L'AMBASSADEUR DE FRANCE
« je ne cours aucun risque. Mais ce n'est pas de moi ce qu'il s'agit ici, ajouta-t-il d'un air de confidence, « c'est du cardinal. Il sera charmé que Son Excellence « veuille bien l'honorer de son amitié, et il est prêt à « l'aider dans tous ses projets. » Puis reprenant : <c Je ne dirai pas bien ce qui vaudrait le mieux pour « le général, ou d'établir le règne de sa famille, ou de ce ramener le roi. Les deux choses lui feraient beauce coup d'honneur, et la dernière, pour être plus facile, « n'en serait pas moins glorieuse. Mais, dans tous les ce cas, il peut compter sur le cardinal : car, afin que ce vous le sachiez, le cardinal a été l'intime allié d'Olicc vier Cromwell. Cromwell n'a pris le pouvoir qu'avec ce sa participation; c'est le cardinal qui l'a guidé pas ce à pas dans toute cette affaire. » Et continuant de s'offrir, il assura Clargis que, si l'intention du général était de ramener le roi, ce qu'il y avait de mieux était d'engager Charles à passer en France, et de remettre toute la négociation entre les mains du cardinal, auquel cas il n'était rien que Monk ne pût attendre de la cour de France.
Clargis reçut froidement ces ouvertures, et, empressé de se débarrasser d'une confidence inutile et dangereuse, il se déclara un beaucoup trop petit personnage pour entrer en de si grandes affaires, et se contenta d'assurer l'ambassadeur que son beau-frère ne prétendait rien pour lui-même, et était déterminé
à s'en remettre à la décision du parlement. « Vos parce lements , dit Bourdeaux , sont des assemblées si « tumultueuses, si changeantes, qu'on ne sait avec « eux sur quoi compter. Si le général ne fait pas ce « que je lui conseille, ils peuvent le précipiter dans « quelque mesure qui le perdra, lui et sa famille. Clargis se retira, promettant à l'ambassadeur de sonder son beau-frère pour savoir jusqu'à quel point on pourrait entamer avec lui la proposition, et d'en informer Bourdeaux qui traiterait alors directement, sachant, disait-il, assez d'anglais pour se faire comprendre du général, qui ne savait pas un mot de français. Monk ne voulut entendre parler de rien ; seulement, pour ne pas désobliger l'ambassadeur, il consentit à en recevoir une pure et simple visite qui se borna, de la part de Bourdeaux, à des offres générales de service, et n'aboutit à rien de plus *.
* Ceci est le récit qu'a fait Clargis lui-même de ses relations et de celles de Moult avec l'ambassadeur de France, dans la Continuation de la chronique de Baker, dont il est l'auteur. Ce récit est complété et, à peu de chose près, confirmé par les Documents publiés à la fin de ce volume, et qui contiennent toute la partie de la correspondance de M. de Rourdeaux, soit avec le cardinal Mazarin, soit avec M. de Rrienne, qui a trait à la conduite progressive de Monk, soit en Ecosse, soit en Angleterre, depuis la mort de Cromwell jusqu'au retour de Charles II. La publication de ces documents me dispense de réfuter de nouveau l'anecdote rapportée par Locke, d'après son ami Ashley Cooper, le célèbre comte de Shaftesbury, qui se vantait d'avoir déjoué Monk dans son dessein de s'approprier le gouvernemenJ de l'Angleterre, avec l'aide du cardinal Mazarin. On verra là combien Hume, M. Hiillam et lord Wharncliff ont eu raison de ne pas ajouter foi à cette anecdote.