‹ MonkChapitre 44 sur 88 · DE SOUMETTRE LA CITÉ · texte numérisé non relu

DE SOUMETTRE LA CITÉ

se loger avec ses troupes dans la Cité, jusqu'à ce qu'elle soit revenue à l'obéissance. Il rentre à deux heures du matin chez lui, où ses amis et ses domestiques l'attendaient dans les plus vives inquiétudes. Quelques jours auparavant, on était venu les avertir que le fils de Scott avait confié à l'homme chez lequel il logeait un projet formé, et près d'éclater, pour faire mettre Monk à la Tour et lui intenter un procès criminel, au moyen duquel on se serait promptement défait de lui. Ses amis le croyaient perdu, lorsqu'en le voyant revenir leur chagrin changea bientôt d'objet. Consternés de l'ordre que Monk a reçu et de la résolution qu'il a prise de l'exécuter, vainement cherchent-ils à l'en dissuader ; il demeure inflexible, se retire pour échapper à leurs importunités, et venait de se mettre au lit lorsque ceux des conseillers d'État qui avaient, comme lui, refusé le serment d'abjuration, arrivent pour le détourner de son projet. Profitant de l'heure avancée, il les écoute à peine, et ils sont obligés de se retirer.

Monk ne pouvait hésiter. Sa sûreté, compromise depuis l'affaire de sir George Booth, devenait chaque jour plus précaire. Les révélations du fils de Scott, eussentelles indiqué seulement les idées fugitives d'un moment d'humeur et de soupçon, l'avertissaient des dangers qui pouvaient le surprendre; et si le parlement reprenait l'audace de l'accuser, il n'était pas bien sûr que l'accusation trouvât son armée incrédule. Mais le

service qu'il se disposait à rendre au Rump devait ôter, au moins pour quelque temps, tout prétexte à la méfiance, et peut-être y entrevoyait- il aussi l'avantage de prendre possession de la Cité au nom du parlement, pour en user ensuite selon sa propre volonté. Le lendemain matin, 9 février 1660, sans s'expliquer avec personne, et avant qu'on eût dans la Cité le moindre soupçon de ce qui se préparait, Monk y entra à la tête de ses troupes, distribua les postés, et s'établit lui-même dans une taverne aux environs de Guild-Hall. Étonnés de cet appareil militaire, les citoyens demeuraient suspendus entre l'inquiétude et la confiance, et attendaient avec anxiété le dénoûment de cette étrange scène. Un moment le bruit se répandit que Monk s'était déclaré pour le roi ; mais l'erreur ne fut pas longue, et l'indignation fut égale à la surprise. L'armée la ressentit aussi vivement que les citoyens. Les officiers supérieurs, lorsque Monk leur communiqua les ordres qu'ils avaient à exécuter, se récrièrent contre une telle ingratitude envers la Cité, refusant de s'y prêter et offrant leur démission. Le général, en les écoutant, mâchait son tabac et fronçait le sourcil ; il voyait mûrir l'événement et apprenait tout ce qull pouvait risquer : « Ne voulez-vous donc pas « obéir au parlement? » leur dit-il d'un ton brusque et d'un air sombre ; et il était clair que son humeur ne portait pas sur eux. Ils se retirèrent, et Monk n'en poursuivit que plus vivement des mesures qui ne pou-

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