DANS LE PROCÈS D' ARGYLE
ment. Elles dissipèrent toute hésitation; le lendemain Argyle fut condamné, et Monk reçut sans doute avec son humilité accoutumée les félicitations et les remerciments de la cour *.
Elle était désormais trop sûre de Monk pour se croire obligée envers lui à la déférence. Ses conseils, ordinairement bons, étaient rarement suivis; il les retirait sans humeur ni insistance, et, peu empressé à le? offrir, il ne les refusait jamais. Attentif à ne point empiéter sur la juridiction des autres, il n'avait garde de défendre la sienne contre les entreprises d'un homme puissant ou en faveur. Son maintien était celui d'un courtisan qui a sa fortune à faire auprès de tout le monde, et tout le monde savait que l'argent pouvait, auprès du duc d'Albemarle , racheter beaucoup de torts. On l'accusait même de se laisser trop facilement aveugler sur les profits que tirait sa emme de la nomination aux emplois de la grande écurie , dont il avait la disposition. Les manières et les habitudes de la duchesse, plus vulgaires et moins simples que celles de son mari, étaient la risée d'une cour spirituelle et moqueuse, et répandaient sur l'existence
1 Lord Wharncliff, en rapportant et en discutant les divers témoignages sur lesquels repose ce récit de la conduite de Monk dans le procès d' Argyle, a essayé, bien qu'un peu timidement, d'en atténuer la valeur et de disculper ou du moins d'excuser Monk. Mais ses raisonnements ne me paraissent pas concluants, et l'indignité de l'action deMonk dans cette circonstance reste, à mon avis, tout entière.
du vieux général un ridicule auquel eût à grand'- , peine résisté une considération mieux affermie.
Bien que toujours assidu au conseil privé et à la chambre des lords, Monk disparaissait insensiblement des affaires, lorsqu'à la fin de 1661 il tomba dangereusement malade : telle avait été la force de son tempérament que, dans sa jeunesse, on l'avait vu, durant une campagne, guérir de la petite vérole presque sans cesser un seul jour de marcher à la tête de sa compagnie. Mais, depuis quelque temps, il paraissait s'affaiblir avant l'âge, et cette première atteinte d'un mal auquel il devait succomber peu d'années après le laissa sujet à de graves infirmités. Attaqué d'asthme, disposé à la pesanteur et à l'assoupissement, il semblait avoir renoncé à l'activité qui lui était peut-être nécessaire, lorsqu'une occasion imprévue vint ranimer l'énergie encore cachée dans ce corps épais et caduc. En 1664, l'Angleterre avait déclaré la guerre à la Hollande, et le duc d'York, grand amiral, en partant pour prendre le commandement de la flotte, avait remi? entre les mains de Monk l'administration de l'amirauté. 11 s'y livrait avec son goût naturel pour les affaires ; mais, presque en même temps que la guerre, avait commencé à Londres un autre fléau, la peste, qui, à peine remarquée dans les premiers moments et suspendue par les froids de l'hiver, éclata au printemps de 1665 avec tant de violence, qu'un inexprimable