‹ MonkChapitre 75 sur 88 · EN VAIN DE S'ASSURER DES GARANTIES · texte numérisé non relu

EN VAIN DE S'ASSURER DES GARANTIES

jesté en se fiant à sa générosité. Les commissaires étaient partis sans autre mission que d'imiter Charles à venir reprendre ses fonctions royales , et l'opposition, avertie de sa faiblesse , avait consenti à éviter les dangers d'une défense inutile. Mais, lorsque des questions générale son passa aux questions d'hommes, orsqu'on commença à délibérer sur la liste de ceux qu'on devait excepter de l'amnistie, Monk, aussi peu touché des haines de parti que des inquiétudes du patriotisme, travailla à modérer les emportements de la vengeance ou de la bassesse, et fit réduire à sept le nombre des exceptions qu'on voulait rendre plus considérable. Il s'était, dit-on, engagé pour le pardon absolu, et lord Say lui parlant de la nécessité d'un acte d'amnistie dont on excepterait seulement quelques-uns des juges du roi : «Pas un seul! s'était écrié Monk « d'un ton de colère ; il faudrait que je fasse le plus « insigne coquin pour souffrir qu'on en exceptât un « seul. — Que je sois damné, disait aussi au colo- « nel Hutchinson sir Antoine Ashley Cooper, si, pour « la mort du roi, qui que ce soit perd un cheveu ou « une obole. » Mais en supposant que de pareilles déclarations eussent été sincères, Monk et Ashley Cooper se virent bientôt en présence d'une réaction trop forte pour que leur molle et égoïste sagesse fût en état d'y résister *.

1 On a reproché à Monk sa complaisance pour les vengeances de

Monk n'en était pas encore à son dernier sacrifice. Le 23 mai, il reçut le roi sur le rivage de Douvres, et, malgré l'accueil reconnaissant de Charles, qui l'embrassa en l'appelant son père, telle fut, à ce premier abord, l'humilité de son maintien que, selon réloge d'un de ses biographes, il semblait implorer son pardon plutôt que recevoir des remercîments. Cependant, en dépit de ces formes extérieures, Monk avait le sentiment de l'autorité que lui donnait sa situation; et en se démettant du pouvoir entre des mains si neuves à

la restauration, et spécialement sa participation à la condamnation des régicides exceptés de l'amnistie. Mon digne ami M. Hallam, avec l'élévation et l'impartialité ordinaires de son esprit, a réduit cette accusation à sa juste valeur. « Monk, dit-il, ne satisfît certainement pas le r6i, même dans la chaleur de ses premières promesses d'adhésion et de dévouement, lorsqu'il lui conseilla une amnistie complète et le respect des intérêts créés par la vente des domaines de la Couronne et de l'Église. Dans les premiers débats sur le bill d'amnistie, lorsqu'il fut question des régicides, Monk insista pour que les exceptions fussent réduites à un très-petit nombre. » (Hallam, Histoire constitutionnelle d'Angleterre, t. II, p. 481, édit. de Paris, 1827.) Lord Wharncliff, dans sa traduction de cette Étude, adopte et confirme, par plusieurs preuves irrécusables, le jugement de M. Hallam. licite, entre autres, Ludlow, qui, malgré sa haine pour Monk, dit formellement, à propos du débat élevé dans le parlement sur la question des régicides : « Quelques-uns proposèrent que tous fussent exceptés de l'amnistie; d'autres se contentèrent de vingt, et plusieurs de treize; mais Monk, qui les avait tous trahis, témoignant qu'il était pour la modération, on les réduisit à neuf, que ce boute«-feu de Prynne se chargea de nommer, au mépris du règlement de la chambre. Je lui eus l'obligation que mon nom ne fût pas sur la liste. Enfin Monk obtint de la chambre que leur nombre serait réduit à sept. » (Mémoires de Ludlow, t. III, p. 188, dans ma Collection des mémoires relatifs à l'his* l&ire de la révolution d'Angleterre.)

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