MO DEUX COMMISSAIRES DU RUMP
contenaient seules les mouvements populaires toujours près d'éclater contre lui. Dernière ressource de ce gouvernement qu'elles avaient chassé deux mois auparavant, ces troupes redevenaient l'espérance de quelques hommes, disposés, si l'audace ne leur eût manqué, à se jeter de nouveau dans les bras de Lambert pour éviter de tomber au pouvoir de Monk.
11 fallait leur enlever ce dernier refuge. Quelques-uns des conseillers du comité politique de Monk, soit qu'ils ne se doutassent pas encore des intentions qu'ils continuaient à servir, ou qu'ils voulussent eux-mêmes s'en assurer, proposèrent, pour couper court à toute méfiance, de faire signer à l'armée un engagement d'obéir à tout ce qu'ordonnerait le parlement, sauf le retour de Charles Stuart. On écarta cette proposition par respect yôUT le parlement, et pour ne pas tomber dans l'erreur qu'avait commise l'armée d'Angleterre en s'ingérant de lui prescrire des lois. Le principe de la soumission à l'autorité civile servit d'autant mieux en cette occurrence qu'on n'avait pas le temps d'admettre la discussion. Scott et Robinson arrivaient le lendemain, et toute liberté de conférence allait cesser. Il fallut donc se contenter d'une lettre. Monk, beaucoup moins scrupuleux sur ses propres engagements que sur ceux qu'on voulait faire prendre à son armée, permit qu'on écrivît en son nom à ses compatriotes, les gentilshommes du Devonshire, pour détruire, par des
arguments et des protestations, les espérances qu'ils commençaient à fonder sur lui pour le retour du roi. Le comité s'occupa aussi, dans ses derniers moments, de rédiger une lettre pour demander que les troupes» alors en quartier à Londres fussent renvoyées, et celles de Monk admises à l'honneur de garder le parle-j ment. Mais on crut devoir attendre, pour envoyer cette lettre, que l'approche de l'armée rendît la prière plus efficace.
Scott et Robinson arrivèrent en effet le lendemain Les ordres étaient donnés; les plus grands honneurs la? attendaient au passage. Monk n'épargna aucune des démonstrations d'humilité qui convenaient au plus obséquieux serviteur du parlement; et ses officiers, bien instruits et sensibles peut-être au malin plaisir de jouer ces maîtres d'un moment, multiplièrent si bien autour d'eux les hommages et les respects, qu'enivi4$ de leur importance , les commissaires , Scott surtout^ s'empressèrent de célébrer, dans leurs rapports, rattachement du général au parlement et la respectueuse discipline de son armée. Telle n'était pas cependant leur sécurité qu'ils négligeassent aucun des soins de la plus minutieuse et même de la plus ignoble surveillance. Jusqu'à la dernière couchée, près de Londres, ils s'arrangèrent pour loger toujours dans la même maison que le général, attentifs à chercher ou à pratiquer secrètement, dans les murs et dans les cloisons, quelque
ouverture par où ils pussent inspecter ce qui se passait chez lui. Inquiets et blessés de ce concours de vœux uniformes qui, de la frontière d'Ecosse à Londres, n'avait cessé de se prononcer contre l'éternelle domination du Bump7 ils repoussaient vivement la plus légère attaque; si vivement qu'un jour Scott déclara que, si Ton voulait faire rentrer les membres exclus ou convoquer un parlement nouveau, tout vieux qu'il était, il reprendrait les armes et défendrait à force ouverte les portes de la chambre contre les intrus. Perdant ainsi par leur mauvaise humeur le fruit de leur importune assiduité, ils délivraient Monk du plus grand inconvénient de leur présence, et lui épargnaient, par leur impétuosité à se saisir de la parole, l'embarras qu'il aurait éprouvé à répondre devant eux. Se bornant presque toujours au rôle de témoin passif ou docile, le général semblait, par son silence, approuver ou plutôt se soumettre. Quelquesmots sur l'obéissance due à des supérieurs, un signe de tête ou un froncement de sourcils que chacun pouvait interpréter au gré de ses désirs, étaient d'ordinaire l'unique part qu'il prît à l'entretien. En même temps,il se montrait soigneux, autant qu'il le pouvait sans se compromettre, d'adoucir, par la modeste affabilité de son maintien, la rudesse de l'accueil des commissaires; et, au sortir de la salle d'audience, ses confidents veillaient à ne laisser partir aucun pétitionnaire mécontent, ou incertain sur les intentions auxquelles il était