transports de joie succèdent au silence et à la consternation; la sérénité reparaît sur le front du général, et les préparatifs du départ s'achèvent avec une activité pleine d'allégresse. Dan s les premier s moments d'exaspération, les officier s de Monk demandèrent que les commissaires envoyés à Londres fussent désavoués comme traîtres; mais on j ugea plus prudent de se servir du traité qu'ils avaient conclu pour continuer à négocier. On répondit au comité de sûreté que, bien qu'on n'eût d'objection à faire contre aucun des articles, comme il en avait été omis d'importants, on retardait la ratification jusqu'après de nouvelles conférences , auxquelles on demandait l'adjonction de deux nouveaux commissaires qui, avec les

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